‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 35 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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autres mots similaires paraissent dérivés d'un radical qui leur est commun, peut-être de l'ancien mot aiis, qui signifie autre ou différent. Or l'idée d'un objet différent implique celle d'un premier objet dont celui-ci doit être distingué, et à l'égard duquel c'est un deuxième objet de la même sorte que le premier. Naturellement donc, les mots alter et secundus sont équivalents ; et dans beaucoup d'occasions, au lieu du mot secundus, on peut employer le mot. alter, lequel d'ailleurs est plus coulant à la prononciation que le mot secundus.

S'il n'y a que deux objets d'une même sorte à désigner, il est clair qu'ils sont tous les deux, et chacun réciproquement, deuxième ou alter, et qu'ils comportent la mêiue désignation. En effet, dans ce cas-là, César les désigne tous les deux ainsi : — Galliœ totius factiones esse duas, harum alterius principatum tenere jEduos, alterius Arvemos^.

' De bell, Gali.f (, xxu. — Citons uu second texte de César, où l'on voit très-bien le sens fondamental du mot aller ^ et qui présente de plus un intérêt historique.

Au début de la guerre civile, la cité de Marseille, voulant rester neutre, ferma ses portes à César. Une députation de magistrats vint lui en faire des excuses et s'exprima ainsi au sujet des deux partis rivaux : « ... principei esse earum partium Cn. Pompeium et C, Cwsarem, patronos civUatis : quorum alter agros Volcarum Arecomicorum et Hclviorum publiée iis concesserit : alter — bello vicias Gailias — attribuent^ vectigaliaque auxerit- Quare paribus eorum beneficiis , parem se guoque voluntatem trUmere debere, et neutrum eorum contra altcrum^uvare... » (De beU. civ., I, xxxt). Il est clair que h» mots compris ici entre deux traits, -* beUo vicias Gailias, — n'ont pu être dits tels quels par César; et ils unt donné liea à une restitution du texte qui fait honneur à un Français, le savant jurisconsulte François llotman, né à Paris en 1524, et qui a donné une édition de^ Commentaires, très-connue et trcs-estimée. Hotman a donc proposé de lin* ici : alter, bello vicia Gallia, attribuera ; c'est-à-dire d'en tendre que « César

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S'il y a à désigner plus de deux objets d'une même sorte, dès lors la clarté du langage exige qu'on les énuinère ; mais l'énumération ne devient nécessaire que pour le troisième et ceux qui le suivent. C'est encore ainsi que s'exprime César. — Helvetii continentuTy una ex parte ,

fbanine Rheno altéra ex parte , monte jura,... tertia,

lacu Lemano et flumine Bhodano (I, ii).

Le mot alter est donc toujours l'équivalent du mot secundus, et par conséquent on peut toujours, dans une série numérique où il se rencontre, lui substituer le mot secundus; et il y précède toujours le mot iertius. Ainsi, après altero die vient tertio die; et l'expression altero die, qu'on la rencontre seule ou dans une série numérique de jours ,

aprèi avoir vaincu la Gaule par Ut armes, avait attribué en toute propriété aui Masfiiliens le revenu de ces mémee terres des Volces AréGomices et des Helviens que Pompée (sans doute pendant sou consulat) leur avait concédées dans l'intérêt public {publice conceuerit, c'est-à-dire leur avait affermées); et que César avait ainsi augmenté les revenus de leur propre trésor public. » Cette restitution ne porte que sur deux lettres, et s'accorde trèsbien et avec tout le discx)urs et avec l'histoire; elle est donc parfaite.

Un savant étranger, Glandorp, contemporain d'Holman, a proposé de son coté la restitution suivante, alter bello vicias Sallyas attribuer il, c'est-à-dire que César, « après avoir vaincu les Salyeus par les armes, aurait attribué ce peuple aux Massiliens. » — Mais cette dernière restitution du texte supposerait que César eût vaincu les Salyens; et aussi qu'il eût attribué aux MassUiens le territoire de ce petit peuple (bien que déjà depuis 74 ans ce territoire fût occupé par la colonie romaine d'Aix, Aqux Sextix) : double supposition inadmissible, et double erreur historique à rectiOer.

Cependant on a vu de nos jours un illustre savant (Prosper Mérimée) adopter en France, avec beaucoup d'éloges, la restitution proposée par Glandorp (voir le Moniteur wniversel du 17 juin 1867). Tant il est vrai que les Français, même les plus éclairés, les plus éminents, les plus estimables, sont enclins à louer outre mesure les travaux scientiGques des étrangers! Pourquoi ?

indique constamment, et dans tous les auteurs latins, ôa un deuxième jour, à partir d'une date précédente, ou le deuxième jour d'une série de faits quotidiens que l'auteur énumère. Si donc il s'agit d'une série de jours de marche, l'expression cUtero die doit désigner le deuxième jour de cette marche.

Pour bien constater cela, il faut se rappeler que les indications relatives au temps sont de plusieurs sortes , parmi lesquelles il en faut distinguer ici deux principales, qui sont, en effet, nettement distinctes, à savoir : l"" la date d'un acte ou d'un événement, date qui est de sa nature indivisible, comme un point dans le temps, et qui ne saurait comporter aucune durée ; 2*" la durée d'un acte ou d'un événement, durée qui est susceptible de se prolonger pendant un laps de temps quelconque. Dans les indications concernant la durée. César emploie l'expression altero die pour désigner le deuxième jour de la chose. Dans les indications concernant la date, il emploie diverses expressions qui offrent des nuances : postridie (un jour après) , postero die (au jour suivant) , postero die mane (au jour suivant, dès le matin) , proximo die (au jour le plus proche), qu'il soit futur ou passé *. En français, nous avons de même les mots ybi^r ei journée, qui sont équivalents, bien que non synonymes ; mais nous négligeons d'ordi-

' Exemple au passé : ItOf proximi diei casu ocfmont/i, omnia ad defensionem paraverant, — De BeU, ci»., U, xiv.

Exemple au futur : Quxcumgue ad proiimi diti oppugnaftonem noet» eomparantur. — De Bel, gall.y V,xxxiv.

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naire les nuances que ces expressions peuvent comporter. De même pour les expressions latines citées plus haut, nous les rendons toutes indifféremment par notre mot le lendemain, sauf dans le cas où la dernière, proximo die, doit être entendue au passé ; alors nous disons la veille. Postridie, postera die et proximo die, aussi bien que altéra die, suscitent dans la pensée l'idée d'un deuxième jour; ces quatre expressions doivent donc être équivalentes dans leur emploi respectif, et rien n'est plus facile que de le constater, soit qu'il s'agisse de la date, soit qu'il s'agisse de la durée d'un acte. En effet, rapportons d'abord tout à la même heure, à midi; entre un événement survenu à midi et un autre événement survenu le lendemain ou la veille [postridie, postero die, proximo die), à midi, il s'est écoulé vingt-quatre heures ; et de même , entre le départ d'une armée à midi et son arrivée à destination, le deuxième jour de marche {altero die), à midi, il s'est écoulé vingt-quatre heures. Veut-on faire varier les heures jusqu'à l'extrême ? La parité n'en persistera pas moins ; deux événements, datés, l'un d'un certain jour, l'autre du jour suivant, pourront être séparés ou par un instant seulement, ou par presque deux jours d'intervalle; et de même la marche d'une armée, commencée un premier jour et terminée le second jour, pourra /iurer ou un instant seulement ou presque deux jours entiers. L'idée commune que toutes ces expressions latines suscitent dans la pensée (un intervalle de temps qui participe de deux jours succfessifs) , est donc également justifiée dans tous

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les cas. C'est encore parmi nous la manière usuelle d'indiquer le temps des choses.

Lorsqu'il s'agit, non plus d'une date ou d*un acte unique qui se prolonge pendant plusieurs jours de suite , comme une marche (bien qu'elle soit intermittente), mais d'un acte qui ^'accomplit chaque jour et qui se répète identiquement plusieurs jours de suite, cette série cT actes qu(H tidiens peut être datée d son origine, et sa durée peut êtoe indiquée ou d'un seul trait ou en détail.

César, dont le langage est toujours sobre et concis, se contente d'une expression sommaire telle que celle-ci : Ex eo die (la date), dies continuos quinque (la durée), dont le sens est clairement démontré par l'ensemble du texte où elle se rencontre. — ^ Le jour suivant , Arioviste fit passer ses troupes au-delà du camp de César, et établit son propre camp à deux mille pas au-delà de César... Depuis ce jour-là, pendant cinq jours consécutifs ^ César fit sortir ses troupes en avant de son camp et les tint rangées en bataille, afin que, si Arioviste voulait combattre, l'occasion ne lui manquât pas. Arioviste, pendant tous ces jours-là, retint son armée dans son camp, et se contenta d'engager chaque jour des escarmouches de cavalerie '. »

Ainsi, on le voit par l'ensemble du texte, cette série d'ac-

* Postero die, Ariovistus prseter castra Cxsaris suas copias iransdtaUt et millibus passuum ÏI ultra Cœsarem castra/ecit... Ex eo die, dies oooti- Duos qu laque Cxsar pro casiris suas copUis produxit et aciem instruetam habuit; ut, si veUet Ariovistus prœlio contendere, ei potestas non deessei. Ariovistus ^ h\s ommhus ôlehus, exercitum castris continuité equestri prttiio çuotidie contenait (I, xlviii).

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tes quotidiens, qui dura cinq jours consécutifs, ne commença que le lendemain du jour où Arioviste changea de position, comme l'indique d'ailleurs la date de la série, Ex eo die (depuis ce jour-là).

Cicéron, dont le langage est d'ordinaire abondant et fleuri, s'exprime dans un cas semblable autrement que César ; il peut se plaire, par raison d'éloquence, à énumérer en détail chaque jour de la série d'actes quotidiens dont il parle, et c'est d'une énumération de cette nature, où il emploie l'expression altero die, qu'on a tiré le plus fort argument des deux notes de V Histoire de Jules César que nous avons à réfuter. C'est pour nous un devoir de citer intégralement et textuellement ces deux notes importantes, dans l'ordre même où les présente V Histoire de Jules César : la première (t. II, p. 214), au sujet de l'arrivée de César devant Yellaunodunum ; la seconde (p. 257), au sujet de son arrivée devant A lesia.

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