‹ Jules BretonChapitre 12 sur 48 · LAMOUR DE LA NATURE · texte numérisé non relu

LAMOUR DE LA NATURE

contemplera la ville des Papes, vermeille sous les chauds reflets du soleil, et se mirant dans le Rhône endormi. Le jour où il rentra dans son Artois, « les blés mûrissaient; des oeillettes tardives balançaient encore leurs blancs calices...; çà et là, de beaux chardons dressaient fièrement leurs couronnes de carmin, ou laissaient aller au souffle du soir leur soyeuse chevelure blanche; un ciel d'opale, où nageaient quelques rares flocons d'or, vibrait, enveloppant cette mer de blés fauves, d'œillettes, de trèfles et de sainfoins; le cercle immense de l'horizon tremblait au fond de l'air avec ses lointains clochers, ses groupes de peupliers pales et de saules arrondis ».

Alors, le peintre s'écrie, les yeux,

mouillés de larmes : « Voilà le pays que je fuyais! » \^ Quand, plus tard, il reviendra de Bretagne, où pourtant ses impressions d'artiste et de poète furent très intenses, le pied à peine posé sur la terre natale : « elles fuirent, dit-il, comme une nuée de verdiers ». Son cœur, de nouveau, avait « tressailli devant la bonne terre aux luzernes enchardonnées, et aux grands blés doucement balancés dans leur exquise senteur ». La mer armoricaine, comme

KRSSIN l'OlR

LA FIX nu TRAVAIL )>

la foret de Fontai-

nebleau, l'a troublé par son immensité, l'a écrasé de sa grande

ur

Il fait, un jour, le pèlerinage traditionnel d'Italie; il voit, ébloui, charmé, ému, Florence, Gênes, Rome, Venise, etc. ; il admire les immortelles merveilles; mais, de même que pour Corot, Daubigny, Puvis de Cliavannes, etc., la terre classique des arts, au spectacle simultané de la nature et des chefs-d'œuvre, lui a simplement donné plus vive, plus profonde, la perception de l'Antiquité et de la Renaissance; l'artiste revient ce qu'il était à son départ : le Peintre rustique de l'Artois. L'image du pays natal l'a toujours et partout suivi, comme celle de la femme aimée suit l'amant fidèle; constamment, elle s'est interposée, devant ses yeux, entre le rêve et la réalité.

Jules Breton est de la race des grands artistes français, semblables à nos arbres profondément enracinés dans notre vieille terre féconde, et que notre soleil fait, lentement, mais avec vigueur, pousser, grandir, puis porter, avec régularité, chaque printemps, des fleurs aux couleurs fraîches, au parfum délicat, et donner, chaque automne, des fruits savoureux. Tous, ils ont eu pour le pays l'amour le plus tendre, le plus constant; toujours, ils l'ont glorifié, ne pensant pas qu'il puisse en exister d'autres qui méritent mieux d'être aimés, admirés; et leur amour, ainsi, l'a embelli de toutes les grâces, de toutes les beautés, de toutes les magnificences, comme la lumière emplit la nature de ses splendeurs.

li T U D i: U E M A I \

PlU.MIIUU; l'IiNSEE DU TABLF.AU « LES COHMIM AM'KS "

Page 1