II
386 JULES CÊSÂR EN GAULE, Comment. VIL
Longeau, à 12 kilomètres au sud de Laugres p. Or il est facile de constater (sur la carte du champ de bataille de la Yingeanne, dressée pour V Histoire de Jules César\ que la route, par laquelle l'armée romaine serait arrivée là, se divise à Longeau en deux branches ; que la branche de gauche mène directement à Besançon par Gray; et que l'armée romaine est campée sur cette branche de gauche, à un kilomètre et demi au-delà du point de bifurcation. César se dirige donc bien, comme on le dit dans le passage cité, ce en Séquanie et du côté de Besançon » . C'est donc aussi de ce côté-là, évidemment^ que Yercingetorix devrait l'attendre pour lui barrer le chemin. Mais, pas du tout, Yercingetorix l'attend sur l'autre branche de la route. Celle-ci, la branche de droite, mène directement de Longeau à Chalon-sur-Saône, par Dijon. Et c'est précisément sur cette branche-là, entre Pranthoy et Thil-Châtel, que Yercingetorix serait venu prendre position pour attendre César. Ainsi, en deux mots, Yercingetorix attend César sur la branche du chemin qui l'eût mené directement dans le pays des Éduens, foyer de F insurrection, où, a-t-on dit précédemment. César ne pouvait songer à se diriger ; et le chef gaulois laisse complètement libre le chemin qui eût conduit César directement en Séquanie, du côté de Besançon, où, a4-on dit encore, il était forcé de se diriger. César n'avait donc qu'à continuer sa marche dans la même direction , pour qu'il n'y eût point de bataille. Ainsi, tout est sur ce terrain à l'inverse de ce qu'exige le texte des CommentaireSi
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Qu'on en juge encore mieux par les explications qui sont données, a Vercingetorix, est-il dit, avait rassemblé à Bibracte son armée.., instruit de la marche de César, il partit à la tète de ses troupes pour lui barrer le chemin de la Séquanie. Passant, croyons-nous, par Amay-le-Duc, Sombemon, Dijon, Thil-Châtel, il parvint sur les hauteurs d'Occey, de Sacquenay et de Montormentier, où il établit trois camps y à 10,000 pas (15 kilomètres) de Tarmée romaine. Dans cette position, Yercingetorix interceptait ks trois routes qui pouvaient conduire César vers la Saône, soit à Gray, soit à Pontaillier, soit à Châlon. Décidé d tenter la fortune, il convoque les chefs de la cavalerie...
ce Le jour où Yercingetorix arrivait sur les hauteurs de Sacquenay, César, comme on l'a vu, campait sur la Yingeanne, près de Longeau. Ignorant la présence des Gau^ lois, il partit le lendemain en colonne de route, les légions à une grande distance Tune de l'autre, séparées par leurs bagages. Son avant- garde, arrivée près de Dommarien, put alors apercevoir F armée ennemie. Yercingetorix épiait, pour tomber sur les Bomains, le moment ou ils déboucheraient. 11 avait partagé sa cavalerie en trois corps... Pris o V improviste, César... * »
Ainsi, rien n'est plus facile à voir : les contradictions pleuvent sur ce terrain. Yercingetorix veut barrer à César k chemin de la Séquanie, le passage de la Saône, et il ne le lui barre qu'en aval de Gray, là où la rivière, ne pouvant
OMnfa^b
* Histoire de Mes César, p. 253 et Baiv»
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d'ordinaire être passée à gué, présente d'elle-même dd obstacle considérable ; tandis qu'il ne lui en barre nullement le passage en amont de Gray et dans la direction de Besançon, où l'on peut facilement passer la Saône à gué, et où la frontière de la Séquanie est ouverte sur une étendue de cinquante kilomètres.
César, ignorant la présence des Gaulois sur les hauteurs de Sacquenay, quitte, on ne sait pourquoi, la route qui le conduisait directement à son but (en Séquanie et du c6tà de Besançon, a-t-on dit), et où il n'eût rencontré personne, pour se jeter à droite dans la direction de Ch&lon-sur- Saône, pays éduen, foyer de rinsurrection (qu'il était forcé d'éviter, a-t-on dit encore) ; et ce n'est qu'après avoir fait ainsi , contre toute raison , à peu près sept kilomètres , que son avant-garde, arrivée près de Dommarien , put apercevoir tarmée ennemie. Quoi donc ! César aurait été ici chez ses amis, les Lingons, et une armée ennemie de presque cent mille hommes (ainsi qu'on le verra plus loin) aurait pu clandestinement s'introduire sur leur territoire, et s'y tenir en embuscade si près de lui sans qu'il en sût rien, et l'attaquer à l'improviste ? Se ostendunt... Qua re nuntiata. — César aurait pu s'exprimer ainsi 1
Suivant l'auteur que nous critiquons, a Vercingetorii épiait, pour tomber sur les Romains, le moment où ils déboucheraient ». Cette idée vague d'une embuscade est très-juste : le texte de César l'appelle dans l'esprit ; c'est incontestable. Mais il faut aussi que le terrain où l'on se place présente un lieu propice qui s'accorde avec cette
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idée ; et nous cherchons en vain où serait, sur les bords de la Vingeanne , ce lieu propice pour f embuscade d'une armée d'environ 95,000 hommes. En quoi le lieu où Ton a placé la bataille diffère-t-il de tous les autres lieux du pays environnant? Pourquoi Vercingetorix aurait-il atta* que César à ce point plutôt que partout ailleurs ?
Ici, d'après la carte, le corps de cavalerie gauloise, posté à la droite de César, sur un mamelon isolé de 30 môtrès de hauteur , n'eût point empêché l'armée romaine de passer devant ce mamelon : car il eût été très-naturel et très-facile de laisser là une ou deux légions pour tenir en respect ce corps de cavalerie, et de charger directement de plain-pied les deux autres corps de cavalerie gauloise ; ou de les tourner à droite ou à gauche sans aller assaillir celui qui eût été sur le mamelon . On ne saurait donc se rendre compte ici de l'importance capitale de la manœuvre exécutée par les Germains sur la droite de César , manœuvre qui fit changer à l'instant les conditions respectives de la bataille.
Et ces bords de la Vingeanne étaient-ils une position forte? Or, pour s'accorder avec le récit de César, il faut que la position , en fer à cheval , occupée par la cavalerie gauloise , soit tellement forte , de sa nature même, que, gardée par de simples cavaliers gaulois, au nombre de quinze ou vingt mille, rangés en face et sur les deux flancs d'une armée romaine de plus de dix légions {soixante mille hommes) qui vient s'y présenter, ces soixante mille légionnaires, conduits par César en personne,
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et s'avançant avec leur gladius et leur pilum (qui transpercent un Gaulois avec son bouclier), ne puissent, pendant de longues heures, réussir à s'ouvrir un passage, — tandem Germant. — Que Ton considère bien, d'un côté, ces cavaliers irréguliers de la Gaule, armés simplement ou de faibles projectiles , ou de mauvais sabres , ou de courtes lances, ou de grossières massues ; et de l'autre côté, ces redoutables légions de César, dont seulement six c(h hortes vont bientôt à Pharsale, dans une charge au gladius, mettre en fuite toute la cavalerie de Pompée, armée à la romaine ^ ; et l'on jugera de toute la force que dut présenter en elle-même la position où Yercingetorii barra à César le chemin de la Province.
Maintenant considérons ces bords de la Yingeanne au point de vue de la tactique de Vercingetorix, et de la manœuvre par laquelle il mit fin à la bataille. Le point fondamental de la tactique de Yercingetorix, tactique déclarée en conseil des Gaulois et signalée par César, était a de ne a point tenter la fortune et de ne point engager toute son « armée dans une bataille rangée, » — neque fortunam tentaturum^ neque acie dimicaturum. — Par conséquent, la position auprès d'une rivière, où il avait rangé son infanterie en avant de son camp, et ce camp d'infanterie lui-même, devaient être dans des conditions de terrain telles, que Yercingetorix demeurât toujours maître de faire retirer son armée du champ de bataille, sans avoir
^ De BelL dv.^ III, xaii.
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à craindre un désastre général : manœuvre bien chanceuse de sa nature, et qui, pour réussir, exige un chef bien habile et un terrain bien favorable. Or, de fait, d'après le récit même de César, au plus fort de l'action, Yercingetorix a réussi à ramener toute son infanterie en arrière vers son camp, et à la conduire , du même pas et suivie de ses bagages, à Alesia, sans avoir perdu dans cette périlleuse opération, plus de trois mille hommes.
On a vu où et comment cela était possible et même facile dans les monts Jura. En eût-il été de même sur les bords de la Vingeanne? Certainement non : puisque c'est un pays ouvert dans toutes les directions, où Yercingetorix n'eût pu rester ainsi maître de dégager son armée par un chemin sûr; mais où il eût dû s'exposer à toutes les chances d'une bataille générale, en ayant à dos un pays tout à fait découvert, avec la Saône à vingt»cinq kilomètres de distance. Si bien qu'on a été entraîné, par la considération de ces lieux, à dire en propres termes dans 1'^/^toire de Jules César (ainsi qu'on a pu le constater ci-dessus), que Yercingetorix était a décidé à tenter la fortune »; sans qu'on ait jugé à propos d'atténuer en rien cette affirmation, qui est en contradiction flagrante avec le texte de César, — neque fortunam tentaturum.
, Les observations que nous venons de présenter suffisent bien pour faire apprécier l'opinion émise par M. Defay de Langres, concernant le champ de bataille de la Yingeanne ; et pour constater les conséquences dans lesquelles cette opinion a entraîné d'éminents esprits, faute d'avoir pu
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chercher un champ de bataille loin à' Alise-Sainte^ Reine, qu'on prenait pour TAlesia dont parle César, et faute d'avoir aperçu du côté de la Province l'élément stratégique signalé par nous, la double barrière de monts et de fleuves interposés entre l'armée romaine et la frontière de la Province.
C'est là qu'est le nœud de la question : là, dans cette barrière naturelle constituée par de grandes montagnes et de grands cours d'eau : barrière que devait nécessairement rencontrer en quelque point le chemin de la Province suivi par César : barrière naturelle qui, seule, a pu susciter dans la pensée du grand défenseur de la Gaule ce projet) si simple et si audacieux à la fois, d'en profiter pour retenir l'armée romaine enfermée en Gaule, jusqu'à ce qu'elle y fût morte de faim, suivant sa tactique proclamée. C'est donc là seulement qu'on pouvait barrer à une armée romaine le chemin de la Province, qu'il ne faut pas confondre.avec le chemin de la Séquanie, comme on l'a fait ci-dessus dans Y Histoire de Jules César. Le simple bon sens n'eût pas permis à Vercingetorix de songer à barrer à l'armée romaine, chez les Lingons, le chemin de la Séquanie ; par la raison évidente que tous les points de la longue frontière qui séparait les Lingons des Séquanes, depuis le confluent du Doubs et de la Saône jusqu'aux Vosges, pouvant être franchis, il eût fallu les garder tous à la fois, et disposer l'armée gauloise, non sur trois points seulement, mais tout le long de cette frontière de cent cinquante kilomètres. Bien que cette dernière considéra-
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tion, — trois points où Vercingetorix ait pu barrer à. César le chemin de la Province, — si on la pèse bien, suffirait pour prouver que César, en faisant route dans la direction de la Province, était déjà arrivé aux monts Jura quand Vercingetorix survint, y prit position seulement sur trois points, à environ dix mille pas de l'armée romaine, et le lendemain lui barra le passage.
S v. -— Ck)ndition8 nécessaires de l'oppidum d'Alesia : sa distance et sa si* tuation par rapport au lieu où Verciugetorix barra le chemin à César.
Enfin les derniers traits du récit de cette bataille exigent encore sur le terrain d'Alesia des conditions particulières pour que Yercingetorix, dès qu'il vit sa cavalerie en fuite, ait eu un motif urgent de se porter aussitôt dans cet oppidum avec son infanterie^ et pour que les faits rapportés par César aient pu s'accomplir de la manière indiquée dans son récit. Rappelons-en les expressions.
a Toute la cavalerie gauloise ayant été mise en fuite, Verciugetorix ramena en arrière [reduxit) son infanterie qu'il avait rangée en avant de son camp (pro castris)^ et du même mouvement il se mit en marche pour Alesia, qui est un oppidum des Mandubiens [protinusque Alesiam, quod est oppidum Mandubiorum, iter facere cœpit), en ordonnant que ses bagages fussent promptement évacués du camp et le suivissent. — César, laissant ses bagages à l'écart sur une colline voisine..., le suivit^ tant que la durée du jour le permit {Cœsar... seaUus, quantum diei
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tempus est passum) ; le lendemain^ il campa devant Alesia {altero die ad Alesiam castra fecit). »
Ainsi y on le voit, il y a pour ce texte trois questions à résoudre en regard des lieux, à savoir: P le motif àe ce mouvement si prompt de Vercingetorix ; 2"" la direction qu'il prit pour se porter à Alesia; et S"" la distance ap* proximative du champ de bataille à cet oppidum des Mandubiens.
r M. J. Quicherat a très-judicieusement senti la nécessité d'un motif iont particulier pour expliquer cet empressement de Vercingetorix à se porter à Alesia, et celui de César à le suivre. « C'est bien un indice, dit-il, que les deux antagonistes n'avaient en vue que la possession d'un chemin, et d'un chemin qui ne laissait pas de choix, sur lequel les Gaulois voulaient garder l'avance, tandis que le général romain le suivait forcément, attendant de la fortune et de son génie l'occasion de le pouvoir disputer*. »
On doit donc présumer que lorsque Vercingetorix s'est arrêté, il avait atteint son but; et que, sur le terrain où il s'est arrêté, ce but devient évident, puisque César parait avoir voulu cacher la position de ce lieu.
Sur le terrain d'Izernore, le motif de ce mouvement si prompt de Vercingetorix est bien facile à comprendre: c'était de garder le point de La Cluse, cette entrée si étroite du défilé de Nantua, chemin unique par lequel
* Conclusion pour AkAse^ p. 36.
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l'armée romaine pût continuer sa marche vers la ProTince, et où elle devait nécessairement venir s'engager peu à peu à. la 61e, entre des rochers à pic et des eaux profondes, sous les yeux de l'armée gauloise. Ainsi, le but de Vercing^etorix était, selon nous, d'occuper à temps cette nouvelle position, celle d'Izernore, bien meilleure que celle de l'entrée des monts Jura, pour y barrer de nouveau à César le chemin de la Province.
Le terrain d'Alaise, lui-même, ne nous paraît pas fournir une explication satisfaisante de cette décision si prompte de Yercingetorix. En effet, pendant qu'il eût couru garder le défilé de la Languetine ^, César, sans le suivre plus loin que Quingey (et au lieu d'y croiser comme lui la grande Toie de Besancon à Mâcon et à Vienne, aujourd'hui route nationale n"* 83), eût pu se détourner à droite par cette grande voie, et se rendre ensuite commodément dans la Province. Car il eût trouvé dès lors, aux points de Mouchard, d'Arbois, de Poligny, des chemins qui vont franchir les cols élevés du Jura oriental, si Ton admet qu'ils fussent dès lors praticables à une armée ; sinon , arrivé à Lons-le-Saunier, il eût trouvé libre la route de la Province, par Conliége, Orgelet, Arinthod, Izernore, la Cluse et le défilé de Nantua : route directe, la meilleure de toutes, et qui évite la grande crête de ce Jura oriental.
Quant au terrain d'Alise-Sainte-Reine, si l'on admet, avec M. Rossignol, que Yercingetorix, à partir d'un
^ Voir, Ccneluiion.,,^ p. 37 et suiv.
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champ de bataille situé au nord et à une certaine distance du mont Auxois \ soit venu prendre position au sommet de ce mont, il est évident que César, en arrivant là, eût pu passer outre sans difficulté, à droite ou à gauche, à son choix, et continuer sa marche dans la direction de la Province. Par conséquent, dans cette première nuance de l'opinion qui voit Alesia à Alise-Sainte-Reine, on ne peut s'expliquer le mouvement si prompt de Vercingetorix sur Alesia qu'en le considérant comme une retraite forcée ^nr aller mettre l'armée gauloise en sûreté sur le mont Auxois. Du reste, M. Rossignol le dit positivement.
De même, et à plus forte raison, si Ton veut que Vercingetorix soit arrivé sur le mont Auxois à partir des bords de la Vingeanrie, et c'est le cas dans V Histoire de Jules César, sa marche ne peut-elle plus être considérée que comme une retraite forcée dans la direction d'Alise- Alesia, pour s'y réfugier.
Mais, dans cette hypothèse d'une fuite, avec ce lieu de refuge situé au nord des monts de la Côte-d'Or, et préparé d'avance pour recevoir son armée (comme nous le verrons ci-après) , peut-on comprendre que Vercingetorix soit allé livrer bataille à César au sud de ces monts, à quelque 70 kilomètres de distance de son refuge, et les monts entre deux? Peut-on comprendre qu'il n'ait pas eu la retraite coupée par César, qui se trouvait placé dans la bataille presque directement entre lui et son refuge'?
* ÀltMe, étude d*une campagne de Jules César, p. 26, 27 et 31.
' Nous avons cherché dans V Histoire de Jules César comment cette diffi-
DEUXIÈME ÉPOQUE» Châp. V, § v. 397
Et pourquoi, au lieu d'aller ainsi exposer son armée (démoralisée, dit-on) à un blocus sur le mont Auxois, ne l'aurait-il pas plutôt ramenée directement à Bibracte (Âutun) par Dijon et Beaune, direction dans laquelle sa marche eût été plus facile, et il n'eût point couru le danger d'avoir la retraite coupée : Bibracte, foyer de Tinsurrection gauloise, et dont César, les jours précédents, avait dû éviter d'approcher, dit-on ?
Du reste , on peut opposer à ces deux nuances de la même opinion qu'on ne saurait découvrir, dans le texte de César concernant cette marche de Vercingetorix, un seul mot qui autorise l'idée d'une fuite^ ou d'une marche précipitée par quelque crainte. Il est dit dans le texte : a Vercingetorix ramena ses troupes en arrière, — reduxit, — et du même mouvement il se mit en marche pour Alesia, — protinusque Alesiam iter facere cœpit. » — 11 ne s'agit donc ici que d'une simple marche rétrograde jusqu'à son camp, et poursuivie au-delà dans la même direction jusqu'à Alesia. Quant à la marche de César luimême, il est dit dans le texte simplement : « César le suivit, — Cœsar... secutus. » — Ainsi, en résumé, il ne s'agit dans ce texte ni de fuite, ni de retraite, ni de paur^ suite, ni même de marche précipitée, bien que l'un et l'autre ennemi n'aient pas perdu un instant. Au contraire,
culte était résolue. Nous n^avODS su trouver à ce sujet qu'uue note (t. II, p. 256) où il &st dit : « L'armée romaine était incapable^ dans le désordre où elle était à ce momentt de poursuivre sur-le-champ Vercingetorix. » YoilÀ tout.
tout ce qui est clair, c'est que Vercingetorix, sans perdre ao instant, se met en marche pour Âlesia dans la direction de la Province, et que César se porte à sa suite en harcelant son arrière-garde. Car l'envahisseur de ia Gaule (qui y était entré par cette même région et qui probablement y avait encore passé et repassé plus d'une fois) devait bien se douter du lieu que Yercingetorix était si impatient d'occuper avant lui, et où nous allons les revoir bientôt l'un en face de l'autre.
2® Dans quelle direction Yercingetorix est-il parti du champ de bataille ? Pour répondre à cette deuxième question, dégageons notre pensée de tous détails locaux, et considérons bien l'aspect général des choses et la direction de la marche des armées uniquement d'après le texte des Commentaires. — « L'armée romaine se (érigeait vers la Province; la cavalerie gauloise lui barre le chemin par devant {a primo agmine iter impedire cœpit), et l'infanterie gauloise soutient cette cavalerie ; » ainsi l'infanterie gauloise^ rangée en avant de son propre camp {pro castris) , tourne actuellement le dos à la Province. — Dans cette situation, « Yercingetorix fait exécuter à cette in* fanterie un demi-tour et la ramène vers son camp [reduxit) ; » donc l'infanterie gauloise marche actuellement vers la Province; « et du même mouvement ^ passant outre {protinusque)j Yercingetorix se met en marche pour Alesia {Alesiam iter facere cœpit) , en ordonnant que les bagages soient promptement évacués du camp et le suivent de près. » Par conséquent^ Yercingetorix avec son
DEUXIÈME EPOQUE, Chap. V, § v. 399
infaDterie est parti du champ de bataille dans la direction de la Province, dans cette même direction que suivait César en arrivant là ; et V oppidum (TAiesia doit être situé dans la direction de la Province par rapport au champ de bataille dont il s'agit, et très-probablement situé sur cette même route que César suivait.
Une telle conclusion s'accorde plus ou moins bien avec les deux opinions qui admettent, pour le lieu à^Alesia, Izemore ou Alaise, et même encore avec celle qui préfère le mont Âuxois, pourvu que, en même temps, le lieu de la bataille se trouve au nord de ce mont, comme Ta placé M. Rossignol.
Mais si on le place, coomie dans VHistoire de Jules César, sur les bords de la Vingeanne, on ne peut plus adopter le moiit Auxois pour l'oppidum d'Alesia sans réfuter la conclusion que nous venons de déduire des Commentaires. En effet, le mont Auxois étant situé près-* qu'à l'opposé de la Province par rapport à ce champ de bataille, dès lors Vercingetorix peut bien encore ramener son infanterie en arrière, à peu près dans la direction de la Province, jusqu'à son camp; mais ensuite il ne saurait poursuivre sa marche dans la même direction {protinusqué) saus s'éloigner de plus en plus du mont Auxois. En sorte que, ainsi qu'on peut le voir sur les cartes de la bataille dressées pour VËistoire de Jules César (t. II, pi. It et 22), Vercingetorix, pour gagner son refuge , est forcé de se jeter du côté de Touest, afin d'éviter l'armée romaine en tournant sa position^ et de poursuivre ensuite sa mar-*
400 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.
che, non plus vers la Province, comme l'exigent les textes, mais presque à f opposé de la Province.
3" — A quelle distance approximative du véritable champ de bataille se trouvait le véritable oppidum d'Âlesia? A partir du champ de bataille, dit le texte, « César suivit Vercingetorix tant que la durée du jour le permit, et le lendemain il campa devant Alesia. » Or, on était à ce moment-là dans les grands jours de Tannée, et César ne s'arrêta qu'à la nuit close; ainsi, tout bien considéré, on peut estimer qu'il a dû faire, le soir de la bataille, uoe demi-étape, peut-être ufi peu plus, soit 15 à 20 kilomètres. Le lendemain, il a pu faire une étape [justum iter, 20 milles^ 30 kilomètres); mais aussi, il a pu avoir moins de chemin à faire pour arriver devant Alesia. La distance cherchée doit donc être tout au plus de 45 à 50 kilomètres, et elle pourrait être notablement moindre.
Le champ de bataille indiqué par M. Jules Quicberat est à environ 35 kilomètres d'Alaise ; celui qui a été indiqué par M. Rossignol est à environ 25 kilomètres d'Alise- Sainte-Reine ; celui que nous indiquons nous-même est à environ 40 kilomètres d'Izernore ; ils sont donc tous les trois compris entre des limites de distance convenables.
Mais le champ de bataille de la Yingeanne est à 63 kilomètres de distance d'Alise-Sainte-Reine, à vol d'oiseau, ou à environ 70 kilomètres par la route ; ce qui fait an moins deux étapes forcées. En conséquence, comme César n'est parti du champ de bataille que vers la fin de la journée, il n'aurait pu arriver devant Alise-Sainte-Reine que
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le surieîidemain de ce jour-là, c'est-à-dire le troisième jour de sa marche. Or les Commentaires disent que César arriva devant Alesia le deuxième jour de sa marche, — altero die, — à partir du lieu où Vercingetorii avait tenté de lui barrer le chemin de la Province. Par conséquent^ si tel est bien le sens de cette expression dans les Corn-méritoires, il en résulte avec évidence une objection capitale contre l'opinion qui présente à la fois, et Alise-Sainte- Reine comme étant Alesia, et le lieu de Sacquenay sur les bords de la Vingeanne comme étant le champ de bataille d'où César serait parti pour se rendre devant Alesia.
Aussi y dans Y Histoire de Jules César, trouve-t*on deux notes où l'on a entrepris de prouver que l'expression latine altero die signifie ici le surlendemain du jour de la bataille, c'est-à-dire le troisième jour delà marche de César. Nous disons de notre côté que cette même expression, allero die, désigne le lendemain du jour de la bataille , c'est-à-dire le deuxième jour de la marche de César. C'est donc sur le véritable sens de l'expression altero die dans ce passage des Commentaires que doit porter maintenant toute la discussion de l'objection. Et nous sommes bien forcé d'entrer à ce sujet dans quelques développements ; car , on le voit , ces deux notes posent ici une question capitale pour toutes les opinions concernant le lieu d'Alesia. Ainsi nous espérons que le lecteur supportera avec patience la sécheresse d'une discussion grammaticale que nous ne pouvons éviter.
Remarquons, au préalable, que le mot alter et plusieurs