‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 59 sur 69 · III · texte numérisé non relu

III

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ces colonnes étaient d'ordre corinthien. Il y en avait six de face, sur huit de côtéy sans compter les demi-colonnes des pilastres des angles. Au milieu de Fespace compris entre ces quatre rangées de colonnes, se trouvait wie petite enceinte oblonguej (Penviroii 13 mètres de longueur^ sur 8 mètres de largeur, au fond de laquelle notre savant compatriote pense qu^ était placée la statue de la divinité du monument, La place même de cette statue est indiquée par les restes d'un fort massif de maçonnerie cimentée, auquel on ne saurait assigner aucune autre destination.

En 18S5, on trouva parmi ces ruines un doigt de bronze, tout près du pilastre sud-est S II est déposé aujourd'hui à la Société d'émulation de TAin, où Ton peut le voir. C'est un morceau de bronze très-remarquable : — ce sont les deux dernières phalanges d'un doigt d'une main de femme, parfaitement modelé, ayant appartenu à une statue en bronze de grandeur colossale (d'environ 2", 60).

Le monument d'izernore n'était point un temple, dans l'acception ordinaire du mot. Si l'on en compare les diverses parties avec celles des temples anciens connus dans la science, il est facile de constater qu'elles ne sont ni semblablement disposées, ni dans les mêmes proportions relatives, au dire de plusieurs savants qui ont examiné la chose avec soin et qui ont établi leur appréciation sur des éléments positifs.

1 C^est de là que partait le chemin public, venant du monument^ ce qui fait présumer que ce doigt de bronze a été brisé en enlevant par ce chemin la statue à laquelle il appartenait.

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Dans ]a pensée de notre compatriote d'Avèze, qui a publié son opinion sur ce sujet, avec les raisons à l'appui, le monument d'Izernore aurait été « ou un monument « élevé aux mânes d'un homme puissant, ou un autel sur <c lequel était posée la statue de quelque divinité. »

Ce monument était richement orné. Il en subsiste de nombreux débris des marbres les plus précieux.

On y a recueilli des plaques de serpentine, des mosaïques, des fragments de bronze finement travaillés; mais presque tous ces objets sont aujourd'hui déplorablement dispersés. Nous possédons nous-^mème un de ces débris de bronze trouvé il y a une dizaine d'années et qui porte l'empreinte manifeste du marteau ou de la massue métallique du barbare impitoyable qui a brisé l'œuvre de l'artiste. Le travail en est si délicat et si parfait, qu'on le croirait trouvé à Gorinthe plutôt que dans les monts Jura.

Ces ruines du monument d'Izernore sont éparses en bien des lieux éloignés les uns des autres. De menus débris ont été enlevés, par centaines do tombereaux, pour servir à assainir un pré humide du voisinage. On continue à en disperser par masses chaque jour, par simple curiosité. D'énormes pierres de taille, faciles à reconnaître comme ayant appartenu au monument par leur forme et par les trous des crampons de bronze qui les reliaient entre elles, ont été employées çà et là dans des constructions du village actuel d'Izernore, où on peut les reconnaître. Un fût de colonne supporte la croix du cimetière de cette commune. Deux grands tronçons de colonnes sont couchés au bord du

chemin de Tignat, tout proche de l'Anconnans ; ces vénérables restes étaient destinés, par les habitants du bourg, croyons-nous, à la reconstruction d*un pont sur le chemin vicinal qui franchit cette petite rivière. Un autre tronçon de colonne, avec sa base et plusieurs grandes pierres de taille de la même origine, servent aujourd'hui de piédestal et de support à une croix, qui est placée à un kilomètre au sud du bourg d'Izemore, au point où le chemin de Bussy à Pérignat croise la route départementale de Nantua à Thoirette. On a transporté aussi à Yolognat, dit-on, un tronçon d'une des colonnes d'Izernore. On en voit même plusieurs à Nantua,

Mais la plupart des gros blocs de pierre de taille qui faisaient partie du monument d'Izernore ont été transportés à environ un kilomètre de distance à Touest, au bas du village d*Intriat, pour y établir dans TOgnin la digue d'un ancien moulin seigneurial. On y voit encore, en divers points, dans le lit de la rivière, en aval de cette digue, des fragments de colo7ines précipités de leur place par les grandes eaux. Des maçons d'Izernore qui avaient autrefois travaillé à une réparation de cette digue, nous ayant informé guik y avaietit remarqué jadis, sur deux grosses pierres de taille provenant du monument, plusieurs lignes de grandes lettres gravées au ciseau, et la personne qui était propriétaire de la digue nous ayant gracieusement autorisé à y faire toutes les recherches que nous jugerions utiles dans l'intérêt de la science, la Commission départementale y fit examiner quelques-uns des grands blocs de pierre, dans la partie de

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la digue qu'on nous avait signalée. On en découvrit un, qui porte effectivement une inscription latine de six lignes, en lettres de 8 à 10 centimètres de hauteur, et dont nous donnons le dessin ci-contre.

Malheureusement, il semblerait que ce n*est là qu'une partie du bloc de pierre et de l'inscription qui s'y trouvait gravée. Et encore, dans ce que nous avons sous les yeux, la surface de la pierre ayant été usée à la longue, par les matériaux que la rivière charrie, il manque quelque jambage ou quelques lettres à l'inscription dont nous parlons, et celles qui sont restées complètes n'ont plus assez de netteté et de continuité pour qu'on puisse la lire facilement et avec toute assurance.

Néanmoins nous croyons pouvoir y reconnaître assez distinctement, au début de la première ligne, A L, c'est-àdire la première syllabe du nom d'ALESIA ; à la seconde ligne, ces mots DE. R. (^•) (G. allô) OVANT ("); — à la troisième ligne i N HONOR (em)^ et ensuite une lettre qui peut être la première du mot I (mperatoris) , Les lettres placées à la quatrième ligne sont très-probablemeht l'abréviation de l)Edicav€7'unt ou DEdicarimt. Nous laissons à de plus habiles que nous l'honneur de déchiffrer complètement cette inscription, que nous croyons intimement liée à notre histoire ancienne nationale.

Le bloc de pierre qui la présente est aujourd'hui exposé aux regards des savants et conservé avec soin dans la cour du presbytère d'Izemore, avec un léger abri, afin de le préserver des dégradations qu'il pourrait éprouver de la

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part des météores ^ C'est un bloc qui n'a été que grossièrement taillé jadis. Ou peut-être aurait-il été déjà mutilé depuis la première façon qu'il aurait reçue. Sa hauteur est de un mètre cinq centimètres, sa largeur de quatre-vingtonze centimètres, et son épaisseur de quatre-vingt-^tmize centimètres. N'est-ce qu'une partie d'un bloc plus considérable qu'on aurait divisé pour la construction de la digue de rOgnin ? Estrce là toute l'inscription du monument ? A quelle place y était-elle offerte aux regards du public?

En posant cette dernière question, nous devons faire observer que la ^plupart des blocs de pierre transportés pour construire la digue de l'Ognin ont dû provenir de la façade principale du monument (qui faisait face au nordest) ; car, de ce côté-là, il ne reste plus rien ; tout a été enlevé, même les énormes blocs du pilastre de l'angle nord-est. Ce qui, d'ailleurs, s'explique naturellement à la vue des lieux. En effet, c'est là, devant la façade du monument, qu'arrive le seul chemin qui y conduise, et c'était le seul côté de l'édifice qui fût abordable pour des voitures destinées à transporter des charges telles que ces blocs de pierres, ou les lourdes statues de bronze que ce monument présentait. C'est donc probablement de la façade principale du monument dlzernore que provient le bloc qui présente l'inscription ci-dessus. Mais voici le point le plus important de ces ruines.

* Voir à la suite des notes, page 285, une dissertation étendue sur cette inscription.

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L'inscription dont il s'agit pourrait très-bien remonter à une époque antérieure à la construction de ce monument à colonnes et se rapporter à un autre monument dont nous n'avons point encore parlé, et qui paraîtrait avoir été élevé à la même place que celui sur lequel nous avons jusqu'à présent fixé l'attention du lecteur. Voici le fait qui constate l'existence antérieure de ce monument primitif d'Izernore :

Qu'on veuille bien se représenter dans la pensée le monument secondaire décrit ci-dessus, s'élcvant de terre, tout d'abord, jusqu'au niveau où devaient être posées les colonnes : considérons ces premières assises qui constituent le soubassement des colonnades, et qui subsistent encore aujourd'hui en majeure partie. Elles forment un grand quadrilatère, un grand cadre d'énormes pierres de taille, supportant à trois de ses angles les trois pilastres restés debout. Ce cadre s'élève d'environ un mètre, plus ou moins, au-dessus du niveau du sol naturel ou extérieur. A l'intérieur, il est comblé de menues ruines, sans que néanmoins ces ruines puissent s'ébouler jusqu'au contact de sa paroi inteiiie. Ce qui les retient ainsi et les contient ensemble, ou les maintient dans l'intérieur du monument, c'est un second cadre intérieur, parallèle au précédent sur les quatre faces, et qui s'élève encore presque partout au même niveau, qui est fait en maçonnerie cimentée, et qui est séparé du cadre extérieur, construit en énormes pierres de taille, par un intervalle vide constituant une sorte de tranchée isolante très-étroite et très-profonde, n'offrant

guère plus de ii centimètres de largeur sur i mètres de profondeur.

On a ouvert en plusieurs eudroits ce petit intervalle, cette tranchée étroite et profonde qui régnait partout entre le mur intérieur et le mur extérieur du monument dlzcrnore; alors on a pu constater, et Ton peut encore vérifier aujourd'hui que, des deux parois qui s'y toucheîit presque: V celle qui appartient au gros mur extérieur est, en générai, à peu près brute et complètement nue; tandis que : 2* celle qui appartient au petit mur intérieur est revêtue d'une couche de ciment parfaitement lisse et peinte de couleur rouge vif. Or, quand on a peint cette paroi, si le monument eût déjà existé, non-seulement ou n'eût eu aucune raison d'exécuter cette peinture, puisque personne n*eût pu la voir ; mais encore il eût été impossible de Texécuter, puisque c'est àpeine si Ton peut passer le bras dans Tintervalle étroit et profond où elle se trouve.

De tout cela nous croyons pouvoir induire :

l"" Que, à la place même où l'on voit aujourd'hui les ruines du monument d'Izernore et avant que ce monument à colonnes y ait été élevé, il en avait déjà précédemment é/é érigé un autre j d'une même forme générale, des mêmes proportions horizontales, mais de dimensions un peu moindres;

2° Que celui-ci, monument primitifs construit simplement avec de petits matériaux et du ciment, présentait à l'extérieur, au moins jusqu'à la hauteur où l'on voyait la peinture primitive, des parois bien unies et peintes eo rouge vif;

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3"" Que ce monument primitif ^l, pu et dû être élevé en peu de jours ;

4"* Que ce monument primitif a été respecté et très-religieusement enveloppé (à quelques centimètres d'intervalle entre les deux parois voisines) dans le plus grand monument à colonnes et dont nous voyons encore les magnifiques ruines. Ce qui tend à démontrer que Tun et Tautre ont été Texpression de la même pensée, mais le second à une époque de calme et de luxe, où le fondateur pouvait considérer sa domination comme définitivement assise dans ce pays.

Ces inductions relatives au monument primitif dlzernore sont-elles exagérées? Nous ne le pensons pas, et nous espérons qu'elles obtiendront Tassentiment du lecteur, s'il veut bien lui-même réfléchir, avec un peu d'attention, à la liaison naturelle des choses.

Est-ce donc de la façade de ce monument primitif que provient ce fragment d*une grande inscription latine retrouvée dans la digue de TOgnin? Le travail tiès-imparfait du bloc de pierre et même des lettres porterait à le penser.

On a trouvé une seconde inscription dans le blocage intérieur du mur primitif, sur une pierre blanche, longue de 21 centimètres, large de 12, épaisse de 11. C'est une inscription votive où on lit :

PAENS

PAENS Votum SolvitLibenterMerito.

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Paius s*est acquitté de son vœu volontiers et à juste titre *.

Le Rapport officiel sur les fouilles de 1863 présente, au sujet de ce double monument dlzernore, deux erreurs de fait que nous sommes dans Tobligation de relever ici pen* dant que les faits sont encore visibles à tous.

La première de ces deux erreurs est & la page 30 du rapport, où il est dit : « On trouve dans les fondations des « deux monuments deux couches de cendre et de charbon, « ce qui donnerait à supposer que les deux monuments ont « été, à certain intervalle de temps, détruits par un inccn- « die. » Or, de fait, il n'y a aucune couche de cendre ni de charbon dans les fondations de ce double monument dlzemore, et il est bien facile de s'en assurer en y regardant. C'est très-loin de là, en divers points du village même, par exemple, auprès de la Maison Gletton, du côté du nord, qu on a reconnu deux couches de cendre et de charbon.

La seconde erreur suit immédiatement dans le rapport officiel en ces termes : « Le premier (monument)^ à en «juger par les trois pilastres encore subsistants, parait avoir « été construit à l'époque où l'art romain était dans sa « phase la plus riche ; ce premier temple appartenait à

1 II est fait mention de cette inscription votive de PAENS ou pœita, dans le rapport officiel sut les fouilles exécutées en 1863, par les soins de la commission départementale. Mais, dans ce même rapport, on parait avoir oublié de mentionner la grande inscription de six lignes retirée de la digue de rOgnin, qui est actuellement conservée dans la cour du presbytère d'Iiernore et que nous examinerons à part.

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« Tordre corinthien. Quant au second temple^ dont les fona dations furent faites, ainsi qu'il est facile de le constater a avec les matériaux provenant de la première construction, i< a-t-il, comme le premier, été un sanctuaire païen ou « chrétien? »

Ainsi, d'après ce rapport, le premier, le plus ancien des deux monuments dlzernore, aurait été le grand monument à colonnes, construit en énormes pierres de taille. Or, nonseulement on ne reconnaît aucuns débris de ces énormes pierres de taille parmi les matériaux du monument plus petit, qui occupait Fintérieur de cet édifice à colonnes, mais encore il existe une preuve de fait, une preuve péremptoire que ce monument intérieur a été construit le premier.

Cette preuve, répétons-le, est la peinture rouge appliquée à Textérieur de sa base, et qu'on y voit encore aujourd'hui, dans l'étroit intervalle qui règne entre les deux constructions, particulièrement à l'angle nord-ouest, qu il eût été non-seulement inutile, mais encore impossible d'appliquer là, si le grand monument lui-même eût déjà été construit.

A-t-on d'autres indices concernant la pensée qui a pu présider à Tércction du double monument d'Izeruore ?

Un chemin qui passe devant la façade principale (tournée à l'Est) et qui tend vers le Voërle et Péruclcy rappelle traditionnellement le chemin de Mars [la vi de Mars). Les terres qui y sont attenantes portent le nom lieu dit de Mars.

Une crête de terrain qui se voit tout près du monument.

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dans la direction nord-est, s'appelle la crête de Mars {la cri dé Mars). Tous ces indices, on le voit, portent à croire que la pensée générale ou fondamentale du monument dlsernore se rattache au dieu JMars ou à quelque évënemeut de guerre.

Au contraire, divers auteurs, dont Topinion doit être prise en sérieuse considération, ont pensé que cet édifice dlzernore avait été un temple élevé à quelque divinité de rÉgypte.

L'auteur du Rapport officiel sur les fouilles de 4863, en faisant allusion à la colonie de soldats du Nil, — milites niliaci, — qui s^étaient établis non loin de là, sur les bords du lac d'Antre, et qui y ont laissé l'inscription que nous avons citée plus haut, s'exprime ainsi, page 37 : « C'est ce « qui explique la présence des images de Sphinx, d'Ibis, de « tigres et autres emblèmes empruntés à l'Egypte, vus et « signalés par les auteurs des premières fouilles à Izemore, « en 1784, et plus tard par M. Désiré Monnier en 1822... » Or, il n'est point constaté que do véritables emblèmes empruntés à l'Egypte, tels que des images de Sphinx ou d'Ibis, aient été réellement vus par les auteurs des fouilles de 1784 et de 1823 dans le monument même d'Izemore.

En effet, voici comment s'exprime le condple rendu des fouilles de 1783, 1784 et 1787 publié en l'an II de la République, par Thomas Riboud. « Toujours dans les environs. «dit-il » (et déjà l'on voit qu'il continue de parler de ce qui a été découvert dans les , environs du monument, non dans le monument même), « on a trouvé plusieurs murailles en

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« pierre calcaire, dont trois de 1 mètre d'épaisseur, une « de 2 mètres, et une de 8 ; mais, comme on ne les a (c pas coupées transversalement, il parait qu'on a pris pour « des murs pleins ce qui était véritablement des aqueducs « doubles ou simples, des égouts ou des passages... L'un « de ces murs, dont l'épaisseur n'excède pas 1 mètre et ce qui est nécessairement plein, est revêtu d*un conduit » sur lequel on a vit des signes hiéroglyphiques, des sphinx. c( Ces emblèmes égyptiens semblent se réunir au mot c< Izernore, pour rappeler qu'une divinité d'hgypte^ dont a le culte a été connu dans les Gaules, a été vénérée en ce « lieu, qui lui fut peut-être consacré avant de l'être à « Mars. » Ainsi Thomas Riboud, au sujet des fouilles de 1784, ne dit pas qu'il ait réellement vu lui-même de ses propres yeux des emblèmes égyptiens dans le monument d'Izemore ; il parle seulement comme s*il avait ouï dire que, dans des fouilles précédemment exécutées, on avait vu des signes hiéroglyphiques et des images de Sphinx tracés sur un mur, non pas dans le monument d'Izernore, notons-le bien, mais seulement dans lés environs de ce monument.

Voici quelles sont les images ou peintures dont il parle comme les ayant vues de ses propres yeux et dans les ruines du monument : « Il est de ces fragments (de fresques) « qui ont jusqu'à 2 décimètres ; on y remarque des indice cations de draperies et de franges, des ombres assez « bonnes, des fruits^ des feuilles, des moulures, des frises; c< quelques-uns n'ont qu'une seule teinte de rouge vif ou

S8S JULES CÉSAR EN GAULE, Couubnt. VII.

« d*un beau vert. Le citoyen Chapuis m'en a montré un « qui oflFre la partie postérieure d'un tigre, dont le corps est « vert, moucheté de pourpre. »

Mais peut-on être assuré qu'on a devant les yeux sur un fragment de fresque une partie de Timage d'un tigre, quand on n^ voit que la partie postérieure du corps de l'animal, plus ou* moins bien tracée, avec des couleurs fausses; et qu'on n'a même aucun terme de comparaison pour reconnaître à quelle échelle l'image en question a été tracée ? Du reste, l'image d'un tigre est-elle nécessairement un emblème d'une divinité égyptienne? Ce tigre moucheté, ou plut6t cette panthère, n'était-il pas consacré à Bacchus, le dieu qui conquit l'Inde comme Césaf la Gaule, qui préserva rOlympe de l'escalade des Géants, et dont les fêtes retentissaient de ces applaudissements frénétiques : Évohé! que nous a rappelés précédemment le nom traditionnel d'un lieu voisin du monument d'Izemore, le Molard des Évouës?

Thomas Riboud parle ensuite d'une belle mosaïque qui existait dans le monument et qui fut coupée en croix par les ouvriers. Cette mosaïque reposait sur une épaisse couche de ciment supportée par des murs épais et rapprochés^ entre lesquels néanmoins un homme pouvait passer, a J'ai vu, dit-il, des parties de ces murs peintes à « fresque, et j'en ai recueilli quelques morceaux où Ton n voit des feuillages, des figures d'hommes, etc. » Puis il signale très-clairement, sinon complètement, le fait capital en ces termes : <c Plusieurs de ces murs sont parai- « lèles, et Ton en a distingué un dont l'épaisseur est de

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« 1 mètre, tandis que celle de son nom n'a que 3 déci- « mètres, cependant la face intérieure de fun est peinte à (c fresque. Cette circonstance est très-sing^ulière, car ces « deux murs parallèles n'étaient ni un canal ou aqueduc, < puisqu'un des c6tés est peint, ni un .passage, puisqu'il <c était trop étroit pour un homme. On ne peut chercher à (c expliquer cette bizarrerie apparente qu'en réfléchissant « que le mur peint a nécessairement été construit et enduit « avant l'existence de F autre; qu'il y a eu ensuite des dis- << tributions changées, qu'elles ont entraîné la construction c< du second mur et rendu le premier inutile. Peut-être « aussi celui-ci a-t-il appartenu à quelque éditée antérieur

« au temple et démoli lors de sa construction »

// est possible aussi que ce mur peint ait coexisté avec le splendide monument à colonnes et qu'ils aient été démolis fun et l'autre à la même époque : ce que nous avons à examiner.

Ainsi, en résumé : V Thomas Riboud a ouï dire qu'on avait vu, dans les environs du monument dlzemorcj des peintures à fresques, présentant des signes hiéroglyphiques et des sphinx ; 2** il a vu de ses propres yeux dans les ruines mêmes du monument des figures d'hommes et de feuillages et la partie postérieure d'une figure de tigre ou de pan« thère ; et 3' il a signalé encore dans le monument le fait capital de deux murs très-^r approchés^ dont fun seulement est peint efi rouge j de manière à démontrer l'existence antérieure d^une première construction.

Citons enfin ce que dit M. Désiré Monnier, qui avait entre

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ses mains le compte rendu précédent de Thomas Riboud, comme on le voit par une note placée au bas de la page de son livre où ce compte rendu est cité: « Nous avons, dit-il, « p. 26-29, quelque raison de croire que Tédificc, dont « nous voyons epcore les restes debout, a été substitué a par les Romains à un édifice plus antique dont il existe <c encore un mur de fondation dans Tenceinte de l'autre. « Au mois de juillet 1822, je fis travailler deux hommes à « déblayer Tinterstice, de 9S à 108 millimètres, qui règne « entre ces deux murs, et je ne vis pas sans étonnement « que le plus ancien avait été orné de peintures à fresque (c dont les couleurs étaient encore très-vives. La partie que « je dévoilais en avait été le soubassement, elle était d'un « beau rouge ; mais la partie supérieure^ dont il ne restait « plus rien, avait été décorée, sur un fond blanc, de figures « d'hommes, de sphinx, d'ibis, de tigres, d'autres animaux « et de feuillages. » On lé voit donc, M. Désiré Honnier répète ici, presque mot pour mot, les indications déjà fournies par Thomas Riboud, 38 ans auparavant. Comment, en effet, aurait-il pu voir toutes ces peintures qu'il indique sur cette partie supérieure du mur dont il ne restait plus rien, dit-il lui-même? Mais voici ce qui est nouveau dans ce passage de M. Désiré Monnier, ce qui est en opposition avec le témoignage de Thomas Riboud, et qui tendrait à induire en erreur au sujet de Torigine du monument dTzemore.

D'une part, Thomas Riboud indique sur ouï-dire des peintures d'hiéroglyphes et do sphinx qui auraient été vues dans les environs du monument; d'une autre part, il déclare

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avoir vu lui-même dans le monument des figures d'hommes^ de feuillages, et une partie d'une figure de tigre ou de panthère.

Or, ici, M. Désiré Monnier place le tout dans le monument y ce qui altère la signification de ces antiquités locales ; et il y ajoute une figure àUbis, emblème caractéristique de l'Egypte. Voilà de quelle manière il est parvenu à trouver dans les ruines du monument d'Izemore des traces du culte égyptien I Du reste, il parait avoir senti lui-même la délicatesse de cette situation, car il ajoute quelques lignes plus bas : « S'il est vrai t^ue l'on a vu fibis, le sphifix, le

« tigre, sur les lambeaux de fresque (Tlzemore , on ne

(c doit pas y méconnaître Tinfluence de l'art égyptien sous « les mains des Grecs. »

Ce fut en 183S qu'on trouva dans le monument, au pied du pilastre sud-est, le doigt annulaire d'une statue de bronze d'environ â'^jBO de hauteur, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, et qui fut déposé aux archives de la Société d'Émulation de l'Ain, où on peut encore aujourd'hui le voir. De nos jours, la commission départementale, nommée en 1863, a d'abord fait suivre le mur extérieur du monument primitif dans tout son pourtour; ce qui a démontré qu*il était encadré partout exactement dans le splendide édifice élevé ensuite ; d'où*cette conséquence capitale que l'un et l'autre ont dû être élevés dans une même . pensée.

Des fouilles récentes ont fait découvrir encore, parmi les décombres des deux édifices, un certain nombre d'objets

242 JULES CÉSAR EN QAVLE, Comment. VU.

intéressants qui sont actuellement conservés à la mairie dlzernore, avec beaucoup d^autres découverts en même temps sur divers points du voisinage, et dont Ténumération et la description se trouvent à la suite du procès-verbal officiel.

Mentionnons ici quelques-uns de ceux qui proviennent du double monument.

Un cou-de-pied de statue, en marbre blanc ; — fragments de marbre de diverses couleurs, marbre blanc, marbre vert, marbre veiné rouge et blanc ; — le petit morceau de pierre blanche qui porte l'inscription votive de Pœius citée plus haut ; — vingt-deux autres fragments en pierre blanche, sculptés, fouillés avec beaucoup de soin et de goût, qui paraissent avoir appartenu à des chapiteaux, et qui ont été trouvés à deux mëtres de profondeur dans l'intervalle étroit qui règne entre les fondations des deux monuments ; — une base de colonne, en pierre grise, de dixhuit centimètres de diamètre, avec plinthe percée de part en part d'un trou circulaire ; — enfin un fragment de volute.

Or, l'inscription votive àe Pœius, incrustée dans le blocage du monument primitif, donne à présumer que toutes ces pierres blanches ont appartenu au monument primitif; tandis que les marbras de luxe proviendraient du splen-* dide monument élevé ensuite, et dont aucun de ses énormes débris n'est en pierre blanche. Auquel des deux a appartenu la petite colonne en pierre grise?

Parmi les débris de peinture àfresque^que ces dernières

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. Vil, § iv. 243

fouilles ont permis de recueillir encore dans les décombres des deux édifices, mentionnons les suivants :

Deux fragments sur lesquels on voit un /et un O, peints en jaune sur une bordure bistre ; — un fragment sur lequel est grossièrement peinte en vert, brun et bistre, une tête d^hamme couronnée de feuillage; — une tête de cheval sur un fond rouge ; — un fragment d'une large bordure rouge accompagnée de filets et de denticules noirs.

Quant aux médailles trouvées dans les fouilles de 1863 et qui sont pareillement conservées à Izernore, dans un médaillon déposé au presbytère, elles sont au nombre de deux cent vingt-huit de tous modules, dont vingt gauloises, toutes anépigraphes, à Texception de celle dont nous avons déjà parlé, au revers de laquelle on lit, audessus du cheval, les lettres tog, formant la première syllabe du nom de Togirix, chef Séquane suivant l'opinion commune des numismates. Rappelons encore ici la monnaie des Santons que nous avons signalée précédemment. Les deux cent huit autres médailles provenant des fouilles de 1863 sont romaines et constituent une -série assez continue depuis Auguste jusqu'à Yalentinien\

Malheureusement on n'a pas songé à indiquer le lieu de

i Ua de nos collègues de la commission départementale, M. GuigueS) ancien élève de TËcole des Chartes et archéologue distingué, a bien voulu se charger de faire le classement et le catalogue des objets divers de la collection d'Izernore. Deux autres de nos collègues, M. Alexandre Sirand et M* Corbet, très-versés dans la numismatique, ont classé et catalogué les médailles. Un tableau de tous ces objets est annexé au rapport officiel sur les fouilles de 1863, inséré dans le Mémorial administratif du département de TAin, pour 1866^7, Bourg-en-Bresse 4 Dufour, 1866<

244 JULES CÉSAR EN GAULE, Coiocsnt. VIL

provenance de chacune de ces médailles , en sorle que Ton ne saurait distinguer aujourd'hui celles qui ont pu être trouvées parmi les ruines du monument.

Mais, dans le rapport officiel sur les fouilles de 1863, M. le rapporteur signale des médailles importantes découvertes jadis dans le monument même. Voici en quels termes il s'exprime (pages 37 et 38) : « £n 1813, la Société a d'émulation (de FAin) fit pratiquer une fouille que les « événements politiques de ce temps ne permirent pas de <c pousser bien avant. Cette fouiUe, cependant, ne fut pas (( improductive ; car, entre autres objets, elle restitua un a grand bronze trouvé dans les fondations du temple, repré- « sentant l'apothéose d'Auguste^ plus detix petits bronzes du a même empereur portant à leur revers un autel avec la « légende : Providentia. Ces médailles, qui pouvaient avoir « une importance relative au point de vue que je discute, « furent envoyées à Tabbé Chapuis, avec prière d'en don- « ner l'explication. Ces pièces restèrent malheureusement « dans son médaillier, lequel, après la mort de ce savant, c( fui vendu en détail, on n'a jamais su à qui. Ces bronzes « s'appliquaient-ils spécialement à Izemore ? Question in-

« soluble. »

Nous possédons nous-méme une de ces médailles d'Auguste du type dont il s'agit. Elle nous fut donnée il y a huit ou dix ans, par l'un des gendarmes de la brigade d'Izemore, qui l'avait trouvée en travaillant à son jardin. C'est un moyen bronze très-oxydé, où cependant on peut lire distinctement autour de la tête : DIVVS AYGVST\'S

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PATER PatriaB ; au revers, à gauche et à droite d'un autel, S et C, pour Smaius Consulta, et au bas PROYIDENT, pour PROYIDENTIA — prévoyance et sagesse suprême d'Auguste.

Un monument tel que celui d'Izemore n'a pu être élevé en Gaule que sous la domination romaine. Le gouverne* ment romain a dû en confier la protection et le service religieux à un personnage choisi dans celte double intention. Son r6le devait tenir à la fois et de celui d'un intendant ou d'un gardien et de celui d'un pontife.

C'était donc tout à la fois et une autorité civile et une autorité religieuse, c'est-à-dire en latin un autistes, mot qui indique l'un et l'autre rôle. (Cicéron remploie dans la signification de pontife^ et CoiumeUe dans la signification de chef ou de préposé.)

Cet âfttistes dut être un grand personnage dans le pays. H dut y habiter auprès du monument et dans une demeure splendide : car, ainsi l'exigeaient toutes les convenances. Voilà deux indications qui peuvent nous guider pour retrouver aujourd'hui la demeure de Vantistes du monument d'Izemore. Et voici ce qu'on a découvert dans le voisinage. La commission départementale savait que, dans les fouilles exécutées à la fin du siècle dernier et encore au commencement du siècle actuel, on avait découvert au nord-ouest et dans le voisinage du monument de nombreux murs souterrains, épais, cimentés, où s'apercevaient encore des restes de peinture à fresque et d'autres traces d'une décoration luxueuse, et plusieurs salles basses pavées de

246 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

marbre blanc, entourées de gradins de marbre, avec des fourneaux établis plus profondément. Les laboureurs y si* gnalaient encore d^ autres fondations de murs, que la cbarrue heurtait et par-dessus lesquelles il fallait faire sauterie soc pour continuer le sillon. Sur quoi, la commission dé* cida qu'on ferait de nouvelles fouilles dans ces mêmes lieux, et Ton prit soin d'en dresser un plan qui doit être conservé et annexé à la minute du rapport officiel. On reconnut là, en effet, plusieurs salles pavées de marbre blanc, d'autres dont ]e sol était fait d'une couche de ciment bien unie. Une salle basse, pavée de marbre blanc et entourée de gradins du même marbre, était attenante à des fourneaux placés un peu plus bas et dont les flammes devaient circuler dans l'épaisseur même des parois de la salle, qui étaient construites en briques creuses de manière à y composer une multitude de petits tuyaux^ où l'on distinguait encore les traces du feu« En un mot, on reconnut là cette sorte de calorifère en usage chez les riches Romains et que Yitruve appelle hypocauste (hypocaustum) ^ avec la salle de bain attenante ; ce qui constituait l'étuve de luxe appelée par Pline le Jeune : tmctarium hypocatiston.

Cette habitation romaine d'un tel luxe était placée à l'origine d'un petit vallon et tout près, avons-nous dit, du monument d'Izernore. L'ensemble de ces conditions nous conduit à penser que c'était là que résidait Yantistes du monument d'Izernore^ ville gallo-romaine d'Isarnodorus au moyen âge.

Il est clair que la présence d'un tel monument et du per-

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § iv. 247

sonnel qui y était attaché dut déterminer d'autres Romains et même des Gaulois à venir s'établir aussi dans ce lieu^ chacun suivant son intérêt personnel. De là donc, selon nous, Torigine de la petite ville gallo-romaine dlsarnodortis ou Izamodoro dont l'existence est démontrée par cent preuves.

Elle était en partie à la même place que le bourg ou village actuel d'Izernore et s'étendait un peu plus loin au nord-nord-ouest, tout le long de la vieille voie qui se dirige de ce côté-là; voie qui existe encore aujourd'hui comme chemin rural, et qu'on peut suivre (sauf dans une petite lacune ravinée) jusqu'à l'ancien gué de TOgnin, remplacé aujourd'hui pai* un pont de pierre, établi au même endroit, directement au bas du village de Matafelon.

On peut démontrer encore aujourd'hui avec certitude qu'fsamodortis était une ville gallo-romaine d'une médiocre étendue, mais d'un grand luxe, et qu'elle a joué un rôle important dans r administration de ces contrées.

En effet, si l'on parcourt le terrain environnant, il est facile de reconnaître que les débris antiques, qui fourmillent dans le sol, se concentrent au voisinage du monument dans un espace assez restreint. Pour se faire une idée nette de l'étendue et de la situation de cet espace occupé jadis par la petite ville gallo-romaine d'Isarnodoro, imaginons que, du monument comme centre, on décrive une circonférence de cercle d'environ quatre cents mètres dé rayon : tous les vestiges de cette ville seront contenus dans la moitié occidentale de ce cercle. La commission départe-

248 JULES CÉSAR EN GAULEi Coboont. VII.

mentale y a fait récemment exécuter des fouilles, toul le long de Tancienne voie dont nous avons parlé plus haut, et Ton y a mis à découvert les fondations de deux lignes de maisons qui formaient une rue. On en a découvert plusieurs autres par derri})re jusqu'à une certaine distance ; puis on s*est arrêté là, en Fabsence de toute espèce d'indice visible ou de renseignements oraux, et surtout faute de fonds.

Signalons encore la découverte faite jadis de quelques substructions isolées, soit à Pérignat, soit sur le plateau de Toppidum au lieu dit en Moui, soit au Yoërle, et encore, si nos souvenirs d'enfance sont fidèles, au lieu dit La Doy, du côté du nord, un peu en aval de la grande route actuelle ; toutes substructions isolées qui peuvent être des restes de villas gallo-romaines.

Mais, tout à Fentour d'Izernore, la surface du plateau est bien unie ; on n'aperçoit nulle part un grand ensemble de reliefs de terrain, sous lesquels puissent se trouver des amas de ruines qui indiqueraient l'existence antérieure d'une grande ville. On n'aperçoit non plus aujourd'hui aucun relief de remparts, ni aucune trace de fossés. Néanmoins nous devons dire qu'il en est vaguement fait mention dans certaines notices anciennes concernant les ruines d'Izernore. On a parlé aussi de plusieurs grandes cavités souterraines dont on ignore aujourd'hui la position.

Une carrière de pierres de taille a été exploitée jadis au nord-ouest du monument, dans l'un des monticules rocheux où dut être la citadelle d'Alesia (Arx Alesia). On voit encore aujourd'hui, sur le bord de Tantique voie qui mène

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VU, § iv. 249

de ce c6té-]à et dont nous venons de parler, un tronçon de colonne du même type que celles du monument et qui parait s'être fendu par suite de quelque vice de la matière (ce qui expliquerait pourquoi on l'aurait laissé sur le bord du chemin). Cette carrière est de la même roche jurassique que les colonnes du monument ; et le volume de roche exploité jadis ne parait pas avoir excédé le volume nécessaire pour construire ce monument. A l'inspection de cette carrière, il devient manifeste qu'on n'en a point extrait les matériaux de construction d'une grande ville, et Ton n'aperçoit dans les environs aucune autre carrière qui ait été exploitée jadis en très-grand volume.

De toutes ces considérations il ressort que la ville galloromaine d'Isemodore n'a jamais eu qu'une médiocre étendue.

Nous avons dit aussi que c'était une ville de luxe. Et, en effet, on voit encore ce que dut être le luxe de ses habitants par une multitude de débris d'objets élégants ou précieux qu'on a trouvés et qu'on trouve encore chaque jour dans ses ruines.

Tout démontre que ce luxe y a attiré jadis les barbares et que cette malheureuse viUe a été saccagée et incendiée, peut-être même à 'plusieurs reprises.

Une ou plusieurs couches de terre mélangée de cendres et de débris d'habitations romaines couvre aujourd'hui la surface du sol qu'elle occupait.

Or, depuis onze ou douze siècles peut-être, que le travail de la charrue ou les autres travaux de l'homme n'ont cessé

250 JULES CÉSAR EN GAULE, Commbnt. VIL

de tourner et de retoumer, sous ses yeux, ce terrain parsemé de débris précieux, ce qu'on y trouve encore aujourd'hui peut faire juger de ce qui devait y être resté après le passage des barbares, sans même compter ce qu'ils ont emporté.

En effet, on a trouvé à Izernore et on y trouve encore aujourd'hui, çà et là, des fragments d'objets en marbre de toutes les espèces, en serpentines ou en d'autres roches précieuses, des fragments de vases de verre dont quelques-uns en très-beau bleu ; des fragments d'émaux aux vives et nombreuses couleurs ; des bijoux d'or et d'argent ; beaucoup de menus objets de bronze destinés à l'usage personnel ou au luxe des riches habitants et qui souvent sont d'un travail exquis, même émaillés ; des ustensiles en bronze à l'usage de la table ; beaucoup de poteries sigillées, des formes les plus élégantes, couvertes de dessins ou de figurines du meilleur goût et d'une grande perfection, représentant des scènes mythologiques, dos chasses*, etc. Ajoutons à cela nombre de bijoux en pierres dures présensentant diverses figurines gravées avec toute la perfection de l'art antique; objets certainement de luxe s'il en fut jamais, et dont la découverte parmi les parcelles du sol cultivé implique un hasard très-heureux et «ne vue bien perçante ; car ils étaient séparés des anneaux d'or où de tels

1 Nous en possédons nous- même plusieurs beaux spécimens sur Ton desquels on voit des bamadryades alternant avec des dryades qui font danser des biches, dressées debout en face d^elles, avec des médaillons intermédiaires, où se voient des sphinx.

DEUXIÈME ÉtOQUE, Chap. VII» S iv. «6i

chefs-d'œuvre miscroscopiques ont dû être enchâssés \ Ainsi, on ne saurait mettre en doute que la petite ville gallo-romaine d'Isamodore ne fût une ville de luxe.

L'importance du rôle qu'elle joua jadis dans P administration de ces contrées est constatée parle fait qu'on y frappait encore des monnaies d'or et des pièces de billon dans les temps mérovingiens. Le savant Bouterone, dans son ouvrage sur les monnaies, décrit comme étant des monnaies de Gontran, roi d'Orléans et de Bourgogne au vi* siècle, trois tiers de sol (For frappés à Isamodore, et une pièce de billon frappée au même lieu. Il en donne les figures, au droit et au revers. Voici comment il s'exprime :

Monnaies de Guntehram.

« Tiers de sol dor. — Le premier avec sa tête ornée en « diadème perlé et l'habit brodé, pour légende Isàrnodo « FIT. De l'autre côté une croix sur son pied, une boule aucc dessous, d'un côté (à droite) un i et de l'autre (à gauche) « un s, pour légende Drogtabatur unc ; pour dire moneta^ <( 7*ius,

1 Nous possédons deux de ces pierres gravées qui ont été trouvées à Izernore, Tune voilà huit ou dix ans, et Tautre un an plus tard. La première est un jaspe tigré, d'un travail exquis, de Tépoque d* Auguste, suivant Topinion formelle de M. de Longperrier, dont on connaît la compétence à ce sujet.

Nous n^avons pas encore eu Toccasion de faire déterminer la seconde, qui est une calcédoine d*un beau travail et parfaitement intacte. Nous connaissons d*ailleurs personnellement un habitant de Nantua qui possède une cornaline trouvée à Izernore, laquelle représente un homme nu, la tête couverte d*un casque grec.

252 JULES CESAR EN GAULE, Cûmmbnt. VU.

. « Le second avec un double diadème, pour légende Isabn* i< DORE F, pour dire fit. De Tautre côté, une croix sur deux

« degrés, un s (à gauche) et deux ii (à droite) sous les bras,

« pour reste de légende ioaldo

« Le troisième avec le diadème perlé, pour légende Iser- « KOBERO. De l'autre côté la croix sur son pied et une boule ; (( un I (à droite) et un v (à gauche) sous les bras, pour lé- « gende Wintrio mou.

<i Isarno, Isarnobero ou dero, ou Isarnodoro était un « bourg delà Bourgogne. Ce nom, en vieux gaulois, signifie « porte de fer, et il avait été donné à ce bourg à cause qu^il <c avait un temple d'idole, bien fermé et fortifié. Dans la vie « de saint Ëugende abbé : Ortus est haud longe a vico eut a vetmta paganitas, ob celebritatem clausuramgue supersti-- Cl tiostssimi templi, gallica lingua Isamdori, id est ferrei a ostii indidit nomen.

« Pièces de billon fabriquées au même lieu avec la tète (( ceinte du diadème simple dont la ligature est en forme « de croix, une branche d'arbre devant le visage. De l'autre <x côté une branche de palme ou de fleurs, et pour légende

« ISÂRNO. »

Dans les deux premières de ces trois pièces d'or, les lettres i et s placées sous les bras de la croix sont les initiales du nom à^Isarnodero. L'ordre inverse dans lequel ces lettres sont disposées n'est point une difficulté en numisma* tique, et nous en allons voir plus loin une preuve évidente.

Voici, du reste, ce que dit à ce sujet Lelewel, savant nu-

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VU, § iv. 253

mismate polonais, dont l'opinion est d'une grande autorité en cette matière.

Parlant des monnaies du type mérovingien, il s'exprime ainsi :

« La répétition du nom du lieu sur la même pièce fut, (< pratiquée de bonne heure par les deux initiales placées. « dans le champ, ou accostées près de la croix. On en voit de, « fréquents exemples tant sur les pièces monétaires que sur « les royales : sur celles frappées à Tout tv, à Chalon-sur-. « Sa6ne ca {Cabiliono), à Autun a.g [Augttstoduno) ^ à Lyon « Lv, à Vienne vi, à Limoges le, à Glermont en Auvergne « AR {vernis)^ à Isernore is... à Arles ar, à Marseille ma... c( On remarque encore des lettres isolées, cantonnées dans c( le champ de la croix, dont on ne connaît pas le sens et « qui n'indiquent aucun lieu . Essayons de les expliquer : YO « YI, comme dans la troisième pièce d'or d'Isemore décrite « par Bouterone ci-dessus, sont les restes du romain vovet « vota AY sont placés pour alpha et oméga \ »

Bouterone a décrit, parmi les pièces de monnaies du règne de Gontran, d'autres tiers de sol d^or frappés à Chalon-sur- Saône par un monétaire du nom de Wintrio, que l'on croit être le même Wintrio qui a frappé ceux A'Isernobero.

*: Les Romains insemaient aussi sur leurs monnaies le mot votis, dont les lettres en question, VI, se rapprochent encore davantage. Ainsi nous avons nous-méme sous les yeux une médaille de Crispns (fils de Constantin le Orand, et qui, on le sait, joua en réalité et même d*une manière plus affreuse le r61e tragique d*Hippolyte, fils de Thésée), Julius Crispus nohilis Cjesar, consul en 318, médaille qui a été trouvée à Izemore et dont le revers présente un autei ou est inscrit le mot VOTIS.

254 JULES CÉSAR EN GAULE. Comment. VIL

« Le royaume de Bourgogne et celui d^Orléans, diUil « (p. 240), furent donnés à Gonthran avec les pays de « Sens, Troyes, Arles, etc. Il en transféra le siège de la « ville d'Orléans en celle de Chalon-sur-SaAne, et fit face briquer aussi des tiers de sol d'or ayant d'un c6té sa tète (c ornée du diadème de perles, pour légende Gabillono ftt. « De Tautre côté une croix avec un p au-dessus, pour faire « le monogramme de Chris tus, et pour légende Wnrraio

« HONET. X>

Ges tiers de sol d'or frappés par Win trio à Ghalon-sur- Saône sont de deux types. Autant qu'on en peut juger par les dessins, ils ressemblent beaucoup à celui qui a été de même frappé par un monétaire Wintrio à Isernobero ; et l'attribution qui a été faite de tous ces trois sols d'or à un même monétaire de ce nom (comme on le verra ci-après) nous paraît très-plausible. Geux de Ghalon-sur-Sadne présentent sous les bras de la croix un c et un a, lettres initiales du nom du lieu de fabrication, CAbillonum; et dans l'un des deux types seulement la croix est chrismée ; dans l'autre, elle est simple, comme dans ceux d^Isemobero, et haussée de même sur deux degrés. Tout semble donc indiquer la même main de part et d'autre.

Enfin Bouterone décrit encore, parmi les monnaies royales de Dagobert P^ deux tiers de sol cTor où Tinscription du nom du lieu de fabrication est incomplète» et qui» ensuite, ont été reconnus comme fabriqués à Isamobèro. Voici la description qu'en donne Bouterone (p. 294) :

a Autre avec la même tète (de Dagobert P') mais barbue.

DEUXIEME ÉPOQUE, Chap. VII, § iv. 255

« ce qui marque que ces piècefs ont été fabriquées sur la fin c< de son règne, et pour légende D^egoberthus rex. De Fautre « côté de la croix, avec son pied sur la boule, un alpba et un « oméga sous le bras (l'alpha à droite, Toméga à gauche et « pour légende ...nvm riborxafit). » En examinant le dessin de la pièce, on voit que au lieu de nvm, lu par Bou^ terone, il n'y a que deux traits droits qui convergent, comme les jambages de la lettre a. On remarque en outre que la lettre x, lue par Bouterone, pourrait n'être qu'un simple ornement en forme de croix et ne point faire partie de la légende. C'est par ces considérations qu'on est parvenu à reconnaître le véritable nom du lieu où cette pièce a été frappée, comme il sera dit ci-sçrès : « Ce lieu, ajoute « Bouterone, m'est inconnu, et la lettre h, ajoutée dans le K nom de Dagobert, fait croire que ce lieu était situé en « quelque province de TAustrasie. »

« Autre avec la tète barbue et le diadème de perles, qui (c semble fabriquée au même endroit ; pour légende, d'un « côté, Daooberthus rex, de l'autre la croix, l'alpha et l'o- « méga (l'alpha à droite, l'oméga à gauche), et pour reste c< de légende afl.v.mrior. » (Dans le dessin de la pièce on lit nettement afi...arior; et on reconnaît ainsi que Bouterone a pris là un a pour un monogramme des lettres v et m. « Ce qui fait, ajoute-t-il, le commencement du nom du « monétaire, et sa qualité abrégée, pour dire Monetarius « Régis, y ayant peut-être dans la même ville deux monte naies, l'une publique et royale ou finale, comme la vie « de saint Éloi nomme celle de Limoges^ publicam fiscalis

2SG JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

c< monetm offidnam, et une autre accordée à la ville ou à « quelque église, comme à celles de Spire et deYisinebourg « remarquées ci-dessus (p. 291 de Touvrage). »

Vingt-quatre ans après Bouterone, Le Blanc, dans son Traité historique des monnaies de France ^ parait avoir copié Tua des trois premiers tiers dusold'or d'Isarnobero décrits par Bouterone, celui dont le monétaire est Droctebalus, et il l'a placé sous le n"" 19 dans son tableau de pièces mérovingiennes dont le lieu de fabrication lui était inconnu (p. 58). « Il y a sur la dix-neuvième, dit-il ensuite, Isarno- « bero. Sur d'autres on lit Isemobero, Isamodero, et sur « une pièce de billon Isamo simplement. Un auteur gau- « lois, qui a écrit environ l'an 800 (le moine anonyme de « Condat, abbaye de Saint-Claude), parlant d'un saint abbé c( dont il avait été disciple (saint Ëugarde ou saint Oyen), « dit : — Ortus est haud longe a vico cui vetusta pagani- « tas, ob celebritatem clausiuramque superstitiosissimi tem- <( pli, gallica lingualsarndori, id est ferrei ostii indidit noce men. — Les Flamands nomment encore aujourd'hui une « porte de fer Isern-Deure; les Anglais Yemdoor, et les « Allemands Eysemthor, Bouterone dit ({xHIsamobero est c( dans la Bourgogne. »

Le Blanc a aussi reproduit les deux tiers du sol d'or du roi Dagobert que Bouterone avait décrits sans en déterminer le lieu de fabrication, comme on vient de le voir cidessus. Le Blanc a reproduit ces deux monnaies royales dans un tableau (p. 80), où elles occupent les dixième et onzième places, et voici ce qu'il en dit à son tour (p. 53) :

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § iv. 257

« Pour la 10" et la H% je crois qu'on les doit aussi douce uer à Dagobert P', à cause que la tête qui y est gravée a « de la barbe et parait être d'un homme âgé. La statue qui « est à Saint-Denis et que Ton croit avoir été faite sous son « règne, ou sous celui de son fils, le représente avec de la « barbe. Les inscriptions qui sont du côté de la croix de « ces deux pièces n'étant pas entières, il est difficile de sa- « voir ce qu'elles disent. »

On le voit, Le Blanc, non plus que Bouterone, n'a pu parvenir à déchiffrer le nom du lieu où ces deux pièces royales ont été fabriquées. Et il s'est contenté de copier ce qu'on lit nettement au revers dans les dessins de Bouterone, c'est-à-dire, sur la pièce 10, la légende incomplète... ARioR — AEi..., et sur la pièce 11, la légende un peu moins incomplète... aribor 4- afit.

Longtemps après ces deux illustres numismastes français, en 1835, Lelewel, qui avait fait une étude comparée et approfondie de la numismatique du moyen âge, nonseulement dans nos monnaies de France, mais encore dans celles de la plupart des grandes nations de l'Europe, et qui joignait ainsi, à une grande aptitude personnelle pour ce genre de recherches, une expérience consommée et trèsvariée; Lelewel, disons-nous, est venu compléter les recherches de ses devanciers, pour confirmer tout ce qui nous intéresse le plus dans cette question des monnaies mérovingiennes frappées à Isarndore. Familier avec le faciès de toutes les monnaies mérovingiennes, avec les nrille sortes d'incorrections que leurs légendes peuvent présen-

îii. 17

858 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

ter et avec tous les noms des lieux où Ton frappait la monnaie dans ces temps reculés, il a rapproché les deux légendes incomplètes des deux monnaies du roi Dagobert mentionnées ci-dessus, et il y a reconnu le nom d'Isamdore défiguré en Isaribore.

Voici comment il s'exprime sur ce point particulier {Num, I, p. 76) dans la discussion do certains noms de lieux inconnus :

« IsARNOBERO du monétaire Droctebalus (Btr., p. 268; (( Le B., inconnus, 19); une autre pièce, Iserno^ero, du « monétaire Wintrio (Btr., p. 268); et les deux pièces du « roi Dagobert qui offrent (Le B. p. 80; n** 10 et 11) :

ABIOB 4- AEL.. i , .,

ARIBOB + AFIT. ) '

(( On savait quUl existait un lieu célèbre, nommé Isar^ « nobero, Isamodero, Isarno vicus^ où il y avait un temple « des Gaulois. On savait que Fantique paganisme a imposé « ce nom,, qui signifiait dans la langue vulgaire /7or/e de fer c( (Vita S. Eugendi abb. /t/r^im*). Effectivement, dans la « langue allemande Eisemethor signifie porte de fer. On « supposait qu'elle était placée non loin du Jura; mais Le « Blanc ne savait pas déterminer l'emplacement.

« Ce n'est que des recherches ultérieures qui firent dé« c< couvrir Izernore, village du Bugey, près de Nantua. Il y « reste une frise de trois colonnes avec des figures de « l'ancien temple de Mercure, que Dunod a fait graver c( dans son Histoire des Séqtianois^ t. I, p. 1B3. L^empe» « reur a fait une dissertation sur ce sujet, p. 4. On appelle

DEUXIÈME ÉPOQL'E, Chap. VII, $ iv. Î59

a porte de fer la gorge fort étroite par. où Toa passe pour « aller à Montréal et à Nantua. »

Cette gorge fort étroite est située au-dessus du hameau de Bussy, où rAnconnans prend naissance et où Ton voit inscrite sur la carte de TÉtat-major Tindication de Fontaine de Sonnant. Le chemin qui mène dlzernore à Bussy monte ensuite directement par là vers la grange de Beauregard pour conduire à Montréal et à La Cluse. Durant la guerre de Gaule, c'était la route suivie en arrivant du Nord pour se rendre par le défilé de Nantua à la Perle du Rhône et chez les Allobroges. Mais de nos jours, afin d'éviter la montée rapide et les autres difficultés de cette ancienne route, on va d'fzernore, directement au Sud, rejoindre la route actuelle de Nevers à Genève, qui traverse en ligne droite la prairfe marécageuse du Lenge à TOuest de L« Cluse : partie de route qui est une œuvre d'art tout à fait moderne.

Or, cette ancienne route qui mène dlsernore à Montréal et à La Cluse par Bussy et Beauregard, conserve encore aujourd'hui le nom de vi-ferra {via ferrata)^ voie ferrée, route ferrée ou construite avec des cailloux : ce qui était indispensable en divers points de cette route où le sol est humide, comme on peut le voir sur les lieux. C'est sans doute ce nom de vi-ferra qui aura induit en erreur Pautour cité par Lelewel, et qui lui aura fait dire que « cette gorge fort étroite par où l'on passe pour aller à Montréal et à Nantua, s'appelle aussi porte de fer » . Car nous qui, chaque année depuis notre enfance, avons chassé dans ces con-

260 JULES CESAR EN GAULE, Comment. VIL

trées, jamais nous n'avons entendu donner par personne le nom de porte de fer à la gorge fort étroite dont il est question. Dû reste» luïeût-on même donné ce nom, que, puisque là routé suivie jadis par César passait par là, le nom de porte de fer répété en cet endroit, loin dé devenir une objection contre notre opinion sur le sens historique du nom déporte de fer donné par nos pères à Toppidum d'Izernore, serait plutôt une nouvelle raison en faveur de cette opinion. Revenons donc à la numismatique.

£n conséquence des considérations que nous venons de citer, Lelewel (Num.^ t. I, p. 80) dans une liste intitulée : Noms des lieux où les monétaires de la première race fabriquaient la monnaie et noms des monétaires^ a inscrit les indications suivantes : « Isarnobero, Isernore, en Bugey, prës de Nantua, Droitebalus^ Wintrio. » Et pour ce qui concerne les deux pièces royales d'un roi Dagobert, hari-boro fit, nous allons immédiatement indiquer l'attribution qu'il en a faite, en examinant la question importante que voici :

Pendant combien d'années de la période mérovingienne la petite ville d'Isarndore a-t-elle joui du privilège politique de frapper la monnaie ?

Nous avons vu premièrement que les trois tiers de sol dor de ce lieu, qui ont été décrits par Bouterone et sur lesquels le nom du roi n'est pas inscrit, ont été attribués par ce savant numismate au roi Gontran. Or, conrnie rien n'a été dit contre celte attribution, ni par Le Blanc, ni par Lelewel, nous devons admettre qu'on fabriquait la monnaie

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § iv. 261

à Isamdore sous le règne de Gontran, c'est-à-dire de l'an 862 àl'an 893.

Nous avons vu ensuite que les deux tiers de sol (For du roi Dagobert décrits par Bouterone et Le Blanc, et reconnus ensuite par Lelewel comme ayant aussi été frappés à Isarndore, ont été attribués par Bouterone et par Le Blanc au roi Dagobert I", en se fondant sur ce que la figure du roi présente de la barbe^ exceptionnellement sur ces deux pièces. Cette attribution fixerait donc leur date entre TanGSS et Fan 638.

Mais Lelewel les attribue à Dagobert III, par la raison très-particulière que la figure y présente un profil gauche^ taudis que presque toutes les monnaies mérovingiennes présentent un profil droit. Voici, du reste, comment Lelewel s'exprime à ce sujet [Num.^ 1. 1, p. 27) :

« Je voulais supposer que les pièces de Thierry, M frappées à Metz (Le Bl. p. 19); de Glotaire, frappées à « Vervick (Le Bl. p. 38, n' 8) ; et de Dagobert, frappées à « Isarnobor (Le Bl., p. 80, n** 10 et 11), qui oni]e profil « gauche, sont de Glotaire III, de Thierry III et de Dago- <( bert III. On ne doutera pas que Glotaire III possédait « Vervick ; on peut présumer qu^après la bataille de Testri, « en 687, lorsque le maire Pépin d'Héristal s'est emparé « de Thierry III, il lui permit de battre monnaie à Metz. « Dagobert III, sous la tutelle du même maire, n'aurait « pas été contrarié de voir son nom placé sur la monnaie, « quelque part qu'elle ait été forgée. Je croyais rapprocher « le profil gauche de l'époque des roisGarlovingiens, parce

262 JtILES CÉSAR EN GAULE, Comment. \I1.

c( qu'on le voit reproduit plusieurs fois sur la monnaie de <( ces derniers. Cependant je ne saurais contester que le « profil gauche se montrait en tout temps. L'observation « du coin monétaire et la comparaison de ses images le « font présumer. »

Néanmoins Lelewel n'a point abandonné son opinion dans le tableau XX de Y Atlas joint h sa Numismatique dît moyen âge, lequel a pour titre : Analyse du type mérovingien, et où sont inscrits les noms des rois avec les dates et les lieux de fabrication de leurs monnaies ; il a inscrit l'indication suivante sous le n* 19 : « Dagobert III, — 7H à 715, Isarnobero. »

Du reste, cette opinion de Lelewel, d'attribuer à Dagobert III les deux pièces royales de ce nom frappées à Isarndore, est confirmée par l'examen comparatif des autres tiers de sol d'or frappés au même lieu, qui ne présentent point de nom de roi et que Bouterone attribue à Gontran. En effet, les deux pièces de Dagobert, avec le profil gauche, présentent seulement la tète du Roi, et non pas, comme à l'ordi* naire, la tête avec une partie du buste ; au revers, la croix est chrismée, et l'orthographe du nom du lieu de fabrication y est gravement modifiée ; tandis que, sur les autres pièces d'Isarnobero, ayec le profil droit, non-seulement la tête du roi, mais encore son buste et ses vêtements, y sont représentés ; le nom du lieu de fabrication y est à peine modifié dans son orthographe primitive, Isarndoro, et au revers la croix y est simple. Il faut donc naturellement quMl se soit écoulé un laps de temps considérable entre les deux épo-

DEUXIEME EPOQUE, Chap. VII, § iv. 268

ques où ont été frappés ces* deux groupes de pièces de monnaie si différentes.

Quel que soit le roi Dagobert auquel on doive attribuer les deux monnaies royales de ce nom, frappées à Isamdore, ces deux pièces méritent de fixer encore un instant notre attention, parce qu'elles sont. Tune et l'autre, un exemple de Talpha et de Toméga cantonnés sous les bras de la croix : exemples assez rares parmi les monnaies mérovingiennes, comme on en va juger.

c< L'alpha et l'oméga, dit Lelewel (Ntiin.,i. I, p. 31), ne <c sont pas d*une production commune et trop ancienne. « Ces lettres, ce symbole de l'Étemel, qui dit : Je suis i( Palpha et tomégay le principe et la fin de toutes choses a (Apocalypse, I, 8), apparurent sur la monnaie romaine <c d^abord avec le chrisme, et se communiquèrent aux Francs. « On en voit quatre exemples chez eux : sur les pièces do c( Clovis, de Théodebert, de Clotaire et de Dagobert. La « première, comme nous l'avons dit, est de Clovis -Il c< (638-656) ; la deuxième, qui ressemble à celle de Clovis, c( n'ayant aucune indication de lieu ni aucune inscription « autour de la croix, s'adjuge à Théodebert II (596-612); « nous avons cru devoir attribuer la quatrième, celle « d'Isarndore, à Dagobert III (711-715) ; et, par suite de <c cette distribution, la troisième ne peut être que de Clo- « taire II ou Clotaire III, qui possédaient également Mar- (T seille, où la pièce fut fabriquée; l'un, depuis 613 jusqu'à « 628, l'autre, depuis 656 jusqu'à 670. »

Enfin, l'établissement monétaire d'Isamdorc parait s'èiro

264 JULES CÉSAR EN GAULE. Comment. VIL

ratlaché jadis à l*importaat établissement de Chalon-sur- Saône, par des monétaires communs à ces deux lieux de fabrication. C'est encore Lelewel qui en a fait la remarque dans la Revue de la numismatique française (t. I, p. 326, article intitulé Numismatique : vingt-trois pièces des monétaires mérovingiens et une du roi visigoth Swiatillo). « N°' 9 (et 10 sont deux pièces de Chalon-sur-Saône, dit-il. (c La première, de la collection de M. de Saulcy, offre (( autour de la tête, Cabilonnofit, et autour de la croix, ac- (( costée des initiales ca, le nom du monétaire wintrio a MONEiAROc. Une semblable pièce du même monétaire « Wintrio, est signalée dans le catalogue de Ghesquière, «n'^iiBS...

« Je ferai remarquer qu'il y a aussi un Wintrio, moné- (( taire à Isernore, suivant Bouterone (p. 268).

« La proximité dlsernore et de Chalon-sur-Saône fait «présumer que le Wintrio de Chalon est le même que celui ««dlzernore, et qu'il inspectait plusieurs hôtels des mon- « naies. »

Du reste, aujourd'hui Ton connaît encore d'autres monnaies mérovingiennes, frappées à Isarndore par d'autres monétaires. Nous pouvons mentionner un tiers de sol d*or que notre honorable collègue do la commission départementale, M. Alexandre Sirand, a signalé dans un de ses ouvrages. Un autre membre de la Commission, M. Valentin-Smith, en possède un qu'il nous a offert pour l'examiner et en prendre Tempreinle. Ce tiers de sol fTor ^lérovingien est tout à fait de la même sorte que ceux qui

DEUXIÉaiE ÉPOQUE, Chap. VïI. § iv. 265

ont élé décrits par Bouteroue. Il présente d*un cdté le buste du roif à droite avec le diadème perlé, le manteau royal, et pour légende Isernodero ; d'un autre côté, la croix, sur deux degrés, accostée des initiales I et S sous les bras (I à gauche, S à droite), et pour légende incomplète, le flan ayant fait en partie défaut sous cinq ou six lettres du coin, BADY... qu'on lit très-nettement, et qui doit être le commencement du nom du monétaire.

Nous avons dodc, en définitive, des témoignages nu* mismatiques précis, qui établissent d'une manière incon* testable que la petite ville gallo-romaine d'Isamdore bat* tait monnaie et florissait sous le règne de Gontran, et sous celui d'un roi Dagobert, probablement de Dagobert III. Ce qui comprendrait environ un siècle et demi sur les deux siècles de la période mérovingienne, pour lesquels on a des témoignages numismatiques certains.

C'est ici Toccasion de parler d'une inscription intéressante que nous avons trouvée nous-mème à Isernore sur un fragment de poterie, en cherchant les noms des potiers.

Disons d'abord que, outre de grands vases antiques, tels que des amphores, des urnes et de petits vases d'un blanc grisâtre ou jaunâtre, on trouve à Isernore deux sortes de vases usuels qu'on ne saurait confondre ensemble. Les uns sont de ces beaux vases qu'on désigne sous le nom de poterie de Samos{Samia testa), c'est-à-dire des vases d'une terre extrêmement fine, d'un rouge vif, d'un vernis trèsbrillant etinaltérable, d'une forme élégante, et qui souvent

266 JULES CESAR EN GAULE, Comment. VIL

présentent de charmantes figures jouant quelque rôle mythologique, avec des médaillons interposés ou d'autres ornements, moulés en relief. Ces vases, d'une civilisation avancée et rappelant le luxe de Rome, étaient sans doule ceux des riches et puissants maîtres de ce lieu de la Gaule. Leurs débris abondent à Isernore. Y avaiçnt-ils été apportés de quelque lieu de fabrication lointain? Ou bien y avaientils été fabriqués par des ouvriers établis, peut-être tout proche, peut-être à l'endroit où l'on voit aujourd'hui le village de Samognat {Samo-gnati) situé à 1 kilomètre nord-est de l'oppidum d'Izernore? La deuxième sorte de vases usuels, dont on trouve pareillement beaucoup de débris à Izernore, se compose de vases d'argile commune, d'un gris d'ardoise, non vernis, dénués de tout ornement, mais non pas d'une certaine élégance de forme, qu'on louerait même de nos jours. Nous en possédons un très-gracieux spécimen, qui est intact. Ces vases modestes étaient probablement ceux du peuple de ce lieu, ceux des Gaulois, nos pères. Or, c'est sur un fragment d'un de ces derniers vases de terre commune que nous avons trouvé l'inscription dont il. nous reste à parler.

Signalons tout d'abord sa position singulière sur le vase. Elle était placée en dessous du fond, c'est-à-dire au seul endroit qui fût caché à tous les regards dans l'usage de ce vase. En le retournant donc sens dessus dessous et en le considé rant par dessous (de bas en haut), on avait devant les yeux comme le champ d'une médaille, de cinquante millimètres de diamètre, avec ce champ entouré et protégé à sa circon-

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § iv. 267

férence par un cordon ou bourrelet, d'environ 3 millimètres de saillie. Là, en procédant de la circonférence au centre^ on voit d'abord trois petites gorges creusées au moyen du tour, et qui, ensemble, réduisent le champ d'inscription à 37 millimètres de diamètre ; puis, vient un espace libre et tout uni de^quatre millimètres de largeur annulaire; puis, vient Tinscription elle-même.

Elle est disposée en couronne comme une légende de monnaies et composée de lettres d'environ 5 millimètres de hauteur et très-correctement moulées en relief; puis, au centre, est une croix, à branches d'environ cinq millimètres de longueur. L'inscription, déposée ainsi en légende autour de cette croix centrale, y constitue le monogramme de Christtis suivi du mot noster ; ce qui signifie ensemble, on le voit, Christus noster. La présence du monogramme de Christtis sur ce vase d'Isamodore est d'ailleurs en concordance parfaite avec ce que Lelewcl dit de ce monogramme, à l'occasion de deux pièces de Chalon-sur-Saône qui le présentaient {Num.^ t. I, p. 31). (( Le Chrtsme qu'on voit sur ces deux monnaies de Cha- (c lon-sur-Saône, dit-il, se communiqua aux francs de la « monnaie romaine; et d'abord le roi Childebert (886- « 888) remploya à àrles. Il parait tenir à la Bourgogne c< sous sa forme véritable et complète; il se reproduit à *K Arles, à Vienne (dans la pièce de l'empereur Maurice), à « Chalon-sur- SaAne. Autre part, les monétaires croyaient « l'imiter et le combiner mieux avec la croix, en accro- « chant la lettre r ou p au haut, ou à la tête de la croix.

268 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment, VIL

a Celte façon parut à Autun, à Axzat, à Limoges, à Ân- « gers, à Orléans, à Rouen, à Senlis, à Cherbonne. // « paraît qu'elle se répandit des frontières de la Bowr^ « gogne. »

La place occulte qu'occupait Tinscription cotée sur le vase d'Isarndore et cette forme énigmatique sous laquelle y était inscrit le nom du Christ, nous paraissent constater qu'à Tépoque où ce vase fut exécuté, le christianisme n*était point encore publiquement toléré dans ce lieu de la Gaule. De plus, la pureté de forme des lettres de cette inscription est telle qu'il faut remonter peut-être jusqu'au siècle des Antonins (ii^ siècle après Jésus-Christ) pour en retrouver de pareilles sur les médailles des empereurs de Rome. Tout s'accorde donc pour démontrer que ce vase a appartenu aux premiers chrétiens d'Isarndore, qu'il est de l'époque du haut empire, et que, déjà à cette époque reçulée, les choses de la religion, da la morale et de Tintelligence préoccupaient à Isarndore la pensée des hommes. Ce qui est bien un indice de civilisation aussi important que le luxe et la fabrication de la monnaie.

On sait d*ailleurs que trois saints de race romaine (saint Romain, saint Lupicin, son frère, dont la vie a été écrite par Grégoire de Tours), tous les deux nés à Isarndore, et saint Eugende (ou saint Oyen), leur parent et leur disciple, né dans les environs, répandirent la religion chrétienne dans ces contrées, et que saint Romain y fonda le monastère de Condat (aujourd'hui saint Claude), où^ il eut pour successeur son frère saint Lupicin (vers 460), et son

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VU, § iv. 269

parent saint Eugënde (vers 480) . LtL petite ville gallo-ro* maine dlsarndore était donc bien à cette époque un foyer de lumière et de charité chrétienne : ce grand et sublime principe qui vint adoucir les mœurs impitoyables et barbares de Tancien monde romain.

A quelle époque cette petite ville dlsarndore a-l-elle commencé à avoir de Timportance? Et à quelle époque a-t-elle été saccagée et incendiée? Car ses ruines et son sol témoignent par des cendres qu'elle a été saccagée et détruite parle feu.

Dans Tétat des documents historiques concernant la Gaule, noud devons encore nous adresser à la numismatique pour obtenir quelque indice en réponse à la première de ces deux questions. Donnons ici la parole au rapporteur de la commission départementale dés fouilles opérées à Isernorc en 1 863 :

(( Les monnaies impériales, dit-il (p. 74), se rencontrent « à tous les pas à Isernore. C'est par milliers qu'on les a « trouvées jusqu'à ce jour, c'est par milliers qu'on les « trouvera encore. Je dis les monnaies impériales; car, « chose fort surprenante, parmi les monnaies trouvées « dans les dernières fouilles, il ne s'est rencontré aucune « pièce de la République romaine, dites pièces consulaires. « On ne sait comment expliquer l'absenôe, en ce lieu, dé « monnaies, les seules en usage à l'époque de la conquête a des Gaules. Dans l'état actuel des trouyailles, on saute « sans transition des monnaies gauloises proprement dites (c aux monnaies impériales romaines. Celles-ci commencent

270 JULES CÉSAR EN GAULE, Commbnt. VIL

« à Auguste j et s*arrêtent pour le moment à Yalentinien I**, (( formant une sàite chronologique bien échelonnée^ où se (( remarquent de beaux bronzes , quelques bons deniers « d'argent, mais pas d'or. Ajoutons qu'aucune pièce iné- (( dite; inconnue à la science, no s^est présentée jusqu'à <( présent. Mentionnons également l'absence de pièces « grecques (sauf Furius et Peraunus trouvées près de « Souvent) et de toutes pièces commëmoratives locales ».

On voit par là (\\x' Isamdore n^ avait aucunes relations poUtiques ou commerciales avec les Romains avant l'époque d'Auguste.

Et comme nous avons démontré dans notre tome P' que c'était par cette région-là (du haut Rhône) que Jules César avait envahi la Gaule ; par cette région-là qu'il se rendait en Italie et en revenait chaque année, et comme nous démontrerons encore que ce fut par cette même région qa'il ramena l'armée romaine en Italie, on en doit conclure qu'il n'existait là de son temps aucune ville de quelque importance commerciale ou politique; bien qu'il pût s*y trouver quelque petite ville gauloise, telle que la comportaient l'étendue et la nature des terres environnantes. Ainsi on doit admettre que l'importance de la petite ville dlsarndore date environ seulement de l'époque de César ou du règne d'Auguste.

Nous venons de voii^ que la suite chronologique des monnaies impériales romaines, trouvées à Izernore dans les fouilles de 1863, s'étend depuis Auguste jusqu'à Yalentinien P'. MaiS) à diverses autres époques, on en a trouvé

DEUXIÈME ÉPOQUE, Ciiap. VII, § iv. 271

des quantités bien plus considérables, soit à Izeruore même, soit en divers points des environs.

Dans le vallon qui entoure Tcxtrémité sud-est de Toppidum dlsamdore entre la roche de Seuan (redoute n"" 14) et* la colline (notée redoute n"" 13) qui ferme Toppidum de ce c6té-là, au bord d^un petit chemin qui mène à Geovressiat, on découvrit, il y a une vingtaine d'années, environ sept cents médailles romaines de divers empereurs. Elles étaient contenues (avec d*autres objets en métal, dit-on) dans un vase enfoui parmi les pierres d'un murget. Peu de temps après, en faisant une coupe de bois à 3 kilomètres environ plus loin, au sud de ce lieu, on découvrit encore plus de mille médailles impériales (surtout de Dioclétien, de Maximien-Hercule et de Constantin). Elles étaient enfouies à fleur de terre dans le bois de Lolliat, à côté d'une voie gallo-romaine qui menait dlsarudore aux plaines de TAin et à Lugudunum par Brion, la combe de LoUiat, la Balme, Cerdon et Poncin. Le pavé de cette voie gallo-romaine est encore très- visible aujourd'hui dans l'intérieur du bois de LoUiat. Il est regrettable que personne, avant la dissémination de toutes ces monnaies anciennes, n'ait constaté quelle en était la moins ancienne dans chacune de ces deux trouvailles : ce qui aurait fourni une indication approximative de la date de renfouissement. Quand nous eûmes nous-mème connaissance de ces découvertes, déjà presque tout était dispersé, et nous ne pûmes nous procurer que les restes, dont personne n'avait voulu faire l'acquisition, une centaine de petits ou moyens

272 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

bronzes, qui n*ont d'autre mérite que de combler quelques lacunes dans la suite chronologique indiquée ci-dessus par le rapporteur des fouilles de 1863.

Mais fréquemment il nous a été apporté dlzernore quelques médailles ou d'autres objets que des cultivateurs venaient de trouver dans leurs champs, et que nous avons réunis avec soin. Parmi ces médailles sont quelques grands bronzes des Antonins, tous en très-mauvais état, sauf un Traj an- Hadrien. Nous en avons un très-beau, de Mammœa Augusia Fecunditas Augusta, mère d'Alexandre-Sévère; un autre aussi, très-beau, de Pauline (Z)tt;a /'aez/mn Consecratia)y femme de Maximien ^ successeur d'Alexandre- Sévère; un autre, en mauvais état, de la fille de Marc- Antoine {Augtista Antonia), mhre de Germanicus, de Claude et de Livie. Nous avons recueilli aussi quelques pièces d'argent, dont une do l'empereur Macrin, etc.

Deux pièces seulement de notre petite collection oiTreut ici de l'intérêt.

La plus importante est une petite pièce d'or trouvée, il y a une dizaine d'années, par un cultivateur d'Izernore en travaillant sa terre, et qu'il vint nous offrir à acheter. C'est un tiers de sol dor de Yalentinien III, exactement le même que Bôuterone a défini (p. 301, n"" 34). Il présente d'un côté la tête de l'empereur (profil droit), avec le bandeau de perles, deux grosses perles aux deux bouts de la ligature, et le manteau brodé : pour légende Dominas Noster FLAvius VALENT INIANVSPius Félix A KGf«/ti5. De l'autre côté le champ cerné, la croix sur son pied entre deux arcs

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § iv. 273

de palmes réunis, en dessus par un anneau ou une couronne avec un point central, en dessous par une sorte de piédestal ^ et au bas de la pièce le mot problématique CONOB, qu*on rencontre sur plusieurs monnaies et qui a exercé la sagacité des numismates. Ce tiers de sol d'or fait la transition numismatique des monnaies impériales romaines trouvées à Izernore aux monnaies mérovingiennes frappées en ce même lieu, puisque Mérovée fut contemporain de Yalentinien III, et même que, dans sa jeunesse, il alla à Rome faire confirmer par cet empereur la paix conclue en son nom par Aétius avec les Francs \

La seconde pièce intéressante qui nous est venue de la contrée dlzemore a été trouvée en labourant un champ de la commune de Veyziat, à environ 5 kilomètres nordest du tracé extérieur des lignes romaines.

C'est une de ces très-petites pièces d'argent frappées avec une grande perfection à l'effigie des fondateurs présumés de Marseille. Elle est identiquement Tune des deux monnaies de ce type dont Bouterone a donné le dessin et

1 L'inscription CONOB, qu'on lit au revers de ce tiers de sol d*or de Valentinîen III , n'offre aucua sens comme mot, et on a du lui en chercher un en le considérant comme un assemblage de lettres initiales de certains mots.

Bojiterone dit à ce sujet (p. 218) : u CONOB doit être expliqué, suivant la « pensée de Cedrenus (moine et historien grec du XI" siècle), par Civitates « Omnes Nosirx Obediant Benerationi (pour Venei^ationi). >•

Le Blanc dit (p. 25) : n L'on commence à trouver ces lettres sur les monnaies des empereurs romains dès le temps du grand Constantin. Le plus grand nombre des antiquaires prétendent que la monnaie a été marquée à

Constantinople CONstantinopoU^ OBsignata Je me contenterai de dire

que ces lettres mystérieuses CONOB se trouvent aussi sur deux monnaies de Théodebert, sur une de Childebert et sur une autre de Childéric.

iii. 18

274 JULES CÉSAR EN ÔAl:LÊ, Comment. Vil.

qu'il a décrites en ces termes, p. 55, ii° 43 : «Autres petites « pièces d'argeut ayant d'un côté les tètes do Furius et « Peraunus, chefs de Phocéens, que l'on croît avoir bàli « ou rétabli la ville de Marseille ; de l'autre côté un boude clier^écartelé, au milieu la bosse nommée umbo^ et dans « les troisième et quatrième quartiers un Af et un ^4 pour « signifier Massilia, où ces deux pièces, dont les tètes sont (( différentes, ont été fabriquées. Les tètes sont d'un haut* « relief et le revers est un peu creux; ce qui fait juger « qu'elles ont été frappées avec une machine qui nous est « à présent inconnue. »

Terminons en ajoutant qu'on a aussi découvert, à Izernore ou dans les environs, un certain nombre de médailles de Nîmes, au crocodile et au palmier.

Ainsi, en résumé, Isarndore était une ville galloromaine de peu d'étendue, mais une ville de luxe et qui eut une certaine importance politique, à dater du règne d'Auguste jusque vers la fin de la période mérovingienne. Or, le pays environnant est naturellement peu fertile, peu riche; il faut donc bien que la raison d'être de cette ville ait été une cause politique, c'est-à-dire l'importance qu'elle tirait de son monument. Ce monument est donc ici le point principal à considérer.

Par conséquent, cette ville ancienne, une fois détruite et déchue de son rang politique dans la décadence de Tempire romain et Foccupation des barbares, n'a pas dû se relever de ses ruines, comme se fût relevée une ville placée avantageusement pour le commerce ou située dans

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § v. 275

une contrée fertile : conditions persistantes où une ville tend sans cesse à se relever de tous ses désastres.

§ V. Résumé et conclusions sommaires relativement aux antiquités de Toppidum d^AIésia, appelé ensuite Izarndore ou Orindinse, et aujourd'hui lEamore ou Izernore.

Considérons maintenant d'un seul coup d*œil toutes ces antiquités du pays d'Alesia-Izemore, et concluons.

Nous avons retrouvé tout près d'Izernore le nom primiiifd'Alesia, sous ses deux formes anciennes, usitées encore aujourd'hui oralement Alex et Aies, qui correspondent aux deux formes latines, Alexia et Alesia des auteurs anciens.

Nous avons remarqué que le nom actuel à^ Izernore ou Izamore, à peine différent de ce même lieu, Isarndore ou Izemodore qui signifie Porte de fer, si on le prend au figuré, est une tradition véridique des événements qui ont eu lieu réellement à Âlésia : tradition qui équivaut précisément au récit du fait historique, politiquement dissimulé jusqu à un certain point dans les Commentaires de César, confirmé pai* Tinscription des Tables claudiennes et parle rapport de Tacite; triple témoignage constatant authentiquement que, de fait, à Alesia-Izernore, les Gaulois barrèrent le chemin à Jules César qui tâchait de regagner facilement la Province romaine avec ses dix légions de Tarmée de la Gaule, qûo facilius subsidium Provinciœ ferri posset.

Nous avons reconnu positivement la barrière La Cluse, qui empêchait le terrible proconsul de regagner sa Province, et nous avons constaté la preuve commémorative

d'un fait de cette nature parmi les Gaulois, dans la tradition persistante concernant les fossés de la montagne de Don, qui commande ce passage et qui l'interdisait aux Romains.

Nous avons reconnu dans Toppidumdlzemore, et même non loin des sources qui sortent de terre dans le village actuel, àe grands et nombreux puits slygc quelques ossements de troupeaux j traces qui concordent avec le séjour de Farmée de Vercingetorix en ce lieu, et la famine qu'elle y endura.

Nous avons reconnu au versant oriental de la colline qui constitue Toppidum quelques traces peut-être du mur de pierres sèches élevé là par Vercingetorix ; mais, à l'extrémité nord de Toppidum, région où ce mur aboutissait sur la plaine basse d'environ 3,000 pas de longueur, où il fut si fatal aux cavaliers gaulois repoussés de cette plaine basse par les cavaliers germains, région où presque tous les combats eurent lieu durant le blocus, nous avons trouvé deux noms probablement commémoratifs et du mur de Vercingetorix et de ce théâtre général de la guerre. Ce sont : 1° un village appelé Condamine-de-la-Belloire^ c'està-dire : mur du champ de bataille ; 2"" et l'extrémité nord du plateau de l'oppidum appelée elle-même la Belloire, le plateau de la guerre.

Nous avons rencontré des ossements humains au milieu d'indices de combats^ sur tous les points où l'on a dû combattre d'après le récit de César et la topographie des lieux.

Mais surtout, au versant de la grande colline du septentrion^ lieuoù, d'après lesCt^mm^n/atre^, Vergasillauneneput

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § v. 277

réussir à s'approcher des retranchements des Romains, plus près qu'à la seconde ligne des pièges, c'est-à-dire, à la ligne des lilia, nous avons retrouvé ce même nom latin, Li/ta, resté là sur deux points de la grande colline du septentrion assaillie intrépidement par Yergasillaune ; ce nom Lilia que César seul a employé pour désigner cette sorte de pièges et qu'il a employé uniquement à l'occasion du blocus d'Alesia.

Nous avons reconnu dans tout le pays environnant des indices variés de la population nouvelle qui est yenue occuper la place des malheureux Mandubiens, si douloureusement expulsés de l'oppidum pour le salut de la Gaule, et si cruellement condamnés par César lui-même à périr dans les tortures de la faim.

Dans ce même oppidum qui fut le théâtre de tant de souffrances et de tant de dévouement à la patrie gauloise, nous avons aperçu les ruines d*un splendide monument romain, auprès duquel s'est élevée une petite ville galloromaine, ville de luxe, qui a été saccagée avec son monument, une première fois probablement par les Huns d'Attila revenus d'outre-Rhin en 483, puis, une seconde fois, en 739, et détruite alors sans retour par les Sarrasins, les Vandales et les Goths, venus d'Espagne.

Nous avons reconnu que ce monument était comme double; que l'un des deux, intérieur, primitif, très-simple, composé de petits matériaux, avait pu et dû être établi là primitivement, promptement et en peu de jours; que l'autre, l'extérieur, luxueux, a été tracé comme pour en-

278 JULKS CÉSAR EN GAULE, Comment. VII.

velopper le premier partout et de trës-prës, mais sans le toucher et comme en le respectant religieusement : ce qui démontre que Tun et Tautre ont été érigés dans une même pensée de quelque glorieux et mémorable souvenir pour ceux qui en furent les auteurs.

Qui a fait élever le premier? Qui a fait élever le second?

Pour apprécier la réponse que nous allons présenter à cette double question, il convient au préalable de jeter un coup d'œil sur le champ de bataille à' Orgelet.

Dans ce lieu, dans lés marais de la Thoreigne, si habilement choisis par Yercingetorix, pour annuler autant que possible en face de César la supériorité des armes de main des légions, et pour se ménager au besoin une retraite assurée et une seconde position de bataille à Alesia, par la position de son camp en arrière sur la route même du sud, toute Tarmée gauloise s'est trouvée, à une certaine heure de la journée, en face de Tarmée romaine massée là pour un combat décisif, omnibus locis fit cmdes.

D'après César et plusieurs autres auteurs anciens, la bataille y fut acharnée ; César courut personnellement un grand danger et perdit son épée dans la mêlée ; il fut même, à en croire Servius, enlevé de son cheval et emporté quelques instants par un cavalier gaulois. Il ne faut donc pas s'étonner qu'on ait trouvé dans ces marais de la Thoreigne de nombreux indices d'une bataille, entre autres rai/pÂm^V d'une aigle romaine; ni que toute cette plaine marécageuse s'appelle traditionnellement la Romagne; ni qu'un bois attenant, des deux côtés duquel vinrent se ranger les

DEUXIÈME ÉPOQUE, Chap. VII, § v. 279

colonnes romaines qui regagnaient Flialie, s^appelle encore bois d'Italie; ni que le nom de César, Seiseria [Castra Caesarea), soit resté au pied de la colline où campèrent, le soir de la bataille, deux de se^ légions avec les ba^ gages de son armée.

Mais n'est-il resté dans la mémoire de nos pères que des souvenirs de l'ennemi? Qu'est-ce que ce nom Orgelet, — Orgeletum, — dans les antiques chartes ? Cherchons-en le radical; ôtons d'abord la terminaison latine; puis, la syllabe intermédiaire, ce diminutif qui peut y avoir été introduit par un sentiment d'un souvenir affectueux; il reste Orget, Déplaçons les deux syllabes, comme l'archéologie en fournit tant d'exemples, ce radical Or-get devient Getor; c'est le radical même du nom de Yercingetorix. C'est ce nom vénérable de l'héroïque défenseur de la Gaule, prononcé à demi-mot par nos aïeux. Le voilà au. milieu des monts Jura, à côté du nom de l'envahisseur romain, César, --^Seiseria. — C'est là que ce nom gaulois, si digne d'être immortel, nous a été conservé à travers le cours de dix-neuf siècles, voilé et entouré d'une auréole sainte par la tradition du peuple de ces montagnes. Car, dans le recueil de documents historiques cité plus haut et que nous consultons au sujet des lieux du Jura, la notice concernant Orgelet est exceptionnellement remarquable entre toutes autres, et s'exprime en ces termes :

« C'est une bien grande décadence que celle d'OacELET, « ville sainte à Vépoque celtique; poste militaire important (c sous les Romains, centre de l'une des plus vastes baron-

280 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VU.

« nies de la province au moyen âge... De son passé, il ne « lui reste rien que ses souvenirs et ses légendes. »

Considérons le promontoire qui porte le nom de Bois d'Italie, inscrit sur toutes les cartes. C'est évidemment là que César dut se placer pour bien voir Tensemble du terrain et diriger la bataille, avant de s'engager luimême dans la mêlée. Regardons aussi le mont qui est en face : Yercingetorix, de son côté, dut se placer au pied de cet autre mont. Il porte le nom de Mont d'Orgier. Or, ce mont d'Orgier joue un grand rôle dans les récits populaires des habitants de ces moiitagnes, pendant les longues veillées de Thiver; son nom traditionnel a donc dû être transmis parmi eux de bouche en bouche longtemps avant que personne songeât à le représenter par l'écriture. Et comme, en y remplaçant dans l'écriture la dernière lettre, R, par la lettre t, l'on ne change rien à la prononciation du nom, ce changement nous semble avoir pu être fait sans motif positif.

On aurait ainsi Orgiet, et, en renversant les syllabes, Getori et Vercingetorix; c'est-à-dire qu'on pourrait avoir dans le nom traditionnel de ce mont légendaire un second souvenir du noble Gaulois qui combattit là pour la patrie contre Jules César et ses légions.

Regardons maintenant sur le territoire d'Izernore, exactement en face du monument romain qui est là, tourné à l'est.

Nous y voyons, face à face, de l'autre côté de la vallée de l'Anconnans, deux promontoires abrupts qui étaient

DEUXIÈME ÉPOQUE, Cbàp VII, g v. 281

compris dans rintervalle des lignes romaines. C'est précisément là^ d'après le récit de César et l'orientation des lieux, que Yercingetorix fit un dernier et suprême effort pour sauver son armée épuisée parla famine; c'est par là que vainement il tenta de s*ouvrir un chemin pour gagner les montagnes d'Apremont avec cette armée réduite à la dernière extrémité ; et c'est là, hélas ! que la Gaule reçut le coup mortel. Si donc il existe sur ce terrain d'Alesia-Isarndore quelque souvenir pieux de nos pères, il doit être à cette même place.

Or, entre ces deux promontoires que nous venons d'indiquer, on voit déboucher une petite vallée du fond de laquelle arrive au dehors un tout petit ruisseau qui va se jeter dans l'Auconnans; et, sur la rive gauche de ce ruisseau, le bois qui couvre ce versant dans la petite vallée, garde le nom traditionnel de bois à'Orgevetj où l'on reconnaît de même Vegetor et Yercingetorix,

Ainsi, en résumé : Orgelet, Orgier ou Orgie t et Orgevet^ voilà sur trois points de la traversée des monts Jura ce grand nom de Yercingetorix plus ou moins reconnaissable, et inscrit là par nos pères, aux endroits mêmes où l'héroïque chef des Gaulois combattit si vaillamment pour la liberté nationale. Mais ce qui nous parait confirmer notre opinion bien plus encore que l'examen archéologique de ce grand nom trois fois répété, c*est que, de fait, il se trouve répété précisément sur les trois points où les événements ont dû le graver; et que, nulle part ailleurs dans ces contrées, on n'aperçoit aucun autre nom analogue à ces trois

282 JULES CÉSAR EN GAULE, Comment. VIL

noms similaires, Orgelet, Orgiet, Orgevet, qui se se succèdent pour amener l'historien à la place fatale où César condamna et immola Yercingetorix.

Nous venons de dire que c'est directement en face du ravin d'Orgevet qu'est tourné le monumefit (f/semore; c'est là, pour ainsi dire, qu'il regarde, et cette orientation est pour nous un nouvel indice qui, joint à tout ce que nous avons dit plus haut et du monument primitif et du riche monument élevé ensuite, nous porte à considérer comme très-probahle que :

1*" Le monument primitif a été élevé là par les légions de César, hâtivement et à l'époque même de leur triomphe, et que ce monument, dédié à Mars, devait être la consécration de ce triomphe, ainsi que l'atteste ce bloc de pierre grossièrement taiUé qui en a été arraché, et dont ni le temps, ni les eaux de TOgnin n'ont pu eifacer c« mot significatif: OVANTes;

2° Que le monument élevé ensuite autour du premier, dans des conditions particulières de richesse et de magnificence, a été probablement l'œuvre d'Auguste, après la bataille d'Actium, lorsqu'il se vit seul maître du monde.

Le neveu, devenu tout-puissant, devait bien cet honneur à l'oncle, qui avait frayé devant lui la route du pouvoir despotique.

Quoi de plus naturel, pendant que, d'une part, à l'entrée du golfe d'Ambracie et en face du promontoire d'Actium, Auguste se glorifiait lui-même en se faisant élever sa ville de la Victoire (Nicopolis), qu'il fit élever aussi

DEUXIEME ÉPOQUE, Chap. VII, § v. 283

en même temps, d*une autre part, à Alesia même et en face du défilé où la Gaule avait été frappée par César du coup décisif, le monument de la victoire de celui à qui il était redevable des premiers et des plus importants succès de sou ambition enfin satisfaite?

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