L'AMOUR DE LA NATURE
à Anvers et à Paris, notairiment à un « Campement de Bohémiens ». Cependant, le pays natal commençait à « rechanter dans son cœnr », et à le reconquérir. Il s'est analysé ainsi, à ce moment : « Toutes les premières sensations de cette aube de la vie se réveillèrent avec un délicieux enivrement dans le repos de mes sens rafraîchis par le grand air pur et sain. Je revécus ces frais réveils aux chants des oiseaux, quand l'aurore allume la chambre d'un feu rose ([ui tremble de plus en plus pàhssant dans les reflets d'un ciel d'opale, tandis que les mugissements des étables, les grincements des portails des granges et le cri des coqs enroués dans la buée matinale annoncent à l'entour le recommencement de la vie rustique; je m'étendis de nouveau, pris d'une douce torpeur, sur l'herbe à la fraîcheur de l'ombre où reluit l'a/.ur, lors([iie le grand silence de la méri(henne semble plus muet encore au bruissement des insectes invisibles qui passent soudain dans la chaleur de midi. »
Rappelé par des études et des travaux, le jeune peintre prend gîte à ÎMarlotte, quepeupleune colonie d'ai'tistes, amoureux de la forêt. Mais, la foret l'elfrayc. La première sensation de volupté qu'il y éprouve tourne rapidement en mélancolie; et, le paysan (\e l'Artois, habitué à une poésie plus calme, plus tendre, regarde comme une délivrance de retrouver, le soir, à son retour vers
l'auberge, dans la fraîcheur du couchant — souvenirs de son (À)in'rières et de sa j)laine — les petits sentiers (|ui longent les blés, bordés de saules tendres.
liC pays natal l'a façonné à son image, lui a fait jalousement une âme (rui ne peut admirer
I emilllici JEUNE BRETONNE
d'autres grâces, un cœur qui ne peut aimer d'autres beautés. Malgré les amitiés qu'il a nouées dans la colonie joyeuse, Jules Breton ne peut résister au désir violent du retoui" ; il repart pour Courrières, et s'y installe définitivement.
La nature et l'Artois le possèdent .
Il emplit ses yeux et son âme de visions champêtres. Les moissonneuses, les sarcleuses et les glaneuses passent, le soir, devant lui, « gardant encore dans leurs cheveux emmêlés des ardeurs du jour attardées en auréoles et cernant d'un fil clair leurs silhouettes diffuses ». Le matin, ([iiand la nature, encore voilée et engourdie, attend les premiers rayons du soleil pour s'éveiller, il s'en va, oin dans les champs, « se mouiller ,^\l)lés qui se penchent sur les voyettés »^ et voir « les fumiers fumer près de^ verdures argentées ».
Son premier tableau est une scène de la vie rustique : « Les Glaneuses ». Avec (pielle tendresse, ^avec quelle passion, il l'étudié! Son ^ur de vieillard débordera de lyrisme au souvenir de cette première communion avec la nature.
Aucune infiuence extérieure ne viendra jamais modifier ses sentiments et son idéal. Il visitera le jMi(H, la Provence ; il tombera en extase devant le premier olivier courbant ses rameaux sous le mistral; il