ACTE II, TABLEAU 1, SCÈNE Il
sence. Je dois l'avouer, je ne m'attendais pas à cela. Vous étiez immobile et silencieux et votre présence pesait sur tout d’un poids indicible. Ces hommes gesticulants se ratatinaient petit à petit. [ls m'interrogeaient, ils discutaient, ils criaient, et leurs voix devenaient grêles.. Votre présence écrasait mon âme! Il y a un mot dont j'ignorais le sens avant de comparaître devant vous... Vous êtes terrible, Seigneur ! |
HOLOPHERNE
Judith, donnez-moi votre petite main.
(Un long temps, il demeure immobile, le visage caché : son front repose sur la main de Judith. Enfin, il relève la têle et gémit.)
À quoi pensez-vous ?
HOLOPHERNE
En cet instant précis ? À une humble terrasse, suspendue sur le Nil sacré... Nous l’appelions le bout de la terre, car, en se penchant, on ne voyait que des fleurs et des fleurs, noires dans la blancheur nocturne, et l’eau. Là, au murmure
. de l’immense courant... Je suis ridicule !
Pourquoi ? (Un silence.) L'Egypte... Mon peuple a longuement habité ce pays !
HOLOPHERNE
Je vous adore, Judith... /It l'a dit tout bas.) Je t'adore, je t’aimé ! Tu m'as enveloppé, comme le nuâge s'empare des cimes. Je suis aveugle... Tu m'as pris par les yeux et déjà je ne te vois plus! Je l'aime... Tu es entrée dans la salle et mes jambes ont frémi. Tu as parlé... et le vent des rafales m'apportait l'écho de ta voix! Tu es le souvenir, Judith... Je n’espérais plus te voir, tête chérie! Judith, tu es le rêve. Prends mes trésors, mes esclaves, mes palais... Prends tous les royaumes de la terre! Je te remets ma puissance... Prends-moi; je l’appartiens, puisque tu, es venue. Reste maintenant. Sois cruelle... faismoi du mal !... Mais reste... ne t'en va jamais! Tu veux ?... Mon amour, tu veux ?... (Un silence.) Au moins, dites-moi que vous n'êtes pas fâchée ! (Judith, de sa ceinture, détache l’orchidée et la tend avec le geste qu’elle a eu pour Saaph. Mais elle n’a pas le lemps de parler. Holopherhe s’est emparé de la fleur; il là mange.) Adorée !.. Je te bois goutte à goutte... Je te mâche, adorée !
(Il va frapper sur un gong.)
JUDITH, qui s’est levée.
Mais que faites-vous ?
HOLOPHERNE
Oh! ne bougez pas! (La désignant debout sur les