SCÈNE VIL
Les Mêmes, OSIAS, Prê'tres, Soldats, Peuple, Femmes et Serviteurs de Judith.
JUDITH, à Osias.
Ah ! prince, répondez à mon impatience.
ACHIOR, voyant qu'Osiat hésite à rëpondro.
Parlez, seigneur, j*ai droit à volie confiance j La haine nous unit contre un tyran cruel.
Et le Dieu que je sers est le Dieu d'Israël.
Si le nom d* Achior a quelque renommée...
OSIAS
Des descendants d'Ammon vous commandez Tarmée?
JUDITH
Trahi par Holopherne, il vient se joindre à nous.
OSIAS
Israël serait fier d'un soldat tel que vous, Mais, hélas ! nos malheurs ont lassé sa constance ! Après un mois d'épreuve, un mois de résislance,
18 JUDITH
N'espérant plus en Dieu, le peuple épouvanté Veut livrer au vainqueur la mourante cité,
(voyant l'indignation de Juditli.)
Dans cinq jours, si le ciel... Cet arrêt vous étonne...
Mais qui peut nous sauver quand Dieu nous abandonne !
Béthulie est en proie au courroux des méchants ;
Us ont tari le fleuve et dévasté nos champs ;
La famine en nos murs, spectre horrible se montre ;
Le regard indigné de tous côtés rencontre
Des enfants, des vieillards, dans la nuit morts de faim ;
Des frères s'égorgeant pour un lambeau de pain ;
Des mourants dans la mort cherchant leur nourriture,
Disputant au chacal sa hideuse pâture ; *
Des insensés, brûlés par leurs désirs ardents.
Broyant le bois, le fer, le marbre entre leurs dents;
Et des monstres enfin, dont nous payons les crimes,
S'abreuvant aux autels dans le sang des victimes.
Madame, nos soldats ont subi bravement
La colère de Dieu... jusqu'au dernier moment.
Mais puisque tant de maux ne l'ont point assouvie.
Immolant leur honneur, sauvons du moins leur vie!
JUDITH
Quoi ! vous fixez à Dieu le temps de son courroux ! Vous réglez sa vengeance et vous comptez ses coups! Par un mois de douleurs vous vous laissez abattre ; Vous êtes tous armés... et vous n'osez combattre ! Et vous imaginez, pour unique secours, D'aller à l'ennemi vous rendre dans cinq jours. Pour une goutte d'eau qui manque dans l'amphore. Vous vendez Béthulie au tyran qu'elle abhorre ;