‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 29 sur 69 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

LIEU OU VERCINOETOKIX BARRA LE CHEMIN A CÉSAR. — BATAILLE. - LES GERMAINS DÉGAGENT L'ARMÉE ROMAINE : AUSSITOT VBRCIN- GETORIX SE PORTE A ALESU : CÉSAR LE SUIT. — TRACES LOCALES DB CETTE BATAILLE.

Potterù die in tret partes dûtrilmto equitatu, du» se odes a duobus lateribM ostendunt : una a primo agndne iier iay^edire eœpit... pugnatur,,, Vereingetorix copias » vt pro castris coUocaverat, reduxit, protimuque Alesiam iter faeere ecepif... Cssar... tequutus.

Jttlbs Cbsak.

S I. — Coup d*œil orographiqae sur la traversée des monts Jara pour se rendre par la frontière du pays des Lingons chez les Séquanes du côté de la Province. Les trois points où Vereingetorix barre le chemin à César.

On a vu , dans notre notice géographique du volume précédent (p. 28 et suiv.), la description des chemins primitifs par lesquels on pouvait franchir la chaîne des monts Jura. On vient de voir ci-dessus (p. 160), dans l'examen géographique des voies qui mènent de la vallée de la Saône dans la région de la Perte du Bhône (par où César a envahi la Gaule } , quel était le meilleur de tous les passages de ces montagnes, pour se rendre du pays des Lingons à la Perte du Rhône (seule porte par laquelle César puisse sortir de la Gaule). Et on vient de voir encore (p. 219) les raisons qui autorisent à présumer que Vereingetorix et César sont actuellement en face l'un de Tautre, non pas dans les plaines de la Saône, mais dans

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quelque passage des monts Jura, le Gaulois voulant tenter de couper la retraite au Romaia. U s'agit maintenant de préciser en quels lieux ils se trouvent l'un et l'autre.

11 est clair que , pour faire retraite sous les yeux de Fennemi^ tiésar, qui connaissait bien cette région de la Gaule j a dû choisir le passage des monts Jura le moins difficile et le moins dangereux à suivre, c'est-à-dire celui où l'on entre à Lons-le-Saulnier (Ledo)^ ainsi que nous l'avons démontré ci-dessus (p. 160). Il n'est pas moins clair que Vercingetorix, qui connaissait aussi bien que César la géographie de la Gaule (comme le constatent les dispositions stratégiques prescrites par lui sur divers points), avait prévu d'un coup d'œil sûr que César, pour faire retraite du côté de la Province, serait forcé de prendre ce même chemin que nous venons de désigner; et que, dans cette prévision, le chef gaulois était venu d'avance s'y poster avec son armée aux trois points stratégiques les plus convenables. Ainsi, à ces trois points, le passage devait être particulièrement difficile et dangereux pour l'armée romaine; et, au contraire » les trois positions qu'occupaient les Gaulois devaient être très-fortes par elles-mêmes, et de plus, en cas de revers, leur retraite devait être assurée, comme l'exigeait la tactique nouvelle proclamée par Vercingetorix.

Or, de telles conditions respectives pour deux armées, sur les voies qui mènent du pays des Lingons vers la Province, ne sauraient se trouver qu'à la traversée des monts Jura; et il y a particulièrement chance de les ren-

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Gontrer à l'entrée même de ces monts. Nous allons donc tout droit là, pour y examiner les routes que César put suivre, et pour y reconnaître d'avance avec exactitude, non-seulement toutes les voies de passage , mais encore toute l'orographie de la contrée , dans l'espoir de découvrir ces trois positions qui furent occupées jadis par le défenseur de la Gaule.

Pour ne pas rester dans le vague , admettons comme point de départ de l'armée romaine Dijon {Dww]j ville du pays des Lingons , près de laquelle nous venons de voir s'effectuer la jonction des deux corps d'armée de César et de Labienus. Portons nos regards sur la carte. — De ce point de départ, pour se rendre (conformément au texte des Commentaires) par la frontière du pays des Lingons chez les Séquanes, et y être mieux à portée de secourir la Province, il faut se diriger (si nous employons les dénominations actuelles) par Saint- Jean-de-Losne, Lons-le-Saulnier. Orgelet, Arinthod, Izemore et le défilé de Naniua^ jusqu'assez près de la Perte du Rhône. Le trajet jusqu'à Lons-le-Sauloier se fait eu, pays de plaine ; les chemins n'y présentent aucune difficulté notable ; ils sont tous éga* lement faciles et sûrs ; le seul avantage des uns sur les autres tient à ce que, dans leur parcours, ils se rapprochent plus ou moins de la ligne droite.

Mais à Lons-le Saulnier se dresse tout à coup un immense obstacle : la chaîne des monts Jura, de soixantedix kilomètres d'épaisseur, qu'il s'agit de traverser. Nous allons examiner avec soin par quels chemins cela est

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possible, et quel est le chemin le moins difficile pour une année faisant retraite; car c'était probablement par celui-là que César voulait se rapprocher de la Province.

Dans notre notice géographique, en décrivant d'une manière sommaire la région méridionale de la chaîne des monts Jura, nous avons dit (p. 11) que le massif occidental de ces monts , qui s'étend de Lons-le-Saulnier à Pont-d'Âin, et qui sépare l'étroite vallée de l'Ain des vastes plaines de la vallée de la Saône, paraît avoir subi, à une époque primitive, un mouvement de conversion sur place. Il semblerait que ce Jura occidental, supposé initialement joint au reste des monts dans leur direction générale du nord-est au sud-ouest, ait été ensuite rompu dans la région de Lons-le-Saulnier, et qu'en même temps toute la masse de ce Jura occidental, depuis Lons-le-Saulnier jusqu'à Pont-d'Ain, devenue ainsi mobile autour du point de Pont-d'Ain considéré comme centre, aurait été, dans cette même région de Lons-le-Saulnier, écartée du reste des monts angulairement , tout d'une pièce, vers l'ouest, jusqu'à sa position actuelle, où l'extrémité rompue se trouve libre et située presque directement au nord du promontoire de Pont-d'Aîn. Une seule des crêtes rocheuses de ce Jura occidental, celle qui longe la rivière d'Ain sur sa rive droite et constitue la berge occidentale de sa vallée, paraîtrait avoir suivi le mouvement sans se rompre, mais en s'infléchissant dans cette même région où les autres se sont rompues, et, par suite, avoir pris, au-

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delà de ce point d'inflexion, la direction intermédiaire qu'elle présente aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit de cette explication orographique, il est de fait que le massif occidental des monts Jura, entre Lons-le-Saulnier et Pont-d'Ain, au lieu de se diriger du nord-est au sud-ouest, comme l'ensemble de la chaîne, se dirige presque exactement du nord au sud; et que^ au liea de rester continu et joint parallèlement à tout le reste de la chaîne, il s'en écarte angulairement à son extrémité nord, et se termine à Lons-le-SauInier par une extrémité libre et abrupte.

Quant à la configuration générale du terrain, ce massif occidental ne diffère point des deux autres dans son ensemble. Considéré en dessus, il se présente sous la forme d'un long plateau accidenté , duquel s'élèvent des crêtes rocheuses, parallèles, séparées par des vallées dont la ligne de fond est presque horizontale : crêtes et vallées dirigées dans le sens général du massif lui-même, c'està-dire du nord au sud.

En sorte que le premier massif des monts Jura, du côté du pays des anciens Lingons, présente à Lons-le-Saulnier une extrémité abrupte où les vallées du plateau supérieur sont béantes au nord sur la plaine, et où le plateau luimême^ irrégulièrement rompu, se termine soit par de vastes anfractuosités que les eaux météoriques ont profondément ravinées, soit, dans les intervalles de ces ravins, par des prolongements irréguliers qui constituent des promontoires sinueux, aplanis en dessus, et s'avan-

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çant au nord sur la plaine en forme de collines. Enfiu, si Ton s'engage entre ces collines par le ravin le plus considérable, d'où sort le ruisseau appelé la Vallière, une fois qu^on est parvenu sur le plateau, il ne reste plus qu'une seule crête à franchir pour arriver dans la vallée de l'Ain. Or, cette crête est abordable et peut être franchie par trois cols différents : ou tout droit, par Nogna, ou à gauche, par Mirebel^ ou à droite par Orgelet.

Lons^le-Saulnier est situé dans la plaine du nord , à la goi^e du grand ravin de la Vallière et au pied du promonioire de Montaigu. — A la sortie de Lons-le-Saulnier, pour se diriger vers la Province, la meilleure route s'engage dans le grand ravin de la Vallière, où l'on rencontre bientôt le bourg de Conliége, et un peu plus loin le village de Hevigny. La montée par ce grand ravin est d'abord à peine sensible, puis on monte davantage, puis, de plus en plus au-delà de Revigny, jusqu'à ce qu'enfin on arrive sur le plateau, à une croisée de chemins où l'on voit encore aujourd'hui un oratoire, et où se perpétue dans l'imagination populaire , par la tradition locale , le souvenir confus de terribles dangers encourus là jadis, au passage. On peut encore gravir en quelques autres points les versants du grand ravin de la Vallière pour arriver sur le plateau, mais plus difficilement. Ainsi, on y monte de Conliége, à gauche, par un ravin secondaire que commande la position de Saint'Étienne-de-Coldres; on y monte de Revigny, à droite, par un autre petit ravin de la forme d'un demi-entonnoir; enfin on y peut encore monter, un peu

aiMittà <ie Kefi:ZBy, par oa càifin «pi pRBt €C aéne aa TiTagF •& Ptihîj. sor le piaiSBE.

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défilé de Nantua; Tautre, qui se dirige par Orgelet, Arinthod, passe l'Ain à Thoirette, et suit, par Izernore, la Cluse et le même défilé. On peut communiquer de l'un à l'autre de ces deux chemins par une branche de traverse qui mène d'Orgelet à Moirans, en passant l'Ain à Brillât. Il existe bien à la rigueur un troisième chemin qui eût pu mener vers la Province. Celui-ci sort de Lons-le- Saulnier du côté de l'orient, laisse à droite le grand ravin de Conliége, va monter sur le plateau par une petite gorge qu'on trouve près de là dans les bois, franchit la berge de la vallée de l'Ain à Mirebel , passe l'eau à Pont-du- Navoy, gagne Champagnolle, puis Saint-Laurent, où il se divise en deux branches. La branche de droite mène à Saint-Claude, et de là à la Perte du Rhône ^ soit par Mijou^, Chézeri et Lancranz ; soit par Dortan, la Cluse et le défilé de Nantua. La branche de gauche (aujourd'hui et grâce aux travaux d'art qui l'ont rendue praticable) mène dans le pays des Helvètes, par Morez, le col des Housses, la vallée des Dapes et le col de Saint-Cergues, ou le col de la Faucille. Mais c'était là, on le voit, un immense détour à faire, avec des difficultés énormes, et César n'eût pu songer à s'y engager sous les yeux de l'ennemi.

Toutefois, en prenant ce troisième chemin à Lons-le- Saulnier, on pouvait éviter la passe du grand ravin de Gonliége et parvenir sur le plateau en tournant ce ravin du côté de l'est, pour gagner Mirebel et Pont-du-Navoy. 11 fallait donc nécessairement garder la petite gorge par laquelle ce chemin y monte , si l'on voulait barrer tout

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passage à l'entrée des monts Jura en se ménageant partout l'avantage du terrain.

Or, à l'aspect de ces lieux , il devient évident que , si Yercingetorix a voulu barrer le chemin à César, il a dû choisir pour l'exécution de son projet le grand ravin de Conliége. Là, en effet, posté sur la crête du ravin, à plus de deux cent cinquante mètres d'élévation au-dessus de l'ennemi, et bordant toute cette crête, qui a la forme d'un fer à cheval (depuis Montaigu, situé à l'extrémité occidentale, jusqu'à Saint-Étienne-de-Goldres , situé à l'extrémité orientale et en face de Montaigu ) , Yercingetorix gardait les trois voies de la Province , même celle de Champagnole, puisqu'il tenait àous sa main le passage de cette dernière voie indiqué plus haut.

Pour venir prendre position à cette entrée des monts Jura, après être parti de Bibracte, puis de CabiUamm (d'Autun, puis de Chalon-sur-Saône), Yercingetorix avait un chemin très-facile et convenablement détourné, à savoir par Louhans, Cuiseaux, Balanod, Loisia, Orgelet.

La petite ville d'Orgelet est située à un col de passage, au point culminant de la route la plus directe et la plos facile pour s'acheminer vers la Province. Tout faisait présumer que César se présenterait à ce point; la position était forte par elle-même ; il fallait donc que Yercingetorix laissât là, derrière Orgelet, le gros de son armée, l'infanterie avec les bagages, et qu'il plaçât en avant de cette position sa cavalerie, qui devait attaquer les Ro-

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mains. Ainsi nous admettons que l'infanterie de Yercingetorix était campée immédiatement derrière le col d'Orgelet. Le texte va nous apprendre qu'il y avait un cours (feau auprès du camp de F infanterie gauloise ; auprès d'Orgelet, il y a /s Valorise. Pour fixer définitivement les idées, disons tout de suite que, selon nous, ce premier camp de Vercingetorix était placé sur la rive gauche de la Valouse, et qu'il occupait les hauteurs de Montjouoent, le long de la vieille route d'Arinthod.

La cavalerie, qui devait attaquer l'ennemi et lui barrer le passage, dut être postée en avant, c'est-à-dire au bord du plateau sur le grand ravin de Gonliége, principalement à l'endroit où la voie, en sortant du ravin, se bifurque, pour aller passer ensuite par Nogna ou par Orgelet. Ainsi nous admettons que Vercingetorix avait fait prendre position à sa cavalerie un peu en arrière de la bifurcation, c'est-à-dire entre les deux voies, auprès du village appelé ks PoidS'de-'Fiole.

Enfin il était indispensable sur ce terrain d'établir un troisième poste pour garder de près, soit la crête du ravin secondaire de Gonliége, par où l'on peut assez facilement monter sur le plateau, soit la gorge par où y monte le troisième chemin dont nous avons parlé. La position naturellement indiquée pour ce troisième poste était celle de Saint'Étienne-de-Coldres. Un poste placé là offrait encore l'avantage de dominer au loin les plaines de la Saône, de voir arriver l'ennemi, de reconnaître ses forces, l'ordre de sa marche, et de distinguer d'avance au pied des monts

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sur quel point précisément il dirigeait ses plus grandes masses ^

Le terrain étant ainsi étudié et reconnu, nous n'hésitons pas à conclure que, pour couper la retraite et intercepter tout passage à une armée qui, de la frontière da pays des Lingons, arrive dans la région de Lons-le-Saulnîer, au pied des monts Jura, cherchant à traverser ces monts et à se rapprocher de la Province, il faut occuper trois positions, à savoir les Poids-de-Fiole^ Saint-É tiennede-ColdreSy Orgelet ^ et qu'il suffit d'occuper ces trois positions pour barrer tout passage à cette armée.

Ainsi l'orographie de notre terrain explique clairement le fait que, pour barrer à César le chemin de la Province, Vercingetorix ait pris position sur trois points, et seulement sur trois points, — trinis castris Vercingetorix consedit *.

César se borne à dire que «c Vercingetorix prit position

* Ëtait-ce encore de la cavalerie, ou de rinfanterie qui occupait la troi^ sième position de Vercingetorix? Le texte ne nous dit rien à cet ég^; mais la cavalerie seule va se montrer en trois divisions d'attaque : et il ne sera plus question que d*un seul camp de Vercingetorix, à savoir de celui qui était occupé par l'infanterie avec les bagages, et qui était placé en ot' rière du point d'attaque et près d'un cours d'eau. Par conséquent, on doit ad'* mettre que c*était encore de la cavalerie qui occupait cette troisième position.

' Vercingetorix put craindre que Crâar, au lieu de pénétrer dans les monts Jura à Lons-le-Saulnier, ne se détournât à droite, par la vallée de la Saône, pour aller entrer plus loin dans ces monts. Le chef gaulois auratt-il, dans la pensée de cette éventualité, posté un corps de troupes en observation au-dessus de Cuiseaux, au sommet du mont Février , qui domine toute la plaine de la Saône, et qui commande rentrée des monts Jura par Balanod? On y voit, en effet» aujourd'hui encore, une enceinte fortifiée que les antiquaires s^aooordent à reconnaître comme étant tin ancien camp gaulais.

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sur trois points^ à environ dix mille pas de Formée romaine. » Cela n'est ni bien explicite, ni bien lumineux. Cependant nous y trouvons une mesure de distance approximative qui a son prix, et dont il faut tenir compte. Cette donnée, appliquée à notre terrain, place l'armée romaine, en ce momentrià, à environ dix mille pas (environ quinze kilomètres) des Poids-de-Fiole, ou à cinq kilomètres nord de Lons-le^Saulnier, entre Montmorot et Bletterans.

% II. — BataUIe. Les Germains dégagent Tannée romaine : aussitôt Vercin-

getoriz se porte à Alesia, César le suit.

Reprenons maintenant le récit au point où nous en étions.

a Le lendemain^ la cavalerie gauloise ayant été répara tie en trois corps , deux de ces corps se montrent en <K ordre de bataille sur les flancs de l'armée romaine; le « troisième commence à barrer le chemin à l'avant- « garde ^ »

Ainsi, le lendemain, la cavalerie gauloise campée sur le plateau, à l'endroit oti l'on voit aujourd'hui le village des Poids-de-Fiole, s'avance au bord du grand ravin de Conliége par où arrivent les légions é Cette cavalerie, divisée en trois corps d'attaque, apparaît sur la crête du ravin aux yeux de l'armée romaine — se ostendunt; — deux de

* Poitero die^ in très parles distribulo equitatu, dux se acies a ducbus laterihis ostendunt ; una a primo agmine iUr impedire dÉpit.

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ces corps s'étendent sur ses flancs : sur son flanc gauche jusqu'à Saint-Étienne-de-Goldres, sur son flanc droit jusqu'à Montaigu; et le troisième corps, sur la grande route près de l'oratoire, commence à barrer le passage à l'avantgarde qui monte par Revigny.

«c Apprenant cela. César ordonne à sa cavalerie, divisée « aussi en trois corps, d'avancer contre l'ennemi. On (( combat à la fois de tous les côtés. L'infanterie s'ara rèie, les équipages sont reçus entre les légions ^ »

Si nous avions encore besoin d'être édifiés sur la simplicité du récit de César, il nous semble que nous devons rêtre maintenant. « Qua re nuntiata — à cette nouvelle. » Ce texte nous en rappelle un autre, relatif au passage de TAllier, et où il est dit que César apprend d'Eporedorix et de Virdumare que toute sa cavalerie a été emmenée par Litavic : les deux accidents sont rapportés avec la même simplicité. Ici donc César, qui est constamment informé de tout ce qui se passe dans les différentes cités de la Gaule, et surtout dans celle des Ëdnens où l'armée de Vercingetorix s'est rassemblée ; César, qui connaît les sentiments intimes des chefs de cette cité (bien que ces sentiments ne soient point de ceux dont on parle); lui qui sait à cinq cents lieues de distance tout ce qu'on fait à Rome ; ce même César ne sait pas qu'une armée ennemie de quatre-vingt-quinze mille hommes est là devant lui, et

* Qua re nuntiata^ Cœtar suum quogue equitatum tripertito divisum contra hostem ire jubet, Pugnatur una omnUnts in partibus. Coîisistit agmen . Impedimenta inter legiones reciphm tur.

0£UX]ËM£ ÉPOQUE, Chap. IV, i. 321

qu'elle y est Venue pour lui barrer le chemin. Il faut qu'il 8*y heurte, et qu'on vienne lui annoncer l'événement I II ne s'attendait donc point à rencontrer les Gaulois qui se trouvent là : double situation dont il se donne acte à lui< même devant Thistoire.

Qui pourrait penser maintenant ou que César se rapprochait de la Province en marchant devant F armée gau^ loise; ou que , poussé par quelque motif grave , comme eût pu être le manque de vivres , il tentait de s'ouvrir un passage à travers' cette armée ^ puisqu'il ne savait pas qu'elle fût là? Quoi de plus clair que ces mots : « seos» tendant.... Qua re nuntiata.... »? N'est-il pas, au contraire, démontré par cela même que César allait simplement se placer mieux à portée de secourir la Province , et que, tout surpris de cette rencontre imprévue, mais gardant son sang-froid ordinaire, il prit quelques dispositions et poussa lui-même à l'ennemi? Quel art dans ces Com-^ mentaires^ en apparence si simples, « où tout est comme nu — quasi veste detracta, » — dit Cicéron, en parlant du style ! Mais en peut-on dire autant des pensées du narrateur et des faits historiques rapportés par lui?

Quoi qu'il en soit, nous acquérons déjà ici la certitude de ce fait, que Fercingetorix a barré à César le chemin de la Province j et même à César faisant retraite , puisque son armée fut arrêtée dans sa marche, arrêtée par devant^ et qu'elle était en ordre de retraite; comme il est facile de le constater ici même. En effet, les équipages cheminaient en avant des légions : cela est certain, puisqu'on

^^ JIXËS CËSAR EN GÀULË, Goiiment. Vil.

)tt fil i^venir entre ces légions; or tel était l'ordre de THmt» dans l'armée de César, ainsi que nous l'avons BKNitré pi^cédemment dans une autre discussion.

Le fait est même plus grave qu'il ne semblerait au premier aspect. Considérons bien toutes les expressions pittoresques qu'emploie César, lui qui décrit les choses avec tant de perfection, et qui avait tout vu, tout commandé à cette bataille mémorable, «c U armée s'arrête dans sa marche f dit-il, ies équipages sont reçus entre les légions. ^y Ainsi déjà tout au moins les équipages reculent; et ce ne sont point les légions qui s'avancent, à droite et à gauche des équipages, pour aller porter secours à l'avantgarde et à la cavalerie; ce sont bien les équipages qui rétrogradent pour se réfugier entre les légions, lesquelles - sont encore à la place même où elles se sont arrêtées. Voyons la suite de ce début de la bataille.

a Si, sur quelque point, les nôtres (les Romains) pa- « raissaient avoir le dessous ou être poussés trop fortece ment. César commandait de charger de ce côté-là a (voilà le gladius enjeu) et de se former en corps de « bataille : ce qui ralentissait la poursuite des ennemis, et a raffermissait le courage des nôtres par la confiance d'être

'c secourus ^

Reprenons : «i Si sur quelque point les nôtres (Tavantgarde et la cavalerie romaine) paraissaient avoir le des-

* SI pui in parte nostri laborare aut gravius premi videbantur, eo signa inftrri Cxsar aciemque constUuijubebat ; quai res et hostes ad insequendum tardabat, et nostroi ipe auxUU cmflrmabaié

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. IV, § il. 323

SOUS et être poussés trop fortement : » (quelles expressioDs pleines de prudence! Hais on entrevoit assez que réellement l'avant-garde et la cavalerie romaine pliaient), César commandait de charger de ce côté-là et de se for^ mer en corps de bataille. Voilà donc que César fait soutenir sa cavalerie par ses légions ; « ce qui, ajoute le narrateur, et ralentissait la poursuite des ennemis, et raffermissait le courage des nôtres par la confiance d'être secourus. » — Ainsi aucun doute n'est plus possible : 4'avant-garde et la cavalerie romaine ont eu le dessous au commencement de cette bataille, et elles ont lâché pied, puisqu'elles ont été poursuivies, et leur courage a été ébranlé, puisqu'il a été ensuite raffermi par le secours des légions ; et il a fallu ce secours des légions elles-mêmes avec leurs armes terribles, le gladius et le pilum, pour mettre un terme à l'élan de la cavakrie de Yercingetorix et à ce mouvement de recul et d'effroi de l'avant-garde et de la cavalerie de César. Mais les légions ne paraissent pas avoir pu faire reculer les Gaulois à leur tour; car, si cela fût arrivé, César l'eût dit, et il ne dit absolument rien qui puisse le faire entendre. Or, tenir ainsi l'armée romaine arrêtée dans sa marche, sans qu'elle puisse parvenir à s'ouvrir un passage , lui barrer effectivement le chemin , c^était déjà la victoire pour Yercingetorix , du moins jusqu'à ce moment, puisque c'était atteindre son but déclaré : barrer le chemin à Tarmée romaine , pour la retenir en Gaule et Ty affamer.

Combien de temps cet état de choses s'est-il prolongé,

324 JULES CÉSAR EN GAULE, Cokment. VIL

OU combien d'heures ce temps d*arrèt forcé dans la marche de César vers la Province a-t-il duré, à compter du comipencement de la bataille? César ne le dit pas positivement, mais il continue son récit en ces termes :

a Enfin, les Germains, sur la droite de l'armée, étaDt « parvenus à gagner le sommet de la hauteur, chassent « les ennemis de cette position ^ »

Rien n'est plus naturel que cette manœuvre décisive de la cavalerie germaine exécutée sur le terrain où nous sommes. En effet César, voyant devant lui et sur ses deux flancs la crête du grand ravin de Conliége et Revigny couronnée de Gaulois qui empêchaient son armée de monter sur le plateau, dut naturellement chercher à les faire attaquer par derrière, pour les débusquer de là. Or cette manœuvre était praticable ici à droite, et seulement à droite.

Il pouvait, en effet, renvoyer les Germains du côté de Lons-le-Saulnier, pour tourner la colline de Montaigu et la gravir, ou par Montaigu, ou par Yernantois, ou par Saint- Maur-des-Buissons ; puis, une fois qu'ils seraient parvenus au sommet, revenir, comme il est dit dans le texte, sur la droite de formée romaine^ et chasser les ennemis de cette position. C'était là probablement le dernier espoir de César. Et il fallut sans doute aux Germains un certain temps pour exécuter cette manœuvre, dans laquelle ils durent rencontrer de grandes difficultés de terrain et se

1 Tandem Germanie ah dextro latere, summum jugum nacti, hosta !oco depelhni.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. IV, § il. 325

heurter à plus d'un poste de troupes gauloises. L'expression du texte, «f enfin les Germains, — tandem Germani^ — » donnerait à penser que ce temps parut long à César, et qu'il était véritablement en grand péril (comme d'autres auteurs l'ont dit nettement), lorsque enfin les Germains parurent sur la hauteur à sa droite, en chassèrent les cavaliers gaulois, et le dégagèrent de cette position périlleuse, a Les Germains poursuivent les fuyards, jusque auprès a de la rivière y où Vercingetorix était en position avec ses « troupes dinfanterie, et tuent un bon nombre de ces a fuyards. Tous les autres cavaliers gaulois ^ ayant remara que ce mouvement^ craignent d'avoir la retraite coupée « et cherchent leur salut dans la fuite. // se fait de tous « les côtés ungraiid carnage. Trois Éduens, des plus nobles oc de leur cité, sont faits prisonniers et amenés à César : a Cote, chef de la cavalerie, qui avait été le compétiteur « de Convictolitave aux derniers comices; et Cavarille, a qui, après la défection de Litavic, avait commandé Tincr fanterie^; et Eporedorix sous les ordres de qui, avant a l'arrivée de César, les Ëduens avaient fait la guerre a contre les Séquanes'. »

I II s'agit ici sans doute de ces dix mille hommes d'infanterie éduenne envoyés comme auxiliaires au camp de César devant Gergovia, et que Litavic, chargé de les y conduire, avait tenté d'eutralner du côté des Arvernés. Le chef qui lui succéda dans le commandement de ce corps de Gaulois auxiliaires, étant ici dans l'armée de Vercingetorii, il n'est plus guère permis de douter que ces dix mille hommes d'infanterie éduenne, chefs et soldats, n'aient abandonné César au passage de TAUier, en même temps que sa caraleric éduenne lui était enlevée par Litavic.

3 Fuçienles usque ad flumen, ubi Vercingetorix cum pedestribus copii*

326 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

Voilà une description de bataille bien peu explicite pour une description de César, mais le terrain où nous sommes nous aidera peut-être à mieux distinguer les principaux faits indiqués par le narrateur. Constatons d'abord la parfaite concordance que présente la configuration de ce terrain avec les détails topographiques du récit.

Nous avons vu précédemment que Vercingetorix avait promis à ses cavaliers de « tenir toutes ses troupes d'infanterie rangées en avant de son camp, — copias se omnespro castris habiturum ». — Nous voyons de plus ici que « cette même place, où l'infanterie gauloise était rangée, se trouvait auprès d'une rivière ». — Fugientes usque adflumm, ubi Vercingetorix cura pedestribm copiis consederai, per^ sequuntur. — Or le lieu où l'on voit aujourd'hui la petite ville à^ Orgelet présente ces deux conditions indiquées dans le texte de César; car ce lieu était à la fois et en avant du camp de Vercingetorix et auprès d'une rivière j la Valouse. C'était de plus une position excellente pour barrer le passage à l'armée romaine, car c'est le point culminant de la route, et c'est un col de passage entre le mont d*Orgier au nord-est, et l'extrémité d'une longue colline au sudouest. Enfin, cette position avait son front couvert par

consederatf persequuntur, compluretque interficktnt, Qua re anmadversa, reliqui, ne circumvenirentur veriti, se fUgœ tnandant. Omnibut lodt fit cœdes. Très nobilissimi jSdui capti ad Cwsarem perducuntur : Cotus prxfectus equitum, qui controversiam cum ConvictolUavo proximis comiiUs habuerat; et CavariUuSy qui^ post defectionem Litavici, pedestrUms copiis prœfuerat ; et Bporedorix, quo duee^ ante adventum Cxsaris^ jBdtU am Sequanis bello contenderant.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. IV, § ii. 327

les marécages tourbeux de la Torreigne, marécages sans issue, formés de quelques veines d'eau qui vont s'imbiber ou s'évaporer au fond d'une cuvette de ce premier plateau des monts Jura. Ainsi, nous devons admettre que Vercingetorix avait établi son infanterie en bataille au col à' Orgelet, et qu'il occupait là une position parfaite* ment choisie à tous égards.

Le grand ravin de Gonliége est situé directement au nord d'Orgelet, à onze ou douze kilomètres de distance. Si, d'Orgelet, on se tourne dans cette direction, on a à sa gauche des crêtes rocheuses, parallèles^ qui courent du sud au nord sur le plateau, et vont avec lui se terminer tout près de Lons-le-Saulnier. On a à sa droite la crête continue qui longe la rivière d'Ain et qui court aussi du sud au nord dans cette région. Car c'est précisément à l'est du ravin de Conliége que cette crête s'inQéchit. Dans l'intervalle de cette dernière crête et des précédentes, on a devant soi la plaine du Vemois ( autrement dite la Romagne), où s'étendent transversalement les marécages de la Torreigne; au-delà desquels, et toujours dans ce même intervalle, s'élève sur le plateau un vaste mamelon isolé, qui se prolonge au nord jusque tout près du ravin de Conliége, et dont les deux versants latéraux contribuent à former, de part et d'autre, deux vallons par chacun desquels on communique d'Orgelet avec le ravin de Conliége, ou réciproquement.

Si donc les cavaliers gaulois qui bordaient le ravin de Conliége se sont retournés et repliés au plus vite sur la

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position de Yercingetorix, ils ont eu pour s'y rendre deux voies à choisir : ou le vallon qui était à leur droite, dans lequel on voit aujourd'hui les villages de Saint-Maur à l'entrée, et de Saint-Georges à la sortie; ou hien le vallon qui était à leur gauche, dans lequel on voit les villages des Poids-de-Fiole, à Tentrée, et de Dompierre, à la sortie. Le mamelon lui-même s'abaisse du côté d'Orgelet, et ^ient se perdre dans la plaine du Vernois entre Dompierre et Saint-Georges. Il est boisé et présente, à cette extrémité, où, de part et d'autre, les deux vallons débouchent sur la position d'Orgelet, le nom remarquable de Bois d Italie^. De telles conditions de terrain expliquent le texte de César d'une manière bien claire et bien naturelle. En effet il est clair que les Germains, après avoir poursuivi, depuis Saint-Maur jusqu'à Saint-Georges, les cavaliers gaulois qui s'enfuyaient sur la droite de César, — ab dextro latercj — eussent pu, de Saint-Georges, revenir par Dompierre et les Poids-de-Fiole sur les autres cavaliers gaulois (qui se trouvaient encore alors et en face et sur la gauche de César), pour les charger par derrière pendant que les Romains les attaquaient par devant ; et, dans ce cas-là, il est clair que ces derniers cavaliers se fussent trouvés pris entre deux attaques, ou enveloppés^ comme il est dit dans le texte, — ne drcumvenirentur veriii. — Evidemment encore, ces derniers cavaliers gaulois^ en voyant que, du côté de Saint'Maur, les Germains s'engageaient dans le

' Voir ce nom inscrit à cette place sur la carte de l*Etat-Major, qu*oo a s 0U8 les yeux.

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vallon de droite à la poursuite des fuyards, — Qua ra animadversa, — et tous pouvaient voir cela des divers points où ils combattaient, — durent aussitôt craindre d*avoir la retraite coupée à Dompierre; et, dans cette crainte, dit César, ils cherchèrent leur salut dans la fuite, — 5e fugœ mandant. — Les uns durent tâcher de gagner par le vallon de gauche la position d'Orgelet, et de parvenir avant les Germains dans la plaine du Vemois; les autres durent se jeter par Nogna dans la Combe dÀin (vallée de l'Ain), en face de Clairvaux, d'où ils purent encore gagner par un chemin détourné la position d'Or* gelet; enfin ceux de ces cavaliers gaulois qui se trouvaient auprès de Saint- Etienne- de- Coldres purent aussi, de leur côté, s'enfuir dans la Combe d'Ain par la voie, de Champagnole, c'est-à-dire dans la direction de Pont-du-Navoy et de Monnet, pour rallier encore l'armée gauloise ou par la vallée de TAin ou par les petits chemins des mon* tagnes.

Remarquons surtout à quel point l'état des lieux du ravin de Conliége s'accorde avec les expressions employées par César, lui qui emploie toujours l'expression propre et pittoresque. De Tendroit où ils se trouvaient au début de la bataille, les Romains ont vu les cavaliers gaulois se montrer tout à coup sur leurs deux flancs {se ab dnobus laieribus ostendunt), en même temps que d'autres barraient le passage à l'avant-garde ; ainsi les Romains se trouvaient alors dans un bas- fond, sinon ils eussent aperçu l'ennemi de plus loin. Puis, sur la droite^ les Germains ont

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trouvé moyen de gagner la hanieur {summum juffum nacti)^ et en ont chassé les cavaliers gaulois; ceux-ci étaient donc sur une hauteur. En même temps, les autres cavaliers gaulois ont vu les Germains poursuivre au loin les fuyards {çua re animadversa) ; donc les Germains et tous les cavaliers gaulois étaient en ce moment sur des hauteurs continues et de la même élévation, c'est-à-dire sur un plateau. Donc y au début de la bataille, l'armée romaine se trouvait dans un bas-fond, configuré en cul-de-sac et dominé de trois côtés par un plateau échancré en forme de fer à cheval, et occupé d'avance par les cavaliers gaulois. Telle est exactement la configuration des lieux au grand ravin de Conliége.

César dit ensuite que « il se fait de tous les côtés un grand carnage, — Omnibus lacis fit cœdes, » — Voilà un langage bien laconique 1 C'est constater en somme un résultat , mais non expliquer les péripéties variables de ce fait de guerre si considérable et si important,

Omnibus locis fit codes 1 — Quels sont tous ces lieux où se fait le carnage? Et que doit-on entendre ici? Les cavaliers gaulois mis en déroute n'ont-ils pu fuir assez vite pour échapper au carnage ? ou bien sont-ils revenus à la charge ? Les légions ont-elles pris part à l'action et ont-elles chargé ces cavaliers gaulois à la course ? Ontelles poussé jusqu'à l'infanterie de Vercingetorix ? Ce carnage fait de tous les côtés donne à croire plutôt que les cavaliers gaulois de l'aile droite et du centre, après s'être d'abord enfuis de leur position au bord du grand ravin de

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Conliége, ne se sont pas tenus pour définitivement vaincus ; il paraîtrait qu'ils se sont retournés et qu'ils ont op* posé une résistance énergique aux Romains, après le suc* ces des Grermains qui était venu leur faire craindre d'être pris à revers.

En effet, on a vu que d'abord ces cavaliers gaulois attendaient les Romains comme dans une embuscade; ainsi leurs chevaux étaient frais, tandis que ceux de l'armée romaine étaient déjà fatigués de la marche. Les cavaliers gaulois occupaient la hauteur ; ainsi ils avaient l'avance sur les cavaliers ennemis , qui ont dû au préalable gravir la hauteur : nouvelle fatigue pour les chevaux de ces derniers. Enfin les cavaliers gaulois avaient l'avantage de connaître parfaitement le pays. Donc, en définitive, s'ils eussent fui à fond de train, sans se retourner à aucune distance pour combattre, ils eussent échappé au carnage. Par conséquent, selon toute probabilité, les cavaliers de Vercingetorix, après s'être d'abord élancés en arrière de leur première position, de crainte d'y être enfermés entre les Romains et les Germains^ ont ensuite fait volte-face et ont combattu avec acharnement, et ce carnage même en est la preuve incontestable.

Le carnage dont il est parlé doit donc avoir eu lieu principalement, d'après la disposition du terrain : V sur le plateau en arrière du bord du ravin, aux environs des Poids-de-Fiole, de Fublyei de Saint-Étienne^de-Coldres ; ensuite : 2^ dans cette partie de la Combe d'Ain, où l'on arrive soit par Mirebel au nord, soit par Nogna au sud;

332 JULES CÉSAR EN GAULE, CoMMENt. Vil.

3^ dans la Romagne ou plaine du Femois, qui s'étend devant la position d'Orgelet. C'est dans ce dernier lieu que la lutte a dû être la plus acharnée, car Vercingetorix y était en personne avec toute son infanterie, et il 8 y trouvait dans une position dominante, son front couvert par un marais, son flanc droit appuyé au versant rapide d'un mont très-élevé, et son flanc gauche appuyé à une haute colline, escarpée et abrupte du côté de rennemi. Nous allons voir bientôt dans le texte que César lui-même avec les légions était effectivement devant cette position de Vercingetorix au moment où le chef gaulois la quitta.

Ces considérations nous autorisent à admettre que ce fut devant la position d'Orgelet qu'eut lieu le plus grand carnage de cette sanglante bataille, et que Vercingetorix y tenta vigoureusement de barrer à César le chemin de la Province. Nous présenterons ci-après des témoignages d'un autre ordre qui seront de nouvelles preuves à l'appui de cette même conclusion.

(( Après que toute sa cavalerie eût été mise en fuite, Vercingetorix, à l'endroit où il avait rangé son infanterie en avant de son camp, la ramena en arrière, et du oiêroe mouvement se mit en marche pour Alesia, qui est un oppidum des Mandubiens, en donnant l'ordre que les bagages fussent promptement évacués du camp et le suivissent de près. — César, ayant fait placer les bagages à l'écart, sur une colline voisine, et laissé deux légions pour les garder, le suivit tant que la durée du jour le permit, et tua

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environ trois mille hommes de son arrière- garde ; le lendemain il campa devant Alesia ^ »

Ce mouvement de Vercingetorix est également trèsclair à comprendre sur notre terrain. Considérons la suite des faits. D'abord le chef gaulois, pour soutenir sa cavalerie, avait fait avancer derrière elle son infanterie , qu'il avait rangée en bataille à Orgelet; puis un des trois corps de cette cavalerie gauloise ayant été repoussé par les Germains, sur la droite, depuis le ravin de Conliége jusque sur la position d'Orgelet, immédiatement les deux autres corps de cavalerie ont pris la fuite. Ensuite un grand carnage a eu lieu de tous les côtés. Enfin, soit que Vercingetorix, selon sa tactique, n'ait pas voulu engager toute son armée et courir la chance d'une bataille générale, soit qu'il ait eu quelque autre motif d'agir ainsi ( ce que nous examinerons bientôt), il a pris le parti de se retirer de la position d'Orgelet et de ramener son infanterie en arrière vers son camp établi sur les hauteurs de Montjouvent ; et , sans s'y arrêter, donnant l'ordre que les bagages le suivissent de près, il s'est mis en marche pour Alesia : marchant ainsi devant César par la vieille route d'Arinthod.

Remarquons bien que Vercingetorix est parti de la

I FugtUo omniequUatu, Vercingetorix copias tUt pro caslris coUocaverat^ reduxii : protinusque Ài€Siafn,quodest oppidum Mandubiorum, iter facere cœpUt celerilerqve impedimenta ex castris educi et se subsequijussit, Csuar, impedimentis in proximum coilem deduclis duabusque legionibus prxsidio relictis, sequutusj qtuintum diei tempus est passum, cïrciter Jll mUlibus hostinm novissimo agmine inlerfectis, allero die adAlesiam castra fecit.

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position qu'il occupait durant la bataille aussitôt qu'il a vu sa cavalerie en fuite, mais qu'il est parti safis fuir laimême avec son infanterie. S'il eût fui, toute l'armée romaine l'eût vu fuir, et certainement César l'eût dit. Le texte de César dit simplement que a il se mit en marche pour Alesia » . — Protimisque Alesiam iter facere cœpit^ — sans s'arrêter un instant jusqu'à destination {protinusquej et pcrro tenus ^ et en avant jusqu'à). Vercingetorix laisse même à d'autres le soin d'amener les bagages ; pour lui, sa grande affaire c'est d'arriver à temps avec son armée au but qu'il a marqué dans sa pensée, à Alesia. Voilà ce que nous dit César ; nous pouvons donc rendre en français l'esprit du texte latin par cette expression : Veràiigetorix court à Alesia. Il y court comme un chef qui n'aurait point renoncé à son projet, mais qui se hâterait d'aller occuper une autre position pour tenter une seconde fois de l'exécuter. César n'explique nullement pourquoi Vercingetorix part de cette première position qu'il occupait avec son infanterie, ni pourquoi il se porte ainsi à Alesia sans perdre un instant. Nous allons interroger les lieux, et peut-être répondront-ils à ces deux questions importantes.

Interrogeons d'abord le terrain où nous sommes, eia* minons ce terrain et cherchons pourquoi Vercingetorix quitta sa position d'Orgelet quand il vit que toute sa cavalerie avait été mise en fuite.

Lorsque le chef gaulois occupait les trois positions de Saint-Étienne-de-Coldre , des Poids-de-Fiole et d'Orge-

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let, il gardait toutes les voies de la Province avec avantage de son côté. Mais, une fois sa cavalerie mise en fuite et la voie de Moirans devenue libre, d'une part, César eût pu se rendre à la Perte du Rhône par cette voie; d'une autre part, il eût pu venir attaquer Vercingetorix au col d'Orgelet de deux côtés à la fois, par devant et par derrière. En effet, il y arrivait directement du côté du nord et il pouvait envoyer deux ou trois légions tourner cette position par la vallée de l'Ain , pour l'attaquer du côté du sud, et pour s'emparer du camp des Gaulois. Ainsi, dès que la cavalerie gauloise eut pris la fuite, Vercingetorix ne barrait plus le passage à César, et il se trouvait lui-même dans une position compromise. Cela explique pourquoi le défenseur de la Gaule, avec une infanterie qui précédemment avait eu l'avantage sur celle de César à Gergovia, n'est pas demeuré un moment de plus dans sa position d'Orgelet, bien qu'elle fût assez forte pour qu'il y pût tenir tète à l'ennemi.

Mais cela ne suffit pas ; on peut encore se demander pourquoi Vercingetorix avait rangé là son infanterie en bataille, non tout près, mais très-loin de sa cavalerie. — Germant fugientes usque flumem, ubi Vercingetorix cum pedestribus copiis consederat, persequuntur . — On peut penser que l'adjonction de ces quatre-vingt mille fantassins à ces nombreux cavaliers gaulois, postés au bord du ravin de Conliége, eût pu suffire avec eux pour arrêter invinciblement les Germains et les Romains. Admettons cela. Admettons même que chaque soldat de l'armée de Ver-

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cingetorix fût un héros bien déterminé à ne point lâcher pied (comme se montra, près de Lutèce, chaque soldai de Tarmée de Camulogène) ; mais évidemment leur chef, en rangeant son infanterie avec sa cavalerie à la crèle du ravin de Conliége, eût manqué à sa tactique arrêtée et proclamée d'avance, il eût engagé toute son armée. Voyons dans quelles conditions respectives.

C*est encore ici qu'on peut apercevoir le génie et la sagesse du grand homme de guerre qui guidait nos aïeux dans cette lutte suprême pour la liberté. Considérons, en effet, une conséquence forcée de l'avantage que donnaient aux Romains le gladius, le pilum, le casque, la cuirasse, le bouclier. Il était absolument impossible aux fantassins gaulois (comme on Ta pu voir dans notre premier volume) de résister de plain-pied aux légions. Nous les avons vus, il est vrai^ auprès d'Avaricum pendant que Yercingetorix avec la cavalerie était allé fondre sur les fourrageurs romains, tenir ferme, même sans chef, devant César en personne à la tête des légions ; mais ces fantassins gaulois étaient couverts par un marais de 14 mètres environ de largeur. Nous les avons vus précipiter les légions au versant du mont de Gergovia ; mais là ils occupaient la hauteur. Ici pareillement, il est i^rai, les fantassins gaulois eussent occupé la hauteur au bord du ravin de Conliége; et de même au col d'Orgelet, sur le terrain où Yercingetorix lés avait rangés en bataille, nous voyons qu'ils occupaient la hauteur; et, de plus, qu'ils avaient par-devant eux le marais de la Torreigne;

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ils eussent donc pu y tenir ferme contre les légions. Oui, mais eussent-ils pu y tenir ferme longtempsl Non, s'ils n'avaient pas auprès d'eux l'eau nécessaire pour environ quatre-vingt-quinze mille hommes et les chevaux. Or, il ne s'en trouvait la quantité nécessaire ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux positions. Car, bien que l'eau soit abondante dans le voisinage d'Orgelet, il eût fallu, pour en user, descendre au bas-fond de la Torreigne ou au bord de la Yalouse, et là, combattre de plain-pied avec les légions qui eussent cerné la position des Gaulois par devant et par derrière. Cela suffisait, on le voit, pour que l'infanterie de Vercingetorix fût inévitablement détruite au col d'Orgelet, s'il eût persisté à tenir ferme dans cette position.

Qu'on veuille bien arrêter un peu sa pensée sur cette considération qui est capitale : Une armée qui ne peut wmbattre C armée ennemie de plain-pied est nécessairement paralysée. Il faut, en effet, qu'elle se tienne constlsimment sur les hauteurs, et elle ne saurait y rester longtemps, faute d'eau à boire. L'eau a joué un très-grand rôle dans toutes les guerres de César. Lorsqu'une armée refusait le combat de plain-pied et se tenait sur les hauteurs, il l'attaquait par la soif (comme nous aurons bientôt l'occasion de le démontrer dans une discussion importante). Mais c'est surtout dans la guerre de Gaule que l'action de la soif a été pour César un moyen d'une grande puissance, précisément parce que les troupes de nos aïeux étaient presque en totalité de l'infanterie. Ils en mirent sur pied

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