PLANTATION D'UN CALVAIRE
quement iiaiiée dans iiii chapitre de « fia Vie (l'un artiste » : « Arriva le jour de la plantation du calvaire. Le Christ attendait chez nous. Il nous impressionnait pai' sa beauté ({ui contrastait avec la fruste laideur des saints de réi>lise. Un peintre vint de Lille pour le badigeonner; un peintre pale avec de longs cheveux, ce qui dans mon estime nuisit considérablement à Frémy. D'ailleurs, au lieu de peindie la chair uniformément rose, il sut la nuancer de veines bleues et en varier les teintes fondues avec un art pariait. 11 avait fait soi tii" séparément de la plaie du côté trois gouttes d'eau et trois gouttes de sang. Mon oncle lui lit observer que le sang et l'eau devaient être mêlés. Il lit le changement en admirant la perspicacité de la rcmarcpie. Les grands artistes sont tous modestes!
« Ce fut une grosse aflaiie <[ue cette plantation de < al\aire et qui n'alla pas sans quelque peine. Au village on ne peut s'occuper de n'importe quoi, sans rencontrer des tracas sur son chemin. D'abord s'agita la ([uestion du costume pour les chanteuses. La robe blanche fut unanimement acceptée, mais lorsque mon oncle proposa la ceinture noire parce que la cérémonie devait revêtir un caractère de deuil, une vive opposition s'éleva dans le féminin troupeau. On \oulait la ceinture bleue. IMon oncle tint bon et imposa la ceinture noire. Cela amena des démissions : la plus jolie et aussi la ])lus cocjiu'tte se retira et ne revint plus. Autre difliculté : une des chanteuses a\ait une voix de garçon, ce (jui, selon les autres, gâtait l'harmonie. Klles l'expulsèrent. De là des fui-eurs d'amour-propre qui gagnèrent les amants et les parents des mécontentes. Tout le village en fut troublé. On en \it bientôt les eifets. Ainsi les nuisiciens des pompiers (|ui devaient, à ladite cérémonie, exécuter des marches funèbres, excités par l'amoureux de la belle co(piette démissionnaire, se mutinèrent, refusèrent de jouer. »
lia « Plantation d'un calvaire » fait partie des collections du Palais des aits de i>ille.
En l'ut exécutée, et exposée au Salon, la « (]onséciation
de l'église d'Oignies », que possède la famille de Clercq. En i884, l'artiste peignit « Les Connnuniantes ».
Dans les tableaux de la série des Fêtes religieuses, la préoccu-
pation (le la composition décorative semble toujours associée à la reclierclie du caractère dans les physionomies; elle la prime parfois, bien que l'artiste se soit surtout laissé aller à la joie des études, patientes et minutieuses, pour l'expression des types qu'il représente, et qui ont beaucoup d'originalité. Les femmes de l'Artois sont grandes, vigoureuses, et imposantes dans l'ampleur des formes auxquelles le développement par le tra\ail des champs donne une grâce fière et robuste, l^es visages se distinguent par des traits énergiques, par de chaudes carnations, et par de beaux yeux noirs. Les fichus de couleurs, les coiffes blanches, ont de la peine à contenir les opulentes chevelures blond cendré ou châtain clair. La physionomie générale a une gra\ ité de gestes, de mouvements et d'attitudes, qu'accentue rhal)itude des capes de couleur sombre, tombant en plis rigides qui enveloppent le corps, des pieds à la tète recouverte d'un large capuchon ruché.
]jH source du charme et de la poésie de « La Bénédiction des blés » est moins dans le spectacle de la piété naï\e et de la foi simpliste de tous les paysans qui escortent le prêtre, porteur de l'image du maître du monde, que dans l'expression des effets des rayons du soleil, qui dorent les chasul)les, les dalmatiques, les surphs, les capes, et les coifles, en grandissant les figures par le contraste de la lumière et de l'ombre, et qui cou^rent la plaine d'une clarté qu'on semble entendre, tant elle est à la fois profonde, harmonieuse et douce : murmure de la \ie de la nature, sur lequel les psaumes et les cantiques
DESSIN 1' () l R « LA FIN' D tl T R A V A 1 L