‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 53 sur 69 · LXXIX · texte numérisé non relu

LXXIX

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114 JULES CÉSAR EN GAULE, Commeni. V».

faire remarquer, en effet, que la colline de MuUiat présente, à son versant du côté de la plaine, dans le voisinage de Matafelon , un certain nombre de petits vallons secs, résultant de petites crêtes de roches qui se relèvent, à la surface de cette colline, et il était facile de cacher des troupes d'infanterie dans ces combetles. Là, effectivement, elles eussent été cachées aux regards dirigés de la plaine, bien qu'elles en fussent très*proches, et qu'elles pussent y descendre en un instant par un couloir facile, qui se trouve au milieu de l'espace compris entre le village de Matafelon et le hameau de Charmine.

« De l'oppidum d'Âlesia la vue dominait la plaine ^ 9

— C'est le fait manifeste sur ce terrain, aussi exactement que de la butte Montmartre la vue domine Paris.

« De tous les camps placés à l'entour sur les crêtes des collines la vue dominait, et tous les soldats, l'esprit en suspens, attendaient quelle serait l'issue du combat '. 9

— Sur notre terrain, ce passage du récit de César est saisissant. En effet, l'ensemble des lieux forme un véri^ table cirque, allongé du nord au sud, Jmmense, et néanmoins oiiTon peut tout voir dans la plaine, qui en représente l'arène. Cela résulte de la pente rapide des collines qui représentent des gradins latéraux, et sur lesquelles se trouvaient placés ces soldats romains, du côté de Test et du côté de l'ouest, aux deux extrémités de la partie de

^ Erat ex oppido AUsia despectus in campum. — lxxix. * Eral ex omnilnu castris quœ summum undiquejugum ienebant despeeim, atque omnium milUum inienCi animi pugnx eventum exspeetabanU,* lxxx.

DEUXIÈME EPOQUE, Chap. VI, § v. 115

leurs lignes qui traversait cette région méridionale de la plaine. Il en était de même devant l'oppidum, oiï le terrain est encore notablement incliné sur la plaine.

« Les Gaulois, comptant que les leurs remporteraient la victoire, et voyant les nôtres accablés par le nombre, de toutes parts, et ceux qui étaient bloqués dans Toppidum, et ceux qui étaient arrivés à leur secours, encourageaient chacun les leurs par des clameurs et des hurlements ^ » César nous montre ici les spectateurs gaulois placés aux deux extrémités du cirque, au sud et au nord de la plaine; ces spectateurs gaulois, aussi bien que les spectateurs romains des gradins latéraux, voient tout ce qui se passe dans l'arène, et, du milieu de cette arène, on peut parfaitement entendre leurs clameurs d'encouragement.

Voici le dernier trait du tableau, l'aspect général du spectacle qu'on a sous les yeux : — a Comme le combat avait lieu sous les regards de tous, et qu'aucun acte de bravoure ou de lâcheté ne pouvait être Cjaché ni d'un côté ni de l'autre, et l'amour de la louange et la crainte de l'ignominie excitaient au courage tous les combattants ^. n -^ On le voit, ce texte comprend tous les spec-

* Otftini wos pugna tuperiores esse Gallï confiderenif et nostrospremi mulMudine vidèrent f ex] omnibus par tUnu, et ii qui munitionibui contine' bantuTf et ii qui ad auxilium convenerantf clamore et ulutatu suorumi animes conflrmabant, — Ibid,

* Quod in conspectu omnium tes gerebatur^ neque recte aui turpiter faetum celari poterat^ utrosque et taudis cupiditas et Hmor ignonUniœ ad virtutem exeUabat, ^ ibid.

!16 JULES CÉSAR EN GAULE, Gomment. VII.

tateurs et tous les combattants : tous sont témoins de tous les actes de tous ; le combat dont il s'agit a donc bieq lieu comme dans un cirque, comme dans la plaine basse qui est devant Toppidum d'Izernore. Nous le répétons, ce récit de César» lu sur ce terrain d'Izernore^ est saisissant.

On ne peut, ce nous semble, ni rencontrer dans un récit plus d'exigences particulières de la part du texte, ni rencontrer, dans un lieu mis en regard de ce texte, une concordance plus complète, plus parfaite de tous points*

Il est important de remarquer, au sujet de ce premier combat livré par l'armée auxiliaire, que le récit de César nous a signalé, au début de l'action, « Vinfanterie de cette « armée auxiliaire se cachant dans les lieux supérieurs a et voisins de la plaine, » comme dam une embuscade, mais qu'elle n'a nullement combattu, qu'elle ne s'est même point du tout montrée durant le combat. Or, si cette infanterie ne se plaçait pas là en embuscade, pour* quoi en parler? Et s'y elle s'y plaçait en embuscade, pour* quoi ne point avoir dit quelle cause l'empêcha d'exécuter le coup ainsi préparé? ou même simplement d'accourir au secours de la cavalerie gauloise si vivement ramenée jusqu'au camp de l'armée auxiliaire, camp dont cette infanterie cachée était si proche? On voit donc que tout cela est un peu arrangé par le narrateur pour produire l'effet qu'il désirait obtenir sur l'esprit du lecteur.

Comparons du reste ce combat de la cavalerie auxiliaire avec celui de la cavalerie de Vercingetorix qui a eu lieu précédemment dans cette même plaine. --* Au sujet

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § v. Ul

de la cavalerie de Vercingetorix, César emploie des expressions qui montrent avec quel acharnement elle combattit : « On se charge des deux côtés avec la plus grande « vigueur..» Il se fait un grand carnage... Les Romains et faiblissant, César envoie les Germains à leur secours * . ^ Tandis que, au sujet de la cavalerie auxiliaire, les expressions de César indiquent, sinon lalâcheté, du moins beaucoup de mollesse : a Les Germains les chargèrent et c les poussèrent devant eux.. . Les cavaliers gaulois aban* a donnant le terrain, les nôtres les poursuivirent jusqu'à a leur camp, sans leur laisser la faculté de se rallier ^ » II est donc constaté que la cavalerie auxiliaire n'apporta que bien peu d'ardeur à combattre devant Alesia. Ceci est important à remarquer pour l'appréciation du concours fourni par cette armée à Vercingetorix : question qui devra fitre'posée dans l'examen historique de ces événements.

Mais ce qu'il importe surtout de remarquer, c'est que : même si la cavalerie auxiliaire eût ramené vigoureusement la cavalerie des Romains jusqu'à leurs lignes, qu'^n fût-il résulté pour Vercingetorix et son armée bloqués dans l'oppidum? Évidemment la cavalerie gauloise ne pouvait pas forcer les lignes du blocus. L'armée de Vercingetorix n'en fût donc pas moins demeurée sans vivres, et entourée par l'armée romaine approvisionnée d'une réserve de

* Summa vi ab utrUqtie eontendUur... Fit magna exdes.,. îMorantibui nostrU, Cxsar Germanos submittit (lxx).

* Germani impetwn fecerunt eosque projnUerunt.,, Nosiri cedentes usqu0 ad castra iniectif I, ml coUigendi/acultatem non dederunt.

118 JULES CËSAR EN GAULE, Comment. VII.

vivres pour trente jours. II faut donc bien le répéter ici : le retard funeste de l'armée auxiliaire (en opposition aux ordres formels du chef suprême de la Gaule, élu par le suffrage universel), ati lieu d^accourir à l'instant pour aider Vercingetorix à affamer les Romains, avait déjà irré^ vocablement tout perdu quand cette armée arriva devant Alesia. Ainsi, qui ne le pressentirait? le retard funeste de l'armée auxiliaire, voilà ce qui va triompher de Vercingetorix à Alesia. Et, en effet, quel espoir pourrait-il lui rester d'en sortir, avec ses Gaulois déjà mourant de faim depuis plusieurs jours, si mal armés et dénués de tout engin de guerre pour attaquer les lignes romaines, que ce retard a permis de rendre inabordables?

Suivons.

Uno die intermisso, GaUi... « Après avoir laissé écou^ (( . 1er un jour, les Gaulois, qui dans cet intervalle de temps vi avaient préparé un grand nombre de fascines. A' échelles .(( et de grappins, sortent de leur camp au milieu de la nuit^ Xi en silence, et s'approchent des lignes de la plaine'. « Tout à coup, poussant une clameur, afin de signaler leur « arrivée à ceux qui sont bloqués dans l'oppidum, ils « jettent bas les fascines, et à coups de frondes^ de flèches^ <c de pierres, ils tâchent de chasser les nôtres des retrante chements, et ils emploient tous les autres moyens a d'attaque. En même temps, la clameur ayant été enten-

* Ad campeslres munitiones aeeedunt. - Ils s'approchent des relraDcliechements établis dans les terres labourables.

DEUXIÈME ÉPOQUE, CuAP. VI, § v. 419

a due, Yercingetorix donne le signal aux siens à son de « trompe, et les fait sortir de l'oppidum.

a Les nôtres se portent aux retranchements, chacun <c au poste qui lui avait été assigné les jours précédents, « et \àj à coups de frondes, à coups de fléavx-projectiles a et de^ro^ traits^ qu'ils avaient disposés dans les ouvra- « ges, et à coups de balles de plomb y ils jettent l'épouvante a parmi les Gaulois '.Les ténèbres empêchant de voira

^ FundiSf lUfriUbus, sudlbuaque^ quas in opère disposuerant, ac glandibtu Gallos per terrent. — Ces balles de plomb — glandibus — étaient lancées au fustibale, dont noas avons parlé pr^sédemmeut. (t. I, p. 145.) Les gros traits — sudilms — étaient lancés par les machines. Quant à cette sorte d'armes de jet — liàrUibus — que nous appelons ici fléaux'projectiles (faute de nom rannu de nous), nous allons tâcher de démontrer qu'en effet cette dénomination convient à la nature spéciale de ces projectiles, qu'on les lançait à la main, et que le nom de librilia, sous lequel César les désigne ici, est probablement le nom primitif des martio-barbuli ou plumbatx de Végèce. (Voir encore 1. 1, p. 145 et suiv.)

On a jusqu'à ce jour vainement cherché, croyons-nous, à se rendre compte de la nature de ce projectile appelé chez les Romains librïlia. Quelques commentateurs de César ont pensé qu'il fallait entendre ici par ce mot librilibus, non pas un objet analogue au. fléau d'une balance romaine — librUe,— mais un projectile pesant une livre — lihra — et lancé au moyen d'une courroie; qu'en conséquence, il fallait changer la leçon, lire : m^raMms^ au lieu de l'ibriHbus^ et lire conjointement les deux mots : fundis libralibus; expression qui pourrait désigner, par abréviation, des frondes destinées à lancer des pierres d'une livre, des fronde* d'une livre (comme nous disons de nos jours : canon de six, canon de trente).

Juste Lipse n'admet pas cette opinion ; il veut que l'on conserve la leçon et qu'on lise séparément les deux mots : fundis, librilibus. Il pense que le mot libratores, qu'on trouve dans Tacite, désigne les soldats qui lançaient le projectile en question. Voici comment s'exprime Tacite : « Le général « jugea qu'il était désavantageux de combattre là de près; et, faisant retirer ■ les légions un peu en arrière, il ordonne aux frondeurs et aux libratores «t de lancer des projectiles à l'ennemi, pour le chasser de cette position. — « Sensit dux imparem continus pugnam , remotisque paullum legionibus, « fandilores libratoresque exculere tela, et proiurbare hostem, jubet. • (Annal., IlyXX.)

120 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.

(( distance, beaucoup de blessures sont reçues à l'impro- « viste de part et d'autre. Nombre de traits sont lancés

Ce passage de Tacite se rapporte à la dernière bataille livrée par GkmianicQS, dans les contrées qu^arrosent TEms et le Weser, contre le yaillant cbef des Chérusques, Arminius, défendant aussi avec courage et non sans succès, malgré Timmense infériorité des armes de ses troupes, la liberté delà Germanie contre Tinvasion romaine. C'était donc 68 ans après le blocus d'Alesia. Les troupes d'Arminius étaient rangées sur une chaussée, qui avait été établie pour servir de limite entre deux peu pies germains, et îl s'agissait de le$diasser de cette position avantageuse. Avec les frondeurs et les llbratoret, Germanicus fit aussi tirer les machines des légions, qui lançaient de gros traits — hastx; — et après que les plus intrépides des Germains eurent été tués sur la chaussée, les autres se rejetèrent en arrière dans une forêt. On voit donc qu'il s'agit ici des mêmes sortes de projectiles que déjà César avait employés à Alesia, de projectiles à grande portée, tels que les martlo-barlndi ou plum* batte, dont parle Végèce.

Festus, cité aussi par Juste Lipse, a défini les librilia, et voici comment nous croyons devoir traduire la définition qu'il en donne : « Ce sont, dit-il, des « instruments de guerre, qu'on peut, se représenter par des branches d'arbres, « au gros bout desquelles sont assujetties de grosses pierres au moyen de « courroies, de la même manière que dans les fléaux à battre le blé. — Insiru- « menta bellica, saxa scUket ad brachii crassitudinem, in modum fhffdifh « rum, loHs revincta, » Juste Lipse conclut de ce texte que les combattants, après avoir lancé le projectile en question, pouvaient le ramener à eux au moyen de la courroie. Voici comment il s'exprime : — Ex iliiM verbis concluditur telum fuisse enUssum et reductum. — On voit donc qu'il a considéré l'expression de Festus, ad brachii crassitudinem , comme indi* quant le gras du bras de l'homme, et ce projectile dont il s'agit, comme étant attaché au bras du combattant par une très-longue courroie, au moyen de laquelle celui-ci pouvait, après l'avoir lancé, le ramener à soi. « Et cependant (ajoute Juste Lipse lui-même), d'après « ce qu'eu dit César, ce projectile • avait une grande portée, non une petite portée, — in Cœsare tamen ton' R gknquum^ non propinquum esse telum, » — Sur quoi l'illustre commentateur de César demeure fort embarrassé : l'idée ne lui étant pas venue qu'ici le mot brachii pouvait indiquer une branche d*arbre.

Nous osons croire, au contraire, que notre propre version du texte de Festus, non-seulement est fondée sur une acception incontestable des mots en* ployés.par cet auteur, dans la définition de ces projectiles appelés par les Romains librilia, mais encore qu'elle suscite dans la pensée de notre lecteur une image assez nette de cette sorte d'armes de jet, l'image d'un fléau de balance romaine, avec le poids assujetti à sa grosse extrémité.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ghap. VI, § v. 121

«c par les machines. Mais les lieutenants Marc-Antoine et

« Trebonius, à qui était dévolue la défense de cette partie

a des lignes, partout où ils s'apercevaient que les nôtres

a étaient accablés, y envoyaient en renfort des troupes

a tirées des redoutes situées par derrière eux ^

« Tant que les Gaulois étaient à une certaine distance

(c des retranchements, ils avaient Tavantage par le nombre

a des projectiles; mais, quai^d ils s'approchaient plus

« près, ou bien ils se perçaient eux-mêmes aux aiguillons,

« qu'ils ne s'attendaient pas à trouver là sous leurs pieds ;

« ou bien, tombant dans les trous^ ils y étaient transpercés

ff par les pieux des lis ; ou bien, se trouvant à portée du

Cette 8orte de projectile a été conservée traditîonneUement à l'usage des enfants, dans nos contrées de France situées du côté de Vltalie, le long du haut Rhône. On coupe une branche d*arbre de grosseur et de longueur convenable, fourchue au petit bout. On Témonde des brindilles jusqu'aux deux rameaux de la fourche, qu'on coupe chacun à huit on dix centimètres du point de bifurcation. On fend le gros bout, on y insère une pierre choisie ad hoc^ et on Tassujettit fortement en place avec de la ficelle dont on croise les tours. Voilà l'arme en question. Elle est redoutable. On la saisit parle petit bout : la fourche aide à la bien tenir et on la lance à tour de bras (comme on pourrait lancer une pierre fixée à Tétrier d'une fronde, en laissant aller la fronde elle-même avec la pierre).

Ce projectile si simple, si facile à faire partout, porte effectivement trèsloin; et, quand il est lancé, sa branche, entraînée par la masse de la pierre, oscille comme un poisson qui nage, la fourche du petit bout représentant la queue du poisson. Tout porte donc à croire que cette ressemblance fugitive, unie à la puissance des libriUa, aura suggéré aux soldats romains Tidée de donnera ces projectiles le nom de barbillons de Mars, Martio-barbiiH.

Le nom éeplumbaia! dut leur être donné ensuite, quand on les perfectionna par l'emploi du plomb, matière plus convenable que la pierre pour cet usage.

* Qua ex parie premi nostros inieUexerant,iis atutUio ex uUeriorUms casielits dednclos submittebant (lxxx). ~ Ce qui montre bien, comme nous l'avons pensé précédemment, que les troupes romaines étaient réparties dans vingt-trois camps, flanqués de vingt-trois redoutes.

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c( vallum et des tours, ils y étaient atteints et tués da coop « par les traits des machines de remparts. Après que de <K toutes parts beaucoup d'hommes eurent été blessés; et a aucun point des lignes n'ayant été entamé, comme le a jour arrivait, les Gaulois craignirent d'être coupés, si, «( des postes supérieurs (si, de la colline de Changeât), on a exécutait une sortie sur leur flanc découvert ; et ils se a retirèrent auprès des leurs.

« Quant à ceua: gui étaient bloqués dans roppidum, a pendant qu'ils apportaient au dehors tout ce que Yer- (( cingetorix avait fait préparer pour Tattaque, et qu'ils (( comblaient les premiers fossés, trop de temps s'était « écoulé; de sorte quils s aperçurent de la retraite des leurs « avant d'avoir pu eux-mêmes s'approcher des retranchea ments des ennemis. Ainsi, n'ayant rien pu faire, ils « rentrèrent dans Toppidum, »

Cette attaque nocturne n'introduit aucun élément topographique nouveau ; mais elle nous paraît intéressante à examiner en détail, par la raison qu'elle fut en réalité (selon nous, et d'après le fond même du récit de César) bien moins importante qu'elle ne semblerait l'avoir été de fait, au premier aspect de ce même récit.

En effet, du côté de l'intérieur il n'y a pas eu le moindre engagement de troupes : la résistance inerte des ouvrages avancés de la contrevallation a suffi pour arrêter les Gaulois : César l'explique très-clairement. ' Du côté de l'extérieur, le récit nous montre bien les Gaulois s'approchant de la ligne de circonvallation « avec

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un grand nombre de fascines, d'échelles, de grappins — magno craiium, scalarum^ harpagonum numéro effecto » (comme pour se porter à l'assaut des ouvrages de la plaine); mais ces Gaulois, en arrivant aux premiers obstacles, a jettent bas leurs fascines, et lancent des traits, des <( pierres. Puis, voulant s'approcher davantage ^ ils se <i percent les pieds aux aiguillons qu'ils ne soupçonnaient c( pas être cachés là, ou bien ils tombent dans les trous des (c lis dont les pieux leur transpercent le corps. » Mais il n'est parlé ni de la ligne des ceps, forêt de pals solidement enchevêtrés et plantés en terre, ni des deux fossés qui sont au pied du retranchement, ni du retranchement avec ses défenses propres. Ainsi, les Gaulois de l'extérieur n'ont pu avancer jusqu'au pied des retranchements, qui couvraient les soldats romains; et ils n'ont employé ni échelles, ni grap* pins, bien que le récit de César nous les montre d'avance munis de ces engins d'assaut. On voit donc bien que le combat rapporté ici avec assez d'éclat se borna simplement, de la part de l'armée auxiliaire, à lancer de loin de faibles projectiles ; et que la perfection des lignes romaines, ou le retard de l'armée auxiliaire qui permit le perfectionnement de ces lignes, est encore la véritable cause de l'insuccès de cette attaque nocturne, comme de tout le reste. Un mot qui termine le récit du combat : « ils se retiré* rent auprès des leurs', » constate qu'une partie seulement

' Potiea qyum propius suecesserunt.,, (lxxxii). ^ Sead nios recepetrunt {Ibid,).

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de Taf'inée auxiliaire prit part à cette attaque nocturne des lignes de la plaine. Fût-ce la moitié, le quart? Il n'en est rien dît. Pourquoi n'a-t-on pas attaquéleslignes sur tous les points à la fois et avec toute l'armée auxiliaire ? Il manque donc ici des explications importantes.

Les légionnaires qui avaient été présents, qui avaient vu les troupes gauloises se retirer au point du jour, pouvaient apprécier les expressions du récit à leur juste valeur. Ils savaient environ quelle part proportionnelle de l'armée auxiliaire avait attaqué les lignes de la plaine; à quelle distance du retranchement l'ennemi avait été arrêté par la zone des pièges ; ils savaient que toutes ces échelles et tous ces grappins, dont il est fait mention dans le récit, — magno craiium, scalarum, harpagonum numéro effecfo, — avaient été inutiles ; que ces pieux^ — sudibus, — étaient de gros traits lancés par les machines contre l'ennemi lointain, non des pieux maniés pour en percer de près l'ennemi montante l'assaut; ils savaient qu'eux-mêmes, en effet, avaient été accablés de fatigue, — premi^ — non pas d'enne* mis qu'ils eussent sur leurs bras, mais de flèches qui leur avaient été lancées de loin, et que, pour résister à cette grêle de flèches lancées dans les ténèbres, ils avaient eu besoin de renforts qui vinssent les aider à faire jouer une multitude de machines, et non pas les aider à résister i l'ennemi en nombre et attaquant avec fureur, corps à corps.

Mais, pour un lecteur étranger à l'événement, le récit n'est-il point tel, que, si Ton n'y apporte pas une certaine attention, on peut fort bien être induit en erreur par son

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aspect superficiel, et croire à une grande lutte nocturne, à un véritable assaut des retranchements de César? On est, ce nous semble, d'autant plus exposé à tomber dans cette erreur, que César a soin de nous informer que les retranchements ne furent point entamés, — nulia munilione perrupta; -- ce qui porterait à croire qu'ils ont été abordés par les Gaulois, mais bien défendus par les Romains. Enfin, César partage avec ses lieutenants, Marc-Antoine et Trebonius, la gloire de la résistance à cette attaque nocturne : ce qui paraîtrait impliquer l'idée que cette gloire fut très-grande, et, par suite, que le danger lui-même fut aussi très-grand.

Voilà donc dans ce récit beaucoup de mise en scènej pour une attaque sans importance, contre des retranche* ments quon avait eu le temps de rendre inabordables.

S VI. — Troisième et dernière tentative de rarmée auxiliaire. — Expédition de Vergasillaune da côté de la grande coUine du Septentrion. — Catastrophe. — Appréciation du concours fourni par cette armée devant Alesia. — Indices d*une défection parmi les chefs gaulois*

Bis magno cum detrimento repulsi Galli... « Deux fois a repoussés avec de grandes pertes, les Gaulois tiennent « conseil sur ce qu'ils ont à faire. Ils font approcher les « hommes qui connaissent parfaitement le pays» Us sont a renseignés par eux sur l'assiette et la force des camps « supérieurs* — Il t/ avait du côté du septentrion une cola Une que les nôtres n avaient pu, à cause de l étendue de (I son circuit, embrasser dans les ouvrages. » — C'était la

colline ou le mont de Changeât^ que nous avons indiqué plus haut cojnme faisant suite du côté du septentrion à l'entourage de l'oppidum d'Izernore, où il se trouve placé à l'ouest de la plaine basse de trois mille pas de longueur située devant l'oppidum. — oi En sorte que les Romam « furent forcés Rétablir leurs camps sur un terrain presque « désavantageux et légèrement déclive. » — C'est-à-dire au versant oriental de ce mont de Changeât, où l'on voit aujourd'hui, du nord au sud, à partir de Matafelon, les hameaux de Zi*, de Lia, de Sorpia, à* Intria, — (( Les lieutenants Antistius, Rheginus et C. Caninius « Rebilus occupaient ces camps avec deux légions. Les a chefs gaulois, après avoir fait reconnaître le terrain avec a attention, font choix de 60,000 hommes parmi tous « les contingents des cités qui avaient là plus grande ré- « putation de bravoure; ils conviennent entre eus secrè- « tement de leur projet et de la manière de [exécuter. « Ils fixent, pour commencer l'attaque, [instant précis où « il paraîtra être midi. Ils mettent à la tête de ces troupes (( l'ArverneVergasilIaune, l'un des quatre chefs de l'ara mée auxiliaire et parent de Yercingetorix .

« Yergasillaune sortit du camp dès la première veille « (environ dès six heures du soir), parvint presque à sa « destination dès le point du jour, s'y tint caché derrière U « montagne, et y fit reposer ses soldats des fatigues de la

^ Noas restituons à ces quatre noms leur ancienne orthographe, qa'oD retrouve encore sur la carte de Cassinii Sur notre Carte de rétat>-major,on Toit quelques légères modifications, mais qui n*ont pas ka d'imporianos.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § vi. 127

« nuit. » — Vergasillaune partit du camp de Mulliat par derrière, en suivant la rive gauche de TAin jusque près de Cotrophe; là, s'écartant de la rivière dans la direction générale du sud, il prit le sentier qui conduit sur la montagne et tout près du point où Ton voit aujourd'hui la grange de Revers. Son corps d'armée de 60,000 hommes défila ainsi toute la nuit, pour parvenir au sommet de la montagne dès le point du jour. Là les Gaulois se placèrent convenablement, au versant occidental du mont de Chaugeat et près de sa crête, depuis la grange de Revers jusqu'à l'endroit où se trouve aujourd'hui le village d'Hèxriatj peut-être même un peu plus loin au sud, vu leur nombre. Puis, ainsi placés au versant postérieur et presque au sommet de cette grande colline du septentrion, ils se reposèrent en attendant l'heure de midi. Dans cette position, Vergasillaune se trouve bien, comme l'exige le texte, « parvenu au point du jour presque à destination, » — prope confecto sub lucem itinere, — puisque, en moins d'une demi-heure, les troupes qu'il conduit peuvent descendre de front sur les lignes romaines du versant oriental de cette grande colline du septentrion. VA il est bien aussi « caché derrière cette montagne » — post montent se occultavit, — puisque la crête de fattage s'élève encore de quelques mètres entre les Romains et lui« •

a Lorsqu^il sembla être près de midi, Vergasillaune a se porta sur les camps que nous avons précédemment « indiqués.

a Et, en même temps, on vit la cavalerie des Gaulois

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a commencer à s'approcher des lignes de la plaine, et le « reste de leurs troupes se montrer devant leur camp.

a Yercingetorixy de la citadelle d'Alesia (du haut du « molard des Evoes dans l'oppidum), ayant aperçu les c siens, s'avance de cette position. 11 fait tirer de son a camp de longues perches, des mantelets, des grappins, (c et autres instruments qu'il avait préparés pour ratce taque. On combat en même temps de tous les côtés, a et on aborde tous les ouvrages.

a Les soldats accourent en nombre sur les points qui « paraissent les plus faibles. L'armée romaine se trouve a disséminée sur de si vastes ouvrages qu'il n'est pas « facile de se porter au secours sur tant de points à la fois, a Ce qui surtout alarme les noires, ce sont les clameurs (c qui s'élèvent par derrière eux pendant ce combat : « chacun sentant que son propre péril dépend du couet rage d'autrui. D'ordinaire, en effet, tout ce que les « regards de l'homme n'aperçoivent pas, en acquiert plus (( de force pour troubler son esprit.

« César, ayant trouvé une place convenable^ peut très- « bien voir de là tout ce qui se passe en chaque points et a envoie du renfort à ceux qui faiblissent. >■

11 est clair que, dans cette bataille, César avait le plus grand intérêt à trouver une place d'oii il pût embrasser d'un coup d'œil toqt ce qui se passait sur chaque point attaqué par les Gaulois ; et, puisqu'il a trouvé, dit-il, une place convenable pour cela, il s'ensuit que la désignation de cette place et la démonstration du fait que, de là, César

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VÎ, § vi. im

put réellement tout voir de ses propres yeux, devienDent slrictemeDt obligatoires pour quiconque prétend montrer aujourd'hui le véritable emplacement de l'antique Alesia.

Pour ce qui est du terrain d^lzernore, nous avons déjà constaté ci-dessus (p. 128), à l'occasion du premier combat de cavalerie livré dans la plaine basse par l'armée auxiliaire, que César, placé dans la redoute (n"" 23) située au contour nord-est de ses lignes, eût pu, de là, embrasser d'un même coup d'œil toutes les péripéties de ce combat. Et maintenant, de là encore, pour qu'il puisse étendre ses regards sur tout l'ensemble des divers points attaqués en même temps, il lui aura suffi de monter un peu plus haut sur la même coUiile, directement derrière cette même redoute (ii° 23), jusqu'à un tertre assez proéminent qu'on peut remarquer à trente ou quarante mètres plus haut. Là, César se sera trouvé à cette place convenable, d'où il put tout voir; et nous l'avons signalée sur notre carte par les initiales de son nom tracées en rouge : J. C.

Là, en effet, se rencontre, au versant de la colline que nous venons de désigner ci-dessus, un gradin proéminent, du haut duquel la vue domine à la fois directement tous les points d'attaque signalés dans le récit, sans en excepter un seul. De cette place, en effet, César voit au loin et en face de lui, à l'ouest de la plaine, les troupes de Vergasillaune descendant de front par les versants ravinés du mont de Changeât ^ sur Li, Lia, Sorpia, In tria. — Il voit à sa droite, au nord de la plaine, la cavalerie de l'armée auxiliaire débouchant par Mulliat et par Matafe^-

180 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

Ion pour se rendre dans la plaine et s^approcher des ligoes; il voit aus8i, dans Tinlervalle de ces deux débouchés. Tinfànterie de cette armée auxiliaire se montrer en avant de son camp sur la colline de Mulliat. — Il voit devant lui, en bas de sa position et au nord de la plaine, Yercingetorix descendant avec les sietas par Féperon nord de roppidum et faisant tirer par là de son camp oriental (de derrière Conaamine)^ tout ce qu'il a fait préparer pour l'attaque. — Enfin, César voit encore parfaitement ses propres soldats dans l'intérieur de ses lignes : d^abord dans la plaine, où son regard plonge facilement, et où les Romains se rangent, de part et d'autre, sur le terre-plein du vallum^ soit en face de Yercingetorix^ qui descend de l'oppidum par l'éperon nord, soit en face de la cavalerie auxiliaire qui approche en sens opposé des lignes de la plaine ; enfin, César aperçoit encore, au loin et un peu à sa gauche, pardelà le plateau de l'oppidum et au versant oriental de la grande colline du septentrion, les soldats romains qui courent aux points attaqués, et se rangent pour faire face aux troupes de Vergasillaune.

« De part et d'autre on comprend que le moment est « venu de faire un suprême effort. Les Gaulois, s'ils n'en* « tament les lignes, n'ont plus aucun espoir de salut; les ff Romains, s'ils obtiennent l'avantage, en attendent la fin « de toutes leurs peines.

« Le plus fort du combat est du côté des retranche- « ments supérieurs^ où nous avons montré que Vergasii^ « laune a été envoyé. La possession de l'étroit faîte du

DEUXfËME ÉPOQUE, Chap. VI, S vi. 131

« terrain joignant la pente (c*es^à-dire la possession des <c crêtes qui se relèvent au versant oriental de la grande a colline du septentrion ; lieux dits'sur le bois de Jon, sur « Gimany sur Bozon^ sur le Turle...) est d'une grande a importance. Des ennemis lancent des traits ; d'autres « massés en tortue, s^approchent à couvert; des hommes « frais remplacent à leur tour ceux qui sont épuisés de « fatigue. Des matériaux accumulés par tant de monde « dans les ouvrages donnent aux Gaulois le moyen de «f monter par dessus (ou de s'exhausser)^ et recouvrent les a pièges que les Romains avaient cachés à fleur de terre^ « et qu'ils avaient appelés : les aiguillons et les lis (stimulos a et lilia). Les armes et les forces vont faire défaut aux « nôtres.

« César y informé de cette situation , y envoie au secours «c Labienus avec six cohortes (environ 3,000 hommes). a II lui donne Tordre formel, s'il ne peut tenir dans c< cette position, d'exécuter une sortie avec les cohortes et c( de charger l'ennemi, mais ceci, de ne le faire qu'à la « dernière extrémité.

a Lui-même se porte auprès des autres combattants « (aux lignes de la plaine) ; il les exhorte à ne pas se et laisser abattre par la fatigue ; il leur fait comprendre a qu'il s'agit en ce jour et à cette heure du fruit de tous <( les combats qui ont précédé.

<! Les Gaulois de l'intérieur, désespérant de leur attaque (I du côté des terres labourables (du côté de la plaine basse a située au nord de roppidum), à cause de la force extrême

132 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

« de ses ouvrages, entrepremient de mon fer à FassavU des « lieux abîidpts (situés à l*est de l'oppidum, sur la rive « droite de rÂDConnans, lieux dits en Pérucky au Voërlej « le bois d'Orgevet^ les Félis). Ils y transportent les objels <( qu'ils ont préparés éventuellement pour cela. Ils chas- « sent les défenseurs des tours par une nuée de traits ; ils « se font un chemin avec de la terre et des fascines (pour « franchir l'Ânconnans, la zone des pièges et les fossés); « au moyen de crocs ^ ils arrachent la palissade et le parait pet (Voilà Vercingetorix qui fait brèche à la contre- « vallation).

a César y envoie d'abord le jeune Brutus avec six « cohortes (environ 3,000 hommes); puis le lieutenant a Fabius avec sept autres cohortes (environ 3,500 hommes). a Enfin, Tacharnement du combat augmentant toujours, (( il y conduit lui-même un renfort de troupes fraîches « (probablement toute sa cavalerie, à en juger par ce qui « est dit ci-après).

« Le combat rétabli et les ennemis repoussés. César a se dirige vers l'endroit où il avait envoyé Labienus. Il « tire quatre cohortes (environ 3,000 hommes) de la « redoute la plus proche ; il donne tordre à une partie de « la cavalerie de le suivre^ à f autre partie daller faire a le tour des lignes extérieures pour attaquer les ennemis ce par derrière. »

Ainsi, en partant de cette région particulière des lignes où il a repoussé de la contre vallation et rejeté à l'intérieur de la place le corps d'armée de Vercingelorix,flrw/iC(î/^, César

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § vi. 133

lui-même, avec Tune des deux divisions de sa cavalerie et les quatre cohortes qui le suivent, se dirige par l'intervalle des lignes et par le nord de l'oppidum vers Tattaque de Yergasillaune ; de t autre c6té^ César détache en sens inverse Taulre division de sa cavalerie, et Tenvoie du même point de départ au même point de destination, en faisant le tour des lignes de blocus par le sud de Toppi^ dunij comme on le verra ci-après. Les deux mouvements comprennent donc ensemble le circuit total de l'oppidum d'Izernore-Alesia. César en parcourt de son côté la moindre partie; la cavalerie détachée dans la direction inverse en parcourt la plus grande partie, et sort facilement des lignes au passage de l'Ognin, pour aller ensuite attaquer par derrière le corps d'armée de Yergasillaune, comme il va être dit plus loin.

ce Labienus^ voyant que ni les retranchements ni les ff fossés ne peuvent résister à la violence des attaques ce de l'ennemi, masse en un seul corps trente-neuf cohortes, « que le hasard lui a permis de tirer des redoutes voisines « (environ 20,000 hommes), et envoie des courriers « informer César du parti qu'il croit devoir prendre. »

On a vu que César avait ordonné d'avance à Labienus d'exécuter une sortie à la tête des cohortes et de charger l'ennemi ; mais de ne recourir à ee moyen extrême que dans le cas de nécessité. Actuellement, la nécessité est constatée, et en conséquence Labienus va exécuter la sortie prescrite, et auparavant il envoie des courriers en informer César.

131 JULES CESAR EN GAULE, Gomiient. VII.

Déjà nous avons vu un autre lieutenant de César, Sergius Galba, dans une situation tout à fait pareille, recourir à ce même moyen : d'exécuter une sortie au glaive, pour exterminer des milliers de Gaulois, qui étaient venus assaillir ses quartiers d'hiver à Octodurus (m, vi). C'était, en' effet, un moyen infaillible contre les attaques des Gaulois, qui n'avaient de leur côté aucune arme, offensive ou défensive, qui leur permît de tenir ferme de plain pied, en face des légionnaires armés du çladhts, du pilum, du casque et du bouclier.

ce César hâte le pas afin (têtre présent au combat. Sa « venue ayant été signalée par la couleur pourpre de son « manteau, insigne dont il avait coutume de se servir a dans les batailles, et les lurmes de cavalerie avec les (c cohortes qui le suivaient par son ordre, ayant été aperce eues de cet endroit où, des positions supérieures, les c< regards plongeaient dans ces lieux déclives et bas (dans la a plaine basse située devant l'oppidum du côté du nord), les a ennemis engagent le combat^. » (Voilà donc César qui arrive dans la plaine par l'intervalle de ses lignes de blocus, et en même temps voici une nouvelle attaque des Gaulois qui a lieu et sur laquelle nous aurons à revenir), a — A une « clameur poussée des deux côtés, il est riposté du vallum ce et de tous les retranchements par une clameur. Les «c nd/!r^^, après avoir lancé le /727z/;72, en viennent au gladius.

' Ejut adventu ex colore vesCitus cognilo,.. ut de lotis stiperiorlbus kxt decHvia et devexa cernehantur^ hostes prxlium comnUttunt.

DEUXIÈMK ÉPOQUE, Chap. VI, § vi. 135

« Tout à coup, par derrière, la caTalerie est aperçue. » Pour apparaître ainsi par derrière le corps d'armée de Yergasillaune, la cavalerie de César, à partir du Voèrlej a couru d'abord droit au sud jusqu'à tOgnin^ par le terreplein de la contrevallation ; puis là, en traversant l'Ognin à gué dans Hendroit où les lignes coupent cette rivière^ elle est sortie à l'extérieur pour courir à l'ouest jusqu'à i/omay (par la voie qu'avait suivie César dans l'invasion de la Gaule) ; puis, tournant à droite, elle a couru au nord par Crépiat et Heyriatj pour déboucher sur le lieu du combat, près de SonthonnaT-la-Montagne^ soit dans la prairie située au bas de ce village (lieu dit en Charmine)^ soit dans le vallon de Changeât^ situé du côté du septentrion de l'bppidum. Dès lors, cette cavalerie avait exécuté ponctuellement Tordre de César indiqué dans le texte, à savoir : « d'aller faire le tour des lignes à l'extérieur, — circum^ « ire exteriores munitiones — pour attaquer les ennenais «r par derrière » — et « aà tergo hostes adoriri »• — Et ainsi, après un parcours d'environ dix à douze kilomètres, sans avoir rencontré aucune difficulté de terrain qui pût l'arrêter, ni même la retarder, elle apparaissait tout à coup par derrière les Gaulois, sans qu'ils pussent s'attendre à lavoir survenir là*. — Repente pôst tergum equitatus cer^ nitur.

^ D'après Polyen (VIlI,xxiii. il ), César aurait fait partir d*avaDce, pendant la nuit, trois mille légionnaires et toute la cavalerie, pour aller attaquer l'ennemi en le prenant à revers. — (Note de VHistoire de Jules César^ p. 268.) Ainsi Thabile général romain aurait connu d'avance le projet exécuté

136 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.

« D'autres cohortes approchent. Les ennemis tournent a le dos. La cavalerie coupe le chemin aux fuyards, il se (c fait un grand carnage. Sedulius, chef et prince des « Lémovices, est tué. L'Arverne Vergasillaune est fait (c prisonnier dans sa fuite. Soixante-quatorze étendards « des ennemis sont rapportés à César. D'un si grand nomff bre d'hommes (de 60,000) , quelques-uns seulement se c réfugient sains et saufs dans leur camp ^ • . De ce dernier passage du texte, rapproché d'un autre qu'on a vu précédemment, il ressort avec évidence que deux voies différentes menaient du camp de F armée gauloise auxiliaire au point supérieur de la circonvallation, où eut lieu l'attaque de Vergasillaune. Uune de ces voies aurait été détournée, couverte, très-longue ou très-difficile, au point d'exiger, à partir du camp gaulois, toute une nuit pour aboutir derrière la crête de la grande collim du septentrion, tout près des lignes romaines; Vautre voie aurait été directe et très^-courte^ de manière que, par là, ce petit nombre de soldats de Vergasillaune échappés au massacre purent, à tabri des poursuites de la cavalerie romaine et dans le court espace de quelques instants, paraît-il, regagner ce même camp, à la vue des Gaulois bloqués dam l'oppidum (comme César le dira ci-après). Or, sur notre terrain, d'une part, la voie détournée qui va gravir le

par VergasUlaunp; bien qu*il ait dit lui-même ci*des8U8 que ce projet a?ait été eombiné en secret, dans le sein du conseil des chefs de Tarmée gauloise auxiliaire. // aurait donc eu là, comme tant d'autres fois^ quelque traître à son service^ et on ne devraU pas s'étonner qu'il ait si bien réwsi, ^ Pauci ex tanto numéro se incolumes in castra recipiunt.

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § vi. 137

mont de Changeai par son versant occidental, et, d'une autre part, la voie directe et par où la fuite fut facile vers le camp de l'armée auxiliaire, à travers le versant oriental de ce même mont de Chaugeat, c'est-à-dire à travers les crêtes rocheuses du bois de Jon^ qui est sous les regards de l'oppidum, présentent évidemment toutes ces conditions locales exigées par le texte de César.

ff Les Gaulois de l'oppidum, témoins du carnage et « de la fuite des leurs S perdent tout espoir de salut et a font rentrer leurs troupes de l'attaque des lignes de « blocus.

c A finstant même où l'on apprend la chose dans le a camp des Gaulois auxiliaires, ils s^ enfuient.

a Que si les troupes romaines, pour s'être portées en c renfort sur tant de points divers et n'avoir eu aucun « répit durant la journée, n'eussent été accablées de fati- « gue, toute l'armée ennemie eût pu être détruite. Dès le fit milieu de la nuit, la cavalerie est envoyée à la poursuite «c et atteint les dernières troupes des ennemis. Un grand

' Ce point du texte de César parait être en contradiction formelle avec un passage de Plutarque cité par M. Quicberat {Conciusion pour AlaUe^ p. 85), où il est dit que « Tattaque de Vergasillaunc ne pouvait être aperçue ni de « l'oppidum, ni des autres régions des lignes romaines ». Si Ion ne veut pas rejeter le récit de Plutarque, on pourrait peut-^tre se rendre compte de la dissidence des deux auteurs, dans le cas où l'attaque dont il s*agit aurait été en partie visible et en partie cachée aux regards de Toppidum. Or, sur notre terrain, les Gaulois de Toppidum ne pouvaient apercevoir complètement tous les détails du combat, par exemple, ce qui se passait en particulier dans le vallon de Changeât, d'où cependant ils pouvaient très-bien voir sortir les fuyards, qui couraient du côté du bois de Jon, pour aller se réfugier dans le camp do Tarmée auxiliaire.

«38 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

« îtombre d'hommes sont pris et tués * ; ceux gui parti viennent à échapper se retirent dans les cités. »

Ce récit est entraînant : César, qui rapporte là son plus grand succès, y met naturellement quelque enthousiasme et un certain art d'exposition : tâchons donc d y reconnaître avec méthode et de distinguer clairement les faits qu'il nous montre d*une manière positive.

1 " Le corps expéditionnaire de Verffasillaune a gravi la montagne pendant la nuit; il a attaqué le premier, et a combattu depuis midi jusqu'au dernier moment, — • Ad ea castra contendit. . . pugnatur. — A-t-il pu franchir la zone extérieure des pièges et parvenir jusqu'à la palissade de la circonvallation ? Certainement non. En effet, le texte dit bien que les masses de matériaux apportés et jetés par les Gaulois dans les retranchements leur permirent de passer par-dessus les pièges que les Romains avaient cachés à fleur de terre, — Agger in munitionem conjectus et ascensum dat Gallis, et çus in terrant occultaverant Romani contegit. — Voilà le fait. Ainsi, les aiguillons, — stimuli, — et particulièrement les lis, — lilia, — qui étaient cachés à fleur de terre, ont été recouverts de matériaux jetés par les Gaulois; mais les ceps, — cippij — qui s'élevaient hors de terre, — ab ramis eminebant; — cette forêt de pals enchevêtrés et inextricables, qui se trouvait par-devant les deux fossés

* VoirLi une indication traditiounelle de trophées romains, érigés là, tor le bord même delà rivière Cotrophe (Cotropxa), qui rappelle le trophée précédent des légions rapporté dans les Commenêaires,

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § vi. 139

de quinze pieds, et ces deux fossés et la palissade, César n'en parle nullement en cette occasion. On doit donc admettre que la ligne des ceps arrêta les Gaulois de Yergasillaune, sans qu'ils aient pu s'approcher davantage des soldats romains. Par conséquent, l'expression amphibologique du texte de César, — ascensum dat Gallis^ — doit être prise, non pas en ce sens que ces Gaulois auraient eu, dans les matériaux accumulés par eux, un moyen de monter sur le retranchement des Romains et qu'ils l'aient réellement escaladé, mais bien en cet autre sens qu'ils aient eu dans ces matériaux un moyen de s'exhausser j ou de passer par-dessus les aiguillons et les lis qui en étaient recouverts, pour parvenir jusqu'à la ligne des ceps^ et pour engager ainsi, à une distance un peu moindre des soldats romains, un combat à coups de flèches, de traits et de pierres. D'ailleurs, puisque les légionnaires, pour en finir, ont effectué une sortie au gladius, il faut bien que ces Gaulois soient demeurés à F extérieur des retranchements ]\ï^({u' h ce moment-là. Et, du reste, Yergasillaune ne paraît avoir emporté avec lui aucun engin propre à faciliter l'approche et l'escalade de telles fortifications.

Cela entendu ainsi, considérons à quel point le texte de César en devient clair. Après un combat prolongé de cette manière, nous voyons que les armes, les projectiles de tonte nature dont les Romains s'étaient approvisionnés, leur font défaut, et qu'ils se sont eux-mêmes épuisés de fatigue aies lancer de leurs retranchements : — Nec jam arma nostris, nec vires suppetunL — Puis, nous voyons

140 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

Lâbienus, conformément aux instructions données par César, — deducîis cohorlibus einiptione pugnaret, — exécuter une sortie avec trente-neuf cohortes, environ vingt mille légionnaires^ lesquels, après avoir lancé leurs puis» sants javelots, qui traversent du même coupelle bouclier gaulois et l'homme lui-même, en viennent aux glaives, — emissis pilis^gladiis rem gérant j — et achèvent ainsi cette affreuse boucherie, — fit magna cœdeSj — dans laquelle les Gaulois n'ont ni armes comparables pour combattre, ni bouclier pour se couvrir ; dans laquelle ils n'ont qu'à opter entre ces deux destinées pareillement et tristement fatales : mourir sans vengeance^ ou s'enfuir.

César, comme nous l'avons déjà fait remarquer, parait avoir été complètement renseigné d'avance sur tous les détails de cette expédition de Vergasillaune. 11 parle de secret gardé à cet égard par les chefs gaulois : mais le secret était-il possible, après les renseignements demandés par eux aux gens du pays, et au milieu de tant de monde? D'ailleurs, n'avons-nous pas déjà vu l'un de ces mêmes chefs gaulois communiquer à César devant Gergovia des renseignements de la même nature? César aurait-il donc réellement trouvé moyen d'être informé d'avance de l'expédition projetée par les Gaulois et que devait conduire Vergasillaune? On est bien porté à le croire, soit en voyant que Polyen affirme positivement le fait, soit en voyant, dans le récit de César, que près de vingt mille légionnaires se trouvent postés là, précisément sur le point d'attaque désigné d'avance dans le conseil des Gaulois, et qu'ils se

DEUXIÈME ÉPOQUE, Coap. VI, § vi. 141

trouvent là par hasard^ à en croire Tbabile et astucieux narrateur, — undequadraginta cohortibusj quas ex proximis prœsidîis deductas fors obtulit; — soit en voyant que la cavalerie de César arrive si à propos par derrière les troupes de Yergasillaune; soit surtout en se rappelant que César avait à sa disposition, pour ses succès et pour le salut de son armée, tout l'or dont il avait pu spolier la Gaule pendant déjà sept années. Du reste, cette opinion était accréditée à Rome, et nous aurons l'occasion d'en constater le témoignage dans un ensemble de considérations qu'on trouvera plus loin à ce point de vue.

Fut-ce encore la cavalerie germaine que César envoya pour attaquer par derrière les troupes de Yergasillaune ? Si ce fut réellement elle, et c'est bien probable, tous les succès des Romains, depuis l'arrivée de cette cavalerie germaine à leur secours, auraient donc bien véritablement été dus à la vaillance de ces cavaliers ger* mains, comme l'ont dit Ëutrope et Paul Orose, d'après Suétone, dans le texte que nous avons cité plus haut^

2'' L armée de Vercingetorix est d'abord sortie de l'oppidum du côté de la plaine; elle était munie de quelques engins propres à l'attaque des retranchements, et préparés sans doute à rimita,tion de ceux des Romains. Après de vaines tentatives pour approcher de ces retranchements de la

^ Tandem Romani prxeipua Germanonim equilum^ quos... in auxUinm adsciverant, virlute vicerunL — devoir, à ce sujet, la noie qai se trouve danft notre premitT volume. — Introduction, pi li.

142 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.

plaine basse, qui se trouvaient renforcés au plus haut degré dans cette région, Yercingetorix s'est porté à Tattaque d'un autre point des lignes, où le terrain était très-incliné,a6r2//>/. C'était par rapport à l'oppidum, du côté opposé à celui où Vergasillaune continuait sa propre attaque. Il est certain que ces deux attaques simultanées des lignes romaines, celle de la contrevallation par Vercingetorix et celle de la circonvallation par Vergasillaune, eurent lieu sur deux points des lignes très-éloignés l'un de l'autre : puisque César, pour se rendre de Tun de ces points à l'autre, traversa la plaine ; et que sa cavalerie, pour se rendre, dans une direction opposée , du même point de départ au même point de destination^ dut aller faire à l'opposé un grand circuit.

Cependant, il paraîtrait naturel que Yercingetorix eût attaqué du côté de l'intérieur cette même région des lignes romaines que Vergasillaune attaquait du côté de l'extérieur, afin de prendre ainsi les Romains entre deux attaques convergentes. César ne nous donne aucune explication à ce sujet. Mais, sur le terrain A'Izemore, on voit tout de suite une disposition des lieux qui rendait cette attaque convergente impraticable à Yercingetorix. C'est que la région des lignes romaines, attaquée par Yergasil* laune (région que l'on connaît avec certitude d'après l'orientation des lieux signalée par César), se trouve naturellement inabordable du côté de l'oppidum. En effet, tout le long de cette partie du cours de l'Ognin (qui pré« sente un volume d'eau plus important que l'Oze et TOze^

DEUXIÈME ÉPOQUE, Grap. VI, § vi. 143

rain ensemble, ou que la Loue et le Todeure euBemble), sa rive gauche est bordée de roches en précipices, dans lesquelles ce cours d'eau est profondément encaissé. Tandis que, du côté opposé de l'oppidum, la vallée de l'Anconnans est largement ouverte, le cours d'eau est simplement marécageux, moins profond que TOgnin ; et la berge, que lui forment les collines extérieures, étant moins abrupte que la rive opposée de l'Ognin, l'attaque y était d'autant moins difficile.

Le terrain d'Izernore nous montre de plus une raison capitale pour que Vercingetorix ait attaqué les lignes romaines du côté oriental de l'oppidum. C'est que l'héroïque et habile chef suprême de la Gaule, réduit alors à n'avoir plus qu'une pensée, celle de sauver son armée, n'apercevait autour de lui qu'un seul chemin par lequel il pût la conduire en lieu sûr. Cette voie unique de salut était de forcer les lignes romaines directement à l'est d'Izernore, pour y franchir les collines de l'entourage par Tignat, Ceyssiat, Charrion eiNerciat, et d'aller se jeter dans les vastes et épaisses sapinières qui couvrent les montagnes d'Apremont, sur la rive gauche du Lenge. Cette voie lui présentait dans son trajet, d'abord jusqu'au Lenge , des positions échelonnée» et très-fortes; puis, les marais du Lenge, trèsfavorables pour protéger et couvrir la retraite des troupes gauloises ; et par là, à six ou sept kilomètres de distance dé l'oppidum d'Izernore, l'armée de Vercingetorix se fût trouvée en complète sûreté dans la forêi de Niei'mes. On conçoit donc bien que le sage guerrier qui la com-

144 JULES CËSAR EN GAULE, CoitilENT. VU.

mandail ait fait tous ses efforts pour s'ouvrir un passage dans cette direction.

Si peu explicite que soit le récit de César au sujet de cette atlaque de la contre vallation romaine par Yercingetorix, ce fui incontestablement là, d'après les faits indiqués, que la lutte fut la plus acharnée, c'est-à-dire sur la rive droite de l'Anconnans, lieux dits : en Pérucle^ le Voërk, le bois (TOrgevet, les Félis, en Condamine... On doit même croire que l'issue du combat y fut, à on certain moment, très-douteuse. En effet, de ce côté-là, les soldats romains postés sur les tours de leurs retranchements^ en butte à une nuée de flèches, ne purent continuer de tirer sur les Gaulois et abandonnèrent leur poste : — multitudine telorum ex turribus propugnantes deturbant; — le cours d'eau marécageux, toute la zone des pi^eset les trois fossés furent franchis par les Gaulois, au moyen de matériaux de toute nature et de fascines : — aggere et cratibus aditiis expediunt. — Le rempart fut abordé et entamé ; la palissade et le parapet furent comme déchirés et amenés bas au moyen de crocs : — falcibus vallum ac loricam rescindunt. — Quelle attaque prodigieuse dirigée contre ces formidables retranchements des Romains! César y envoya un premier renfort de six cohortes (environ 3,000 légionnaires) ; puis un second renfort de sept cohortes (environ 3,500 légionnaires); et enfin, le péril et l'acharnement du combat augmentant toujours, il s'y rendit .lui-même avec un troisième renfort, composé de troupes fraîches, — postrenio ipse, quum vehementius

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VI, § vi. 145

pugnaretur, integros suhsidio adducit. — Mais il n'a pas jugé à propos de nous faire connaître Tespèce et la force numérique de ces troupes fraîches, qu'il amena lui-même au secours de ses lieutenants assaillis et écrasés par Vercingetorix. Et il poursuit immédiatement son récit en ces termes : « le combat rétabli et les ennemis repoussés »,.-• — restituto prœlio ac r^ulsis hostibm;... — ce qui donne à entendre qu'à un certain moment Yercingetorix eut l'avantage dans ce combat, puisque F égalité y fut rétablie ; et aussi qu'il pénétra dans l'intervalle des lignes romaines, puisqu'il en fut repoussé.

Tâchons même d'apercevoir un peu plus clairement ce qui s'est passé dans cet assaut vraimient prodigieux. Jetons d'abord un regard sur le terrain. Nous voyons que le bas des collines orientales qui entourent l'oppidum d'Izernore est généralement accidenté et offre des pentes escarpées, comme l'indique le texte, — loca prœrupta ex adscensu tentant; — que leur sommet est garni de crêtes rocheuses* coupées çà et là par des cols de passage; mais que leur versant, dans sa région moyenne (qui dut être comprise entre les lignes romaines), présente de grands espaces cultivés et assez peu inclinés pour que de la cavalerie ait pu facilement y exécuter des charges contre les troupes gauloises.

Or, nous avons vu dans le récit que toute la cavalerie de César était là présente au moment oii Yercingetorix en fut repoussé. Y était-elle déjà au début de l'attaque de Vergasillaune ? On ne peut guère croire qu'elle y fût déjà

146 JULES CÉSAU EN GAULE, Coument. VIT.

réunie d avance en face des Gaulois, car nul ne devait savoir que Vercingctorix viendrait attaquer les lignes romaines de ce côté-la, et il n'est pas naturel que de la cavalerie ait été postée d'avance pour défendre l'abord de ces pentes à faites abnipts. Nous avons vu d'ailleurs que, pendant la durée de l'attaque des Gaulois, César y envoya deux fois du renfort : la première fois six cohortes, la seconde fois sept cohortes; mais il ne dit point y avoir envoyé de la cavalerie. Donc,* probablement, c'est lui-même qui a amené là toute sa cavalerie, et c'est ce qu'il faut entendre par ces troupes fraîches qu'il y amena de sa personne en dernier renfort, sur l'avis que l'acharnement de l'attaque augmentait toujours. C'est donc très-probablement à l'aide de sa cavalerie que César est enfin parvenu à rétablir le combat et à refouler les troupes de Verdngetorix . Par conséquent, tout porte à croire que Vercingctorix avait escaladé les premières pentes abruptes, après avoir fait brèche à la contre vallation, et avoir pénétré dans l'intervalle des lignes romaines. Ainsi se trouve pleinement confirmé et mis en lumière le fait très-intéressant qui est impliqué dans cette expression des Commentaires : — a Restituto prwlio ac repulsis hostibus, — le combat étant rétabli, et les ennemis repoussés ^ans l'intérieur de l'oppidum... »

Et par conséquent encore, nous devons aussi conclure en résumé que cette dernière attaque des lignesdu blocus tentée par Vercingctorix fut très-périlleuse pour les Romains, et que César ne put arrêter enfin les progrès des troupes gauloises dans l'intervalle de ses lignes, qu'en y amenant

DEUXIÈME ÉPOQUE. Chap. VI, § V(. 147

lui-même sa cavalerie et sans doute surtout sa cavalerie germaine, qui était sa dernière ressource.

Nous ne pouvons du reste nous empêcher de faire remarquer ce laconisme superbe, — restiiuto prselio ac repulsis hostibus^ — que le narrateur victorieux emploie dans cetle occasion à l'égard de Vercîngetorix : laconisme en effet remarquable, au sujet d'un combat où furent engagées sans doute de grandes masses des meilleures troupes des deux armées, sous les ordres personnels des deux chefs suprêmes; au sujet d'un assaut où les Gaulois parvinrent à s'ouvrir un chemin jusqu'à ses légionnaires , à travers les retranchements inouïs que nous connaissons, et à les combattre corps à corps, même avec quelque avantage de leur côté à un certain moment, et cela sans aucune arme nationale comparable à celles des Romains. Quel besoin il faut que César ait éprouvé de déprécier Vercingetorix ! Et quelle gloire il lui a fait ainsi malgré lui !

Le succès qui couronna un instant cet assaut impossible de la contrevallation romaine, tenté néanmoins par Vercingetorix pour tâcher de sauver son armée quand les circonstances furent devenues si critiques, nous fait présumer qu'un certain nombre de ses braves Gaulois avaient ici à la main les glaives des légionnaires tués quelque temps auparavant (grâce à l'avantage du terrain), dans l'assaut de Gergovia.

ËnGn, l'héroïque défenseur et chef suprême de la Gaule, le dernier à abandonner l'attaque, fit rentrer ses troupes dans Toppidum.

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3** Quel rôle joua de son côté tout le reste de V armée auxiliaire, — c'est-à-dire la plus grande partie de cette armée, environ 180,000 hommes d'infanterie et 7,000 hommes de cavalerie ?

Le début de l'action de ce corps d'armée est littéralement rapporté par César en ces termes : « Et en même temps commencèrent la cavalerie à s'approcher des lignes de la plaine et le reste des troupes à se montrer devant le camp » , — Eodemque tempore equitatus ad campestres munitiones accedere, et reliquœ copiœ sese pro castris ostendere cœperunt. — César nous montre donc la cavalerie gauloise et le reste des troupes de l'armée auxiliaire se mettant en mouvement tous à la fois, mais non marchant tous ensemble contre les lignes de la plaine; c'est pourquoi il faut bien distinguer que, si la cavalerie s'approche des lignes, ce reste des troupes ne s'en approchent point, et qu'elles se contentent de se montrer devant le camp de l'armée auxiliaire*. Plus tard, lorsque César traverse le bas-fond de la plaine par l'intervalle de ses lignes, pour se rendre de l'attaque de Vercingetorix à l'attaque de Vergasillaune, et que, des hauteurs environnantes, les Gaulois et les Romains, le reconnaissant à la couleur pourpre de son manteau de guerre, signalent sa venue par une clameur poussée et renvoyée de part el d'autre, le récit ajoute : « Les ennemis engagent le combat », — /wstes prœlium committunt. — Quels sont ces ennemis qui engagent un combat? Ce ne sont assurément ni l'armée de Vercingetorix, ni la division de Vergasillaune,

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lesquelles combattent déjà depuis si longtemps; ce sont donc d*autre8 Gaulois, et ceux-ci n'avaient point encore combattu de la journée, puisqu'ils engagent actuellement le combat. Par conséquent, de fait, Vercingetorix et Vergasillaune se sont trouvés, seuls jusqu'à ce moment*Ià, aux prises avec toute l'armée romaine rangée derrière ses formidables lignes de défense. Comment expliquer ce défaut de concours de la plus grande part de t armée auxiliaire jusqxi à cette heure si avancée de la journée?

Mais cette attaque nouvelle qui survient tout à coup, cette attaque tardive, quelles sont précisément les troupes qui l'exécutent, et en quoi consiste-t-elle? Voilà encore une double question à résoudre, une double réponse à déduire du récit, pour que la fin de la lutte dAlesia se trouve complètement mise en lumière.

Celle attaque tardive provient-elle des 1 80^000 hommes d'infanterie qui doivent rester des 24(\000 hommes de l'armée auxiliaire, après le départ des 60,000 hommes d'élite emmenés par Yergasillaune? Cette masse d'infanterie opère- t-elle actuellement une diversion dans la plaine ? Y pousse-t-elle une attaque vigoureuse à travers la zone de pièges et de fossés jusqu'au retranchement, — vallum^ — derrière lequel sont les Romains? Une telle diversion opérée par une telle masse d'infanterie, et poussée avec autant d'énergie que l'attaque de Vercingetorix ou que celle de Yergasillaune, serait assurément bien utile, même à cette heure tardive ; mais rien dans le récit de César n'autorise à croire que l'allaque nouvelle dont il vient de

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parler ait été exécutée par cette portion si coDsidérable de Tinfanterie de Tarmée auxiliaire (et nous allons bientôt voir où elle est demeurée depuis midi). CiCtte attaque tardive aurait-elle donc été l'œuvre de la cavalerie de l'armée auxiliaire, que le récit nous a montrée plus haut s'approchant des lignes de la plaine ? Celte cavalerie (qu'il sérail insensé de pousser à travers la zone des pièges jusqu'aux retranchements des Romains) les attaquerait-elle néanmoins à l'heure présente? Ou plulôt s'agiterail-^)le en brandissant ses armes le long de cette zone de pièges et de fossés, pendant que les quelques archers entremêlés parmi les cavaliers {raros sagittarm) lanceraient leurs flèches d'une distance d'au moins cent vingt mètres : tous poussant des clameurs, — clamore sub/aio? — Une telle démonstration de cavalerie, une telle tentative, nécessairement vaine, sinon ridicule, correspondrait-elle à cette expression de César : — « Les ennemis engagent le combat », — hosies prœlium commit tuntl — Il faut bien le croire, puisqu'il n'y a point d'autres troupes gauloises présentes là devant les retranchements des Romains. Et la suite immédiate du récit va fournir une preuve assez claire de ce fait.

Car le narrateur passe tout de suite aux détails du combat qui se livre aeîdellement du côté de la grande colline du septentrion, depuis la sortie précédente des trenteneuf cohortes de Labienus contre les troupes de Vergasillaune. La transition se fait à la clameur poussée et renvoyée de part et d'autre sur toutes les lignes. Tous les détails rapportés ensuite . — Nostri, emissis pilis^ gladiis

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rem gerunt. Repente posi tergtim equitatus cemitur , etc., — tous ces détails, sans exception^ s'appliquent manifestement à l'attaque dirigée par Vergasillaune, et ne peuvent s'appliquer à aucune autre. D'ailleurs, si les cent quatrevingt-cinq mille hommes d'infanterie auxiliaire, qui s'étaient montrés devant le camp au début de la bataille, eussent à cette heure tardive attaqué les lignes de la plaine et poussé vigoureusement leur attaque à travers la zone des pièges, jusqu'au retranchement des Romains, comme le pouvait faire une telle masse d'infanterie, ce fait eût été trop important dans la bataille pour que César ne l'eût pas mentionné d'une manière claire et positive. Et encore cela eût trop ajouté à sa gloire personnelle pour qu'il eût omis tous détails concernant ce troisième corps d'armée qu'i eût eu à combattre dans la même journée. Ainsi, les cent quatre-vingt mille fantassins de l'armée auxiliaire (qui restaient après le départ des soixante mille fantassins de Vergasillaune) n'ont point pris part à cette dernière action.

Une preuve péremptoire qu'ils n'y ont réellement pris aucune part, c'est la manière dont César termine le récit de cette journée mémorable. Il en indique les divers résultats pour tous les corps de troupes des ennemis, et pour chacun en particulier. Examinons ce qu'il en dit.

Pour la division de Vergasillaune, le résultat de son attaque fut un massacre effroyable de ce corps d'armée surpris à l'improviste entre la cavalerie de César et ses légions, tf — Très-peu d'hommes sur un si grand nombre, dit-il, en échappèrent et purent se réfugier sains et saufs

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« dans le camp des Gaulois. » — Pauciex tarUo numéro se incolumes in castra receperunt. — Or, c'est là que s'est montré, vers midi, et que parait être resté encore jusqu'au moment de la catastrophe tout le reste de Tin* fantcrie de l'armée auxiliaire. C'est pourquoi regardons tout de suite ce qui se passa au moment où les quelques fuyards, échappés de l'expédition de Vergasillaune, se jetèrent dans ce camp : « A l'instant même, dit César, où « l'on apprend la chose dans le camp des Gaulois, ils s'en- « fuient, — Fit protinus, hac re audita, ex castris Galloa mm fuga. » — On le voit donc, ces cent quatre-\îngtcinq mille hommes d'infanterie de Tarmée auxiliaire dont il s'agit, étaient bien demeurés là, où tout d'abord nous les avons vus se montrer, c'est-à-dire devant leur camp, — pro castris; — et ils n'ont nullement pris part à l'attaque des lignes romaines, puisqu'on leur en apprend le résultat dans ce même lieu, et qu'aussitôt ils s'enfuient de ce même camp.

Par conséquent, la fuite satis combat, ou la défection de la plus grande part de r armée auxiliaire, se trouve positivement constatée.

Voici maintenant le résultat de la journée pour l'armée de Vercingetorix : « Ceux de l'oppidum, qui venaient « dêtre témoins du carnage et de la fuite des leurs^ perdent « tout espoir de salut, et ramènetit leurs troupes de l'attaque « des lignes. — Conspicati ex oppido cœdem et fugam « suorum, desperata salute, copias a munitionibus redu- « cunt. » — Or, comme il n'y eut aucun intervalle de temps

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entre y d'une part, le massacre du corps d'armée de Vergasillaune el, d'une aulre part, la fuite immédiate de quelques-uns des siens dans le camp de formée auxiliaire, et la fuite éperdue de tout le reste de cette même armée auxiliaire, il s'ensuit que les Gaulois de Toppidum, avant de renoncer au combat, avaient déjà aperçu d'un même coup d'œil et le massacre général des soldats de Yergasillaune, et la fuite de quelques-uns d'entre eux dans le camp de l'armée auxiliaire, et presque aussitôt la fuite sans combat et sans retour, c'est-à-dire la défection de tout le reste de cette armée auxiliaire. Par conséquent : voilà Vercinffetorix et les siens abandonnés de tous et n'ayant plus aucun espoir quelconque de salut, lorsqu'ils rentrent dans r oppidum.

* L^ordre des événements n'est pas présenté de même dans les Commentaires. Ce qui concerne l'armée de Vercingetorix s'y trouve intercalé entre la défaite du corps d'armée de Yergasillaune et la fuite de tout le reste de l'armée auxiliaire ; puis L'attention du lecteur est maintenue sur ces fuyards et entraînée au loin par les détails de la poursuite. Le lecteur des Commentaires pourrait donc n avoir pas assez {)ris garde que cette partie la plus nombreuse de f armée auxiliaire fuyait ainsi, non point pour faire retraite après avoir bravement combattu un efinemi trop supérieur à sa propre force, mais sans avoir combattu aucun ennemi et afin de s'éloigner au plus vite dAlesia, c'est-à-dire, en propres termes, qu'elle faisait défection. De cette manière, donc, tout a été rapporté dans le récit

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de César; ensuite, tous les soldats romains revenus de cette guerre de Gaule auront pu y reconnaître à peu près tous les détails de la lutte qu'ils connaissaient. Mais la défection de Tarmée auxiliaire y est-elle mise en évidence et jugée comme elle le mérite? Certainement non. Et cependant, c était là un point capital à signaler avec soin dans rhistoire de cette lutte suprême de Verdngetorix contre César, pour Findépendance de la patrie gauloise^

§ VII. — DévouemeDt sublime de Vercingetoriz et fin de la lutte contre

César. (Liv. VII, ch. lxxxix et xc.)

« Le lendemain Vercingetorix, après avoir convoqué le « Conseil, expose qu'il a entrepris cette guerre, non en vue « de quelque intérêt particulier pour lui-même, mais pour « la liberté commune de la Gaule ; et que, puisqu'il faut « céder à la fortune, il s'offre à eux pour Tune ou « l'autre de ces deux alternatives, à leur volonté, soit qu'ils a veuillen^t par sa mort donner satisfaction aux Romains, « soit qu'ils veuillent le livrer vif. On envoie une députa- « tion consulter César sur ces diverses propositions. Il (( ordonne qu'on livre les armes, qu'on fasse comparaître (c devant lui les chefs. Lui-même prend place sur ses lignes « de blocus devant son propre camp. Là on fait avancer les « chefs. Vercingetorix est livré, les armes sont îetées bas. « César, après s'être réservé les Lduens et les Arvernes, « dans la pensée que peut-être par leur entremise il pour- « rait se rétablir dans de bous rapports avec les cités, dis- « tribue le reste des captifs à toute son armée, dans le

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« rapport de un par soldat, à titre de butin de guerre. )> Quel descendant des anciens Gaulois pourrait, sans se sentir profondément ému, arrêter un moment son attention sur cette grande page de notre histoire nationale, sur cette page admirable de nos propres annales qui nou&est . transmise & nous-mêmes, avec une complète certitude et une authenticité incontestable, par cet homme qui fut jadis le farouche dévastateur de notre patrie, et Timplacable meurtrier de nos ancêtres? Quel génie politique dans ce grand Gaulois, à qui nous devons d'avoir réuni en un corps de nation nos cités précédemment isolées sur leur territoire primitif ! Quel exemple sublime de fermeté et de dévouement il a voulu donner aux siens, qui avaient souffert et combattu avec lui pour la liberté de cette patrie gauloise qui venait de naître ! Quel courage surhumain dans cette grande âme de Vercingetorix, pour avoir, avec tant de calme et de simplicité, offert à ses Gaulois d'être per-

sonnellement livré vif à César !

Sans doute pour expier lui-même ce que le proconsul de Rome, si habile dans Fart de Thypocrisie, comme Ta dit Âppien, appelait perfidie gauloise et crime envers la république romaine.

Ainsi, résumons le fait en deux mots: quelle prodigieuse fermeté dans l'&me, et quel sublime dévouement aux siens

dans le cœur de cet homme incomparable qui fut à la fois, on peut le dire sans crainte et avec un légitime orgueil national, le premier défenseur, le premier roi, le premier martyr et la grande victime de notre unité nationale !

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Ces choses terminées, César part pour le pays des liduens. Il reçoit la soumission de la cité. Là, une députalion envoyée par les Arvernes, vient promettre de faire ce qu'il ordonnera. Il ordonne qu'on lui livre un grand nombre d'oVages. Il envoie les légions dans leurs quartiers d*hiver. Il rend environ 30,000 prisonniers aux Lduens et aux Arvenes. Il fait partir T. Labiénus avec deux légions et

la cavalerie, pour le pays des Séquanes, et il attache à son commandement M. Sempronius Rutilus. Il envoie chez les Rhëmes le lieutenant Caius Fabius et Lucius Minucius Basilus, pour veiller à ce qu'ils n'éprouvent aucun dommage de la part des Belle vaques qui sont leurs limitrophes. Il envoie Gains Antustius Reginus chez les Ambivarëtes, Titus Sextius chez les Bituriges, Caius Caninius Rebilus chez les Ruthènes, chacun avec une légion. Il assigne à Quintus TuUius Cicéron (frère de l'orateur) et à Publius Sulpicius la résidence de Chalon et de Màcon, chez les Éduens, sur les bords de la Saône, pour veiller à l'approvisiounement des blés. Lui-même prend la résolution de passer l'hiver à Bibracte [Autun],

Ces choses ayant été annoncées à Rome par des lettres de César, le Sénat y fait rendre des actions de grâce, aux Dieux durant vingt jours.

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