‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 18 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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82 JULES CÉSAR EN GAULE, Gomment. VL

avait porté au-delà du Rhin, chez les Germains, cette nouvelle : — On pille les Éburons, et tout le monde est appelé à venir prendre part au butin \ — Les Sicambres, qui sont très-près du Rhin, rassemblent deux mille cavaliers; ils passent le fleuve sur des bateaiuL et des radeaux, à trente milles au-dessous du lieu où se trouvaient les restes du pont, et où César avait laissé une garde '; ils entrent sur les premières terres des Éburons qui se trouvent là devant eux y et s'emparent d'un grand nombre de fugitifs isolés et de' beaucoup de bestiaux , dont les barbares sont très-désireux. Attirés par le butin, ils poussent en avant. Ce ne sont pas eux que les marais ou les forêts arrêtent, nés qu'ils sont m milieu des guerres et du brigandage \ Ik demandent aux captifs : Où est César ? Ils apprennent qn'ilest parti pour aller au loin, et qu'aussi toute l'armée s'est éloi« gnée. Alors un des captifs , s'adressant aux Sicambres : ^- « Pouvez-vous bien ,■ dit-il, poursuivre un si misérable et si mince butin , quand il ne tient qu'à vous de faire un coup de fortune ? En trois heures vous pouvez parvenir à Aduatuca, où formée romaine a réuni toutes ses richesses. La garde y est si peu nombreuse qu'elle ne pourrait même pas garnir le rempart, et que personne n'oserait sortir des retranchements é » — A l'espoir qu'on fait briller à leurs

i«MM

* Trans Mhenum ad Gennanoi pèrvenit fama .* diripi SlntraneSf €LtquB ttUro ofnnes ad prxdatn evocari. (VI, xixiT.)

' Probablement ddnc^ d'après ce que dous avons dit plus haut, ce passage du Rhin par les Sicambres eut lieu très-près de Êonh.

' Non hos paliUt Ui bellà latrocinUsque natôêf non iUv» mitiranturi

(VI, XXXIT.)

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yeux , les Germains laissent là et cachent dans les bois le butin qu'ils avaient déjà fait; puis, guidés par le même captif qui leur avait donné ces indications, ils courent à Aduatuca.

a On était au septième jour depuis le départ de César \ Cicéron^ qui avait jusqu'alors, suivant ses instructions, retenu tout le monde dans le camp, ne recevant aucune nouvelle de son retour, et doutant qu'il pût à un jour près tenir sa promesse, avait envoyé dans le voisinage cinq cohortes (environ trois mille légionnaires), pour couper des blés, dans un lieu qtj^vne simple colline séparait du camp. U leur avait adjoint une compagnie d'environ trois cents autres légionnaires qui avaient été laissés comme ma* lades au moment du départ de l'armée, et qui depuis lors avaient recouvré la santé. De plus , il avait autorisé une multitude de valets de t armée à les suivre avec im grand nombre de bêtes de somme. A ce moment même, par hasard, surviennent les cavaliers germains, qui, sar\s s^ arrêter dans leur course au débouché dun bois voisin, se pré-dpitetit à la porte décumane^^ et tachent de faire irruption dans le camp même. Les soldats, qui se trouvent ainsi chargés à l'improviste , se troublent , et à peine la cohorte de garde peut-elle tenir ferme contre cette attaque subite. Les ennemis se répandent autour du camp pour tâcher d^y pénétrer par quelque autre point. Ce n'est pas

■ La plos grande porte du camp, qui était placée /^ar derrière^ relativement à la position du camp en faèe de Tennemi. ÂdwUiica des Êburons était donc bien dn èimpU camp reiranthé.

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trop de tous les soldats pour défendre les portes; mais partout ailleurs la difficulté du terrain et la force des retranchements suffisent pour arrêter les ennemis. L'agitation, le tumulte et la terreur remplissent le camp.... Un centurion primipile, P. Sextius Baculus, quoique malade et n'ayant rien mangé depuis cinq jours, donne l'exemple du sang-froid et du courage à la défense d'une porte; d^autres se joignent à lui : on se rassure; quelques soldats prennent position sur les retranchements.

a Cependant les troupes qui étaient allées au blé entendent des clameurs du côté du camp. Les cavaliers (qui régulièrement accompagnent chaque cohorte) prennent l'avance , et reconnaissent la grandeur du péril. Mais il ne se trouve là aucun abri où l'on puisse se réfugier; les soldats des cinq cohortes nouvellement levées tournent leurs regards vers les tribuns et les centurions, en attendant leurs ordres. Les plus braves se troublent dans cette situation imprévue. Les barbares, en apercevant de loin les enseignes, croient d'abord que les légions reviennent, et ils abandonnent l'attaque du camp; mais ensuite, à la vue de si peu de troupes, ils les chargent de toutes parts. Les valets cQxxveni à un lertre voisin; mais, vivement chassés de là, ils se rejettent vers les enseignes et les manipules; ce qui augmente l'effroi des soldats. De ceux-ci, les uns veulent qu'on forme le coin * pour s'ouvrir un passage jusqu'au camp ; les autres veulent qu'on

' Qu'on se range en forme de coin^ pour fendre la foule des ennemis*

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prenne position sur une hauteur et que tous partagent le même sort. Les trois cents vétéram, réunis sous les ordres de C. Trebonius, s'ouvrent un passage à travers les ennemis, et parviennent au camp sains et saufs ^ tous sans exception, en sauvant encore par leur courage les valets ei les cavaliers qui se précipitent sur leurs pas. Quant aux cing cohortes ^ qui avaient d'abord pris position sur une hauteur , ne sachant ni persister dans cette résolution, ni imiter le mouvement rapide qui avait sauvé les autres, elles cherchent à faire retraite vers le camp et s'engagent dans une position désavantageuse. Les centurions s'y font tuer en combattant pour écarter les barbares, et, grâce à leur courage, une partie des soldats peuvent encore regagner le camp ; les autres sont entourés par les barbares et périssent.

« Les Germains , ayant perdu tout espoir de forcer le camp, dont ils voyaient les retranchements garnis de défenseurs, repassèrent le Rhin avec le butin qu'ils avaient déposé dans les bois. Et telle fut la terreur qui persista dans le camp, même après leur départ, que, la nuit suivante, C. Yolusenus envoyé en avant avec la cavalerie s'y étant présenté, on ne voulut pas croire sur sa parole que César arrivait derrière lui , ramenant l'armée saine et sauve. La terreur s'était emparée de tous à ce point qu'ils en avaient presque perdu l'esprit, prétendant que toute t armée avait été détruite, que la cavalerie seule avait pu se sauver, et soutenant que^ si F armée était saine et sauve, les Germains n'auraient point osé at-

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taquer le camp. L'arrivée de César dissipa cette ter* reur *•

(( Partant de nouveau d'Aduatuca pour écraser les ÉburonSy César lança dans toutes les directions la multitude de pillards appelés des cités limitrophes. Tous les villages et toutes les habitations que chacun pouvait* aperce-voir étaient incendiés; de toutes parts on poussait devant soi le Irntin *; non-seulement les blés étaient consommés par une si grande multitude d^hommes et de bêtes de somrne^ mais encore ils avaient été, cette année-là, en majeure partie versés par le mauvais temps et les pluies; de sorte jue.

* Sic omnium animoi timor prxoccupaverat, ut paene alienata mente j deletis omnibus copiis equilatum tantum se ex/uga récépissé dieerentf neque, incolumi exercitUf Germanos castra oppugnaturos fuisse eontende^ rent, •* Ce texte, et en général tout ce que César raconte ici de la terreur délirante de celle quatorzième légion t nouvellement levée en Italie, confirmenl pleinement les observations que nous avons présentées plus haut sur le véritable motif qui, Taunée précédente et dans ce même fort d'Aduatuca, avail poussé les quinze cohortes de Sabinus et Cotta à en sortir. En effet : do même que la quatorzième légion, les qtUnze cohortes étaient composées de soldats nouveUemmt levés dans la Gaule cisalpine au-delà du Pô; de même elles ont été assaillies à Vimproviste et ave^ vigueur dans ce même Heu et loin des autres légions; de même encore, Vatlaque audacieuse d'Ambiorix a dû leur faire ajouter foi à la fausse nouvelle d'une insurrection de toute la Gaule et de Varrivée des Germains, qu'il leur annonçait. Ainsi, dans les deux événements les situations militaires étant semblables, on est logiquement autorisé à penser que ce fut, non pas une confiance aveugle dans un prétendu serment d'Ambiorix^ comme César l'a donné à entendre, mais bien une terreur aveugle d'être attaquées par les Gaulois et les Germains ensemble, qui poussa Vannée précédente les quinze cohortes assaillies par les Ëburons à sortir du camp d'Aduatuca, en toute hâte et sans faire éclairer leur marche, pour se rallier à une légion voisine et confier leur salut à Labienus.

' Le butin ; il faut entendre par ce mot (que nous employons ici pour rendre le mot latin prxda) aussi bien Vespèce huma/lne que les troupeaux et tout le reste.

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« quelque Éburon pouvait parvenir à se soustraire d toutes les recherches, néanmoins il semblait encore quil dût périr de faim après le départ de F armée ^ . Et par la dissémination d'une si girande armée dans tout le pays, souvent on en vint à mettre la main sur des hommes qui affirmaient, non-seulement qu'ils avaient vu passer Ambiorix dans sa fuite, mais même qu'il ne pouvait pas encore être tout à fait hors de vue ; de sorte que, dans l'espoir de l'atteindre et dans la conviction de mériter ainsi d'être comblé de faveurs par César, on faisait des efforts presque surnaturels, tant on y mettait d'ardeur, et que souvent il s'en fallut de bien peu qu'on n'atteignît ce but de toutes les aspirations. Mais toujours Ambiorix, à la faveur des forêts et des défilés du pays, sut se cacher et s'échapper; et enfin, profitant des ténèbres de la nuit, il gagna sans être aperçu d'autres régions et d'autres retraites, accompagné seulement de quatre cavaliers, auxquels seuls il osait confier sa vie.

tt Après avoir dévasté ces contrées , César ramena l'armée, diminuée de deux cohortes (douze cents hommes), à Durocortorum des Rhèmes *. Il y convoqua rassemblée de la Gaule et procéda à une enquête sur la conjuration des

■ U Mmblerait impossible de pousser plus loin cette basse et atroce ven- i

geance de la défaîte de Sabinus et Cotta. Néanmoins César, qui parie si soa- I

yent de sa clémence^ ne voudra pas se contenter de Vaffreuse probabilité qa*il vient de signaler; et deux ans plus tard, sans nouveau motif, nous le ^

verrons de nouveau, dans ce pays des Éburons, traquer de la même manière ceux qui auront pu lui échapper la première fois. i

I ' Aujourd'hui Rheims.

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Sénons et des Camutes. Une sentence capitale y fut prononcée contre Accon, qui avait été l'auteur de ce complot, et il le livra au supplice suivant la coutume des ancêtres ^ »

On le voit , c'est toujours de la part de César même langage et mêmes moyens politiques I Lui, qui prit dans le sénat romain la défense de Catilina et tâcha de le faire échapper à la juste rigueur des lois, il appelle ici conjuration, complot, l'entente de deux cités pour recouvrer la liberté perdue : liberté qu'il leur a enlevée lui-même en s'entendant avec quelques traîtres de ces mêmes cités; et il amène devant l'assemblée des chefs gaulois le digne roi des Sénons qui a été le promoteur de cette généreuse entreprise, et, sous la pression des légions, il le fait condamner à mort par les Gaulois eux-mêmes. Quel triste rôle de part et d'autre! Quelle confusion captieuse du fait de la force avec le droit moral I

(( Quelques autres Gaulois, redoutant le jugement, prirent la fuite. Après leur avoir interdit le feu et l'eau ^ César plaça les légions en quartiers cT hiver, deux chez les Trévires, deux chez les Lingons^ et tes six autres chez les Sénons, à Agendicum^. Puis, quand il eut pourvu aux

^ De Accone.,, tnore mqforum supplidum sumpsU. — Accon fut exécuté par les légionnaires. Dans ce genre de supplice, Thomme tout nu était suspendu par le cou» la tête prise dans une fourche, à Textrémité supérieure d'un poteau solidement planté; puis, il était battu de verges jusqu'à la mort. Nudi hominii cervkcem inserifurcx, corpus virgis ad necem cxdi. (Svétorb, Nero Clatidius Cxsar, xlix.)

' C'est-à-dire après avoir défendu à tout le monde de les admettre au foyer ou à la table, ou sous le toit, ou dans la ville.

' Aujourd'hui Sens.

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vivres, il partit y suivant son habitude, pour aller tefiir rassemblée en Italie.»

S V. — Conclusions sommaires concernant cette première époque

de la guerre.

De tous les faits dont nous venons de suivre l'histoire, durant les six premières années de cette lutte de nos ancêtres contre les Romains envahissant le territoire propre de leur race, nous pouvons conclure :

V Que les cités-mères de la vieille Gaule ont commis cette même faute qui avait déjà été si fatale à leurs colonies émigrées en Italie^ la faute politique dont parle Tacite, d'avoir combattu isolément, au lieu de s'être réunies contre l'ennemi commun ; et que, par suite de cette faute capi* taie, elles ont dû succomber aussi toutes, les unes après les autres, devant la puissante et nombreuse armée de Jules César, comme l'indique le sentencieux historien, en ces termes : — « Et rien ne nous sert davantage contre les plus puissantes nations, que leur défaut d entente commune; il est rare que deux ou trois de leurs cités se réunissent pottr repousser un danger commun; de sorte que, combattant isoliment, toutes en viennent à être vaincues * ; »

2"* Que Jules César, à l'imitation de la politique perfide et peu honorable du sénat romain contre les Gaulois d'Italie, n'a cessé de semer la discorde parmi les cités

' Tacite, Agricola, xii. — Le texte nous a servi d épigraphe pour cette ramiteB Apoqub de la guerre de Gaule.

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de la Gaule transalpine y et jusque dans le sein des familles des princes à qui elles avaient confié leur salut; qu'il y a aidé de toutes manières les jeunes ambitieux qui, pour arriver au pouvoir, se dévouaient à lui et trahissaient leur cité; qu'au moyen de cette politique corruptrice, il a réussi à entraîner les cités les unes contre les autres : trouvant ainsi partout des espions à son service, des éclaireurs, des guides , des vivres pour les légions, et entourant ces légions ennemies de cavaliers gaulois qui combattent avec elles contre les Gaulois leurs frères y qui pillent et incendient les habitations de la Gaule , et qui en broient les récoltes sous les pieds de leurs chevaux ;

â^ Que la supériorité incomparable des armes des légions, avec leurs compagnies d'ouvriers, leurs équipages et leurs machines de guerre, l'habitude des campements, la science et la pratique de l'attaque des places, ont rendu bien facile à César la conquête de la Gaule chevelue; et qu'aussi les Gaulois transalpins, de leur côté, de même que leurs ancêtres en Italie, n'ont rien fait pour améliorer leurs armes, ou pour en compenser l'infériorité par une tactique convenable (sauf dans le grand et unique exemple donné par Âmbiorix); et même qu'ils se sont jetés, avec une légèreté qu'on croirait naturelle et fatale, dans tous les pièges que leur ont tendus César ou ses lieutenants, lorsque, pour les y attirer, ces ennemis ont feint de les craindre : tant, chez cette race gauloise^^une opinion de soi trop favorable l'expose à manquer de prudence ;

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4' Qae César porta ainsi la guerre dans toute la vieille Gaule, de cité en cité, en prenant toujours l'offensive sous de vains prétextes, ou même sans en alléguer aucun ; qu'il fit massacrer ou vendre pour l'esclavage des multitudes de Gaulois, jusqu'à détruire plus ou moins complètement cinq ou six peuples distincts : d'abord les Helvètes avec leurs alliés, puis les Venètes, les Âduatiques, les Usipètes avec les Tenchtères, et enfin les Éburons; ce qui commence à démontrer la véracité du texte de Suétone où il est dit que César poussa la guerre de Gaule avec une fu^ reur sauvage *.

A l'époque de cette guerre où nous arrivons maintenant, de tout le territoire gaulois envahi par César et compris (ainsi que le rappelle Suétone) entre les Pyrénées, la ligne des Cévennes, le haut Rhône, les Alpes, le Rhin et l'Océan, il ne restait plus que deux contrées où le conquérant n'eût pas encore conduit les légions, à savoir, deux contrées qui présentent de grandes montagnes.

Ea effet, du côté de l'est, César n'avait pas pénétré dans les montagnes des Vosges. Là, deux peuples, les Lingons^et les Leuces ^, lui prêtaient leur appui plus ou moins volontaire ; mais le récit ne dit rien de la soumission des Médiomatrices*^ placés entre les Leuces et les

* GeuU ttutem... tec bella fère, — Suêtoni, JuUm Cxtar^ xzir.

' Peuple qui occupait le pay* de Langret, étendu à Test jusqu'aux sommeti des Vosges.

* Peuple du pays de TotU.

* Peuple du pays de Metif étendu au sud-est jusqu'au Rhin.

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Trévires. S'étaient-ils soumis ou alliés à César contre Arioviste, comme firent les Leuces, les Lingons et les Séquanes, alors que César, guidé par Divitiac, marcha contre ce Germain entre les Vosges et les monts Jura? ou bien s'étaient-ils, depuis lors, unis aux Trévires, limitrophes de leur cité, et avaient-ils combattu avec eux et partagé leur sort ?

Du côté du sud, à la frontière même de la province de César et au cœur de la Gaule primitive, il restait une vaste contrée, bordée du côté de la Province par la ligne des Cévennes , et parsemée çà et là de monts considérables, au milieu desquels était assise la grande cité des Arvernes. Cette énergique cité était flanquée du côté de l'Italie par ses Ségusiaves, ses Vélaves, ses Gabales. et s'appuyait de Vautre côté sur les Ruthènes, les Cadurces , les Lémovices et les Bituriges. Il ne restait plus que ce refuge à la liberté gauloise.

César en avait fait le tour à l'opposé de la Province, depuis le pays des Éduens jusqu'aux montagnes des Pyrénées ; et , bien qu'il y eût pour lui un danger manifeste à négliger ainsi, d'année en année, de soumettre un tel groupe de cités, placées entre l'armée et la Province quand il poursuivait les opérations militaires en Gaule, puis placées entre lui et l'armée, quand il passait 1 hiver en Italie, cependant le prudent guerrier ne les avait point encore attaquées. Par quel motif? 11 ne le dit pas. Serait-ce parce qu'il n'avait pu réussir à s'y ménager d'avance, comme ailleurs, des connivences politi-

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ques? Serait-ce parce qu'il redoutait jusqu'à un certain point d'engager ses légions dans ce pays de grandes montagnes, où elles auraient perdu (pour les raisons exposées dans nos préliminaires) une partie des avantages que leur assurait, en plaine, l'immense supériorité de leurs moyens militaires ? Nous sommes porté à penser que ce fut pour ces deux motifs à la fois que César, pendant les six premières années de la guerre, n'avait point encore attaqué les cités qui occupaient les montagnes du centre de la Gaule. Mais ce qui est lout à fait hors de doute, c'est que jamais encore depuis le commencement des guerres des Romains contre nos ancêtres, la race gauloise ne s'était trouvée dans un tel péril. Qui pourrait, à cette heure, la préserver d'un désastre complet : fût-ce même un autre Amilcar le Grand ou uu autre Annibal ?

Et cependant, à cette heure suprême, nous allons voir un jeune guerrier de la Gaule se lever sans crainte pour tenter une telle entreprise. Nous allons le voir prenant hardiment l'offensive contre le terrible envahisseur, et entraînant avec lui toute la Gaule par ce noble cri de guerre : — Patrie gauloise et Liberté nationale ! — qui doit encore désormais traverser le cours des siècles avec notre race.

DEUXIÈME ÉPOQUE

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