SCÈNE YII
J U LIA, BERNADILLE
J U LIA (à part).
A nous deux, maintenant. (Haut.) Enfin, mon cher cousin, nous sommes seuls, et nous pouvons parler à cœur ouvert. Mais, d’abord, permettez-moi de vous faire mon compliment de condoléance.
BERNADILLE (sanscomprendre).
De condoléance?
JULIA
Eh! sans doute. Comme tout le monde, j’ai appris le triste accident.... ma pauvre cousine.... Ah! (soupir.)
BERNADILLE (comprenant et jouant l’émotion).
Ah! oui.... hélas!
JULIA (même jeu).
Cruelle séparation!
BERNADILLE (même jeu).
Séparation cruelle!
JULIA
Et même, s’il faut vous l’avouer, mon premier mouvement à la nouvelle de votre mariage, était de vous adresser des reproches. Ce n’est peut-être pas à moi qu’il convient de le dire, mais ma cousine était une fejnme charmante! Ne l’avez-vous pas oubliée un peu trop vite?
BERNADILLE (avec colcre).
Et qui vous dit, monsieur le licencié, que je n’avais pas mes raisons pour l’oublier le plus vite possible?
J U LIA (avec oie).
Ah! VOUS aviez VOS raisons? (S’oubliant et à elle-même.) Enfin, nous y voici !
BERNADILLE (qui a entendu),
Comment nous y voici?
JULIA
Et ces raisons, c’est.
BERNADILLE.
Ces raisons, je les garde pour moi, si vous voulez bien le permettre.
JULIA (déçue).
Ah! c’est différent.
BERNADILLE.
Tenez, mon cousin, croyez-moi, parlons d’autre chose. C’est un procès qui vous amène dans notre ville?
JULIA
Un procès, oui, ou quelque chose d’approchant. Un mauvais débiteur qui veut me faire banqueroute, qui, au lieu de tenir son engagement, veut en contracter un autre.
BERNADILLE (riant).
Quelque mauvais drôle que vous allez poursuivre sans trêve ni merci?
JULIA
Et à qui, j’espère bien faire payer les frais, et les dépens.
bernadille.
En toute autre circonstance, mon cher cousin, j’aurais été heureux de vous recevoir chez moi, mais je vous avoue qu’au moment de me remarier...
JULIA
Eh! qu’importe! Croyez-vous donc que je vous irarde rancune?
BERNADILLE.
Non sans doute, mais au moment de me rema.
JULIA (l’interrompant).
Soyez sûr que personne n’attend avec plus d’impatience que moi l'heureux moment où votre femme sera dans vos bras.
Mais qu’est-ce que cela peut vous faire?