‹ Jules BretonChapitre 10 sur 48 · L'AMOUR DE LA NATURE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE LA NATURE

à qui je donnai celui de nos paysans. Marie fut satisfaite de mon travail. Cela devait sentir encore l'école de Frémy. »

Au collège de Douai, où son père l'envoya, après le séminaire, l'enfant obtint de suivre des cours de dessin; mais, dans les Mardochées, les Rebeccas, les Moïses et les Scipions, que le maître lui fait copier au crayon et à la plume, il entrevoit les paysans et les paysannes de son (fourrières; il s'al)andonne, avec la volupté des regrets, à des rêveries (|ui évoquent, à travers les murs de la salle d'études, « les champs immenses, les frissons des blés, les meuglements des prairies se répétant au loin, dans l'air libre et sans fin ». Il a bientôt appris à dessiner. Pendant les vacances, tout son temps est consacré à leprésenter les modèles rustiques qu'il a sous les yeux : « jeunes filles qui, le dimanche, après vêpres, venaient, bras dessus, bras dessous, passer mollement devant la ferme, et, au moindre signe, s'encouraient avec des rires sonores et de fuyantes agaceries » ; d'autres, dans, la plaine, au glanage, « les cheveux brouillés, les yeux noirs perdus dans l'or du blé »; ou encore, aux ducasses des villages voisins, les fermières qu'il faisait danser.

A Gand et à Anvers, le souvenir des plaines de l'Artois le hante. Ce souvenir ne tarde pas à devenir une obsession; il en a la maladie du pays, malgré la joie qu'il trouve au travail auprès de maîtres aimés, et malgré les jouissances que lui procure l'étude des chefsd'œuvre, dans les églises et dans les musées. Plus tard, Paris l'enchantera, mais moins par la grandeur de ses monuments, par la beauté de ses femmes, que dans le spectacle de ses paysages merveilleux, et, par contre-coup, dans le rappel de ceux de l'Artois. « 11 vit la Seine, les quais, les arbres, les ponts, les maisons en fusion dans le brasier du soleil. Du Claude Lorrain plus beau, plus rayonnant, plus mystérieux, plus fluide ; le bronze et l'or volatilisés en atomes célestes; la rivière charriant des pierreries. 11 était ébloui — Le Luxembourg était splendide. Il y allait le matin après son premier déjeuner. Il y méditait assis sous les marronniers où lui arrivait le souffle des lilas.... Le silence, quelques roulements lointains de

chariots lui rappelaient son pays. Son cœur se fondait dans d'impétueux désirs de revoir les siens, les champs qui entourent le hameau, d'être tout à coup au milieu d'eux. Il sentait quelques larmes piquer ses yeux. »

Séduit, le jeune artiste laisse là l'école et l'atelier. Il essaye une esquisse d'etï'et de soleil, sur un sujet trouvé au Jardin du Luxembourg; et, aussitôt, il voit un monde nouveau s'ou\rir devant lui. Aux Salons, son admiration va d'instinct aux jeunes maîtres du paysage et de la vie rustique : Corot, Diaz, .Iules Dupré ; il ne se lasse pas de contempler les grands chênes aux cimes dorées par les soleils couchants, les peupliers frissonnants dans les aubes fraîches, les verdures tendres des prairies, et les eaux claires des

rivières et des ruisseaux : c'est l'apparition radieuse de ses rêveries enfantines, au crépuscule, dans les champs d'oeillettes de Courrières, sur les bords fleuris de la Souche/,, dans la forêt enchantée de l^abroye. Alors, en compagnie de son frère de cœur, le peintre Liévin de Winne, il court les prés et les bois de Clamart, de Chaville, et de Meudon. Chaque joiu", la nature leur révélait de nouveaux secrets, excitait en eux de nouvelles allégresses. Il s'installe à Saint-Nom-la-Bretèche.

Tout en étant encore la banlieue de Paris, ce village offrait une rusticité pittoresque; il y conçoit et prépare « Le Retour des moissonneurs ». Mais, un jour, la nostalgie le reprend ; et, précipitamment, il rentre à Courrières.

Dans la maison paternelle, il travaille à divers tableaux dont l'idée lui est venue à Gand,

JEUNE BKETONNE

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