SCÈNE II
Les Mêmes, moins LE CURÉ, RAYMOND et PHILIPPE.
RAYMOND, après s'être découvert.
Le sieur Samuel Renaudin s'il vous plaît?
s. UENAUDIN.
C'est moi, monsieur le capitaine 1
RAYMOND
Alors, c'est à vous, monsieur, à vous, chef de cette famille et de cette maison, que je dois notifier le nouvel édit Royal annulant ceux qui furent donnés jadis, à Nantes et à Nîmes, en faveur des meml)res de l'Église prétendue Réformée. Vous le connaissez, sans nul doute, cet édit affiché depuis ce matin au poteau de la grand'place ; en voici, d'ailleurs, le texte écrit, afin que vous le puissiez méditer à loisir, (n remet à
s. Renaudin un grand feuillet imprimé.) Scichez enfin qUO UOtrO priuce,
dans sa paternelle bienveillance, vous accorde, pour réfléchir et vous soumettre, un délai de trois jours, pendant lequel il ne vous sera porté aucun dommage.
Nanette s'est agenouillée auprès de l'aïeule aveugle, qui tend les mains contre se» oreilles et avance la tête pour entendre.
S. UENAUDIN, solennellement.
Les trois jours sont inutiles, monsieur le capitaine. Dans cet instant même, en mon nom, au nom de mes enfants, de mes petits-enfants, de mes serviteurs et de tous ceux de ma maison, je jure que nous resterons fidèles à la foi protestante... Et maintenant, faites, monsieur le capitaine, ce qu« vous croyez de votre devoir de faire.
RAYMOND
J'ai de terribles répressions à exercer contre les rebelles, monsieur, et je n'y saurai point faillir quand le moment
sera venu. (ll se rapproche insensiblement de Ju.iith, qui le regar.ie.)
Mais le roi ne m'a pas commandé l'insolence envers les femmes... Et, ce matin, dans une minute d'oubli quejo regrette, j'ai gravement manqué à la demoiselle Judith, votre fille... J'ignorais alors à qui je m'adressais... Pénétré maintenant du respect que cette maison m'inspire, je m'en excuse auprès d'elle comme auprès de vous, (jmiiih et «on père
répondent par une légère inclinaison de têle.) Kt devant COJeune llOmmC aussi.... (il dé<iigne Daniel Robert, avec une nuance de dédain pourtant.)...
devant lui aussi, il convient de m'excuser... (n se dirige vers
la porte, suivi de tous ceux qui sjnt entrés avec lui.) MeS deVOirS COntre
les insoumis, je les remplirai sans hésiter jamais; cependant je ne les veux point outrepasser, ainsi que ne craignaient pas de le faire ces capitaines qui, dans le Poitou et les Cévennes, ont conduit les dragonnades sanglantes... J'ai tenu à déclarer cela devant tous, avant de quitter celle maison... où je souhaiterais ardemment, monsieur, veuillez le croire, que vous ne me forciez point à reparaître bientôt en justicier.
Il sort, et Judith le suit des yeux. — Un silence. S» RENAUDIN, quand ils sont tous partis.
Justicier! justicier!... Vous l'entendez, il ose parler de
justice!... (La main nien^çinle vers la porte qui vient de se refermer sur
Raymond.) Ah! c'est persécutcur que tu devrais plutôt dire, c'est persécuteur et bourreau!...
JUDITH
Il s'est excusé auprès de nous tous, mon père... Et j'ai rencontré son regard qui était loyal et grave... Peut-être sera-t-il pour nous moins cruel que vous ne le seml;iez redouter.