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LES GLANEUSES

la foi èt (le Fontainebleau, un paysage de la Gorge aux loups. « Le soleil venait de disparaître sous un bouquet de saules et de peupliers

que dominait un champ de l)lé Et, voici qu'une fille parut, grande

et droite, dans un ton admiral)lement froid sur l'air fauve, les contoui s baignés de lumière. » Il entrevit les paysannes de son Artois revenant des champs de blé; et, de retour à Courrières, il fît le « Rappel des Glaneuses », du Musée du Luxembourg, exposé au Salon de i8')9. Le soleil vient de disparaître derrière les coteaux; suivant les vieux usages, c'est le moment oii la glane doit jnendre fin. Lu gioupe de femmes, jeunes et vieilles, se dirigent vers le village, leius gerbes sur la tête ou sur les épaules, et les épis détachés dans des sacs ou dans les tabliers. Une glaneuse lie en toute hate sa récolte, une autre rapidement ramasse un épi oublié. Appuyé contre une l)orne, le gardechampètre crie, aux retardataires, qu'il faut se dépêcher. Un berger rassemble lentement ses moutons, et les dirige vers la ferme qu'on aperçoit dans le fond, à la lisière du bois.

De 1877 une « Glaneuse », que Jules Breton a décrite lui-

même, dans une de ses poésies :

C'est l'heure où s'en revient superbe, La glaneuse, le front couronné de sa gerbe, Et de cheveux plus noirs (pie l'aile d'un corbeau.

C'est une enfaiU des champs, âpre, sauvage et lière.

Et son gafbe fait bien sur ce simple décor.

Alors cpie son pied nu soulève la poussière,

Qu'agrandie et mêlée au torient de lumière,

Se dressant sur ses reins, elle prend son essor.

C'est elle. Sur son sein tombent des plis de toile; Entre les blonds épis rayonne son œil noir; Aux franges de la nue ainsi brille une étoile; Phidias eût rêvé le chef-d'œuvre que voile Cette jupe taillée à grands coups d'ébauchoir.

En 1895, fut peint le tableau qui a pour titre : « Les Dernières Glanes » ; et, cette année 1898, à 71 ans, le maître a fait un essai de pastel sur toile avec une belle figure de paysanne portant une gerbe de blé.

Au Salon de i86f, Jules lîreton exposait « J^es Saicleuses », nées d'une de ces visions où la nature fournit au peintre le tableau tout fait, dit-il, de sorte que l'interprétation en est al)solument inconsciente. « C'était le soir. Le soleil lari^e et rouge, Ji demi conpé par l'iiorizon droit et bas, se couchait dans rherl)e. En silhouette sur le ciel d'or et de feu, un groupe de sarcleuses, les l)ras tendus pour arracher les chardons et l'ivraie, se traînait à genoux, prosternant sur le champ de blé vert ses faces nimbées par la transparence rose des capuches violettes, comme pour adorer l'astre fécondateur. A deux pas, une jeune fille, détachée du groupe, appuyée sur ses leins, redressait son corps svelte dans des rellets célestes, longue et souple, tout entière sur le fond d'or. Le tal)leau était complet : largeur de lignes, intensité de l'effet, caractère, richesse et simplicité. Pas un détail ne gênait, pas un ton ne faussait l'harmonie. Tel fut le point de départ de mes « Sarcleuses ».

Le tableau fut acheté par le comte Duchatel, qui connnanda au peintre, en pendant, « Les Vendangeuses ».

La même année, était montré au public « Le Col/a ». « Connue des essaims d'oiseaux charmeurs, au milieu de ce travail qu'on croirait si al)sorbant, écrit le maître analysant le travail de l'étude, mille délicieux souvenirs traversent l'âme, réminiscences vagues qu'un ton, qu'une harmonie réveille et (|ui s'épanouissent dans leur vol aux mille couleurs, connue ces bulles de savon ([ue les enfants jettent dans l'air. » Ce tableau est né d'un de ces souvenirs d'enfance, page attendrie de « La Vie d'un artiste » : « Tout à coup, je montrai du doigt, au bout du jardin, une grande masse jaune, si claire, si extraordinairement claire que, rien que d'y penser, je ressens encore comme un ravissement ébloui. Henriette comprit mes élans et mes bras tendus, et me porta vers cette merveille qui n'était autre qu'un champ de colza en fleurs. Je n'ai jamais revu de pareil champ de colza, mais tous les autres me réjouissent à cause de celui-là. Ma nourrice m'en cueillit une branche, et depuis tous les colzas sentent bon. »

En 1868, parut « La Récolte des pommes de terre ». Ce sujet sera traité de nouveau, mais d'une façon différente, en 1894, sous le titre de

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