‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 31 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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354 JULES CËSÂR EN GAULE, GOMIIENT. VU.

S IV. — Recherche de Toppidam d*Alesia : inductioDs qai aboutissent aa plateau d'IzerDore. La situation de cet oppidum, au point de vue slntégique, explique Tempressement que mit Vercingetorix à s'y porter. Premier aperçu de Tattitude militaire des deux ennemis à Alesia.

Où se sont dirigés Vercingetorix et César ? Sur Alesia, disent les Commentaires. Qu'est-ce qu' Alesia où ils se sont dirigés tous les deux si vite, l'un précédant l'autre? C'est tm oppidum des Mandubiens. Quels sont ces Mandubieml Sans doute une peuplade de la Gaule ? César en a-t-il déjà parlé? Non. Fournira- t-il plus loin quelques renseignements sur leur position? Non. D'autres auteurs anciens en ont' ils fourni? Non. Sait-on du moins s'ils étaient clients de quelque cité connue?... A toutes ces questions, point de réponse ^. Voilà donc ici des ténèbres complètes dans les Commentaires. Et, ces Mandubiens ayant tous péri, comme nous allons le voir plus loin; ayant tous péri à Alesia, peu de jours après le moment auquel s'applique ce passage ténébreux du récit de César, comment retrouver quelques traces de cette peuplade sur le sol de la Gaule? Comment donc s'étonner que personne, après l'époque de César, de cet homme aussi profond politique et habile écrivain que grand guerrier, n'ait jamais su positivement où se trouvait jadis Alesia, cet oppidum des Mandubiens, où eut lieu entre Vercingetorix et César une lutte si mé-

^ Ou a bien, il est vrai, affirmé et répété (dans Alise, Étude sur une campagne de Jules César ^ p. 27, 36, 41, 42) que les Mandubiens étaient clients des Éduens ; mais on y peut constater en même temps qu*il n'a été foarni aucune preuve à l'appui de cette proposition, laquelle demeure ainsi à l'étit de simple assertion, émise dans Tintérétde la cause d'AUse-Sainte-Reine.

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morable, et dont les conséquences furent si graves pour tant de peuples divers?

L'absence d'indications , sous l'apparence d'indications , comme ici dans le texte de César, qui savait très-bien, au moment où il le dictait, que les Mandubiens avaient disparu de la Gaule, n'est-ce pas un voile étendu par lui à dessein sur un ensemble de faits quMl lui importait de laisser dans une certaine obscurité? N'est-ce pas le dernier terme de la réserve qu'il a gardée jusqu'ici dans l'indication de son itinéraire? Il est permis de le supposer. Et, par conséquent, il y a un très-grand intérêt historique à découvrir l'antique oppidum d'Alesia, et à bien considérer sa position stratégique, parce que, sans doute, cette position une fois retrouvée avec certitude, les événements dont nous suivons le récit en seront éclairés d'une lumière toute nouvelle, et devront dès lors être appréciés tout autrement qu'ils ne l'ont été, avant cette découverte.

Heureusement il nous reste encore un fil pour nous guider sur les pas des deux armées. — Posons clairement la question : à défaut d'indications géographiques suffisantes concernant la situation de l'oppidum d'Alesia, les conditions du terrain où nous sommes, jointes à quelques expressions du récit de César, peuvent-elles nous aider dans la recherche? Oui, sans doute, et nous croyons même que cela peut suffire, comme on va le voir.

Nous venons de constater le point de départ commun des deux ennemis : ils sont partis du col d'Orgelet. Tâchons d'abord de reconnaître, à partir de ce point, la

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direction générale qu'ils ont prise et dans laquelle nous devons chercher Alesia. César décrit les mouvements des armées en homme qui voit les choses dont il parle ; tâchons nous-mêmes de les apercevoir dans les images offertes par les expressions qu'il emploie ici ; et, pour en mieux juger, remontons un peu plus haut, afin de comprendre dans une même intuition toute sa marche.

César se rendait par la frontière du pays des Lingom chez les Séquanes, vers la Province. Vercingetorix l'attendait en route pour lui barrer le passage^ et, dans cette intention, il occupait d'avance trois positions convenables^ et César arrivait au point commun d'où partaient les trois chemins, commandés par ces trois positions, et par l'un desquels son armée devait continuer sa marche vers la Province. Voilà l'entrée des monts Jura à Lons-le-Saubier suffisamment désignée ! Là, pour barrer le passage à une armée qui se dirige du pays des Lingons chez les Séquanes du côté de la Province, il est indispensable et il suffit d'occuper les trois positions que nous avons indiquées. Nul autre lieu ne saurait s'adapter aussi exactement à cette première partie du récit de César.

Le lendemain. César a continué sa marche vers la Province; la cavalerie gauloise s'est présentée devant lui et a barré le passage à son avant-garde; ainsi la cavalerie gauloise tournait le dos à la Province. — A une certaine distance derrière cette cavalerie et pour la soutemr, Vercingetorix avait disposé son infanterie en avatit de son propre camp {pro cas tris); par conséquent f infanterie

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gauloise elle-même tournait le dos à la Province. — Puis, Vercîngetorix lai a fait faire demi-tour, pour revenir sur ses pas {reduxit)j et du même mouvement {protinusque, et porro tenus, et en avant jusqu'à), il s'est mis en route pour Alesia {Alesiam iter facere ccepit). Donc Alesia est du côté de la Province, par rapport à la position d Orgelet.

Du reste, César a suivi Vercingetorix par la même route, et peut-être y allons-nous trouver quelque indice de son passage. Car le passage de César parmi les peuples fat marqué par des traces qui ne s'effacent pas facilement, et nous n'aurions pas tant de peine à les reconnaître aujourd'hui, si, à la longue, les ossements humains ne tombaient en poussière. Ici, en effet, d'après le texte; il est resté sur le terrain trois mille Gaulois tués tout le long de la route que nous devons suivre : il peut donc être resté dans le pays quelque souvenir de ce terrible passage de César.

Rappelons les expressions du texte à ce sujet : — Cœsar, impedimentis in proximum collem deductisy duabusque legionibus prœsidio relictis, sequutus, quantum diei tempus est passum, circiter tribus millibus hostium ex novissimo agmine interfectis, aller o die ad Alesiam castra fecit.

Ainsi, la nuit qui suivit la bataille, l'armée romaine se trouva divisée en deux corps, qui campèrent sur deux points éloignés l'un de l'autre de plusieurs heures de marche. Deux légions avec les équipages s'étaient établies longtemps avant la nuit sur la coUme de Seiséria. César en personne, avec les huit autres légions, dut camper

beaucoup plus loiu et dans la direction même d'Alesia. En effet, après avoir laissé à l'écart les équipages de son armée, avec deux légions pour les garder, il suivit et harcela l'arrière-garde des Gaulois pendant tout le reste du jour , — quantum diei témpm est passum. — Suivons donc la voie de la Province ou d'Alesia, et cherchons ce deuxième camp de Tarmée romaine. Voici, un peu au-delà d'Arinthod, c'est-à-dire à seize kilomètres ou à environ trois heures de marche du col d'Orgelet, dans la direction de la Province, un village dont le nom, Chisséria, paraît indiquer le lieu de ce deuxième camp de César, cas^a Cœsarea. Ici toutefois le nom primitif se trouverait encore un peu plus altéré qu'à Seiséria; mais la distance depuis le champ de bataille jusqu'à ce lieu s'accorde bien avec le texte de César, et le lieu lui-même est très-convenable pour l'établissement d'un camp. C'est un relief de terrain, un tertre bien à découvert, où existent des sources de trèsbonne eau. Ainsi, nous le considérons comme un second témoin archéologique de cette marche de César.

Yercingetorix est parti sans ses bagages, très-probablement sans aucune provision de vivres pour sa nombreuse armée, comme un chef qui veut arriver en position le plus promptement possible, et faire le trajet d'une seule traite; ainsi, Alesia ne peut guère se trouver à plus de trente-deux ou trente-quatre kilomètres du point de départ, c'est-à-dire d'Orgelet. César a suivi Yercingetorix et nous connaissons la route qu'ils ont prise l'un et l'autre. Quand la nuit vint. César se trouvait à Chisséria, à environ

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seize kilomètres d'Orgelet, d'où les deux armées étaient parties presque en nième temps ; mais, dans le trajet, on s'était battu à l' arrière-garde et aux bagages de l'armée gauloise. Ainsi, Yercingetorix, qui était parti le "premier avec son infanterie en tenue de combat, et que la nuit n'arrêtait ^as dans sa marche, put facilement faire le double de chemin, c'est-à-dire les trente-deux kilomètres que nous venons d'admettre comme étant la distance approximative entre le théâtre de la bataille et Alesia.

Le lendemain. César lui-même arriva devant Alesia : l'heure de son arrivée n'est point indiquée ; il put donc bien n'avoir fait qu'une médiocre étape, ou être parti réellement de Chisséria.

Tout cela, on le voit, se trouve en parfait accord avec

le texte cité plus haut. Ainsi, nous savons dans quelle direction, et à quelle distance environ d'Orgelet, nous devons trouver Alesia. Disons, pour nous résumer : dans la direction de la Province et, au plus loin, à une étape forcée d Oi^gelety à une simple étape de Chisséria.

Nous ne pouvons nous rendre compté ni du mouvement si accéléré de Yercingetorix sur Alesia, ni du voile si épais jeté par César sur la position géographique de cet oppidum des Mandubiens, qu'eu présumant que Yercingetorix persiste à vouloir barrer la retraite à l'armée romaine, et que l'oppidum d'Alesia est une position stratégique où ce fait devient évident. Nous cherchons donc, en suivant la route de la Province, une place où un tel fait ait été possible.

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En poussant nos recherches au-delà de Chisséria, dod8 croisons les voies difficiles suivies par les Hehètes à la première campagne de César en Gaule, — per angtisHas et fines Sequanorum{\^ iv) ; César connaissait donc ce pays aussi bien que Yercingetorix. —Nous passons la rivière d'Ain à Thoirette; devant nous, un nom de hameau éveille notre attention, Cotrophe: on dirait un souvenir de nombreux trophées, co-lropœa. Il est vrai que les Komains avaient déjà alors, depuis soixante ans, sinon davantage, rhabitude d'élever des trophées sur les lieux de leurs victoires ; mais nous ne voyons point ici de place convenable pour y poster une armée. — Voilà, dans une gorge où il faut qu'on passe, l'indication d'une porte de la voie, pourta-via {porta viœ); mais, si dix hommes là ont pu fermer la voie à cent hommes, ou cent à mille, il n'y a pas de place pour y établir une armée; et d'ailleurs ce n'est point ici la porte de la Gaule Celtique.

En passant YOgnin, nous nous trouvons au milieu de cultures, dans une plaine basse, allongée, entourée de hautes collines; nous sommes entre deux cours d'eau, VOgnin et YÂ/iconnanSy qui se réunissent là, en y arrivant de part et d'autre de la base d'une colline intermédiaire à celles de l'entourage, beaucoup moins élevée qu'elles, isolée entre les deux cours d'eau, et dont le front, d'un kilomètre environ de largeur, nous présente des saillants et des rentrants, comme si cette colline centrale était couronnée de bastions. La route y monte directement, et il serait difficile de passer outre si une armée ennemie en

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occupait le sommet; car, à droite et à gauche, les versants des grandes collines latérales, qui se prolongent au loin, sont rapides, rocheux ou ravinés par de petits torrents. Devant nous donc, Yercingetorix, posté sur le sommet de cette colline intermédiaire aux deux cours d'eau, se fût trouvé dans une position semblable à celle de Gergovia, avec la même infanterie ; et les légions ici, dans la plaine basse, eussent eu à monter une seconde fois à l'assaut. Allons donc sur cette colline voir s'il y a de la place pour une armée d'environ quatre-vingt-<[uinze mille hommes. En y mettant le pied, nous découvrons devant nous un vaste plateau, très-allongé du nord au sud. Nous sommes à son extrémité nord, où la route y arrive pour le suivre dans toute sa longueur. Des deux côtés, les deux cours d'eau suivent le bas des versants latéraux, comme des fossés de ceinture. A l'extrémité sud, le plateau est clos par une crête rocheuse qui s'étend d^un cours d'eau à l'autre; et la route, pour sortir du plateau de ce côté-là, est forcée de contourner l'extrémité de cette crête rocheuse qui plonge sous TOgnin. En revenant sur nos pas, nous découvrons, çà et là, de l'eau pour une armée. Nous voyons au milieu du plateau un village très-ancien, Izernore; à côté du village, nous voyons de loin une grande ruine, trois pilastres antiques, d'ordre corinthien, demeurés debout à travers les âges, débris grandioses d'un monument romain splendide, érigé au dieu Mars, dit-on; monument qui pourrait être un souvenir de guerre; qui est nécessairement un monument historique d'une grande importance, bien qu'on

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n'ait pu jusqu'à ce jour en déterminer la signification, ni expliquer par aucun événement de l'histoire sa présence à cette place, au milieu des monts Jura.

Voilà donc un véritable oppidum, capable de recevoir l'armée gauloise dans des conditions parfaites, et placé sur la route même de la Province. Il se trouve à environ dix-sept kilomètres de Chisséria, et l'on ne rencontre plus au-delà, jusqu'à la Province même, aucun autre lieu présentant des conditions de cette nature.

Derrière t oppidum dizemore, pour qui veut se rendre dans la Province, il y a le défilé de Nantua à traverser. Ce défilé a vingt-neuf kilomètres de longueur, du point de k Cluse où l'on y entre, au point de la Perte du Rhône, par où l'on entre dans la Province. D'après les explications données dans la notice géographique placée en tête de ce travail, on sait qu'une armée conduite, à partir de la vallée de la Saône vers la Province à travers les monts Jura, soit qu'elle s'engage dans ces monts à Lons-le-Saulnier, pour continuer sa marche ou par Orgelet, Ârinthod, Izer* nore... ou par Orgelet, Moyrans, Jeurre, Oyonnax...; soit qu'elle s'y engage au-dessous de Lons-le-Saulnier et de plus en plus au sud, à Cuiseaux, à Saint-Amour, à Jasseron, à Ceysériat-du-Revermont^ à Neuville-sur-Ain, cette armée viendra nécessairement passer au point de la Cluse. L'extrémité sud de Toppidum d'Izernore est à trois mille mètres (deux mille pas romains) du point de la Cluse. Par conséquent, on peut dire que : une armée placée datis roppidttm (flzemore garde à vue la porte de sortie de la Gaule celtique.

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Ainsi Yercingetorix, en occupant cet oppidum, nonseulement se trouvait avantageusement posté avec son armée, à cheval sur la route directe de la Province que César suivait; mais encore, à supposer que César l'évitât, par un détour, et gagnât la Cluse, arrivé là, l'ennemi de la Gaule ne pouvait s'engager dans le défilé de Nantua sans compromettre ses légions. En effet, pour les y accabler, le chef gaulois, posté si près de là, n'aurait eu qu'à laisser ces légions pénétrer peu à peu, en une longue file, dans ce défilé profond, sinueux, jusqu'à ce que la voie en fût remplie; puis, à se porter rapidement au-dessus du lac de Nantua, au-dessus du lac de Sylan, et sur d'autres points convenables, en coupant au plus court par la montagne (ce qui est facile pour qui la connaît dans ses détails); et alors, de tous ces points supérieurs, surtout du sommet de Dan qui domine le passage si étroit de la Cluse, précipiter sur l'armée romaine des avalanches de blocs de roches, qui fussent tombés à pic sur elle, ou qui eussent rebondi à travers ses rangs jusque dans les lacs, le long desquels passe la voie. On ne saurait, à l'aspect de ces lieux, se refuser à reconnaître qu'aucune armée, dans les conditions de la guerre de Gaule, n'eût pu s'engager ainsi, au fond de cette immense crevasse de montagnes d'environ vingt-cinq kilomètres de parcours, sans s'exposer à y être écrasée.

M'oublions pas d'ailleurs qu'au moment où Yercingetorix et César arrivèrent là, il se trouvait déjà d'avance, comme on l'a vu plus haut, à cette frontière même de la Province où les Commentaires nous font chercher Alesia,

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dix mille hommes d'infanterie gauloise : Éduens et Sébasiens, que Vercingetorix y avait envoyés, et qui pouvaient déjà occuper les hauteurs dominantes tout le long du défilé de sortie de la Gaule. Si même on examine avec attention le texte qui les concerne, il est très-naturel de penser que ce corps de troupes gardait réellement ce défilé.

On voit quel vaste plan d'attaque le chef gaulois avait conçu et mettait à exécution contre César.

il n'est donc pas possible d'en douter : une fois Vercmgetorix dans t oppidum dUzemore, la sortie de la Gaule se trouvait barrée d César ^ absolument barrée. Vercingelorix était là, comme debout sur le seuil de la porte de ia Gaule, en face de César qui y arrivait. Il nous semble même, en examinant bien toutes choses et si nous osons avoir une opinion en stratégie, que l'oppidum d'Izeroore est le seul lieu de la contrée où l'armée gauloise pût prendre position pour garder le défilé de Nantua avec tout avantage de son côté et sans être exposée à manquer d'eau.

Ainsi s'expliquerait, selon nous, et que Vercingetorix se soit porté si rapidement à Alesia, et que César ait jeté un voile si épais sur la situation de cet oppidum : situation qui éclaire d'une si vive lumière les événements les plus importants de la guerre de Gaule, et sa lutte avec Vercingetorix.

Immédiatement après avoir indiqué son arrivée devant Alesia, César ajoute : — <t Ayant bien reconnu la situation « de la ville , et les ennemis étant tout terrifiés de ce que

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« leur cavalerie, portion de F armée sur laquelle ils compa tcàent le plus, avait été repoussée ; il exhorta les soldats « au travail et entreprit d'investir Alesia. — Perspecto n urbis situ, per terri tisque hostibus^ quod equitatu, qua « maxime parte exercitus confidebant^ erant pulsi; ada hortatus ad laborem milites, Alesiam circumvallare insa tituit.

a L'ennemi est terrifié : César l'attaque par voie de <c blocus. ». C'est ainsi que César détourne l'attention et passe outre, sans se soucier de répondre à ces questions auxquelles nous venons de répondre autant que possible nous-mème, à savoir : pourquoi Yercingetorix s'est-il porté si rapidement à Alesia? Pourquoi César l'y a-t-il suivi sans perdre un instant ? Questions que l'auteur des Commentaires prévoyait sans doute, et qui se posent, en effet, tout naturellement dans de telles circonstances. Les explications sont supprimées; le narrateur tranche le nœud. « L'ennemi est terrifié; César r attaque, » dit-il. C'est la même idée sous deux aspects : grande terreur d'un côté, confiance et résolution de l'autre.

Tel est donc le premier mot de César sur la lutte d'Âlesia. Or le premier mot est toujours dans César un mot important ; c'est assez souvent le mot au lecteur, et dans ce cas, nous ne pouvons manquer de retrouver cette même idée, — perterritisque hostibus, — répétée plus d'une fois dans la suite du récit de cette grande lutte. Ayons donc soin de nous rappeler cela.

Est-ce bien la vérité du fait historique ?

oc L'ennemi est terrifié, » dit César, et cependant on a vu plus haut ce même ennemi, alors que toute sa cavalerie avait été mise en fuite, abandonner rapidement sa position, tourner le dos à César, se porter en toute hâte à Alesia sans perdre un instant, sans même attendre ses bagages, lesquels allaient être harcelés par les GermaiDs et pouvaient être coupés, enlevés par les légions. On a vu tout cela sans que César ait osé dire, sans qu'un seul mot de son texte ait donné à soupçonner que cet ennemi eût alors la moindre terreur. On doit même penser tout au contraire qu'il a fallu dans l'armée de Yercingetorii beaucoup de sang-froid, beaucoup d'ordre et de vigueur pour qu'elle n'ait perdu que trois mille hommes dans de telles conditions de marche. Du reste, nous le répétons, si Vercingetorix eût fui, toute l'armée romaine l'eût vu, et César n'eût pas manqué de le dire, cela est certain. Et maintenant que ce même ennemi occupe Alesia^ cet oppidum oîx il désirait tant arriver à l'heure ; maintenant qu'il attend là César, et que probablement il ne lui tourne plus le dos. César nous dit qu'il est « tout terrifié, — perterriiisque hostibm . » — Cela n'est ni naturel ni croyable, La défaite de la cavalerie gauloise fut pour Vercingetorix un bien grave échec, cela est indubitable, mais il ne s'ensuit nullement que cet échec eût abattu son courage, comme le conclut César, sans aucune raison manifeste pour tirer de là cette conclusion. Tout au contraire, cette marche rapide de Vercingetorix jusqu'à Alesia, et l'arrêt subit de son armée dans cet oppidum pour y attendre les Romains^

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autorisent déjà à présumer que le défenseur de la Gaule a conçu quelque grand projet auquel il ne renonce point et qui doit être exécuté là.

Quant au blocus d'Alesia, décidé par César du premier coup d*œil et entrepris tout de suite en y arrivant, cela peut bien être une résolution remarquable d'un grand homme de guerre ; mais, si un blocus était son seul mot/en de salut ^ ce serait là une opération encore plus défensive qu'offensive. Or^ à ce sujet non plus, César ne nous explique nullement les conditions dans lesquelles il se trouvait lui-même, de son côté, en arrivant devant Alesia, ce qui eût montré clairement la nature de la lutte et le caractère militaire du blocus.

Mais César a exécuté un autre blocus fameux dans des conditions semblables à beaucoup d'égards, le blocus de la position de Petra^ occupée par Pompée, près de Dyrrachium.^Or là, à l'intérieur de la place aussi bien qu'à l'extérieur, c'étaient des légionnaires qui combattaient, et tous furent témoins des faits qui s'y passèrent. César donc n'ayant plus ni la même facilité ni les mêmes raisons de voiler les faits, ses Commentaires sur la guerre civile indiquent nettement les motifs qui lui firent entreprendre de bloquer Pompée à Petra (III, xli, xLii). Voici ce que son récit contient à cet égard, et cet exemple pourra servir à nous éclairer au sujet d'Atesta.

Disons d'abord que les deux grands guerriers et ar-^ dents rivaux politiques s'étaient déjà trouvés précédem-

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ment l'un à côté de l'autre, sur un autre point du théâtre de cette guerre. Partant de là, César va subitement, par un chemin détourné, prendre position devant Dyrradmm pour couper les communications de Pompée avec ce port, qui était son centre d'approvisionnement. Pompée accourt trop tard, et il ne peut plus que prendre position luimême à côté de la position de César. H s'établit là, i^en un lieu de difficile accès appelé Petra^ qui offre un petit port. » (La description des lieux de Petra et celle des WQxmà'Alesia, dans les Commentaires y montre que, départ et d'autre, le terrain offrait des conditions semblables au point de vue stratégique.) Pompée, ainsi établi à Petra, s'y fait amener par mer ses approvisionnements, et il y reste sans perdre de vue Dyrrachium {comme à Alesia Yercingetorix reste dans sa position sans perdre de vue la porte de la Gaule).

ce César (dit le texte relatif au blocus de P^fra)? voyant que la guerre va traîner en longueur, que ses communications par mer avec la Sicile, la Gaule et l'Italie sont irîterceptées (comme elles le sont à Alesia avec la Province et l'Italie), et que Pompée a fait enlever tout le blé du pays environnant (comme vient de le faire en Gaule Yercingetorix; car c'est bien là le fait de sa tactique), entreprend d investir la position de Petra. »

On peut voir encore, par le rapprochement des deux récits, que César procéda dans les deux cas de la même manière, et eut recours à des ouvrages de la même nature ; en Gaule toutefois, les ouvrages furent portés à un

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bien plus haut degré de force, au plus haut degré qu'il lui fut possible d'atteindre.

Or voici nettement les motifs qui ont décidé César à investir la position de Petra. — «César, disent les Com^ mentaires, considérant qu'il était à court de vivres et que Pompée avait-l'avantage sur lui par sa cavalerie plus nombreuse, résolut de le bloquer, afin de pouvoir faire amener de partout, avec moins de danger, du blé et des vivres à son armée; en môme temps, pour empêcher Pompée et envoyer les chevaux au pâturage et lui rendre sa cavalerie inutile dans la lutte; en troisième lieu, pour amoindrir la considération qui s' attachait à sa personne et qui paraissait faire sa force principalement auprès des nations étrangères, dès que la renommée irait publier par toute la terre que César le tenait bloqué dans sa position et que lui, Pompée, n'osait accepter la bataille ^ »

Voilà donc trois motifs pour César de bloquer Pompée à Petra: l"" moins de danger à se pourvoir de vivres; 2'' se mettre à couvert de la cavalerie ennemie dans la lutte à soutenir; S*" déconsidérer Pompée dans l'opinion publique. Les deux premiers motifs s'appliquent parfaitement, on le voit, à la situation de César devant Alesia.

* Circumvallare Pompekum instUuU : hxc spectans^ quod angusta re frumentaria utebatur; quod Pompeku muUUudine equUum valebat : quo nU^ nore periculo undique /rumen tum commeaiutnque exercitui supportare posset; simul, ut pabulalione Pojnpeium prohiberet, equUaiumque ejus ad rem gerendam inutUem efficeret ; tertio^ ut auclorïtatem^ qua ille maxime apud exleras génies nUi videbatur^ minueret : quum fama per orbem terrarum percrebuissel illum a Cœsare obsideri, neque audere prœlio dimicare {DeBeU. civ,^ III, xliii).

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