‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 17 sur 69 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

SIXIÈME ANN£E de la GOERRE (Af. I.-C 5a — de R. 701). Consuls : Gn. Domlthis Cal vi nus et M. Valerius llessala.

« César, s'attendant pour beaucoup de raisons à un plus grand soulèvement de la Gaule, résolut d'envoyer

' PaîUioqu9 habuU post id fadum Cxsar quèetiorem GaUiam (Vt lvi).

62 JULES CÉSAR EN GAULE, Ck>MMBMT. VI.

trois de ses lieutenants en Italie pour y faire de nouvelles levées de troupes. Et, en même temps, comme le proconsul Cn. Pompée restait sous les murs de Rome avec le commandement dans l'intérêt de la république , il le pria d'ordonner que les recrues de la Gaule cisalpine, auxquelles il avait fait prêter serment pendant son consulat, se réunissent sous leurs enseignes et se rendissent à Tarmée de Gaule transalpine. Pompée s'étant prêté à cet arrangement, et pour le bien général et par amitié pour César, les lieutenants envoyés par ce dernier firent promptement le choix des recrues, et en composèrent trois légions qu'ils lui amenèrent avant la fin de l'hiver. Ce qui lui rendit le double des quinze cohortes qu'il avait perdues avec Q. Titurius \ et montra bien, par la promptitude et l'importance de ce renfort, ce que pouvaient la discipline et les ressources du peuple romain. »

Nous devons faire remarquer ici que ces trois légions de renfort pour la guerre de Gaule, qui furent ainsi tirées de la Gaule cisalpine y provenaient d'une population en majeure partie gauloise , et mélangée seulement d'un petit nombre de colons romains.

^ Duplicatoque earum cohortium numéro^ qutu cum Q. TUurio anUsercU. — Évidemment, diaprés ce tette, les légions de César étaieat composées chacune de dix cohorleSj ainsi que nous l'avons admis dans nos préliminaires; et César, qui avait précédemment tout au moins huit légions^ en a maintenant au moins neuf et cinq cohortes*

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. VI, § i. B3

S 1. — Incunion de César dans le pays des Nerviens, dans celui des Sénons

et daus celui des Méuapiens.

« Après la mort d'Indutiomare , les Trévires avaient déféré le commandement suprême à ses proches, qui obtinrent la promesse d*un secours de quelques-unes des peuplades germaines , mais non des plus voisines , et qui s'entendirent avec Ambioriic. Informé de ces menées et vopnt que de tous les côtés on se préparait à la guerre : que les Nerviens, les Aduatiques et les JUénapiens^ unis à tous les Germains cisrhénans, étaient en armes ^ ; que les Sénons ne se rendaient point à ses ordres et se concertaient avec les Camutes et avec d'autres cités voisines; que les Trévires envoyaient sans cesse des émissaires solliciter du secours des Germains, César pensa qu'il devait lui-même entreprendre au plus tôt la guerre. C'est pourquoi, avant la fin de F hiver, réunissant les quatre légions les plus rapprochées, il se jeta à l'improviste sur le terrilobe des Nerviens; et, avant qu'ils pussent se rassembler m s' enfuir y il leur prit un grand nombre d'hommes et de besHaux, qu'il abandonna aux soldats à titre de butin i il ravagea leurs champs, et les força à lui livrer des otages *.

■ Cmsar^ çuum ttndiqu» beUum parari viderety Nertiot, Aduaticos, ac Menapioêj adJunciU eUrhenanis omnibus Germanis, eue in armi<.— Nous allons voir plus loin qa'aueun de ces peuples n'était réellement en armes, et que cette assertion de César n'est qu'un prétexte dont il se sert pour couvrir la fureur de ses Tengeances, dont le lecteur va pouvoir juger.

' On reconnaît ici avec certitude que les Nerviens n'étaient nullement ioi^s les armeSy bien que César l'ait affirmé plus haut«

64 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VI.

Cette entreprise terminée, il ramena les légions dans leurs quartiers d'hiver.

a Le printemps venu , il convoqua l'assemblée de la Gaule, suivant l'usage qu'il avait établi*, et toutes les cités s'y étant rendues, excepté les Sénons, les Camutes et les Trévires, il jugea que c'était de leur part un indice de défection et de guerre. Ayant donc ajourné l'assemblée, en lui assignant pour nouveau lieu de réunion LatècCy la ville des Parisiens, il se porta à marches forcées dans le pays des Sénons. A la nouvelle de son approche, Accorij qui était le chef de la défection, ordonne que tout le monde se réfugie dans les oppida. On s'y rendait en toute hâte, quand les Romains arrivent. Forcés de renoncer à cette chance de salut, les Sénons envoient des députés à César pour demander grâce. Ils lui sont présent tés par les Éduens, dont ils étaient depuis longtemps les amis et les clients. A la prière des Éduens, César leur fait grâce volontiers, et accepte leurs excuses : attendu que, dans sa pensée , il importait d'employer la saison d'été à poursuivre la guerre, non à faire une enquête. Il ordonne qu'on lui livre cent otages, et en confie la garde aux Eduens. Les Carnutes font aussi leur soumission , et , par t entremise des Rhèmes^ patrons de leur cité, ils obtiennent dtêtre traités de la même manière. Puis^ César termine la session de l'assemblée, et ordonne aux cités de lui fournir de la cavalerie.

* Oq voit que César jouait complètement le rôle de protecteur de la Gaule. Quel protecteur!

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. VI, § i. 65

c Cette partie de la Gaule ainsi pacifiée, il dirigea toutes ses pensées et toute son activité contre les Trévires et contre Ambiorix. II se fit accompagner par Cavarin avec toute la cavalerie des gênons , de crainte que le ressentiment de ce chef, ou la haine çt/il avait méritée, ne suscitassent quelque soulèvement dans la cité. Ces choses réglées, comme il tenait pour certain qit Ambiorix ne tenterait point le sort des armes, il cherchait dans sa pensée quel autre parti ce roi des Éburons pourrait prendre. Les Ménapiens étaient limitrophes des Éburons, et leur territoire était couvert de marais et de forêts sans fin. César savait qu'Ambiorix avait avec eux des liens d'hospitalité, et, de plus, que les Trévires lui avaient yagné Famitié des Germains. 11 pensa donc qu'il fallait enlever à Ambiorix ces deux appuis, avant de lui faire la guerre, afin que, lorsqu'il serait réduit à toute extrémité, il ne pût ni se cacher chez les Ménapiens, ni se réfugier chez les Germains.

ff Ce plan arrêté, César envoya les bagages de loule

Tarmée, avec deux légions, auprès de f^abienus; et luimême, avec dnq légions sans bagageSy s'achemina vers le pays des Ménapiens. Les Ménapiens, se croyant abrités par la nature de leur pays , n'avaient rassemblé aucunes troupes; ils s'enfuient de toutes parts dans les forêts et les marais^ avec ce qu'ils peuvent emporter de leurs biens ^ César met une partie des troupes sous les or-

' Ainsi les Ménapiens non plus n'étaient point en arme8| malgré l'aflir' 11. 5

^ JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VL

dres du lieutenant C. Fabius, une autre sous ceux du questeur M. Crassus ; et , faisant jeter promptement des ponts, il pénètre dans le pays de trois côtés à la fois, incmdie les habitations et les villages , s'empare de beaucoup i¥ hommes et de troupeaux. Les Ménapiens, ainsi forcés de demander la paix , lui envoient des députés à cet effet. César se fait livrer des otages et déclare aux Ménapiens qu'il les tiendra pour ennemis s'ils reçoivent Ambiorix ou ses envoyés. Ceci bien convenu, il laisse chez eux TAtrébâte Commius avec de la cavalerie, en le chargeant de les surveiller; et il part lui-même pour se rendre chez les Trévires. »

$ 11. — Deuxième défaite des Trévires par Labieaus.

a Pendant ces expéditions de César, les Trévires, après avoir rassemblé beaucoup de troupes d'infanterie et de cavalerie, se disposaient à attaquer de nouveau Labienus et la légion avec laquelle il avait passé t hiver dans leur pays* Déjà ils n'étaient plus qu'à deux journées 'de marche de son camp, lorsqu'ils apprirent que les deux autres légions envoyées par César y étaient arrivées. Alors ils campèrent eux-mêmes à quinze milles de distance , avec l'intention d'attendre là les renforts qui devaient leur venir de la Germanie* Labienus, informé des inteiUions des ennemis, et

mation précédente de César. H est donc en contradiction avec lui-même, et l'on en doit conclure qu'il s'agit ici d'incursions déTastatrices, poussées spontanément parmi ces trois cités gauloises.

PREMIÈRE ÉPOQUE, Châf. Y1, g ii. (>7

comptant que leur témérité pourrait lui fournir quelque bonne occasion de combat, laissa cinq cohortes à la garde des bagages ; et lui-même , avec les vingt-cinq autres cohortes ^ et une nombreuse cavalerie , se dirigea du côté des ennemis et campd à mille pas d'eux, séparé par une rivière difficile à franchir et dont les bords étaient escarpés.

« Labienus ne songeait point à la passer, et ne pensait pas que les Trévires eux-mêmes se décidassent spontané* ment à la franchir. Ceux-ci, chaque jour, comptaient de plus en plus voir arriver les Germains. Dans cette situation, Labienus déclare en plein conseil que, puisque les Germains approchent, dit-on, il ne veut pas mettre en péril son sort avec celui de l'armée, et qu'il décampera le lendemain matin. Ceci est promptement rapporté aux Trévires; car il était bien naturel que , parmi tant de cavaliers gaulois qui se trouvaient avec les Romains, quelquesuns fussent favorables aux intérêts de la Gaule. Mais, pendant la nuit suivante, Labienus convoque séparément les tribuns et les centurions des premiers ordres, leur explique son projet; et, pour faire croire aux ennemis quil éprouve de la crainte^ ordonne de lever le camp avec plus de bruit et de tumulte — majore slrepitu et tumultu — que n'en comporte Thabilude des armées romaines. De

* On voit ici, avec toute certitude, que (rois légions de Tarmée de Gaule étaient composées de trente cohortes: Ainsi, chaque légion se composait rëeUement de dix cohortes^ comme nous l'avons admis dans nos préliminaires sur les moyens militaires de César en Gaule.

68 JULES CESAR EN GAULE, CouitENT. VL

cette manière, il fait ressembler son départ à une fuite — his rébus fugœ similem profectionem efficit * .

« L'ennemi était campé si près que ses vedettes l'informent de ce départ avant la venue du jour. A peine l'arrière*garde des Romains était-elle Sortie des retranchements, que les Gaulois, croyant qu'ils fuient, et sans vouloir attendre t arrivée des Germains, n'hésitent pas à traverser la rivière et à engager le combat dans une position désavantageuse ^. Labienus revient sur eux. Ils De supportent pas même le premier choc, et, prenant la fuite, ils se jettent dans les forêts voisines. Labienus les fait poursuivre par la cavalerie, en tue un grand nombre, fait beaucoup de prisonniers ; et, peu de jours après, il reçoit la soumission de toute la cité des Trévires.

tf Les Germains qui venaient au secours des Tréviresi apprenant leur défaite, retournèrent chez eux, accompagnés des proches d'indutiomare, qui avaient élé les auteurs de la défection de cette cité , et qui prirent le parti de s'exiler. Le premier rang et l'autorité suprêcne furent dès lors attribués à Cingetorix, que nous avons dit être resté dans le devoir depuis le commencement. »

On voit très-bien ici la subtilité paradoxale du langage (Je César, l'habileté avec laquelle il parvient à fausser le

* Nous signalons ici au lecteur ces expres^NJons du lexlc qui doivent nous servir d'appui dans une discussion importante qu*oa trouvera plus loin.

' Nouvelle preuve de la facilité avec laquelle on pouvait tromper la race gauloise et la faire tomber dans un piège, en flattant ia confiance dans sa propre force militaire.

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. VI, § iir. tt9

gens des mots les plus usuels. A l'entendre, d'une part, la défection, c'est fade des proches du chef légitime de la cité, qui Font aidé à la défendre, au prix de sa tête, contre f étranger ; d'autre part, la fidélité au devoir^ c'est tacte de celui qui, pour se faire élever au pouvoir suprême par la force étrangère et contrairement à la volonté des citoyens, a aidé t étranger à se rendre maître de la cité et à faire couper la tête au chef suprême. Peut-il effectivement exister un devoir et une fidélité du citoyen à t égard de t envahisseur de la cité? Aussi Caton, qui avait percé à jour l'habileté sophistique du langage de César, s'écriait-il dans le sénat, en réfutant son opinion favorable à Catilioa : « En vérité, depuis quelque temps, nous ne connaissons plus ici le véritable nom des choses '... »

S III. — Deuxième expédition de César en Germanie.

a Arrivé du pays des Ménapiens chez les Trévires, César résolut de passer le Rhin, pour deux motifs : l'un, que les Germains avaient envoyé contre lui des secours aux Trévires, et l'autre, qu'il ne voulait pas qu'Ambiorix trouvât un refuge auprès d'eux. Ce projet arrêté, il entreprit de jeter un pont sur le fleuve, un peu au-dessus de fouirait où il avait précédemment fait passer f armée *.

' Jam pridem eqtUdem nos vera rentm vociUmla amlnimus,.. — Sal- LusTB, CatUina, lu.

> Ce deuxième poot sur le Rhin fat établi» comme on va le voir ci-après, du territoire des Trévires (rive gauche), au territoire des Ubiens (rive droite) ; ce qui le place approximativement au voisinage de Coblentz, Or, comme il l'tait situé sur le cours du fleuve tm peu au-dessus du premier, 'dit César, il

70 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VL

Les soldats y mirent une grande ardeur , et en peu de jours ce deuxième pont fut établi de la même manière que le premier. César, après avoir laissé une forte garde à la tête du nouveau pont, du côté des Trévires, lit passer audelà du fleuve tout le reste de l'armée et la cavalerie.

a Les Ubiens protestèrent en sa présence qu'ils n'avaient aucunement participé à la guerre contre les Romains, et lui exposèrent que les Suèves seuls avaient envoyé du secours aux Gaulois. César, s'étant assuré qu'ils disaient vrai, les chargea d'envoyer chez les Suèves un grand nombre d'é* claireurs (ou plutôt d'espions) pour reconnaître ce qui s'y passait. Peu de jours après , on vint lui apprendre que , avertis de l'arrivée des Romains, les Suèves et leurs alliés, avec toutes leurs troupes et toutes celles de leurs alliés, s'étaient retirés au fond de leur pays, où se trouve une forêt d'une immense étendue, appelée Bacenis, qui sépare les Suèves des Cbérusques , et que les Suèves avaient résolu d'attendre les légions à l'entrée de cette forêt \..

« Sur ces renseignements, César ne jugea point à propos de s'avancer plus loin en Germanie ; il repassa le Rhin, fit détruire le pont sur une étendue de deux cents pieds, du côté du territoire des Ubiens, fit fortifier l'extrémité opposée, et y laissa le jeune C. Volcatius Tullus avec une garde de douze cohortes. »

s'ensuit que ce premier ponty dont la position n'a point été indiquée précédemment dans le texte, doit avoir été établi vn peu plus bas que Cobleniz, et par conséquent non bien loin de Bonn,

' Ici César a intercalé dans le récit de la guerre une notice sur les mœurs et les coutumes des Gaulois et des Germains,

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chm». VI. § iv. 71

$ IV. — César lance l'armée et appelle tous les brigands de lx>nne \olonlê .1 la recherche d'Ambiorix et au pillage des Éhurons. Accident à Aduatuca : mise à feu et à sang du pays des fiburons. Accon, roi des Séoons. livré au supplice.

« Puis, les blés commeDçant à mûrir, César fit partir en avant contre Ambiorix L. Minucius Basilus avec toute la cavalerie, a travers la forât des Ardennes, qui est la plus grande de toute la Gaule, et qui s'étend des bords du Rhin et du pays des Trémres jusqu'à celui des Nerviens, sur une longueur de plus de cinq cents milles \ Il avait l'espoir que la rapidité et Timprévu de cette marche pourrait amener quelque bon résultat. Il lui recommanda d'empêcher qu'on n'allumât des feux dans son camp, afin de mieux cacher son approche ; et il ajouta que luimême allait le suivre de près.

c Basilus se conforme à ses ordres. Après une marche rapide à laquelle personne ne s'attendait, il surprend une grande partie de la population dans les champs * ; et, sur

■ MiUlbusçue ampUtu quingentis — plus de 500 milles (plus de 750 kilomètres). Voilà évidemment une erreur de distance. Or, on ne peut attribuer une telle erreur à César, qui avait tant de fois parcouru ces contrées ; il faut donc admettre que la leçon est fautive. L'expression juste, en chiffres roods^ serait : plus de deux cents milles, — miliibusque amplhu ducentis, ou bien, miUUnuque amplius ce. — Ainsi la faute de leçon consisterait dans la substitution de quingends à ducentis, ou de n à ce. On voit que celte erreur d'écriture a pu facilement se glisser dans les manuscrits. L'exagération se conçoit d'autant plus facilement ici qu'il s'agissait de la plus grande forêt de la Gaule, et que le territoire de la Gaule était couvert de beaucoup de vastes forets.

' On voit encore ici que les Ëburons n'étaknt point m armes t contrairement à l'affirmation précédente de César.

72 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VI.

les indications qu'il en reçoit, il pousse à un certain endroit où Ambiorix se tenait, sans défiance^ avec quelques cavaliers, et réussit à lui enlever par surprise ses équipages de guerre, ses chars et ses chevaux. Mais le chef gaulois eut l'heureuse fortune d'échapper de sa personne à ce péril soudain. Son habitation était entourée d'un bois (comme le sont presque toutes les habitations des Gaulois, qui, pour se mettre à l'abri des chaleurs, recherchent le voisinage des forêts et des eaux courantes), et là, dans un étroit passage, ses compagnons et ses amis dévoués ayant pu soutenir et arrêter un instant la charge des cavaliers de Rasilus, il leur fut possible d'amener à Ambiorix un cheval, sur lequel il s'élança et se trouva bientôt hors de toute atteinte sous le couvert des bois.

« On ignore, dit César, si ce fut à dessein ou faute de temps qu'Ambiorix n'avait point rassemblé ses troupes autour de lui ; mais, ce qui est certain, c'est qu'il fit secrètement donner avis, de tous les côtés dans la campagne, que chacun eût à pourvoir à son propre salut. Les uns se réfugièrent dans la forêt des Ardennes , les autres dans les marais y attenants, et ceux qui n'étaient pas éloignés de l'Océan se cachèrent dans les îles que forment lès marées ; un grand nombre s'expatrièrent et cherchèrent un asile chez des peuples très-éloignés. Caiivulce, roi de la moitié des Ëburons, qui s'était associé à l'entreprise d'Ambiorix et qui était très-avancé en âge, ne pouvant supporter ni les fatigues de la guerre ni celles de la fuite, prit le parti, après avoir chargé de malédictions Ambiorix,

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. VI, § iv. 73

qui r avait entraîné dans cette entreprise y de s'empoisonner avec le fruit de l'if, arbre qui croit en abondance dans la Gaule et dans la Germanie '.

<c Les Sègnes et les Condruses ^^ peuples originaires de la Germanie, considérés comme Germains et établis entre les Éburons et les Trévires, envoyèrent à César une députation, pour le supplier de ne pas confondre dans un même jugement tous les Germains cisrhénans, et pour lui attester qu'ils n'avaient, quant à eux, envoyé aucun secours à Âmbiorix. César, après s'être assuré de la vérité en faisant interroger les captifs ^, se borna à exiger de ces deux peuples qu'ils lui livrassent les Éburons qui se se* raient réfugiés chez eux, et leur promit que, s'ils se conformaient h cette injonction, il ne ferait, lui, aucun dégât sur leur territoire *.

« Puis, il divisa f armée en trois corps et fit réunir les bagages de toutes les légions à Advatuca. C'est le nom iun fort situé presque au milieu du territoire des Ébu*

' Doit-on bien ajouter foi à ces malédictions que César place dans la bouche de Cativulce? La mort de ce digne et courageux Gaulois ne ressemble-t-elle pas plutôt à relie que Caton se donna lui-même à Utique, six ans plus tard et dans des circonstances tout à fait semblables?

' Ces deux peuples occupaient ia région méridionale du pays de Liège LuCondruses étaient dans le Condroz (au sud -ouest de Liège) ; et proliablemeot lesSè[7»ef étaient dans le pays coutigu au Condroz du côté de l'ouest.

^ Sxplorata re quxstïone eapiivorum. — Probablement le véritable sens de ce passage est celui-ci : « en faisant donner la question aux captifs ». Mais, dans le doute, nous avons dû adopter Tautre sens, qui est plus favo* rable à Tauteur du récit.

* Si Ua/eeiuent^ fines eorum se violaturum negavii. — On voit par là que César va passer sur le territoire de ces peuples. 11 est important de le remarquer.

^^ JULES oSsab en gaule, comment, vl

rons, et ofi Titurius et Arunculeius avaient précédemment établi leurs quartiers ^ hiver. César choisissait ce lieu, nonseulement à cause de sa convenance à d'autres égards, mais encore parce que, les retranchements élevés Tannée précédente étant parfaitement conservés, les soldats se trouvaient dispensés d'autant de travail. Il y laissa pour garde la quatorzième légion^ l'une des trois qui avaient été récemment amenées d'Italie. Il confia le commandement de cette légion et du camp à Quintus TuUius Cicéron, et lui laissa de plus deux cents cavaliers. Des trois corps d'armée, il envoya T. Labienus avec trois légions du côté de l'Océan, dans les contrées qui touchent aux Ménapiens (c'est-à-dire au nord du pays des Ëburons); et C. Trebonius, avec un même nombre de légions, dans les contrées limitrophes des Aduatiques (c'est-à-dire à l'ouest); luimême résolut de se rendre , avec les trois autres légiom \ sur les rives de la Sambre -, qui se jette dans la Meuse, et

■ César avait donc alors en Gaule plus de onze légions, h savoir, douze cohortes, laissées précédemment à la garde du pont du Rhin, et dix légions qui figurent ici.

- Il y a dans le texte : —Ad (lumen Scaldim, quod in finit in Mosam, exlremasque Arduennx partes ire constiluit.., VI, xxxii. — Voilà encore ici une erreur géographique évidente, qu'on ne saurait imputer à César, et que nous avons dû rectitier comme l'a proposé Hubert, cité par Hotman, et comme le veut la nature des choses, en substituant Sabim à Scaldim^ c'est-à-dire la Sambre à TEscaut.

En effet : l'' L'Escaut ne se jette point dans la Meuse, mais dans l'Océan ; tandis que la Sambre se jette dans la Meuse à Namur. — 2® César vient de dire plus haut que la forêt des Ardennes s'étend, depuis les bords du RMnet le pays des Trévires , jusqu'au pays des Nerviens {où coule la Sambre) ; or ici, arrivant des bords du Rhin, il se rend à l'autre extrémité de cette forêt qui s'étend jusqu'au pays des Nerviens ; donc, il se rend sur les rives de la Sambre,^

PREMIÈRE ÉPOQLE, Chap. VI, 8 iv. 75

à textréndté de la forêt des Ardennes (c'est-à-dire au sud-ouest), où Âmbiorix, disait-on, s'était dirigé avec un petit nombre de cavaliers. Au moment de partir, il promit d'être de retour le huitième jour, pour la distribution du blé , qui devait être faite ce jour-là aux troupes lais* sées à la garde du camp. 11 recommanda à Labienus et à Trebonius, si l'intérêt public ne s'y opposait pas, d'être de retour à cette même date, pour s'entendre de nouveau, se communiquer ce que chacun aurait découvert du plan des ennemis, et prendre au besoin d'autres mesures mi« Utaires *.

3* César Tient de donner à entendre que, dans cette marche, il devait traverser le pays des Sègnes et des Condrtues (le Condroz); or, c'est précisément la direction qui le mènerait sur ie$riv€*de la Sambre. Cette même direction, il est vrai, le mènerait aussi au-delà sur les rives de l'Escaut; mais TEscaut est bien loin en dehors du pays des Êburons que César va ravager ; et il dira ci-après qu'il a exécuté cette marche, d partir cTAduatuca, point presque cen^ irai du pays des Éburons, pour aller sur les rives du fletive dont il vtutpar» 1er ici et revenir au point de départ ^ le tout dans l'espace de sept jours ; or, un si court espace de temps a bien pu suffire pour une expédition dirigée à iravers le pays des Condruses et s'arrétant sur les rives de la Sambre; mais non pour une expédition poussée jusqu'aux rives de l'Escaut : qui exigerait de plus environ quatre journées de marche au-delà de la Sambre. Il faut donc bien lire ici dans le texte Sabim au lieu de Scaldim»

' Où était situé ce point do ralliement de l'armée de César, Aduatuca?

L'emplacement du fort d* Aduatuca des Éburons a été l'objet de beaucoup de recherches de la part d'illustres savants de France, de Belgique et d'Allemagne, dont nous avons plusieurs publications sous les yeux. Oserionsnous dire qu'on n'y a peut-être pas apporté une méthode assez rigoureuse et qu'il serait possible de restreindre davantage l'incertitude qui règne encore à ee sujet, au moyen d'un Tableau synoptique de toutes les données que fournissent les divers textes de César? Qu'on nous permette de présenter ce tableau.

Pour éviter toute confusion des choses, il est bien entendu ici que le nom à'Aduatueay tout court, indiquera, comme dans les Cofnmen/aire«(VI,xxxi), ce fort situé presque au milieu du territoire des Ébttrons, où Sabînus et

70 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VL

ce 11 n'y avait chez les Ëburons, comme on Ta vu plus haut (est-il dit dans les Commentaires)^ ni corps de troupes

CoUa avaient été placés en quartiers d'hiver : fort que nous distinguons nettementf soit de Voppidum des Aduatlques situé chez ce dernier peuple sur des rochers trës-escarpés, et dont César parle aussi, mais qu'il ne nomme point (U, xxix) ; soit de la viUe des Tongres, désignée au temps d'Auguste sous ce même nom, Adualtica ou Àtuatuca Tungrorum, et dont nous dirons un mot à la fin de cette note.

Rappelons d*abord une remarque que nous avons faite en son lieu et dont on doit tenir compte ici, à savoir : que César n'indique nullement dans quelle direction, à partir d'Aduatuca, se mirent en marche les quinze cohortes de Sabinus et Cotta (V, xxxi). On a admis jusqu'à ce jour qu'elles se dirigèrent sur le camp de Cicéron, en se fondant pour cela sur cette parole de Sabinus dans le sein du conseil : Ad proximam legionem perventuros (V, XXIX). Mais il est certain, d'après le style habituel de César aussi bien que d'après la grammaire, que cette expression, proximam, n'offre rien de comparatifs et qu'elle indique simplement une légion très^rapprochée d'Aduatuca, comme rtaientrune et l'autre légion, aussi bien celle de Labienus que celle de Cicéron. Or, celle de Cicéron étant du côté de l'ouest et chez les Nerviens, ennemis des Romains, tandis que celle de Labienus était du cdté du sud-ouest et chez les Rhèmes, amis des Romains, et Labienus lui-même étant le principal lieutenant de César, il était naturel que, pour faire retraite d'Aduatuca, les quinze cohortes allassent se réfugier auprès de Labienus plutôt qu'auprès de Cicéron. Et, de fait, les quelques fuyards qui échappèrent à la mort se dirigèrent sur le camp de labienus (V, xxxti). Par conséquent, c'est plutôt dans la direction du camp de L-jbienus qu'il faut chercher la grande vallée où les quinze cohortes furent écrasées après leur sortie d'Aduatuca, que dans la direction du camp de Cicéron, comme on l'a fait, parait- il, jusqu'à ce jour.

Quelle était la distance d'Aduatuca au camp de Cicéron , à celui de Labienus, et la distance de ces deux camps entre eux?-- A cet égard, les textes fournissent trois données assez précises, à savoir (d'après la collation des manuscrits pir André Frigell) : i« que le camp de Cicéron se trouvait à environ 50 milles (75 kilomètres) d*Aduatuca; v* que celui de Labienus en était un peu plus éloigné (V, xxvii) : admettons un cinquième en sus, ce qui fera 60 milles (90 kilomètres); et 3"* que ces deux camps étaient placés à environ 50 milles (75 kilomètres) l'un de l'autre (V, li — àliat lui). De sorte que les trois lieux en question doivent se trouver placés aux trois sommets d'un triangle isocèle, dont la base, représentée par la distance d'Aduatuca au camp de Labienus, serait de 90 kilomètres, et dont les deux côtés égaux seraient de ih kilomètres chacun.

PREMIÈRE EPOQUE, Chak VI, § iv . 77

prêtes à combattre, ni postes ou places-fortes garnies de défenseurs sous les armes; mais la multitude était dispersée

Traçoos ce triangle sur an morceau de painer, à Téchelle de la carte qu'on voudra consulter; découpons-le exactement; plaçons-le sur la carte, la base tournée au sud -est, le sommet au nord-ouest, et inscriyons*y, à Vançle eu, l'inîtiale d'Aduatuca, à Vanglê nord'Ouesi celle de Cioéron, et à VangU sud oeUe de Labienus. On aura ainsi un petit moyen géographique trèssimple pour contrôler et discuter clairement toutes les opinions émises au sujet de la position relative de ces trois lieux sur le terrain. Car il est obligatoire pour tous que ees trois lieux soient très-approximativement dans la position relative des trois sommets du triangle présenté sur la carte : ou bien il faut renoncer aux indications fournies par César et rester dans le vague. Usons donc nous-méme tout d'abord de ce moyen.

QtttUe était la position d'Aduatuca par rapport au pays des ÉburoKs^ à edui des Bhèmes et à cetui des Nerviens? — Nous connaissons assex exactement la position du camp dé Labienus. 11 éiait placé aux confins des Trévires, chei les Rhèmes (V, zxiv) : plaçons le point correspondant du triangle sur un lieu convenable de cette frontière, près de BouiUon, au nord-est de Sedan. — Le camp de Cicéron était placé chez les Nerviens; amenons le point correspondant sur le territoire des Nerviens ; il coïnciderait assez exactement avec la position de GemàUmx (déjà adoptée par la Commission de la carte de Gaule, comme étant le lieu où fut placé le camp de Cicéron). Nous pouvons donc nous en tenir là, pour voir où se serait trouvé dès lors le fort d'Aduatuca. 11 tomberait sur la carte dans la région de Spa et à cinq ou six kilomètres nord-est du cours de VAmblève, dont il faudrait traverser la vallée pour se diriger de là vers le camp de Labienus (V» xxxvi).

Fiions les idées en disant simplement qu'i4(fiMif«ca des Éburons parait avoir été situé dans les environs de Spa; ou même tout près de Spa, si l'on \eut placer le camp de Cicéron à Templouxy près de Namur. Tenons-nous-eu a cette approximation, et vérifions ce premier aperçu par le rapprochement de tous les autres textes de César qui s'y rattachent.

Quelle était la situation géographique d'Aduatuca par rapport au Rhin et à la Meuse f au pays àe& Éburons^ à celui des Aduatiques, à celui des Sègnes «t des Condruses? — Sur ces diverses questions, les Commentaires ne fournissent que des données approximatives, mais elles sont nombreuses, et toutes concordantes. Citons les principales.

Aduatuca se trouvait presque au milieu du territoire des Éburons (VI, xxxi).

— La plus grande partie des Saurons était entre la Meuse et le Rhin (V, xxiv).

— Or, la population éburonne dut naturellement être moins deuse entre la Meuse et le Rhin, pays couvert par la forêt des Ardennes, que de Tautre côlé de la Meuse, pays plus découvert ; par conséquent, à fbrtiori^ le milieu du

78 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VL

de tous les côtés. Chacun s'était réfugié çà et là, soit dans quelque vallée écartée, soit dans quelque fourré des

territoire des Éburons, et aussi Aduatuca, se trouvait entre la Meuse et le Rhin, comme est située la région de Spa.

Aduatuca était près du Rhifij dit César par la bouche de Titurius (V, xxix). — Et pour dire cela, lui qui connaissait bien la position exacte d'Aduatuca, il s'exprime ainsi : Subesse Rhenum; comme si nous disions en français : le Rhin est là derrière nous : le Rhin est à deux pas de nous. Mais le rôle de Titurius est d'exagérer un peu dans l'intérêt de Topinion qu'il soutient avec force; son expression s'applique donc assez bien à la situation géographique de Spa^ qui est à trois journées de marche du Rhin.

Ambiorix, partant d' Aduatuca avec ses cavaliers, pour se rendre chez les Àduatiques, qui étaient limitrophes de ses Êtats> poussa la marche de jour et de nuit. — Cum equilatu in Aduaticos, qui erant ^us regni finitimi, profit ciscUur : neque diem neque noctem intermittit (V, xxxvii). — Évidemment ces expressions de César impliquent l'idée d'une longue traite accomplie pour se rendre d'Adoatuca dans le pays des Aduatiques (province de Namur). Or, comme le pays des Aduatiques était contigu à la rive gauche de la Meuse, il en résulte qu'Aduatuca devait être sur la rive droite et notablement éloigné de la Meuse, comme est le lieu de Spa, De plus, on voit clairement par ce même texte que le fort d'Aduatuca, à la sortie duquel les cohortes de Sa* binus et Cotta furent écrasées par Àmbiorix, se trouvait très'loin du pays des Aduatiques où était situé le grand oppidum de ce peuple qui y fut précédemment assiégé par les Romains (H, xxix).

Nous venons de voir ci-dessus que César, à son deuxième retour de Germanie, a repassé le Rhin à la hauteur du territoire des Trévires (VI, viii et XXVIII }, c'est-à-dire entre Bonn et Coblentz; que de là, d'abord il a lancé sa cavalerie à travers la forêt des Ardennes ; puis, qu'il l'a suivie lui-même avec toute l'armée (probablement par la grande voie qui vient des bords du Rhin passer à Malmédy et Spa); qu'il est arrivé ainsi à i4<fiia/ifca,y alaissc tous les bagages* et a divisé Varmée en trois corps, afin de battre le pays dans trois directions à la fois. Or, pour une armée dirigée ainsi, du confluent de la Moselle et du Rhin vers le centre du territoire des Ëburons, ce territoire va en s'clargissant de plus en plus devant elle. Ainsi, parvenue dans cette région moyenne, c'est-à-dire pour nous au voisinage de Spa, l'armée ne pouvait plus étendre ses ravages sur tout le territoire des Êburons sans qu'on la divisât en plusieurs colonnes, comme le fit César. Et pour que les trois corps d'armée, partant de cette région centrale, pussent dévaster complètement tout le territoire des Ëburons, il fallait que l'un se dirigeât au nord, du côté des Ménapiens^ entre le Rhin et la Meuse qui vont à l'Océan ad Oceanum versus) T qu'un autre se dirigeât à l'ouest, dans la région con*

PREMIÈRE EPOQUE, Cuâp. YI, § iv. 79

bois, soit dans quelque marais impraticable, suivant qu'il avait espéré pouvoir s'y défendre ou bien s'y cacher. Ces

ligué au territoire des Àdtiatique$ {coniiguè à la Meuse) ; et le troisième au sad-ouesty du côté des rives de la SanUfre et de l'extrémité des Àrdennes^ par le pays des Sègnes et des Condruses (\e Condroz), ainsi que l'indique César (VI, xxxii). H ajoute que chacun de ces trois corps d'armée put accomplir son incorsion dévastatrice, aller et revenir, dans V espace de sept jours. Or, en partant ainsi de la région de Spa pour y revenir, le double trajet à exécuter en sept jours serait de 20 à 30 kilomètres par jour. (Bien entendu en admettant, d'après les raisons dites dans la note précédente, la restitution de leçon proposée : Sabim au lieu de Scaldim.) On voit donc que tous les détails de oe passage important du récit de César concordent parfaitement avec la position ^^Aduatuea au voisinage de Spa.

Enfin, nous allons voir ci-après deux nUUecavtUierssicambres, accourant au piilage des Éburons sur Tinvitation expresse de César, passer le Rhin à trente milles (45 kilomètres) en aval du pont où vient de passer Tarmée romaine, par conséquent tout à fait près de Bonn. De là, ils se dirigent du côté où se trouve César, et dans cette direction, ils arrivent à trois heures de marche d'Àduatuca, après avoir eux-mêmes dévasté le pays des Éburons, d'abord à partir du point où ils ont débarqué, puis en s'avançant davantage, attirés par le butin (VI, xxxit) : oe qui indique plusieurs étapes successives, et s'accorde très*bien soit avec la position géographique de la contrée où se trouve actuellement César, soit avec la position d'Àduatuca au voisinage de Spa.

On pent donc conclure, en définitive et par de bonnes raisons :

1* Que le véritable emplacement de TAduatuca des Éburons ne saurait étfe notablement éloigné de la région oà se trouve aujourd'hui Spa ;

1* Que, dans cette région, ce /or/ a pu être placé au nord et à environ deux mille pas (3 kilomètres) du cours de l' Amblève (V, xxxii) ; et que la vallée de ce cours d'eau a pu être la grande vallée* •— magnam convcUletn, — où succombèrent les quinze cohortes de Sabinus et Cottsi dans leur retraite précipitée, dou pas vers le camp de Cicéron, mais bien vers le camp de Labienus, le principal lieutenant de César, placé en quartiers d*hiver aux confins des Trcvires, chez les Rhèmes, amis des Romains^ et auprès duquel parvinrent à travers les bois ces quelques hommes seulement qui échappèrent à la mort. (V, xxxvi.)

Un dernier mot. Plusieurs savants, d'une autorité dont on doit tenir grand compte, se fondant sur la similitude du nom d'Àduatuca, mentionné par César, et sur le fait historique que les Tongres sont venus, sous Auguste, occuper le pays des Éburons exterminés par César, ont admis que VAduatuca des Éburons (dont César a parlé dans les termes qu'on vient do lire) était situé à la place même où l'on voit encore aujourd'hui VAduatuca des Ton*

80 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VI.

divers lieux étaient connus dans le voisinage, et il fallait prendre beaucoup de précautions, non pour le salut de toute Tarmée à la fois, laquelle en masse n'avait rien à craindre, mais pour le salut des soldats isolés, qui faisait partie du salut commun de l'armée. Car, en même temps que F avidité du butin entraînait trop loin beaucoup de soldats, les forêts, dont les chemins étaient difficiles et couverts, ne leur permettaient pas de marcher en troupes. Si César voulait atteindre son but et détruire cette race de scélérats \ il lui fallait envoyer çà et là de nombreux détachements et éparpiller les soldats ; s'il voulait retenir les manipules sous les enseignes, comme le demandait la discipline d'une armée romaine, la difficulté des lieux

greSf la ville de Tongres, qui eet effectivement iodiqaée dans Titinéraire d'Antonin, dans Ptoiémée, dans Ammien Marcellin, sous le nom plus ou moins esact de Aduatuca Tungroritm, Or, 1* il est clair que la position géographique de la ville de Tongres ne se trouve ni entre la Meuse et le Rhin, ni assez rapprochée du milieu du territoire des Éburons, où tous les textes de César exigent, plus ou moins strictement, qu'ait été placée TAduatuca de ces mêmes Ëburons; 2** il est facile de constater (au moyen du petit triangle géographique indiqué plus haut) que si l'on prend ia ville de Tongres pour TAduatuca des Êburons, dès lors il n'est pas possible de placer en même temps aux distances voulues et le camp de Cioéron chez les Nerviens, et celui de LabieAus chez les Rhèmes, aux confins des Trévires ; enfin, 3^ ia base même sur laquelle repose l'opinion que nous critiquons ici ne parait point solide. En effet, on peut citer plusieurs lieux différents de la Gaule qui portaient le même nom au temps de César ; par exemple : Noviodtmum des Suessons (Soissons); Noviodunum des Éduens (Nevers); Noviodunum des Biiuriges; Gergovia des Arvernes; Gergovia des Boiens... sans parler de tant de Mediolanum ou de Noviomagus... mentionnés plus tard par d'autres auteurs.

' Si negoUum conflci, siirpemque honUnum sceleratorum interfiei vellel» — En effet : quels scélérats 1 Des hommes qui avaient osé défendre leur pays contre l'invasion romaine. Voilà, de la part de César, un trait d'audace morale qui mérite bien qu'on le signale.

PREMIÈRE ÉPOQUE, Chap. VI, § iv. 81

protégeait les barbares; et même ils poussaient l'audace JKsqiià s'embusquer tous séparément pour surprendre les légionnaires et les envelopper lorsqu'ils se trouvaient dis^ perses K Au milieu de telles difficultés, on avait bien soin de prendre toutes les précautions possibles, à ce point que, malgré t ardeur de vengeance qui animait toute t armée, on aimait encore mieux négliger quelque chose dans la dévastation du pays, que delà pousser à fond en perdant pour cela quelques soldats. Mais César envoie des courriers aux cités limitrophes; il les appelle toutes, par Fappdt du bu-tin, au pillage des Èburons, afin que dans leurs forêts la vie de ces Gaulois soit encore plus en péril que celle des légionnaires; et en même temps afin que, cernée par une si grande multitude d ennemis, la race et le nom de cette cité disparaissent, en expiation de son crime. Un grand nombre de pillards accourent de tous les côtés *.

« La dévastation était exercée sur tous les points du ter--

ritoire des Eburons, et l'on approchait du septième jour, que César avait fixé pour l'époque de son retour auprès de la légion laissée à la garde des bagages. La renommée

^ Voici doDC les légionnaires en butte à une guerre de partisans {^ué' TiUas), Gela ne nous paraîtrait guère eiplicable, si nous ne nous rappelions que c<*a hardis Gaulois d'Ambiorix devaient être armés des glaives des quinze cohortes qu*ils avaient précédemment écrasées dans une vallée de leur territoire. ;

' Cxsar ad flnUimas civUates nuntios dïmiUU .* omnet evocat spe prxdx od diripiendos Eburones, ut poHus in êilvls Gallorum vita quam legionariO' mm pericliiaretur ; simul ut, magna muUitudine circutf^fusa, pro tali faci» flore $tirp$ ac nomen cicitatis toUatur. Magnus undique numerus celeriter convenit. (VI, xxxiii.)

Page 1