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ACTE II, TABLEAU II, SCÈNE V

HOLOPHERNE

Non! Rien, rien!... Toute colère m'a laissé.

Je m’approche de toi avec une telle tendresse !.. Femme chérie, oh! toi la plus aimée, voici ton instant. Si tu n'es l’ennemie de ta destinée, égorge-moi. Ta paupière a battu ! Ah! la lame qu'il faut pousser dans le corps humain? C'est si peu de chose !... Le fer entre avec une vivacité dont tu seras stupéfaite. Et le cadavre, ensuite, quel bon, discret, accommodant compère! Tu verras. Oh! oui, ma chute fera trembler la terre Jusqu'à Ninoud! Oui, la fabuleuse armée que Je chevauche tombera avec moi et se défera comme une charogne! Ton œil fulgurant avait bien calculé les chances. Bien-Aimée, tu t’accordais cinq jours. Le cinquième n'est pas écoulé.

Quoi! dans ton cœur tu ne fus pas tout à fait fidèle à ta mission ? Etouffe ce souvenir. Il n'habite qu’en nous deux, et moi, je descends chez les Ombres !... Ma Beauté, vous êtes contente ! Enfin! Un peu de joie brille sur votre joue. Je te remercie. Donc, je vais être à toujours le pain que tu dévores, le vin de ton ivresse!... Merci! Je t'aime. (Désignant les coussins.) Voici le lieu que J'ai choisi pour te donner la gloire. Ici, par mon sang versé, je deviens cette vaste clameur autour de ta tête qui, seule, couvrira ton soupir ! Prends cette épée. Elle s’en empare!... Son âme est superbe ! Tu portes ce cimeterre avec tant de légèreté... Comme

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tu tendrais une rose. Tu es jolie... Ecoute-moi. J'ai éloigné ma garde et, bien entendu, le Jaune. Dans tous les campements, chacun te livrera passage. S'il le fallait... Mais, non, la consigne est bien donnée ! Enfin, pour plus de sécurité, tu te muniras de ceci. C’est mon cachet. (11 le montre suspendu à son cou.) Avec cette petite panthère d'émeraude, tu jetterais toute l’armée à genoux. Ecoute ! écoute bien ! Surtout, il faut agir selon notre bonne méthode, agir comme le prudent barbare. Vainqueur, il rapporte aux siens le seul témoignage irrécusable. Judith, à la porte de Béthulie, devant ton peuple, tu élèveras la tête d'Holopherne ! Maîtrise ton horreur et fais comme je dis, Judith. Que la tête gravisse avec toi le chemin de ta patrie! (Un certain rire.) Ha! ha !... Demain, au petit jour, autour de ces coussins abreuvés de sang... autour de cette chose... tant de visages livides! Et ensuite... Ooh ! je vois | je vois si bien !... (IL se jette sur les coussins.) Ravissante, Adorée, ma Guerrière, ton image visitera tous les mortels en un rêve de grâce et d’héroïsme. (Le doigt sur son cou.) C’est là. (Très bas.) Là... Oh! je t'aime. Marchant dans ta gloire, parfois tu regarderas en arrière. Ma forme s'élèvera de la Cité de Poussière et tu penseras : « J'ai vu le cœur de l’homme se dépasser. » Place la pointe de l'épée juste à cet endroit. Je la guiderai un peu...'et tu pousseras des deux mains,

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