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des maçons dlzernore (qui avaient quelques années auparavant réparé cette digue) nous ayant informé qu'ils y avaient remarqué, sttr deux gros blocs de pierre de taille, plusieurs lignes de grandes lettres gravées au ciseau; et la dame qui en était propriétaire nous ayant très-gracieusement autorisé à y faire toutes les recherches que nous jugerions utiles dans l'intérêt de la science, la commission départementale y fit déplacer et examiner avec soin quelques-uns de ces gros blocs de pierre, à Tendroit de cette digue qui nous avait été signalé.
On découvrit, en effet, sur Fun de ces blocs Finscription latine de six lignes qui est reproduite ici. Mais, malheureusement (de même que les monnaies deviennent frustes par l'usage quotidien), cette inscription a été à la longue en partie effacée, dans la partie moyenne des lignes, par le passage incessant des eaux et des débris de toute nature qu'elles entraînaient. Il est facile de constater cet effet des eaux au moyen d'une règle posée de champ sur le tableau de ce plâtre, qui reproduit exactement le tableau de l'inscription. On reconnaît de cette manière que dans les places où manquent des lettres, la surface de la pierre a été plus ou moins creusée par érosion, jusqu'à plus d'un centimètre de profondeur.
Le bloc lui-même a été ramené à Izernore par les soins de la commission, et on l'a placé dans la cour du presby* tère, où il est exposé aux regards du public, et protégé par un léger abri contre l'action destructive des météores. Sa forme générale est à peu près celle d'un cube, dont les
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angles et les arêtes seraient plus ou moins détériorés; ses deux faces latérales paraissent avoir été grossièrement taillées jadis, ou retaillées depuis pour s'ajuster convenablement dans la digue de TOgnin ; ses quatre autres faces sont bien planes ; ce qui porte à présumer q.ue ce bloc de pierre formait jadis, suivant l'expression technique, gros de mur dans Tédiiice auquel il a appartenu.
A quelle place, dans le monument dlzemore, aurait figuré cette inscription?
Ici, avant de présenter une réponse présumée dans le sens plus ou moins probable de l'inscription elle-même, nous devons tout d'abord faire connaître une nouvelle donnée, qui est fournie par les ruinesde Tédifice d'Izemore et dont il importe de tenir compte pour répondre à cette question.
Non-seulement on ne peut mettre en doute la splendeur et l'importance de l'édifice à colonnades élevé jadis au centre du plateau d'Izernore, mais encore on peut fournir la preuve certaine que, déjà auparavant et à cette même place, il en avait été érigé un autre plus modeste et plus simple : c'est-à-dire que ce monument primitif était composé de petits matériaux^ tels qu'eux présente encore le terrain actuel et réunis avec du ciment. Tout même, selon nous, porte à croire que ces deux édifices ont coexisté pendanl un certain laps de temps, et qu'ails ont été renversés à la fois Cun et l'autre. Voici quels sont les faits qui nous paraissent autoriser ces deux présomptions :
Qu'on veuille bien se représenter dans la pensée une en-
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ceinte rectangulaire deii mètres de longueur sur 19 mètres de largeur^ formée par un gros mur en pierres de taille, épais de 1 mètre, et dofit les angles correspondraient aux pilastres qui sont encore debout à Izernore, Admettons que ce gros mur en pierres de taille soit le soubassement qui portait les colonnes, *
n ne s'élève plus guère aujourd'hui que d'environ 1 mètre au-dessus du terrain. Mais certainement il s'élevait jadis à la hauteur d'environ 3 mètres : niveau où il recevait les colonnea, ainsi que l'attestent les trois pilastres d'angles qui sont encore debout sur place. Car chacun de ces pilastres quadrangulaires présente, à chacune de ses deux faces tournées contre les deux lignes de colonnes qui convergeaient à cet angle, une demi-colonne saillante, autrement dite une colonne engagée^ dont la forme, les dimensions, le niveau où elle se voit contre le pilastre, servent à constater, comme Ta fait notre savant compatriote, M. de Saint-Didier, toutes les conditions architecturales de la colonnade aujourd'hui brisée et dispersée. Tel était donc le soubassement des colonnes du monument d'Izemore.
Qu'on veuille bien encore se représenter maintenant, dans fintérieur de cette première enceinte, une deuxième enceinte d'une forme exactement semblable, mais de dimensions un peu moindres, et constituée par un simple mur composé de petits matériaux réunis avec du ciment.
Cette nouvelle enceinte serait le mur extérieur du monument primitif dont il a été fait mention plus haut.
Inutile de parler ici des mines confuses qui y sont con* tenues.
Ces deux enceintes sont encadrées Tune dans Tautre de trës-près, mais sans se toucher; elles ne sont point en contact; un intervalle étroit , rfc 15 « 20 centimètres de largeur^ très-profond et tout à fait vide, existe partout entre elles. De sorte que la colonnade aurait été trës*rapprochée du mur intérieur de ce monument primitif; à tel point qu'un homme n'eût pu passer entre le monument et les colonnes. (Peut-être les savants qui connaissent rarchitecture ancienne jug^eront-ils que cette disposition des colonnes si près du mur intérieur était exceptionnelle, du moins comparativement au type d'édifice à colonnade, dont Féglise de la Madeleine à Paris nous offre un exemple.)
Mais surtout ce qu'il importe de signaler et de remarquer avec soin dans ces ruines d'Izemore, c'est une siogu* larité qui constate avec évidence que le monument primitif a été érigé peut-être un certain nombre d'années, avant Fé^ poque où il fut entouré dune splendide coloniuide.
En effet, dans cet intervalle étroit, profond et vide, qui n'offre pas plus de quinze à vingt centimètres de largeur, comme nous venons de le dire , et qui isolait de toutes parts la paroi extérieure du monument primitif de la paroi intérieure du soubassement des colonnes, on a constaté autrefois dans plusieurs occasions, et on peut encore aujourd'hui vérifier en divers points, que, de ces deux parois, qui s'y touchent presque, l"" celle qui appartient au soubassement des colonnes est tout à fait brute et complètetnent nue;
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tandis que i!^ celle qui appartient au monument primitif est revêtue d'une couche de ciment bien lisse et peinte de couleur rouge mf. Or, quand on a peint cette paroi du mur intérieur, si la colonnade eût déjà existé, non-seulement on n*eùt eu aucune raison d'exécuter cette peinture, puisque personne n'eût pu la voir; mais encore il eût été* impossible de Texécuter, puisque c'est à peine si l'on peut passer le bras dans l'intervalle étroit et profond où elle se trouve exécutée.
Tous les savants qui ont constaté l'existence de cette peinture si singulièrement placée, et qui ont arrêté leur attention sur ce fait, l'ont considérée comme une preuve certaine de l'existence d'un monument primitif à cette même place où l'on a vu ensuite et où l'on voit encore aujourd'hui le monument à colonnade : ce qui parait incontestable. Mais ils ont admis également, peutrètre sans assez de réflexion, que ce monument primitif était déjà détruit lorsqu'on éleva le monument à colonnes, et quQ celui-ci avait remplacé celui-là.
De notre côté, en considérant bien toutes les conditions du fait constaté, à savoir : l"* qu'à l'époque où les colonnes furent élevées sur leur soubassement, la peinture de la paroi extérieure du monument primitif, et par conséquent ce monument primitif lui-même, existait encore (du moins jusqu'au niveau où l'on a vn cette peinture); 3* que le soubassement en pierres de taille n'avait pu, sans de trèsgrands soins et de très-grandes difficultés, être établi si près de cette peinture et la respecter, comme il avait été fait jadis ; nous en concluons que, si l'on eût voulu ériger à
cette même place un autre monument inspiré dans une autre pensée, on n'eût pas laissé subsister toutes ces constructions du monument primitif.
£t, en conséquence, nous avons été amené à induire que le tout n'avait jamais dû former qu'un seul et même monument historique, érigé là en deux parties tout à fait distinctes, et probablement à deux époques successives, avec des moyens très-différents, mais toujours dans une même et unique pensée de la part du ou des fondateurs.
Ainsi, selon nous, on y aurait d'abord érigé, sans retard, à la première époque, un monument très-simple, commémoratif de quelque grand événement accompli* en ce lieu; puis, à la seconde époque, on aurait attaché beaucoup d'imporlance et mis beaucoup de soins et de luxe à entourer d'une belle colonnade ce même monument commémoratif, pour lui donner plus d*éclat et lui assurer plus de durée.
F^eut-ètre le sens même de Finscription, qui est encore visible aujourd'hui dans ces ruines, va-t-il nous permettre de préciser davantage cette conclusion. Examinons-la donc en détail, ligne par ligne.
La première ligne commence par deux lettres non douteuses, A et L, qui forment la première syllabe du nom
ALesia (ou de quelque dérivé de ce même nom). — Puis on voit une lacune où des lettres ont disparu sous l'action incessante des eaux de TOgnin. — Et la ligne est achevée par quelques lettres plus ou moins complètes^ dont les dernières forment une syUabe (N 0^ ou simple^ ment N par abréviation) : syllabe qui pourrait, ce nous
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semble, avoir fait partie d'une date du mois de NOvembre; mais nous ne possédons pas les connaissances spéciales que nous croyons nécessaires pour en juger positivement.
A la deuxième ligne, on lit très-distinctement, d*abord la syllabe DE en toutes lettres ; — puis deux lettres, R et 6, suivies chacune d*un point d'abréviation, et qui pourraient signifier, avec la syllabe précédente, DE Rege Gallorum ; — ensuite vient un mot presque complet, OVAN avec un point d'abréviation qui ne peut être que l'un de ces deux mots OVAN ou OVANtes, abrégé en partie. Ainsi, en complétant les mots latins abrégés dans cette deuxième ligne, nous croyons pouvoir y lire : DE Rege Gallorum OVANtes.
Pour la troisième ligne, on ne peut hésiter à y lire d'abord deux mots iN HQNOR, suivis d'un point d'abréviation, c'est-à-dire iN HONORem. — Puis vient un jambage droit qui pourrait être la lettre I, mais qui pourrait aussi n'être qu'un premier jambage de quelque autre lettre. Sous cette réserve expresse, on peut admettre la lettre I, c'est-à-dire l'initiale du mot Imperatoris. Et, en complétant dans ce sens les mots de cette troisième ligne, on y lirait : iN HO- NORem Imper ATORis.
A la quatrième ligne, ou ne voit, et probablement il n'y a jamais eu que trois lettres, DËD, placées ensemble au milieu de cette ligne, pour signifier comme d'ordinaire DEDiGAviT on DEDicARUNT, mot qui indiquerait la dédicace ou la consécration du monument par le ou les fonda-
leurs, suivant la manière dont on croira devoir eoin]déter la première ligne de cette inscription.
Quant à la cinquième ligne, il n*y reste plus que les trois premières, H A I ... ; toutes celles qui auraient pu s'y trouver à la suite ont dû peu à peu disparaître sous Faction destructive de la rivière.
De même pour la sixième ligne, où il ne reste même plus qu'une première lettre H...
Nous laissons à de plus savants et de plus autorisés que nous le soin et l'honneur de déterminer ce qu'ont pu indiquer ces deux dernières lignes. En résumé :
Nous croyons pouvoir, sous toutes réserves, compléter littéralement la plupart des mots que présente cette inscription d'Izernore, de la manière suivante.
ALesia (ou ALesiani) miutes... NG
D£ Regk Gallorum OVANtes
iN HONORem Imperatoris
DËDiCARUNT
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H C'est-à-dire en français, et en admettant le mot douteux Imperatoris :
A Alesia ou Alexia l armée romaine
Dans r enthousiasme ou dans la joie de Sa victoire sur le Roi des Gaulois
A érige' ce monument En Fhonneur de son général.
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Avons-nous besoin de rappeler que Vercingetorix seul^ absolument iui seuly a été jadis chef suprême ou roi de toute la Gaule? Yoiei le texte des Commentaires : — Toitus GaiUœ coficilium Bibracte indtcitur... Ad unum omnes Ver-eingetorigem probant imperatorem. (YII, lxiii.)
C'est donc bien le grand défenseur de la Gaule qui est désigné dans cette inscription d'Izernore.
Et nous concluons, de tout ce qui précède, que Tinscription retrouvée en 1 863 dans la digue de TOgnin se rapporte au désastre éprouvé par nos ancêtres à Alesia, aujourd'hui Izernore, dans le département de TAin, et que cette inscription devait figurer au frontispice du monument primiUf érigé là par les Romains en mémoire de ce grand événement de la guerre do Gaule.
Mais, avant d'en venir à d'autres conséquences historiques de plusieurs sortes qu'on pourrait déduire de cette inscription, nous regardons comme indispensable d'être définitivement fixé sur sa signification et son origine.
C'est pourquoi nous ne pouvons mieux faire que de la soumettre au jugement de l'illustre Académie dont tous reconnaissent l'autorité supérieure en cette matière.