ACTE
LA JEUNE FILLE
Mais le camp d'Holopheme est si près des remparts ! Sur tous les monts voisins il répand son armée ; Dans un cercle de mort la ville est enfermée^ Et Ton dit que nos chefs ont perdu tout espoin
LE VIEILLARD
Âurais-je donc vécu si longtemps pour te voir Sous un joug odieux lâchement avilie^ ma cité natale^ ô sainte Béthulie !
Mais non^ j'espère encor; Judith nous sauvera. Elle a longtemps souffert^ et Dieu Técoutera. 11 daignera bénir^ dans sa douleur constante^ Cette austère vertu qui se fait pénitente ; Car elle donne à Dieu son âme et ses trésors : Chaste et pure> elle vit dans le deuil des remords; Au dernier rang du peuple elle a voulu descendre ; La beauté de son front se cache sôus la cendre ; Veuve^ au pied d'une tombe elle passe ses jours. Sa gloire est de pleurer^ et de pleurer toujours. Pour habiter plus près de cette tombe aimée.
Dans sa maison des champs elle s'est enfermée^ Et c'est là que, livrée à ses amers regrets^ Elle interroge Dieu sur nos destins secrets.
Et Dieu pardonnera nos crimes^ qu'elle expie ; Par sa main innocente il frappera l'inipie.
A mon âge^ le cœur se flatte rarement.
Va, l'espoir d'un vieillard est un pressentiment : Je lis dans nos malheurs un avenir prospère. . Judith veille sur nous, elle prie !... et j'espère !...
10 JUDITH