DESSIN POUR « LES LAVANDIERES
reflet; la sincérité et la vivacité de son émotion font l'originalité et la puissance du sujet qu'il représente. L'œuvre d'art doit ainsi partir des sens pour arriver à l'idée, suivant l'exacte et pittoresque image de Jules Dupré, comme un arbre qui a sa cime en plein ciel, mais sa racine en pleine terre.
Jules Breton étudie la vie rustique sous le point de vue que son amour profond de la nature et ses observations des ti avaux des champs lui ont montré le plus précis, et le plus suggestif d'émotions artistiques : la beauté des êtres et des choses, en ce sens que leur fonction normale est conforme aux lois de X leur développement. La laideur et la ^^(/ misère lui sont apparues comme un ■ accident, comme une déchéance, conséquences des vices et des abus ; mais, sa bonté et sa foi les repoussent, en tant qu'évolution fatale d'une race que la Providence aurait condamnée. Il n'est pas normal d'être difforme, cassé, voûté, égrotant. Si le type masculin, dans l'œuvre de Jules Breton, est une exception, ne figure qu'à l'arrière-plan, ou dans les enseml)les de foules, si toutes ses préférences vont au type féminin, c'est que le premier ne lui a pas semblé réunir, en fait d'éléments décoratifs, les conditions essentielles, requises, que possède et offre le second, par suite de sa beauté, de sa grâce et de son élégance naturelles. Par cette esthétique, sinon par cette
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L OEUVRE
morale, Jules Breton (litière complètement de Millet, avec lecjuel on l'a souvent mis en parallèle comme peintre de paysans. Leur origine, leur éducation et leur existence expliquent pourquoi ils ont vu, compris et aimé la nature, de façon à passer l'un pour un réaliste et l'autre pour un idéaliste, d'ailleurs également sincères, convaincus et passionnés.
On sait ce qu'a été la vie pour le maître de Courrières : douce, calme, sans luttes douloureuses contre une cruelle fatalité; où, dès les débuts, sont venus à l'artiste le succès et les lionneurs.
Le maître de Barbizon, lui, est né au bord de la mer houleuse, sous un ciel constamment gris, dans un pays « désolé et terrible, (ju'une ceinturé de hautes falaises granitiques entoure de toutes parts, où des massifs (le rochers noirs, soulevés du sein des abîmes, sortent des eaux en ligures bizarres et hérissées ». l^a maison paternelle est une vraie ferme, au toit de chaume, aux murs de pisé et de galets noirs, percés de rares et étroites fenêtres, ne laissant passer qu'un jour sombre. Aîné des lils, il a été l'aide de son père; il a fauché, labouré, moissonné, battu en grange avec les fléaux, et manœuvré à bout de bras les cribles pesants. « Comme je n'ai jamais de ma vie vu autre chose cpie les champs, écrivait-il à un ami, je tâche de dire comme je pense ce (jue j'ai vu et éprouvé quand j'y travaillais. » A Bar-