‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 36 sur 69 · PREMIÈRE NOTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE NOTE

a Le texte latin porte : Altero die^ quum ad oppidum Senonum f Vellaunodunuth venissetj etc. Tous les auteurs, sans exception, f regardant l'expression altero die comme identique à postera « die, proximo die, itisequenti die, pridie * ejus diei, l'ont tra- « duite par le lendemain. Nous pensons que altero die^ employé c( par rapport à un événement quelconque, signifie le second « jour qui suit celui de l'événement cité. »

* Nous n*avoD8 pas su nous bien expliquer pourquoi on a compris Texpression pridie dans cette note, ici et encore plus loin ; mais nous avons dû copier litlpralcmpnt.

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« En effet, Cicéron lui prête ce sens dans la première Philipa piqusy § 13, où il rappelle la conduite d'Antoine après la mort a de César. Antoine avait commencé par traiter avec les coDJa« (c rés réfugiés au Câpitole, et, dans une séance du sénat qu'il a réunit ad hoc le jour des Liberalia, c'est-à-dire le 16 des caa lendes d'avril , une amnistie fut prononcée en faveur des I meurtriers de César. Cicéron, parlant de cette séance du sé- « nat, dit : proximOj altero^ tertio^ denique reliquis consecutis diec bus^ etc. N'est-il pas évident qu'ici altero die signifie le second « jour qui suivit la séance du sénat, ou le surlendemain de cette « séance? »

Oui, à la vérité « ici altero die correspond au second jour qui suivit la séance du sénat, ou au surlendemain de cette séance. » Mais on peut dire aussi, même avec plus d'exactitude, qu'ici altero die est le second terme d'une série de jours consécutifs énumérés en détail par Torateur, et qui correspond à une série pareille d'actes quotidiens dont la connaissance ferait peut-être mieux voir à quoi se rapporte l'expression altero die dans ce texte de Cicéron. Examinons-en donc l'ensemble.

Dans la première Philippique, § 13, Cicéron, s'adressant, par une image oratoire, à Antoine absent, lui rappelle ce jour mémorable où, grâce au discours sur la concorde que ce consul avait prononcé au sénat réuni daus le temple de la Terre, une amnistie fut décrétée en faveur des meurtriers de César retirés au Câpitole, et où la liberté rendue par eux à la patrie fut suivie de la paix. Après quoi, Cicéron continue en ces termes : a Le jour « suivant, le deuxième, le troisième, et encore les Jours

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« qui suivirent, tu ne manquais pas dapporter chaque « jour, pour ainsi dire, quelque offrande à la République. ff Et la plus belle de toutes ces offrandes, ce fut d'avoir a fait supprimer la Dictature. C'est toi, toi, dis-je, qui a as infligé à César mort cette marque de feu, pour son « infamie à perpétuité. — Proximo, altero, tertio^ deni^ a que reliquis consequutis diebus, non intermittebas quasi « donum aliquid quotidie offerre Beipublicw. Maximum cr autem illud quod Dictaturse nomen sustulisti. Hœc inusta a est a te, a te, inquam, mortuo Cœsari nota^ ad ignomi- « niam sempitemam. »

On le voit donc, l'ensemble de ce texte démontre avec évidence qu'il s'agit ici d'une série continue de jours, correspondant à une série continue d'actes quotidiens, accomplis par Antoine, un acte chaque jour, non compris le jour où fut décrétée l'amnistie en faveur des meurtriers de César. En effet, certainement le premier moi^ proanmo, {au jour le plus proche delà séance), désigne le premier Jour de cette série d'offrandes quotidiennes, et en même temps sa date par rapport au discours d'Antoine et à l'amnistie des meurtriers de César; le mot suivant^ a//ero (un autre jour), ne peut désigner que le deuxième jour de la même série, vu d'ailleurs le mot qui le suit, tertio (le troisième jour) ; puis arrive une expression générale, dénique reliquis coîisequutis diebus [et encore les autres jours consécutifs)^ expression générale qui eût pu suffire à Cicéron pour indiquer d'un seul trait, à la manière de César, tous ces jours consécutifs d'offrandes à la République,

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après le jour de la séance mémorable du sénat. Mais sans doute l'orateur romain, en énumérant ainsi les jours un à un, a voulu bien faire sentir à Antoine toute la douleur du coup qu'il lui portait ^ .

Ainsi, ce passage de Cicéron cité dans la note ne saurait jeter la moindre obscurité sur le véritable sens de l'expression altero die, laquelle désigne certainement^ on le voit, le deuxième jour de la série d'offrandes quotidiennes dont parle l'orateur. Si donc, au lieu d'une série de jours d'offrandes à la patrie, il se fût agi d'une série de jours de marche, l'expression altero die en eût indiqué le deuxième four, et non pas le troisième jour, comme on se propose de le prouver dans la note. Continuons-en l'examen.

{Suite de la même note.)

« Voici quelques exemples qui montrent que le mot alter doit « se prendre dans le sens de secundus. Virgile a dit {Églogtte yin, c( vers 39) : Alter ab undecimo tumjam me ceperat annus, ce qui (f doit se traduire par ces mots : f avais treize ans. — Servins, a qui a fait un commentaire sur Virgile à l'époque où les tradi- « tions se conservaient , commente ainsi ce vers : Id est tertm « decimus. Aller enim de ditobus dicimus ut unus ab undecimo sit (c duodecimuSy alter tertius decimus, et vult significarejam se vki- « num fuisse pubertati, quod de duodecimo anno procedere non poa test. » {VirgilCy éd. Burmann, t. 1, p. 130.)

' Sans se douter qu'il prononçait là, dans cette divine PhUippiqiie,soa propre arrêt de mort, pour le jour où Antoine aurait le pouvoir en partage. Voir JuvÊifAL, Sat. X, v. 120 et suiv.

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« Forcellini établit péremptoirement que vieesimo attero sic gn i fie le vingt-deuxième; legio altéra vicesima veut dire la vingts « deuxième légion. »

« Les Commentaires rapportent {Guerre ciivile , III, ix) qu'Occ tave, assiégeant Salone, avait établi cinq camps autour de la « ville, et que les assiégés emportèrent ces cinq camps l'un « après l'autre. Le texte s'exprime ainsi : Jpsi in proxima Octaa vii castra irruperunt. Bis expugnatis^ eodem impetu, altéra c suni adorti; inde tertia et quarta et deineeps reliqua. » (Voir aussi Guerre civile j III, lxxxiii.)

Ici, du moins, nous avons la satisfaction d'être complètement d'accord avec l'auteur de la note. En effet, il veut prouver, et il prouve réellement par d'excellents auteurs, <r que le mot aller doit se prendre dans le sens de secundus. i> Cela admis, nous croyons pouvoir en induire logiquement que l'expression altero die doit se prendre dans le sens de secundo die, ou de second jour, proposition que nous avons nous-mème développée ci-dessus, et au sujet de laquelle tout le monde est d'accord ^ ; sauf peut-être l'auteur de la note, comme on le verra plus loin, quoi qu'il en dise ici.

{Suite de la même note.)

« On trouve dans les Commentaires soixante-trois fois Texa pression postero die, trente-six fois proximo die, dix fois inse-

' Voir tous les Dictionnaires, et surtout l'excellent Dictionnaire latin-français de MM. L. Quicherat et A. Daveluy, au mot alter.

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« querUi die^ onze îois postridie ejus diei ou pridie ^us diei.L'ti' « pression altero die n'y est employée que deux fois dans les huit <E livres de la Guerre des Gaules, savoir, livre VU, ch. xi etuviu, « et trois fois dans la Guerre civile^ livre III, ch. xix, xxvi et xxx. « Ce seul rapprochement ne doit-il pas faire supposer que a/^ero 0 die ne saurait être confondu avec les expressions précédentes^ (( et ne paralt-il pas certain que, si César était arrivé à Vellau- (( nodunumle lendemain de son départ d*Agendicum, il aorait « écrit : postera die (ou proximo die) quum ad oppidum Senonwn (( Vellaunodunum venisset, etc. »

(( Nous nous croyons donc autorisés à conclure que César ara riva à Vellaunodunum le surlendemain du jour où l'armée a s'était mise en mouvement. »

Ainsi, de ce qu'on trouve dans les Commentaires tel nombre de fois les expressions postera die, proximo die, inseqventi die, etc., tandis que rexpression altero die ne s'y rencontre que tel autre nombre de fois (base de raisonnement toute nouvelle pour déterminer le sens des mots) , on en induit que altero die ne saurait être confondu avec ces autres expressions. Mais, en quoi la différence ? On ne le dit point ; et là est la question, sur laquelle on passe ainsi sans y toucher. Puis on ajoute, sans plus de fondement , que si César avait voulu dire qu'il était arrivé à Vellaunodunum le lendemain de son départ d'Agendicum, il n'aurait pas employé l'expression altero die (bien qu'elle indique un second jour de marche d'après l'auteur de la note lui-même, et qu'un second joar ressemble beaucoup à un lendemain, croyons-nous); mais que César aurait employé les deux expvessions postero die ou proximo die. Ensuite de quoi, on en vient à conclure

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finalement et avec autorité « que César arriva à Veilaunodunum le surlendemain du jour où l'aroiée s'était mise en mouvement », c'est-à-dire incontestablement le troisième jour de marche. Oui, le surlendemain, le troisiètne jour ! Après avoir affirmé et si bien démontré auparavant que a le mot aller doit se prendre dans le sens de secundus, » ou que Texpression altero die employée là par César doit se prendre dans le sens de secundo die, dans le sens de SECOND jodrI

On voit donc que l'auteur de la note, dans sa ma-» nière de raisonner, en arrive ici, comme nous en avons précédemment témoigné la crainte, à une conclusion qui est en contradiction formelle avec ce qu'il prouvait plus haut, d'accord avec tous les autres auteurs.

Cette première note se termine par l'annonce d'une nouvelle confirmation de ^opinion de fauteur et par un renvoi aux commentateurs de Cicéron^ en ces termes :

(Fin de la première note,)

a On trouvera plus loin (page 257, note i), une nouvelle con^ a firmation du sens que nous donnons à altero die. Elle résulte a de l'appréciation de la dislance qui sépare Alesia du champ de a bataille où César défit la cavalerie de Yercingetorix. (Voir les a opinions des commentateurs sur altero die dans le sixième 0 volume de Cicéron, éd. Lemaire^ classiques latins, Excursus « ad Philippicam primam.) n

Ainsi , jusqu'à présent il était de principe , croyonsnous, que la détermination des lieux historiques fût faite

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d'après ce qu'en ont dit les historiens ; et voici que l'auteur de la note prétend déterminer ce que César a voulu dire de la situation d^Alesia^ en s'appuyant pour cela sur une situation arbitraire qu'il aurait lui-même, auteur de la note, assignée d'avance à cet oppidum. Assurément voilà bien un cas de ce qu'op appelle en logique une pétition de principe; raisonnement vicieux, qui tendrait ici à convertir une objection géographique, claire et irréfutable, en une bonne raison, venant à l'appui de l'opinion qu'elle doit renverser.

Et d'ailleurs, si « la distance d'environ 65 kilomètres qui sépare Alesia du champ de bataille de la Vingeanne, où César, dit-on, aurait défait la cavalerie de YercingetoriXy x> doit être plus loin une nouvelle confirmation du sens attribué dans la note à l'expression altero die, c'està-dire que le vainqueur arriva à Alesia le surlendemain du jour où il s'était mis en marche ; pourquoi ici, d'abord, la distance de Zb à 40 kilomètres qui sépare Àgendicum de Vellaunodunum (c'est-à-dire Sens de Triguières, d'après V Histoire de Jules César\ et qui est d'un tiers moindre que l'autre, ne prouverait-elle pas que cette même expression altero die signifie que César parvint à Vellaunodunum le lendemain de son départ d'Agendicum? La logique ne Texigerait-elle pas, si l'on continuait de suivre les mêmes principes ?

Enfin le lecteur eût peut-être été bien aise qu'on loi évitât la peine de recourir lui-même aux commentateui*s de Cicéron^ pour apprécier le sens de l'expression

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altero die, qui est le but de cette première note *. — Voici la seconde note, qui est plus courte :

' Nous les avons consultés : ils ne disent rien qui puisse vider le débat. Ils renvoient eux-mêmes à deux passages de Plinb lb Jbi7iir : autre auteur d'un langage encore plus abondant que celui de Cicéron, et qui, prodigue d'élégants détails, s'est exprimé comme lui. Citons ces deux passages pour compléter les renseignements sur la question, et pour en finir.

Dans l'un, il s'agit de Corellius Rufus qui, décidé à se laisser mourir de faim, « était resté sans prendre aucune nourriture déjà un second, un troisième, un quatrième jour. — Jam dies altère tertitu, qtuirtusj abstinebat dbo (Spist,, I, xu). — Il est évident qu'ici encore aiter signifie second ; et comme le premier jour passé sans nourriture ne compromettait point la vie de Corellius, on conçoit très-bien que sa femme, Hispulla, n'ait pris l'alarme qu'au second jour, et que Pline (qu'elle fait appeler pour détourner Corellius de son funeste projet) n'ait commencé son énumération qu'à partir du second jour, c*estpà-dire du jour où commençait le danger.

Dans l'autre passage, il s'agit d'un enfant qui se baignait dans la mer avec ses camarades sur la côte d'Afrique, près d'Hippone (aujourd'hui Bône), lorsqu'un dauphin, le prenant sur son dos, l'emporta au large, puis le rapporta à la côte auprès de ses camarades. « La nouvelle, dit Pliue, s'en répand dans la colonie : tout le monde accourt, questionne, écoute, raconte. Le lendemain^ on stationne sur le rivage, on regarde au loin sur la mer si l'on Y aperçoit à fleur d'eau quelque chose de semblable. Les enfants nagent et parmi eux celui dont on a parlé, mais il y met plus de réserve. Le dauphin revient à la même heure, revient auprès du même enfant. Celui-ci s'enfuit avec les autres. Le dauphin, comme pour l'attirer et le rappeler, saute, plonge, fait mille tours, dans un sens, dans l'autre. Il en fait autant tin second jour^ autant un troisième^ autant tin bon nombre de jours consécutifs, jusqu'à ce que ces hommes nourris sur la mer eussent honte de le craindre. » — SerpUper coloniam/ama : concurrere omnes, interrogare^ audire, narrare, Postero die obsident littus, prospectant mare et H quid est marisimile.Nat€mt pueri : inter hos Ule, sed cautius, DelpMnus rursus ad tempus, rursus ad puerum venit. Fugit Ule cum cxteris. Delphinus, quasi invitet et revocet, exsUît, mergitur, vatiosque orbes implicat expedUque. Hoc altero die, h4)c tertio, hoc pluribus, donee homines innutritos mari subiret timendipudor,,» (Epist., IX, xxxiii).

On voit ici une nouvelle particularité : c'est que la série de jours énumérée par Pline commence par un lendemain^ par postero die. Mais l'ensemble du texte en montre clairement la raison. En effet, de quoi s'agit-il ? Des retours du dauphin auprès de l'enfant chaque jour et à la même heure. Or un retour

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