‹ Jules César en Gaule (volume 2)Chapitre 60 sur 69 · DISSERTATION · texte numérisé non relu

DISSERTATION

CONCERNANT UNE INSCRIPTION LATINE INÉDITE, RÉCEMMENT DÉCOU- VERTE A IZERNORE, CHEF-LIEU DE CANTON DE L^ARRONDISSEMENT DE NANTUA, DÉPARTEMENT DE l'aIN, ET SOUMISE AU JUGEMENT DE l'académie des INSCRIPTIONS m* BELLES-LETTRES.

Voici rhis torique de cette découverte et les renseignements qui peuvent aider à déterminer Torigine et le sens de cette inscription.

L'Académie n'aura pas oublié sans doute la grande controverse qui fut soulevée, il y a quelques années, au sujet des lieux à' Alise, en Bourgogne, ei à' Alaise^ en Franche- Comté, sur la question de savoir : laquelle de ces deux positions avait été jadis le célèbre oppidum cfAlesia, où succomba la Gaule. Nous-mème, étant né dans cette partie des monts Jura qui traverse du nord au sud le départe-

ment de TAin, et connaissant dans tous ses détails cette frontière de la Gaule celtique, si clairement désignée dans les premières pages des Commentaires de César; frontière par laquelle il était venu d'Italie envahir la Gaule, et vers laquelle, croyons-nous, il se dirigeait en sens inverse, dans la septième année de la guerre, quand Yercingetorix lui en vint barrer le chemin, la veille même de l'arrivée des deux armées auprès d'Alexia ou Âlesia, nous nous sommes vi-

vement intéressé à cette importante controverse. Car la position géographique de Toppidum d'Âlesia on Alexia peut jeter une vive lumière et sur Tattitude militaire des deux armées et sur la cause du grave désastre éprouvé là par nos ancêtres : ce qui est peut-être la question la plus importante de toute notre histoire ancienne.

Mais aucune des raisons présentées de part et d'autre ne nous ayant semblé décisive, et la lecture des Cammen-^ ioiresj répétée avec beaucoup d'attention en regard des lieux d'Alise-Sainte-Reine et d'Alaise, ayant encore plutôt augmenté que dissipé nos doutes personnels, nous eûmes la pensée de procéder différemment, à savoir : de chercher, au préalable, à reconnaître le lieu de la bataille qui fut livrée la veille du jour où les armées arrivèrent à Alexia. Nous comptions qu'il serait moins difficile de déterminer cet autre lieu, vu les conditions nombreuses et tout à fait particulières qu'il devait présenter ; et il nous semblait que, une fois ce lieu reconnu avec certitude, la question controversée aurait déjà, par cela même, fait un grand pas vers sa solution, puisque le véritable emplacement d'Alexia ne pouvait être bien loin de là.

Or, divers indices des Commentaires permettant de présumer qu'à ce moment de la guerre de Gaule, Yercingetorix avait l'avantage sur César, et que l'armée romaine se dirigeait par l'extrémité de la frontière des Lingons vers la frontière de la Province romaine attaquée sur le Haut Rhône et vers le point du cours du Ûeuve appelé aujourd'hui la perte du Rhône ^ quand Yercingetorix survint et lui

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barra le passage ; nous cherchâmes avec soin dans celle direction le ihéâlre de cette bataille. Enfin, convaincu que nous l'avions découvert dans la traversée des monts Jura, entre Lons-le-Saunier et Orgelet, à partir do là nous pûmes assez facilement reconnaître avec évidence, croyons-nous, le véritable oppidum dAlexia, qui fut témoin de la lutte suprême de Vercingetorix pour la liberté de la Gaule ; lequel, ne serait autre que le plateau ou foppidum d^Izer^ nore en Bugey^ pays des anciens Sebusiani de César.

C'était là une opinion tout à fait nouvelle, à Tépoque des débats soulevées au sujet d'Alise-Sainte-Reine et d'Âlaise. Pour nous en assurer la priorité, nous primes date à cet égard dès Vannée 1 863, devant l'illustre compagnie qui veut bien encore aujourd'hui nous entendre. Maintenant, toutes nos preuves se trouvent réunies et développées avec méthode, en suivant sans interruption le récit des Commeii^ tairesj dans le tome troisième de notre Jules César en Gaule, qui est en cours d'impression et qui sera prochainement terminé.

Dès que nous eûmes ainsi produit cette opinion nouvelle, que le véritable emplacement de l'oppidum d'Alesia, dont parle César, était le plateau d'Izemore dans le département de l'Ain, les journaux du pays s'empressèrent d'en faire part à leurs lecteurs, et le conseil général, dont nous avions l'honneur de faire partie^ vota une petite somme, à laquelle M. le ministre de l'instruction publique ajouta un suppléa ment de 1, 5 00 fr. pour faire de nouvelles fouilles à Izernoré.

Car on sait qu'il existe à Izernoré^ dans le département .

de TAin, des ruines imposantes d'un antique édifice à colonnades, qui paraît avoir été élevé là par les Romains, et qui déjà depuis longtemps a attiré l'attention et les recherches persévérantes de savants antiquaires, mais dont on ignore encore absolument et l'origine et la signification.

Une commission départementale fut donc nommée par M. le préfet de F Ain, pour procéder à de nouvelles fouilles et à de nouvelles recherches sur le terrain d'Izemore. On nous fit l'honneur de nous en déférer la présidence ordinaire, M. le préfet conservant lui-même la présidence d'honneur facultative. Et ce fut dans ces nouvelles recherches, faites àizernore en 1860, qu'on découvrit Tinscription latine de six lignes, dont nous présentons ici une reproduction exacte, obtenue par le moulage en plâtre.

Voici de quelle manière et à quel endroit cette inscription fut découverte :

Outre les trois grands pilastres qui sont encore debout sur place à Izernore, et qui formaient trois des quatre angles d'un splendide monument à colonnes signalé sur la carte de l'Ltat-Major, et dont on a l'indication sous les yeux; outre un grand nombre de fragments de colonnes qui en proviennent, et qui sont actuellement dispersés dans les environs ; la plupart des énormes blocs de pierre de taille rectangulaires qui en faisaient partie ont été autrefois transportés à la distance d'environ mille mètres du côté de l'ouest, pour y établir dans le cours de l'Ognin la digue d'un ancien moulin seigneurial. Et parmi les renseignements traditionnels que nousYecherchions de toutes parts^

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