‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 20 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

il4 JULES CÉSAR EN GAULE, Gomment. VIL

losa (Toulouse), la ville des Tectosages, et y enlève du temple d'Apollon une quantité énorme d'or et d'argent, qu'il fait partir pour Marseille, sous bonne garde. Mais, dans le trajet, il fait lui-même massacrer la garde et voler le trésor. Ce pillage du temple d'Apollon, où les Tectosages avaient placé les dépouilles rapportées de Delphes, fut considéré par les Romains comme ayant attiré, nonseulement sur le consul, mais encore sur tous ceux qui avaient touché à l'or sacré, une mort funeste, et sur la République elle-même les désastres qui vont suivre ^

D'abord M. Aurelius Scaurus, lieutenant du consul, est battu et fait prisonnier par les Cimbres. Puis, l'un des consuls de l'année suivante, Gneus Mallius, ayant été envoyé en Gaule transalpine, où Cépion était resté en qualité de proconsul, ils ne peuvent s'entendre pour la défense de la Province, et se la partagent, en adoptant comme ligne de démarcation entre eux le cours du Rhône. Ce qui démontre bien que déjà auparavant le territoire de la rive droite du Rhône faisait partie de la Province romaine.

Les Cim))res et les Teutons les attaquent l'un après l'autre, s'emparent des deux camps, et infligent aux deux armées romaines un désastre tel qu'il fut tué quatre-vingt mille soldats, tant romains qu'alliés, avec quarante mille valets de toutes sortes, et que, de ces deux armées, îl

' Paul Oro8r, V, xv. — De là un proverbe appliqué jadis à l'homme qui se trouvait au comble du malheur : « 11 a de Tor de Toulouse I — Aurum Tholosanum! » (AuluGbllb, 111, ix. — Val&rb Maxixb, VI, xi;)

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n'échappa que dix mille hommes. Les vainqueurs détruisirent le butin, qui était immense ; tout fut jeté dans le Rh^ne, même Tor et l'aient ^

A cette nouvelle, la terreur fut très-grande à Rome. Mais la guerre d'Afrique se trouvait terminée; Marins était rentré amenant avec lui le terrible Jugurtha qu'il avait réussi à se faire livrer par un traître. Après que le guerrier africain eut été exposé aux regards de tous, promené avec ses deux fils devant le char de triomphe du grand consul plébéien, et qu'ensuite il eut été mis à mort dans la prison, Marins fut nommé consul pour la seconde fois, puis nommé encore d'année en année, dans la crainte des Cimbres, dit Tite-Live*.

Après que ceux-ci, à la suite de leur dernière victoire, eurent épuisé toutes les ressources des contrées situées entre le Rhône et les Pyrénées, ils avaient poussé en avant, et passé en Espagne. Mais, repoussés de l'Espagne dans la Province de Gaule, ils s'étaient ralliés aux Teutons, et ensemble ils s'acheminaient vers l'Italie, lorsqu'ils rencontrèrent devant eux Marins, consul pour la quatrième fois (102), qui les attendait au pied des Alpes, non loin de Fendrait où le Rhône reçoit t Isère, à la tète d'une nouvelle armée, organisée et disciplinée par luimême, avec toute son expérience.

Marins, d'abord, se contente de défendre son camp as-

* TiTB-LivB, EpUomêt LXVu. -^ Paul Orobb. V, xti.

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sailli par ces masses d'émigrants, Teutons et Cimbres, renforcés d' Ambrons ; puis, comme ils renoncent à l'attaquer pour prendre la direction de l'Italie, il les suit, ieur livre, aux environs d'Aix, deux batailles consécutives, à quatre jours d'intervalle, et les extermine dans ces deux journées ^

L'année suivante, Marins repasse les Alpes avec son armée victorieuse, qu'il réunit à celle du proconsul Catulus, et ensemble, ils font éprouver le même sort aux Cimbres, non loin de Milan.

Ainsi se trouva complètement détruite, partie en Gaule

I TiTB-LivB, EpUome^ lxtu, utiii. — Paul Orosb, V, xvi. — Paul Orose dit que Taltaque du camp de Marins eut lieu près de Vendrait où l'Isère se jette dans le Rhône, et il y fait figurer aussi les Tigurins, c'est-à-dire en tout, quatre peuples : Cimbres, Teutons, Tigurins et Ambrons. Il dit que « ces peuples étaient des Germains et des Gaulois, réunis contre le peuple romain ».

Or on sait par Pline que les Cimbres et les Teutons étaient des Germains venus des bords de la mer Baltique. On sait par César que les Tigurins étaient des Gaulois venus de THelvétie. Et il est probable que les Ambrons qu*on voit paraître ici étaient également des Gaulois, voisins des Tigurins, avec lesquels ils auraient pris les armes pour profiter du concours des Cimbres et des Teutons, et refouler ensemble les Romains en Italie. Ainsi, nous sommes porté à croire que ces Ambrons, réunis aux Tigurins, aux Cimbres et aux Teutons contre Marins, n'étaient autres que les Ambarres (ou Ambivarètes) de l'époque de Jules César. Ce qui nous porte à le présumer, c*est Tanalogie de ce nom à' Ambrons avec les noms de lieux restés traditionnellement dans la région de la rive droite du haut Rhône, tels que : Ambronay, Ambérieu, Varambon, Ambutrix, etc. ; c*est encore que la réunion des Cimbres et des Teutons avec les Helvètes Tigurins et les Ambrons eut lieu près de l'endroit où le Rhône reçoit l'Isère, En effet, les Gaulois Tigurins ayant franchi le haut Rhône pour s'unir aux Germains, et tenter avec eux d'expulser le.s Romains du pays des AUobroges réduit en Province romaine, rien n'était plus naturel que de voir leurs voisins, ces autres Gaulois placés un peu plus bas sur la rive droite du fleuve, s'unir aussi aux Germains pour les mêmes motifs.

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et partie en Italie, toute cette émigration des Teutons et des Cioibres^ dont, en somme, trois cent quarante mille combattants furent tués, et cent cinquante mille furent faits prisonniers, sans compter toute la population incapable de porter les armes. Les femmes elles-mêmes combattirent et défendirent leurs enfants avec toute la fureur que peut inspirer l'amour maternel ; la plupart se firent tuer ou se tuèrent elles-mêmes, après avoir tué leurs enfants d'une manière horrible*.

Enfin, quatre ans avant l'invasion de Jules César en Gaule, eut lieu l'insurrection des AUobroges dirigée par

■ Ceux des leurs qu'ils avaient laissés, avec les plus gros bagages, sur la rive gauche du Rhin inférieur, y constituèrent ensuite la cité àe& Aduatiques^ que César fit vendre pour être emmenés en esclavage, au nombre de cin* qnante-trois mille têtes (II, xxxiu).

* TiTB-LrvB, BpUome, Lxviii. — Paul Orosb, V, xvi. — Paul Orose, qui n'était certainement pas un détracteur des Romains, dit que, dans cette dernière bataille, les légionnaires scalpèrent les^femmes ennemies : Abscissis tsdm eum eHne verticUnUt inhonesto satis vulnere turpes reUnquebantur, ' L'invasion des Teutons et des Cimbres en Gaule, en Espagne et en Italie, jusqu'à leur entière extermination, dura douze ans. Il est remarquable que, durant les huit premières années» ces peuples furent toujours vainqueurs ; et qu'au contraire, durant les quatre dernières années, ils furent toujours vaincus. Ainsi, même en faisant la part du génie militaire de Marius, l'émigration paraîtrait avoir perdu graduellement dans le cours de ses périgrinations une grande partie de ses forces on de ses moyens militaires. N'est-il pas probable qu'elle avait surtout perdu beaucoup de ses chevaux, et par conséquent beaucoup de ses moyens militaires? Car sa cavalerie avait dû être sa principale force, de même que chez les autres peuples germains. Et, en effet, le récit de Paul Orose donnerait à comprendre que la dernière masse de ces émigrés n'avait plus qu'une faible cavalerie, qui fut à l'instant refoulée par l'armée romaine sur une multitude confuse de fantassins, où les légionnaires n'eurent guère que ta peine de tuer cent quarante mille hommes, pour s'emparer de tout le rartede la population, comme d'un troupeau, et la conduire captive sur les mardiés à esclaves.

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Catugnat et réprimée par le préteur Pomptinus, où les troupes romaines se portèrent , de la rive droite du Rhône, sur la rive gauche pour aller attaquer les Allobroges^

Tel est le tableau complet des divers faits de guerre qui ont eu pour théâtre la Province transalpine, depuis la victoire de Fabius Maximus sur les Allobroges, les Arvemes et les Ruthènes, réunis sous le commandement du roi des Arvernes, Bituit, jusqu'à l'invasion de la Gaule chevelue par Jules César. On voit ainsi clairement que, à l'exception de la place forte des Samiens annexée par le consul Marcius Rex (probablement Telo M ardus j Toulon), et du territoire de Tholosa (Toulouse) annexé par le^ consul Cépion, tout le reste du vaste et riche territoire annexé à la province transalpine dans ce même intervalle de temps, l'avait été immédiatement à la suite de la victoire de Fabius. Et Strabon nous ayant fait connaître l'étendue primitive des possessions des Arvernes, nous pouvons conclure avec certitude qu'à la suite de la victoire de Fabius, et en même temps que les Allobroges furent spoliés de tout, les Arvernes et les Ruthènes furent de même spoliés les uns et les autres, d'environ moitié de leur territoire et de leur population. Les Ruthènes y perdirent le pays des Ruthènes provinciaux (pays d'AIbi), et les Arvernes le pays des Helviens (Vivarais) avec celui des Volces Arécomices (Languedoc).

' TiTB-LivB, Epitome^ cm. — Voir à ce sujet des recherches très-intéressantes de M. Jacques Guillemadd , publiées sous le titre de Ventia et Solonion dans la Revue mUitaire française^ numéros de janvier et mars 1869.

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MaiSf pour les Anrernes surtout, ce fut la fleur de leurs possessions qu'ils perdirent dans ces versants méridionaux de la chaîne des Cévennes jusqu'au Rhône et à la mer ; région si bien exposée au soleil ; contrées favorisées par la nature, où mûrissait à perfection le raisin (qui semblerait destiné à fournir la boisson des Gaulois), la figue, l'amande, Tolive ; où Ton commence à apercevoir l'oranger et le palmier des régions brûlantes; et enfin, où un grand fleuve à cours peu yariabie et une belle mer bleue viennent offrir à l'homme tous leurs bienfaits.

Il ne faut donc plus s'étonner de la ressemblance frappante qui existait entre les noms primitifs de Nîmes (iVemaiistis) et de Clermont-Ferrand {Nemossus).

Ainsi, contrairement à l'affirmation de César, citée plus haut, après la grande victoire de Q. Fabius Maximus sur les Allobroges, unis aux Arvemes et aux Ruthènes, ce ne fut nullement un acte de magnanimité exceptionnelle du sénat qui sauvegarda le territoire, les lois, la fortune et la liberté de deux de ces trois cités vaincues ensemble ; mais ce fut la chaîne des monts Cévennes qui préserva environ la moitié des Arvemes et des Ruthènes de la perte de tous ces biens des peuples. Peut-être aussi fut-ce le peu d'attrait qu'offrait à la convoitise romaine un pays froid, couvert de grandes montagnes, et peuplé d'hommes énergiques.

Dans cet état de choses, et en face d'un compétiteur à l'occupation de la Gaule qu'il voulait évincer. César avait besoin de proclamer le droit de cette Gaule à la liberté ;

et, ne pouvant s'appuyer que sur l'exemple apparent des Ârvernes et des Buthènes demeurés libres, il n'a effectivement pas manqué d'alléguer cette raison ; et, par ce moyen, il est parvenu à fonder sur une apparence de vérité la thèse mensongère qu'il soutenait contre Arioviste.

De plus, César en tirait le bénéfice d'une calomnie politique, tendant à placer les Ar\ernes dans des conditions apparentes d'ingratitude à l'égard de leurs anciens vainqueurs. 11 n'est donc pas ici hors de propos, ni sans importance historique, d'examiner encore une autre assertion de César, que nous considérons comme une seconde calomnie politique à l'égard des Arvernes ; moyen peu digne, il est vrai, mais auquel nous l'avons déjà vu, et nous le verrons encore recourir si souvent, pour dissimuler la préméditation et le véritable but de ses attaques dirigées contre tant de peuples, les uns après les autres.

Au témoignage de Suétone ' et de Plutarque, on s'était ému à Rome de cette suite interminable de guerres suscitées en Gaule transalpine sans l'autorisation du sénat ; et Caton, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, était allé jusqu'à proposer de livrer César aux ennemis, attendu l'injustice de ces guerres. Du reste, César luimême y fait allusion par les paroles qu'il prête à Ario« viste dans la conférence qu'il eut avec lui ^. Or, quand

' Jtdlius Cassar^ xxiy.

' Quod si eum inter^Bcerit, mtiUis sese nobtiilms prlneiplbusgue populk

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le guerrier, politique et écrivain, dicta ses Commentaires, le meilleur prétexte dont il pût couvrir la guerre qu'il était allé faire de propos délibéré à Ariovisle, c'était assurément de présenter ce Germain comme ayant été appelé en Gaule par les Arvemes. Car les Romains devaient haïr les Arvernes et leurs alliés, à raison même du mal qu'ils avaient fait à cette généreuse cité, et de la violation du droit des gens qu'ils avaient commise envers son roi. César met donc en avant que : — nArioviste « et ses Germains ont été appelés en Gaule par les Ar-c vernes aussi bien que par les Séquanes^ pour que ces « étrangers vinssent les aider à vaincre les Éduens * . »

Mais, outre que les Arvemes, avec tous leurs clients réunis aux Séquanes, eussent très-probablement pu se passer des Germains pour vaincre les Éduens, à une époque où la clientèle et les forces de cette dernière cité n'avaient pas encore atteint le degré de puissance où César les éleva dans son propre intérêt, les faits rapportés dans les Commentaires et les expressions mêmes de César démontrent d'une manière très-claire que le texte sur lequel nous venons d'attirer Tattention n'est qu'une assertion calomnieuse.

fxmafd ffraium eue fàcturum lid seab ipiis per earum nunUos compertum habere^ guorttm omnium gratiam atque amicillam tjus morte redimere possei. (h XLiv.)

< Laeuius est pro his Dlvitiacus œdutu : Galiiœ totiusfactiones esse duas : harum alterius prineipatum tenere jEduos , alterius Arvemos, Bi quum tantopere depotentatu inter se multos annos contenderent, factum esse uti ab Arvemis Sequanisque Germani mercede arcesserentur, (I, xxxi.)

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En effet, César, dans tout ce qu'il dit enfùite concernant cette intervention d'Arioviste et les rapports des Gaulois avec le guerrier germain, ne parle plus du tout des Ar\'ernes. Il ne parle absolument que de la guerre entre les Séquanes et les Éduens, du secours amené aux Séquanes par Ârioviste, et des conséquences de cette intervention étrangère, qui furent encore plus fatales aux Séquanes qu'aux Éduens.

Citons quelques-unes des expressions de César à ce sujet : a Divitiac lui expose que, épuisés par cette guerre, les Ëduens ont été forcés, eux qui avaient eu tant d'autorité en Gaule, de livrer aux Séquanes pour otages toute la noblesse de leur cité ; et de faire jurer à la cité ellemême de ne point réclamer ces otages, de ne point implorer le secours du peuple romain, et de rester à perpétuité et à discrétion soumis au commandement des Sequanes. . . Mais que cette guerre a eu pour les Séquanes vainqueurs un résultat pire que pour les Éduens vaincuSf attendu qu'Arioviste s'était établi roi des Germains sur le territoire des Séquanes, dont il occupait le tiers en étendue (I, xxxi). — César s'aperçoit que, seuls entre tous les autres députés des cités, les Séquanes baissent tristement la tôte et tiennent leurs regards fixés à terre (I, xxxii). — César fait encore demander à Arioviste de rendre les otages qui lui ont été livrés par les Éduens ; et de consentir à laisser aux Séquanes la liberté de rendre, de leur côté, ceux qu'ils en ont reçus (I, xxxv). — Arioviste répond que, dans ces combats des Éduens contre lui

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et contre les Séquanes^ les Ëduens eux-mêmes n'ont point été secourus par le peuple romain (I, xuv)... »

Ainsi, jamais César n'a montré, de fait, les Anrernes pactisant avec Arioviste. On doit donc considérer l'assertion citée plus haut comme une pure calomnie, une calomnie politique^ employée par lui pour se faire approuver à Home d'avoir conduit l'armée romaine contre Tarmée d'Arioviste.

Et maintenant, après ce rapide exposé des faits antérieurs à la guerre de César en Gaule transalpine, que convient-il d'en retenir, qu'on doive rapprocher des faits survenus durant les six premières années de cette guerre, afin de bien apprécier la situation politique des belligérauts au moment actuel, où Vercingetorix vient ranimer le courage des vaincus, et diriger leurs efforts pour reconquérir l'indépendance ?

D'une part, les Arvemes étaient depuis longtemps les ennemis déclarés des Romains. Accourus jadis à la défense de leurs voisins et amis, les Allobroges, injustement attaqués dans leurs foyers par une armée romaine, ils avaient subi l'humiliation d'une grande défaite, dont ils avaient à se relever. — Ensuite ils avaient vu leur roi Bituit, et son fils Congentiat, attirés dans un guet-apens par un consul romain et emmenés prisonniers, au mépris du droit des gens ; et cet acte d'odieuse perfidie consommé avec l'assentiment du sénat lui-même pour en recueillir le fruit. — Ils avaient été contraints, par la supériorité incomparable des armes des légions, de se retirer au sein de leurs

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montagneS) et de laisser aux mains d'envahisseurs sans foi presque la moitié de l'étendue, mais surtout la plus riche partie de leur territoire. — ^^ C'étaient autant de griefs profondément gravés dans leurs cœurs. Cependant, quoique amoindris, ils n'avaient pas cessé de tenir une grande place et de jouir d'un grand crédit parmi les cités gauloises. Si bien que, avec de telles dispositions et dans un tel état de choses, il n'y avait pas à espérer pour César qu'ils voulussent jamais, écoutant les conseils d'un lâche égoïsme ou d'une ambition coupable, pactiser avec lui.

D'une autre part, tout au contraire : — les Èduetis étaient depuis longtemps les alliés et les amis du peuple romain. — C'était à leur appel et sous prétexte de les protéger contre les agressions des AUobroges, que jadis les Romains, à partir de leur premier établissement en Gaule transalpine, fondé aux bouches du Rhône pour protéger aussi la riche Massiliey avaient pénétré à l'intérieur et occupé la vallée de ce grand fleuve gaulois. — C'était à l'appel des Ëduens et sous prétexte de les protéger contre les dévastations des Helvètes, qu'une armée ro* maine, conduite par César, avait franchi pour la première fois le haut Rhône et la Saône. — C'était encore à leurs instantes prières, et toujours pour les protéger, que César s'était si facilement décidé à tourner ses armes contre Arioviste, et qu'il avait rejeté au-delà du Rhin ce terrible guerrier, vaincu et humilié. — C'était ensuite avec leur assistance et leur complicité que, après avoir

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fait dissoudre l'alliance déf ensile des cités Belges , il était parvenu à écraser et à dominer , les uns après les autres, les différents peuples de la Gaule belgique et de la Gaule celtique.

Jusqu'alors, la prudence lui avait conseillé de ne point s'attaquer aux Arvemes, cité énergique, notoirement hos« tile à ses desseins et à sa personne, puissante et riche, occupant un pays difficile, possédant une clientèle considérable, et dont l'influence sur une grande partie de la Gaule eût pu lui devenir aussi funeste, en réunissant les cités, que celle des Éduens lui avait été utile, en l'aidant à les diviser. Avant tout, il avait regardé comme étant d'une bonne et sage politique de paraître ne songer aucu* nement aux Arvernes. Les laissant donc de côté, il avait d'abord porté ses coups au loin, et ce n'est que peu à peu qu'il avait rétréci le cercle dans lequel il lui convenait d'enfermer le dernier boulevard de la liberté gauloise.

D'où il devait advenir que, pendant six ans. César n'attaquerait les Arvernes ni directement et de vive force, ni indirectement et par les moyens occultes de sa politique captieuse. Il avait jugé plus facile et plus sûr, en paraissant les oublier, de s'appuyer sur leurs rivaux en influence et en forces, les Éduens, qui, de longue date, se faisaient gloire d'être les alliés et les amis du peuple romain, et qui étaient prêts à lui faciliter de toutes manières l'accomplissement de ses projets d'envahissement et de domination, partout où cette cité gauloise avait action et autorité. Et, en effet, grâce au concours que lui ont prêté

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les Éduens, à ce moment même, la Gaule chevelue presque tout entière est sous le joug de la puissance romaine.

Mais, si habile qu'ait pu être cette tactique, et si menaçantes et si inévitables qu'en pussent paraître les dernières conséquences, les Arvernes avaient au cœur une telle haine du nom romain que nulle considération n'était capable, sinon de les émouvoir, au moins de les intimimider ; et, quel que soit le sort qui attende cette vigoureuse et patriotique cité, il lui restera l'étemel honneur d'avoir accepté résolument la lutte contre les légions, et de s'être sacrifiée sans hésiter à la défense de la liberté et de la nationalité gauloises.

Telles étaient donc la situation politique et la situation militaire, des deux parts, à la fin de la sixième année de la guerre.

Ainsi, actuellement, d Npoque qui correspond au septième livre des Commentaires, sur tout le territoire primitif de la Gaule, il ne se rencontre plus d'autres cités libres que celles qui occupent les montagnes du centre, et à la tête desquelles sont les Arvernes. César possède dans la province transalpine, dans la Gaule cisalpine et dans rillyrie une pépinière de vaillants soldats, la plupart, hélas ! de race gauloise, tous armés à la romaine ; sans parler de ceux qu'il sait tirer, et de la Germanie, et de l'Espagne, et des tles Baléares, et de la Numidie, et de nie de Crète, dont les archers sont si renommés, et même de la Gaule chevelue, attaquée par lui. Il est donc bien évident que les Arvernes et leurs clients n'ont plus qu'à op-

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ter entre une guerre désespérée ou la dure servitude, et que cette dure servitude approche d'eux chaque jour da« vantage, dans la personne de César avec sa double puissance politique et militaire.

De leur côté, Vercingetorix est là debout, attentif à tout ce que fait l'ennemi ; car il ne désespère point de cette lutte inévitable : il a lui-même son projet arrêté et il veut choisir le moment opportun. Il a conçu un double plan de guerre, aussi simple que hardi et habile, dont nous allons reconnaître avec évidence tous les éléments d'exécution dans le récit même des Commentaires, et qu'on peut résumer ainsi : — Combattre la politique de César en amenant les cités gauloises à s'unir contre lui dans leur intérêt commun; etj faute d armes comparables à celles de ses légions, le réduire et F expulser de la Gaule par la famine. — Quel malheur qu'une déplorable connivence de quelques princes gaulois avec l'ennemi commun soit venue, au moment décisif, arrêter l'exécution d*un tel plan de guerre I

Ainsi nous allons voir actuellement Vercingetorix attaquer lui-même César, et diriger contre lui d'abord une guerre politique, puis une guerre tout à la fois politique et meurtrière.

S II. — Union politique et insarrection générale des cités à la voix de Vercingetorix. Retour de César en Gaule au milieu de rhiyer. Attitude douteuse des Éduens à son égard.

L'an 702 de Rome, ou l'an 52 avant l'ère chrétienne^ allait commencer ; on entrait en plein hiver ; César s'était

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rendu dans la Gaule cisalpine, où il faisait une levée générale de recrues pour les légions qu'il avait laissées dans la Gaule transalpine en quartiers d hiver , chez les Lingons, les Sénons et les Trévires.

« Les princes des cités gauloises, dit César, profitant de son absence, tiennent conseil dans les forêts et les lieux déserts pour se concerter à t effet de rendre à la Gaule sa liberté. Us conviennent qa' avant tout on empêchera César de revenir auprès des légions, en lui barrant le passage à la frontière de la Gaule celtique, de manière que les légions, pour aller auprès de lui, s'exposent à sortir de leurs quartiers, sans qu'il soit à leur tête ; ou que lui-même, pour se rendre auprès d'elles, s'expose à pénétrer en Gaule sans être accompagné de beaucoup de troupes. Ils prononcent finalement cette décision : qtiil vaut encore mieux périr les armes à la main que de renoncer à t ancienne gloire militaire, et à la liberté transmise par les ancêtres.

« A cet égard, les Camutes déclarent qu'ils sont prêts à affronter pour la liberté commune tous les dangers, et promettent de prendre l'initiative de l'insurrection. On loue leur courage ; on réunit les étendards ( ce qui est, chez les Gaulois, la manière de consacrer les engagements les plus graves), et tous les assistants jurent que, la guerre une fois commencée, nul n abandonnera lés autres. On fixe le jour de la prise d'armes, et on se sépare.

a Au jour fixé, les Camutes donnent le signal, et, guidés par Cotuat et Conetodun, hommes déterminés, ils accou-

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rent à Genabum (Orléans), dont ils se rendent maîtres, en metlant à mort quelques Romains. La nouvelle en est proclamée de proche en proche, par des hommes postés à cet effet en ligne continue à travers le pays, et elle est ainsi transmise rapidement à toutes les cités de la Gaule. Elle parvient chez les Arvemes avant la fin de la première veille (avant neuf heures du soir), bien que le soleil fût déjà levé au moment de l'événement, et que la distance fût d'environ 160 milles'.

c Ldy dans la même intention, Verdngetorixj Arverne,' jeune homme de la plus grande influence {fils de Celtille^ qui avait tenu le premier rang dans toute la Gaule, et qui, pour avoir aspiré à s'emparer du pouvoir suprême, avait été mis à mort par la cilé) , convoque ses clients^ et leur communique facilement le feu qui ranime. Son projet connUj on court aux armes '. Son oncle Gobanition et les autres princes de la cité, qui n'étaient pas d'avis de se jeter dans celle aventure, l'expulsent de l'oppidum de Gergovia^. Il n'abandonne point pour cela son entreprise, et il lève dans les campagnes tout ce qu'il peut trouver

* La transmission de cette nouvelle avec tant de rapidité, particulière^ meiU aux Arvemes et à Vercingetorix, montre assez, dans le silence de César, que déjà Vercingetorix avait été Tâme du conseil secret où la guerre fut résolue et où la confédération des cités gauloises fut sanctionnée. La suite du récit ne permettra aucun doute à cet égard.

' Simili ratione ibï Vercingetorix Celtilli fiUus^ Arvernus^ sumnue potentix adolescens..' convocatis tui$ clienlUnu facile eos inctndit, Cognito ejui con- Jilio, ad arma concurritur, (VII, iv.)

' Oppidum principal des Arvernes, qui était situé sur une montagne, près de Glermont'Ferrand) du côté du sud.

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d'hommes déterminés. Cette première troupe réunie, il gagne à sa cause tous les citoyens à qui il peut adresser la parole. Il les exhorte à prendre les armes pour la liberté commune \ et, une fois qu'il a auprès de lui des forces suffisantes, il expulse de la cité ses adversaires qui l'avaient expulsé lui-même un peu auparavant. 11 est acclamé par les siens roi des Arvernes. Il envoie des députés dans tou-* tes les cités pour les conjurer de rester fidèles au serment prété^. — Aussitôt les Sénons, les Parisiens, les Pictons, les Cadurces, les Turons, les Aulerces, les Lémovices, les Andes et toutes les autres cités, qui touchent à l'Océan s'unissent à lui. Tous^ dun commun accord, lui défèrent le commandement^.

c Ainsi investi du pouvoir suprême, Vercingetorix ordonne aux cités unies de lui envoyer promptement chacune son contingent militaire dont il détermine l'importance. Il fixe la quantité d'armes que chaque cité doit avoir chez elle, et le temps qui lui est accordé pour les faire confectionner. // se préoccupe surtout d'avoir beaU" coup de cavalerie ^.

« 11 envoie chez les Ruthènes, avec une partie des troupes, le Cadurce Lucter, homme résolu à tout entreprendre ; et il se rend lui-même chez les Bituriges. A son

* fforUUur ut cammunis Ubertatis causa arma capkmt, (VU, iv.)

' Rex ab suis appeUatur. DhnUtU quoquoversus legatUmes : obiestahtr ut in fide marnant (Ibid,) > Omnium eonsensu ad eum dtfertur imperium, {Ibid.)

* In primis êç^otu siudei, (Ibid.)

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. I, § ii. 131

arrivée, les Bituriges envoient une députation aux Ëduens, sous la protection desquels ils étaient placés, pour leur demander du renfort contre ces ennemis. Les Éduens^ sur le conseil des lieutenants que César avait laissés auprès de F armée, leur envoient de la cavalerie et de t infanterie. Mais ces troupes, arrivées au bord de la Loire j fleuve qui sépare les Bituriges des Éduens, s'y ar^ rêtent pendant quelques jours ^ puis reviennent dans leur dté et informent les lieutenants qu'elles sont revenues parce qu'elles ont craint détre trahies ; ayant appris que^ si elles eussent passé le fleuve, les Bituriges étaient d accord avec les Arvernes pour les envelopper. Ces Éduens étaiçnt-ils sincères, ou bien, en disant cela, cherchaient-ils à cacher leur propre perfidie ? César n'en veut pas décider : n'ayant à ce sujet, dit-il, audime preuve certaine '. Aussi^ tôt qu'ils se sont retirés^ les Bituriges s'unissent aux Ar-

vemes^.

« A la nouvelle de ces événements, qui lui est apportée en Italie, César part pour la Gaule transalpine. Arrivé à la frontière de la Gaule celtique, il s'y arrête dans cette douloureuse situation de ne savoir plus comment parvenir auprès de l'armée. En effet, s'il voulait faire venir les légions dans la Province, il comprenait bien qu'elles

< Quod nihU nohis constat t non videlur pro certo este ponendum.

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