‹ Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues sauvages [microforme]Chapitre 36 sur 55 · ART, V.—DES VERBES ADFORMÉS · texte numérisé non relu

ART, V.—DES VERBES ADFORMÉS

J’appelle verbes ad/formés certains verbes qui se forment à l’aide d’une adformante.*

Les adformantes sont certaines désinences qne sont obligées de prendre certaines racines verbales sous peine de rester sans vie et sans valeur, telles sont les suivantes:

Nick, racine qui exprime l’idée de colère.

De cette racine verbale se forme d’abord le verbe causatif nickih, faœis-le fâcher, irrite-le, offense-le.

Mais comme on peut offenser quelqu'un par paroles ou par actions, de là l’emploi des adformantes M et N.

Nickim, irrite-le par parole.

Nickin, trrite-le par action, (en le poussant ou en le retenant de la main.)

La lettre M en sa qualité de labiale, indique admirablement le jeu des lèvres.

La lettre N, initiale du mot NINDJ, nain, et du mot NIK, bras, indique le jeu de ces deux principaux organes de nos actions.

TANG, racine dont il a été parlé déjà, p. 27.

Si c’est avec la main que l’on touche un objet, le verbe se formera à l’aide de l’adformante \ :

Tângin, touche-le de la main.t

* Je prévois que ces termes de préformantes, d'adformantes ne seront pas du goût de tout le monde, et je sens très-bien qu’on pourra avoir raison d'en faire la critique, comme de beaucoup d’autres mots dont je suis l'inventeur ou que j'ai empruntés aux auteurs de grammaires hébraïques. Que les philologues, en condamnant ceux-ci, m'en procurent de plus convenables, et je suis prêt à laisser là toute ma terminologie, pour adopter la nouvelle qu’ils voudraient bien m'indiquer.

Ÿ Si l’on veut exprimer la partie du corps que l’on touche, on en intercale le nom entre la racine et l’adformante, ayant soin de le faire précéder et suivre des voyelles unitives qui lui conviennent, ex :

Tanginindjin, touche-lui la main avec ta main. Tanginiken, touche-lui le bras avec ta main.

Tangisiten, touche-lui le pied avec ta main.

Les lois de l'harmonie sont admirables dans cette langue non moins que les

règles de la grammaire.

LS du faire e j'ai

conhisser bien

hle le e des

e les

Si c’est avec le pied, le verbe se formera à l’aide de l'ad-

formante ok, laquelle sert à indiquer le jeu du pied :* Tângicka8, touche-le avec le pied.

CING, racine verbale qui correspond assez bien au 4 des Grecs comme MINo correspond à «.

On a vu plus haut (p. 27)la valeur de la racine enim. Elle paraît ici avec le rôle d’adformante :

Cingenim, Aais-le, déteste-le,

Si c’est l'oreille qui se trouve choquée, soit du discours soit du chant de quelqu'un, la racine verbale prendra l’adformante Tr, qui étant l’initiale de ta8ak, oreille, indique trèsbien le jeu de cet organe :

CingitaS, déteste ses paroles.

Si c’est l'œil qui se trouve choqué à la vue de quelque objet, la racine cING prendra l’adformante BAM, laquelle à été empruntée au verbe SABAM, vois-le, pour indiquer le jeu de l'œil.

Cingabam, vois-le de mauvais œil, ne le regarde pas avec plaisir.

Si l’organe de l’odorat se trouve offensé par quelque odeur, la racine cING prendra l’adformante MAM, qui sert à indiquer la sensation de l’odorat :

Cingimam, déteste son odeur.t

* L'adformante cK, rappelle à lesprit le mot latin ca/x et ses nombreux dérivés. Elle forme les initiales du mot CKANY, ongle, corne du pied des animaux, unguis, ungula. Il est à remarquer qu’elle se retrouve encore dans ECKAN corne de la tête des animaux, cornu. On sait que chez les Orientaux les cornes sont l’emblême de la force, le symbole de la puissance; c'est ce qui se voit partout dans la Ste. Ecriture. Quelque chose d’analogue a lieu chez les races de langue algonquine. La force de certains animaux résidant principalement dans leur sabot, cKANJ, et chez d’autres dans les cornes qu'ils ont sur la tête, ECKAN, l’adformante empruntée également à ces deux mots s'emploie au figuré pour exprimer l’idée d’affermissement, de triomphe, d'efforts couronnés de succès, ex. : SongitekecKag, fortifie-lui le cœur ; songitecheoKkagesin, le sacrement de Conjirmation ; ni mackasiteheoKotatimin, nous nous encourageons l’un l'autre, etc.

+ Voici l'explication que je proposerais :

Quand on veut flairer une bonne odeur, on allonge les narines; or pour cela il est besoin d’abaisser la lèvre supérieure, et celle-ci en s’abaissant oblige l’autre lèvre à s’abaisser également et à se projeter dans la bouche, Un fait physiologique du

Si c’est le goût qui se trouve contrarié, la racine prendra l’adformante P, qui en sa qualité de lettre palatale, est heureusement employée à désigner la sensation dont le palais de la bouche est l'organe principal.

Cingip8, déteste son goût.

TAKo, racine verbale qui signifie prendre, saisir. *

Avec l’adformante N, on aura:

Takon, prends-le avec le main.

Avec l’adformante ENIM, on aura:

Tak8enim, congois-le, que ton esprit le suisisse, saisis-le par la pensée.

Si c’est avec les dents, on fera usage de l’adformante AM

qu’il ne faut pas confondre avec l’adformante M qui indique le jeu de la bouche en tant qn’organe de la parole. " L'adformante am, laquelle parait empruntée au verbe ANS, mange-le, est employée à indiquer le jeu des dents et de la mâchoire dont il est à propos en ce moment de se rappeler le nom: tAMikan.

Tak Sam, saisis-le avec les dents, tiens-le avec les dents, et par extension: #70rds-le.

OTAP, racine qui signifie, prendre, recevoir, lever de terre, tenir, soutenir :

Otapin, prends-'e dans ta main.f

Otapam, tiens-le, soutiens-le entre tes dents, (par exemple, un calumet.)

PAN, racine verbale dont on connaîtra la valeur par les exemples suivants :

Ni panima, &/ échappe à ma main, je le manque. Ni panicka8a, à échappe à mon pied, mon pied n’y atteint pas.

même genre s’accomplit, s’il s’agit de respirer une odeur désagréable. Les

deux lèvres viennent encore ici en aide aux deux narines; mais cette fois, au, lieu de s’abaisser, elles se relèvent et se posent en guise de rempart devant les deux orifices du nez.

Dans l’un et l'autre cas, c'est MAM = le travail des lèvres au profit des narines, le double mm représente ces deux organes.

* Of, l'anglais: to TAKE.

T Tebenimin, disait un moribond, Jezos n'ose, enabigis, otapinicin, Seigneur, Jésus mon père, de grâce, recevez-moi dans vos bras.

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pneur,

Ni panabama, 4! échappe à ma vue, je le perds de vue. Ni panitaBa, à n'arrive pas à mon oreille, je ne puis l'entendre. Ni panama, à échappe à mes dents, je ne puis le croquer.

Il peut arriver quelquefois que des adformantes s’adjoignent à des verbes complets en eux-mêmes; ainsi de ni tep8e, je dis vrai, on formera: ni tep8eta8a, à dit vrai à mon oreille, je crois ce qu'il dit, je crois à sa parole; ni tep8eienima, je pense qu'il est sincère, je le crois véridique.

Un adverbe, une préposition, un nom, un adjectif, une preformante même, peuvent recevoir et s’incorporer une adformante, en voici des exemples :

Adverbe: Kit onzamim, {4 m'en dis trop.

Préposition: Nind onzoma, je l’en empêche par parole, je l'en dissuade.

Aganecam,o, parler Anglais.

Nom : OtaSam.,o, parler Outaouais.

Nato8em,o, parler Iroquois.

Ni minota8a, je l'écoute avec plaisir, sa parole est bonne à mon oreille.

Ni minop8a pak8ejigan, j'aime le pain, je le trouve bon.

Ni minoama, je le mâche aisément.

Ni minomama nasema, j'aime l'odeur du tabac,

Ni minoma, je dis du bien de quelqu'un, j'en parte avec éloge.

Ni min8enima, j'ai de lui bonne opinion, je l'aime, je l'estime, \ me plait, il me revient.

Préformante: Nind inabama, je le vois en rêre; makatate ka inabandamân tibikong, c’est drôle ce que j'ai rêvé cette nuit.

Nind inenima, je pense ainsi de lui; mi enenindamân, tel est mon sentiment.

Il est encore d’autres adformantes, telles que oM, B13 dont je vais faire comprendre la valeur par quelques exemples :

Pimom, porte-le sur ton dos,

Pitom, apporte-le sur ton dos.

Panom, laisse-le tomber de dessus ton dos.

8ikobij, tire-le, entraîne-le [au propre et au fig.] Takobij, tiens-le, retiens-le au moyen de liens.

Adjectif :

Ningi 8ikobinigo kitci ijaian, je ne voulais pas y aller, on m'y à entrainé malgré moi. O takobina8an Jezosan mi dac i 8ikobinaSâtc, is saisissent Jésus, le lient avec des cordes et le traînent en le tirant par ces cordes.

Quelle différence entre les deux idiomes! Auquel des deux, je le demande à M. Renan, devra-t-on donner la préférence ?

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