DUETTO
JULIA (riant).
Je vous aime, et f entends, Seigneur ,
Avec vous partager mon cœur .
BERNADILLE (raillant).
C'est trop d'honneur !
JULIA
C'est mon humeur.
BERNADILLE.
Grand merci ! votre serviteur !
JULIA
Je veux que nous ayons, ensemble, Tout en commun !
BERNADILLE.
Mais il me semble...
Je veux que nous ne faisions qu'un !
BERNADILLE (se montant).
Vous n entendez pas, je suppose.
Loger avec moiï
JULIA
Si, vraiment!
BERNADILLE.
Et ma femme aussi ?
JULIA
Justement ,
BERNADILLE.
Elle , — et vous ?
JULIA (riant).
C'est la même chose.
Je vous aime, et j'entends , Seigneur, Avec vous, partager mon cœur ?
BERNADILLE*
Grand merci ! Votre serviteur !
ENSEMBLE
BERNADILLE (avec colère).
Et! tout doux, mon jeune maître, Je vous engage a penser.
Que j'ai plus d'une fenêtre,
Par où vous pourriez passer.
J U LIA (riant).
Par la porte ou la fenêtre,
Chez vous j'entends me placer.
De petits soins, de bien-être,
Je ne puis pas me passer.
BERNADILLE (raillant).
Ma table pour vous sera mise ?
J U LIA (affirmativement).
J'entends partager vos repas .
BERNADILLE.
Ma maison vous sera soumise ?
JULIA (de même).
J'entends mettre vos gens au pas.
BERNADILLE.
Et vous puiserez dans ma bourse ?
JULIA
Ce qu'il faut pour mon entretien.
Et si je manque de ressource ?
JURE et partie
JULIA
Mot, je ne manquerai de rien !
J'aurai de tout un soin extrême...
BERNADILLE.
Ma femme aura part a ce soin ?
JULIA
Je l'aimerai comme moi-même...
BERNADILLE.
Vousprendrez ma place... au besoin ?
JULIA
Jamais , jamais en notre absence.
BERNADILLE.
Alors, quand je serai présent ?
JULIA
Oui, toujours en votre présence.
Vous n'êtes qu'un mauvais plaisant J REPRISE RE L’ENSEMBLE.
BERNADILLE (en colère).
Eh ! tout doux , mon jeune maître , Etc.
JULIA (riant).
Par la porte ou la fenêtre ,
Etc.
JULIA (riant).
Là, là, ne vous fâchez pas, je plaisantais... et si je vous gêne le moins du monde, qu’à cela ne tienne, je sais, tout près d’ici, un puissant personnage chez qui je suis certain d’être bien reçu.
BERNADILLE.
Un personnage? qui loge...
Au palais.
RERNADILLE (sautant).
Hein! le premier ministre?
JULIA
Ah ! mieux que cela 1
Le Roi?
Moins.
L'Infant
BERNADILLE (de même).
JULIA
BERNADILLE.
d’Espagne, alors?
Lui-même.
JULIA
BERNADILLE (vivement).
Vous connaissez l’Infant?
JULIA
Et sa très gracieuse épouse: Dona Isabelle, qui, dans des circonstances difficiles, a bien voulu m’honorer de sa protection et de son amitié.
BERNADILLE (joyeux).
Vraiment! Oh! ce cher cousin, ce cher Fabio...
Mais vous savez que je vous suis tout acquis. Je vais envoyer à l’instant quérir vos bagages à votre Hôtellerie, car j’entends que vous logiez chez moi.
JULIA
Inutile... Je vous gênerais.
BERNADILLE.
Nullement.
JULIA
A la veille de vous marier ?
BERNADILLE.
Qu importe! Ce cher Fabio... (Revenant.) Ah ! à propos j'aurai un petit service à vous demander.
JULIA
Parlez.
La place déjugé est vacante, et je voudrais l’obtenir.
JULIA (à cllc-mèmc).
Tiens !... c’est une idée.
BERNADILLE.
Une bonne idée, une excellente idée. C’est mon futur beau-père qui y a pensé. Il a du crédit, moi, de l’argent, et si vous vouliez dire un mot en ma faveur à l’Infant, je serais sûr de mon affaire.
JULIA (absorbée, à elle-même).
Oui, pourquoi pas ?
BERNADILLE.
C’est une fonction qui pose un homme! (S’oubliant.) Et
puis, vous comprenez, cousin, si quelqu’un venait me demander compte de la disparition de ma femme...
JULIA (feignant de ne pas avoir entendu).
Vous dites ? La disparition de qui ?... de qui ?...
BERNADILLE (très troublé et balbutiant).
La disparition... de... de... l'ancien juge, qui jugeait... parce que... pour rendre la justice... il faut des juges qui jugent.
JULIA
Je vais au Palais de ce pas. Ah ! avez-vous des titres?
BERNADILLE .
Des titres ? J'en ai haut comme ça! Attendez-moi là, un instant, et je vais vous les apporter.
JULIA
Faites vite !
BERNADILLE (rentrant dans sa maison).
Le temps de les mettre en ordre et je reviens, (il
sort.)