partie du massif moyen des monts Jura qui est comprise
entre les deux grandes cassures transversales du système,
c'est-à-dire entre le défilé de Nantua que remplit le lac et
celui de Saint-Rambert, voici un nom remarquable écrit
dans les chartes Bretio ^ ,' et prononcé dans lé pays Bretmo
« ou Brennau.
C'est le nom traditionnel d'un centre d'habitations qui fut peut-être jadis au milieu de ces monts des anciens Sebusiani, l'oppidum «de quelque chef gaulois, de quelque Brenntis. Brénod, en effet, est situé dans un véritable oppidum, le plus vaste peut-être et le plus fort que la nature ait créé dans ces rudes contrées. C'est un iïnmense cirque de terrain presque plat, situé à la limite de la hauteur où mûrit le blé, et entouré de hautes crêtes de montagnes, couvertes de sombres sapins. Quel meilleur et quel plus sûr refuge pouvait s'offrir lors de l'invasion romaine à ceux des Sébusiens qui voulaient se soustraire à la domination étrangère ?
Or, ce canton de Brénod est une petite mais très-antique cité d'hommes robustes et énergiques, dont le type est remarquablement homogène. En général les hommes sont grands, secs, musculeux, et souvent avec cette blancheur de peau dont parle Virgile, lactea colla; ils ont des cheveux châtain roux, et des yeux de couleur perse ou
* Il est écrit sous cette forme dans Pacte de délimitation de la terre de Saint-Pierre de Nantua, cité plus haut.
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mêlés de vert el de bleu^ On croirait volontiers qu'ils ont conservé, à travers les siècles, le type primitif de la vieille race gauloise ; et de moins âgés que nous se rappellent les avoir vus conserver encore avec soin, selon la coutume de nos ancêtres, ses cheveux longs et flottant sur le cou, — Comati.
L*oppidum de Brénod était-il déjà un centre de population des Sébusiens à Tépoque de César? Les Commentaires ne nous font connaître aucun oppidum, aucune ville de cette cité gauloise '.
Le territoire de Brénod est le centre naturel de tout ce massif de montagnes, le nœud supérieur de leurs diverses ramifications; c'en est, pour ainsi dire, le cœur, d'où les eaux versées par les nuées en pluie ou en neige s'écoulent lentement et avec mesure dans toutes les directions, par trois grandes vallées qui ont là leur point d'origine.
L'une, celle de l'Albarine ou Albarône, est très-accidentée; çà et là, étroite, sinueuse, encaissée dans des roches escarpées, elle est suivie par le chemin de fer, va déboucher en plaine dans le pays des Ambarres ou Ambiva-
1 Nous l'aTons fait remarquer plus d*une fois dans des conseils de révision auxquels nous avions été convoqué.
' Le nom antique de Brénod, écrit Breno exactement comme dans nos chartes, se retrouve en Italie, sur le bord de rOgliOj un peu au nord du lac dlseo, c'est-à-dire sur un territoire qui a été possédé par nos aïeux pendant des siècles, et que les Romains leur ont enlevé plus encore au moyen de leur politique habile que de leur bravoure et de la supériorité de leurs moyens militaires. La cité gauloise établie dans cette contrée de la Gaule cisalpine était la cité des Insubriensy qui y fondèrent Milan, leur ville principale.
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rètes, au sud-ouest, et verser ses eaux dans TAin sous Ambérieu en Bas-Bugey.
La seconde vallée, celle du Séran, large, droite et trèsouverte, va au sud porter ses eaux dans le Rhône, à Test et non loin de Belley , à Lavours*,
La .troisième vallée, celle de VOgnin (en latin Onix)y est droite, large et ouverte comme celle du Séran; mais elle se dirige dans un sens tout à fait opposé, c'est-à-dire au nord, et va porter ses eaux dans TAin supérieur ou le Dain, à Coyselet ( au pied même de la colline où campa Tarmée gauloise auxiliaire). Et cette vallée de TOgnin, les anciens Mandubiens devaient naturellement Toccuper dans toute son étendue. Mais, après Textermination de ce petit peuple, quelle fut donc la population nouvelle qui vint prendre possession de ce même territoire ?
La partie supérieure de la vallée de TOgnin s'appelle traditionnellement la Combe-du-Val : nom gallo-romain, composé du mot celte comb^ qui signifie vallée^ et du mot latin vailum, qui signifie retranchement. Ainsi Ton doit présumer que cettepartie supérieure de la vallée de TOgnin a été jadis un camp retranché. Cherchons-en les limites. Au sud, à Test et à Touest s'élèvent de hautes montagnes, des retranchements naturels; au nord, seul côté ouvert et largement ouvert, on ne peut guère se retrancher que sur une ligne dirigée à peu près de Test à l'ouest, ou transversalement à la vallée de TOgnin, c'est-à-dire de Condamine-dela Doye, point fort du côté de l'est, à Oissellaz, point fort du côté de l'ouest. Or, aux deux extrémités de cette ligne
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natiirelle de défense, qui est en même temps la limùe de la Combe-du-Val du côté du nord, apparaissent des indices de postes de garde. Du côté oriental, sur la route qui entre de ce côté dans la Combe-du-Yal, voilà le nom de Condamiae, — Conditœ mùue^ — qui parait être un souvenir traditionnel de quelque muraille forte, établie là, sur un éperon de la montagne où est placé le village, et qui commande le passage du côté occidental sur une seconde route qui entre de ce côté par la rive gauche de TOgnin ; et au point de cette route le plus facile à garder, nous voyons le hameau d'Oissellaz : nom qui rappelle ces postes de garde, Ocela^ établis jadis comme nous Pavons démontré, sur divers passages de la frontière des Alpes. Enfin, sur un chemin qui franchit la crête de la montagne, pour sortir de la la Combe-du-Yal du côté de l'Ouest, et que couvrent les bois de Sappey, existe un col de passage avec un tour appelé le Barrio; et nous croyons qu'aucun archéologue n'hésitera à voir avec nous, dans ce nom, l'indice manifeste d'une an* tique barrière.
Par qui a donc été occupé jadis le territoire de la Combe-du-Yal, cette portion supérieure de la vallée de rOgnin, qui était ainsi entourée de retranchements naturels complétés de main d'homme ?
Dans la région la plus élevée de ce territoire, à l'endroit où rOgnin prend naissance, remarquons le nom d'7zenave; un mot latin qui rappelle à la foisTÉgypte et la navigation, — Ists-navis, — le vaisseau dlsis, la grande déesse des Égyptiens, qui présidait surtout à la navigation et à
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l'agriculture. L'inscription que nous avons reproduite plus haut, et qui atteste que des soldats romains, venus des bords du Nil, ont jadis habité un territoire voisin sur les bords du lac d'Antre, nous parait autoriser cette interprétation du nom d'Izenave qui se trouve dans le haut de la vallée de FOgnin. On peut donc induire, non sans quelque probabilité, qu'une autre colonie de ces mêmes soldats romains, venus des bords du Nil, s'est établie là jadis, conune à Moyrans. Mais, d'ailleurs, les Romains n'avaient-ils déjà pas adopté le culte d'Isis, et ne célébraient-ils pas avec pompe la fête du vaisseau d'Isis?
Indiquons encore, dans la Combe-du-Val, un tumultis très-considérable qui se voit au bas-fond de la vallée, sur la rive gauche du cours d eau, à quelque 300 mètres en aval d'Izenave.
Enfin, un peu plus bas qu'Izenave et à droite en descendant par la vallée, se voit un autre village, Lantenay : nom dont l'euphonie a paru d'origine grecque à un savant do mérite, qui s'est beaucoup occupé de recherches sur les antiquités et les noms du Bugey. Du reste, c'est tout près de là, à l'ouest, dans le bois de Sappey, qu'on a découvert l'anneau et le sceau de cuivre dont nous avons parlé ci-dessus et qui, l'un et l'autre, portaient une inscription grecque.
De la Combe-du-Yal, en continuant de descendre par la vallée de l'Ognin vers l'oppidum d'Alesia-Izernore, nous n'apercevons plus aucune trace d'étrangers avant d'arriver au terrain de ceinture de l'oppidum. Du côté de l'ouest, le territoire des Mandubiens devait se borner à une bande de
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terrain très-étroite; car FAin ou le Dain, limite traditionnelle du territoire des Éduens de la rive gauche de la Saône, coule au pied du versant occidental des collines de ceinture, dont les lignes de blocus suivaient le versant oriental. De sorte qu'il ne nous reste jdus qu'à examiner d'un même coup d œil Toppidum d'Alesia-Izemore et son terrain de ceinture, pour compléter nos recherches au sujet de la population étrangère, qui aurait pu y venir remplacer la population Mandubienne après son extermination.
A Izemore, à Geovressiat, à Brion, il existe encore aujourd'hui beaucoup de familles de cultivateurs des noms de Cornély, Carron, etc., qui sont évidemment de race latine. Dans ces familles, dont un certain nombre de membres se sont répandus à quelque distance, presque tous ont conservé le teint mat avec la couleur des yeux et des cheveux qui décèlent une origine latine. Et même dans la famille des Cornély, qui est nombreuse et très-répandue, une branche se distingue des autres par le surnom de Poppi ou Poppety qui ressemble beaucoup, on le voit, au nom de Pappée, — Poppœtis, — Poppœay — bien connu dans Thistoire romaine, surtout à cause d'une impératrice de ce nom qui fut célèbre par sa beauté et par son impudicité; et aussi par ses pommades dont parle Juvénal et auxquelles on donna son nom, — Peppœana, — et qui mourut en état de grossesse d'un coup de pied meutrier que lui porta son dernier mari, le dernier empereur romain du sang de Jules César.
C'est encore à Izernore que jadis ont été apportés de
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Rome les premiers germes de la religion chrétiemie qui ont pénétré dans ce pays, comme pour y effacer les maux cruels de la Gaule, par la douceur et la fraternité humaines, substituées à la fureur sanguinaire, égoïste et spoliftirice des Romains. Trois saints de race latine ou gréco-latine, Romanus^ Lupicinus^ Eugendus^ sont nés à Izemore ou dans le voisinage.
Et aujourd'hui encore on constate que le territoire dlzernore a été occupé par une population latine. Car, outre les innombrables débris romains qui jonchent le sol dlzemore (et auxquels nous reviendrons en parlant de la ville gallo-romaine qui a existé en ce lieu), Tidiome local, et le patois du pays, témoignent encore aujourd'hui, presque à régal de la langue italienne, soit par les mots dont ils se composent, soit par leur prononciation propre, de leur origine en grande partie latine et de l'établissement de colons romains dans ce pays.
Mais, encore bien que les noms de certains lieux, et ceux de quelques habitants du pays, ne permettent pas de douter que des familles de race latine et encore d'autres races étrangères ne soient venues prendre pied sur le territoire d'Aiesia-Izernore, il parait cependant certain, d'après les noms traditionnels d'un bien plus grand nombre d'autres lieux ou de familles du pays, que la plus grande part de la population qui remplaça les Mandubiens est provenue des cités gauloises environnantes. En effet, non-seulement les noms d'Izernore, de Brion et divers autres qui ont été cités par des érudits, paraissent bien
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être des noms celtiques; mais encore, à défaut de la connaissance certaine des noms d origine celtique, si nous comparons ceux du pays de Gergovia avec ceux du pays d'Alesia-Izemore, il est bien facile d'y reconnaître de part et d'autre un même air de famille. Le lecteur en peut juger lui-même par quelques noms de ces deux pays que nous plaçons ici les uns en regard des autres :