F. LAUR
M. Laur s'était d'ailleurs nettement, à plusieurs reprises, déclaré antisémite. Dans le journal La France il avait publié sous le titre l'Aniisémiliste scientifique un curieux article :
<( Puisqu'on me fait l'honneur de définir mon antisémitisme, disait-il, je demande humblement lapermission de le faire moi-même et très nettement.
» Je répète que je connais d'excellents Juifs; j'admire certaines de leurs qualités, notamment les qualités familiales et Vesprit de solidarité. La question de religion ne m'intéresse point et ne m'a jamais intéressé, je ne la connais point, je ne veux pas me laisser entraîner sur un terrain inconnu. Mon antisémitisme n'a donc rien jieux.
)) En outre, j'ai de ugns amis qui sont Juifs comme Naquet; j'en ai d'autres non moins chauds qui les exècrent. — Qu'y faire ? Je ne veux pas sacrifier mes amitiés aux inimitiés des autres et je ne le ferai jamais. L'amitié est la seule chose bonne de la vie après la famille; ainsi, je ne prendrai point parti dans les querelles de personne.
» Reste ce fait, qu'une collection d'individus com-
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posée en majorité de Juifs conspire, d'après moi, contre la société française, contre la patrie en la ruinant, la livrant, l'amenant insensiblement au Sedan de la misère rêvé par V Allemagne.
» Qu'y puis-je ? C'est un fait, un fait, la seule chose devant laquelle doivent s'incliner les hommes de chiffres et de science.
» Je puis le voir mal, ce fait; me tromper; mais ma conviction est profonde, entière, et plus je vais, plus elle est corroborée par les événements. Il y a un esprit juif auquel beaucoup de libres-penseurs sont même convertis. Car enfin, nous a-t-on réfuté? S'eston donné la peine d'expliquer ces inexplicables coïncidences des mains juives toujours trempées dans tous les complots économiques?
» Pourquoi y a-t-il des Juifs à la tête de l'affaire des Cuivres? Pourquoi sont-ilsdans la chute du Comptoir d'escompte? Pourquoi les voit-on accaparer les pétroles, les cafés, les jutes, et jusqu'aux pêcheries de l'Océan ? Pourquoi n'y a-t-il plus en réalité de marché financier? La hausse, la baisse, tout dépend d'eux. Ils ont toutes les finances des rois et toutes les finances des peuples.
» Qu'on me dise, qu'on me prouve que cela n'est pas; je suis un homme de bonne foi, j'écouterai.
» Mais, hélas I c'est la lumière, du jour !
» Alors, ce fait admis, il y a deux catégories d'hommes qui se partagent l'opinion : les intéressés qui s'écrient: « Cela est légitime, c'est la liberté! »; les lésés qui disent : « C'est intolérable! c'est de l'oppression ! A la guillotine! »
N'est-ce pas l'histoire de tous les événements historiques, où d'une part il y a des omnipotents muets et dédaigneux avec leurs valets et leurs mercenaires, et
de Tautre de pauvres diables exaspérés, pressurés, obsédés par l'idée lixe et chaque jour plus nombreux et plus violents?
» Qu'avons-nous fait de ceconllit, que voulons-nous faire, quelle est la mission définie que nous nous sommes donnée? Voila lu question personnelle que je me permets de poser ici dans ce journal où j'ai été toujours si indépendant.
Je crois, moi, qu'on peut faire beauctJwp contre l'esprit juif en étudiant patiemment les questions, chiffre à chiffre, en les maintenant sur le terrain économique et scientifique . 11 est indispensable, comme dit Déroulède, de montrer certains Juifs les mains dans nos poches ; il est non moins indispensable de compter ce qu'ils nous prennent. C'est là mon unique mission, à laquelle je veux consacrer toutes mes énergies. Personne, qu'on le sache bien, ne m'arrêtera dans cette voie.
» J'ai dit : Us nous ont pris 200 millions dans les cuivres, 60 millions sur les sucres, 180 millions en tant d'années sur les pétroles; quand j'arriverai au milliard je ferai une croix. Et le peuple alors aura des bases pour agir et il agira comme bon lui semblera. Comme l'a dit Drumont, c'est lui qui est le souverain. 11 saura donc ce qu'il doit faire de Fouquet, de Jacques Cœur ou des Templiers. Quant à moi, je ne connais [•oint la haine, ma religion c'est la science. Tant pis pour les juifs s'ils en violent les lois sociales (1). »
Cette première manifestation écrite de la Ligue fut suivie d'une réunion qui comptera dans l'histoire de l'anii-sémitisme en France, car elle fut toute caractéristique et amena un revirement grave et sans nul
,i, La France, 21 janvier 1890.
doute un état d'esprit auquel ne sont point étrangers les écrits d'Edouard Drumont (1).
Plusieurs députés et plusieurs membres du Jockey- Club et de l'aristocratie s'y trouvèrent mêlés et confondus avec des révisionnistes, des socialistes, voire même des anarchistes. On y remarquait notamment à côté de MM. Drumont, Jacques de Biez, Millot, MM. de Susini/Laur, Laisant, Millevoye, Déroulède, Gabriel, Mermeix, Jourde, députés; le marquis de Mores, le marquis de Meyronnet, le duc d'Uzès, le duc de Luynes, le prince Poniatowski, le vicomte de Breteuil, le comte de Dion, le prince de Tarente, le marquis de Saulty, le vicomte de Kervéguen ; M. Feuillant, l'anarchiste Soudey, le peintre Castellani.
M. de Susini, nommé président, prit le premier la parole et proclama que la France doit être aux Français, et la Gaule aux Gaulois, à l'exclusion des Juifs.
M. Laisant lui succéda à la tribune : « La France, dit-il, ne peut être sauvée que si les Français sont les maîtres chez eux, et aujourd'hui les maîtres en France ce sont les Juifs allemands. » Il terminait en s'écriant : « Guerre aux Juifs »
Le président donna ensuite la parole « au citoyen Mores ».
M. de Mores expliqua que s'il venait défendre M. Laur, c'était parce qu'il avait été le premier à jeter, du haut de la tribune de la Chambre, le cri de guerre aux Juifs.
Il ajoutait : « Soldat et catholique, je suis prêt à mourir pour ma patrie et pour ma foi. Au surplus, je
(l) La réunion de Neuilly a élé la l'i-LMiiièrL' Itataille il"iuie société nouvelle, a dit Jacques de Biez.
n*ai aucun parti politique, mais je veux travailler à débarrasser la France de tous les misérables qui la pillent et la déshonorent !
» On dit que le Parlement ne fait rien. Qui arrête j au passage les réformes ? Les Juifs. Parce qu'il n'est \ pas une réforme qui ne lèse leurs intérêts, qui n'entame leur monopole. Les Juifs se sont placés euxmêmes hors la loi. En Amérique, il y a beau temps qu'on les aurait lynchés ! » Il termina en présentant M. Drumont à l'assemblée.
M. Drumont, vivement applaudi par l'assistance, prononça le discours suivant qui est un véritable cri d'alarme :
« Citoyens,
» Permettez-moi tout d'abord de remercier mon ami de Mores de ses généreuses paroles, permettezmoi aussi de vous remercier de la sympathie que vous me témoignez .. C'est pour moi la plus précieuse récompense du peu que j'ai essayé de faire pour combattre les flibustiers cosmopolites.
» Je ne comptais pas prendre la parole. En venant ici ce soir, en accompagnant le citoyen Laur, j'avais voulu simplement affirmer, ce que constatait si éloquemment Mores, que nous sommes tous d'accord lorsqu'il s'agit de patriotisme et de justice.
» \'ous savez tous, citoyens, quelle est l'exceptionnelle importance de celle élection. Ce sera une date inoubliable dans l'histoire sociale que cette mémorable séance dans laquelle Laur osa prononcer pour la première fois le nom du roi des accapareurs et du chef des Juifs allemands. Avant lui le nom de Rothschild avait je ne sais quoi de sacro-saint ; il semblait que, si l'on eût prononcé ce nom, le plafond de la salle des séances allait s*écrouler et que la terre
cesserait de tourner. Laur a prononcé ce nom : le I plafond de la salle n'est pas tombé, et la terre a continué de tourner...
» Ce que personne n'osait faire, Laur l'a fait, et il l'a fait simplement, sans colère, uniquement parce qu'il est un brave homme et un bon Français... Je ne le connais pas, quoiqu'il soit mon voisin, et quand je vins pour lui tendre la main et le féliciter, je le trouvai tout étonné des innombrables marques de sympathie qui lui arrivaient de tous les coins de la France. « Ce que j'ai fait est pourtant bien simple, me dit-il, je n'ai fait que dire la vérité. »
j> — Sans doute, citoyen Laur, vous n'avez fait que dire la vérité ; mais à une époque où il est si avantageux de mentir, il est très beau de dire la vérité.
» L'œuvre de justice et de vérité accomplie par Laur est celle que s'est proposée la Ligue antisémitique, et voilà pourquoi je suis ici.
» Je ne veux pas abuserde votre attention, citoyens ; mais, puisque je suis devant des hommes de droiture et de cœur, il me sera permis de protester, en mon nom et au nom de mes amis, contre les infâmes /calomnies vomies contre nous par la Presse juive ; il me sera permis de dire : « Voilà ce que nous sommes, voilà ce que nous voulons, jugez-nous ! »
» Ce que nous voulons, citoyens, se peut définir facilement : nous voulons l'égalité devant la loi, nous voulons que la loi soit égale pour tous...
» Allez au Palais de Justice : vous verrez apparaître entre deux gardes municipaux de pauvres diables tout dépenaillés ; ils ont de ces ligures souffreteuses sur lesquelles se lisent toutes les douleurs de la vie, ils sont comme terrassés par la vie, on dirait qu'il a toujours plu sur eux depuis leur naissance. Ils arrivent ahuris, regardent le président et semblent