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César fut donc dirigée, d’abord, à partir de Gcrgovia, droit au nord pour aller passer l’Ailier entre Vichy et Moulins. Mais ensuite, l’insurrection éclatant au nord , la marche de l’armée romaine devint, sinon une déroute, tout au moins une retraite très-précipitée dans la direction du sud-est, pour aller passer la Loire dans la région de Roanne et se jeter à l’écart de l’insurrection dans la vallée de la Saône. Là, les légions purent s’arrêter, se raffermir, séjourner et se refaire. Puis César remonta au nord à la rencontre de Labiénus, qui se retirait lui-même du pays de Lutèce, et ils firent leur jonction probablement au débouché des voies qui viennent de ce pays dans la vallée de la Saône, non loin deBeaunc ou de Saint-Jeande-Losne, à l'extrémité méridionale du pays lingon; d’où César continua sa retraite sur la Province. Alors Vercingétorix vint lui couper le chemin dans cette direction , une première fois à l’entrée des monts Jura, une seconde fois plus loin , dans la traversée des monts , à Àlesia.
Telle est notre thèse, mais on ne peut la démontrer qu'en suivant pas à pas le fil du récit et en examinant bien, d’une part, les expressions que César emploie pour rapporter les événements, d’autre part, les conditions topographiques du terrain où ils se sont accomplis.
Pour résumer en deux mots ce qui précède touchant la sincérité de César dans son récit, — il aurait, suivant nous, dicté ses Commentaires, spécialement le livre VU sur la guerre de Gaule, de telle manière que la vérité des faits y fût assez reconnaissable pour les légionnaires
qui en avaient été témoins actifs, et généralement pour ceux qui connaissaient le terrain de la Gaule; mais aussi de manière que les autres contemporains et la postérité ne connussent ces mêmes événements que sous l’apparence qu’il lui convenait de leur donner, dans son propre intérêt politique. C’est là, suivant nous, Ce qui rend si difficile l’intelligence du livre VII des Commentaires , et ce qui donne tant de prix à une bonne carte de Gaule, qui doit y apporter la lumière.
Du reste, dans la discussion de ces événements euxmêmes, nous aurons soin d’indiquer positivement et en son lieu chaque lacune du récit de César; nous signalerons les mots qui nous paraissent servira voiler les faits, et le lecteur appréciera.
Au sujet du huitième et dernier livre des Commentaires de la guerre de Gaule, ajouté à ceux de César pour compléter l’histoire de cette guerre, après que Vercingétorix eut sueeombé, nous n’avons que deux mots à dire. D’une part, on ne peut douter, d’après un témoignage positif de Suétone *, et d’après la lettre d’Ilirtius à Balbus, qui sert de prologue à ce complément, qu’il n’ait été rédigé par Ilirtius d’accord avec Balbus ; d’une autre part, nous avons démontré ci-dessus * que Balbus et Hirtius étaient
(1) Suétone, Julius Cx&ar, lvi.
(2) Page xxxvï. Si l’on adopte l’opinion très-probable qu’lfirtius est aussi l’auteur du Ucre delà guerre d' Afrique, ses rapports confidentiels et sa connivence historique avec César deviennent encore plus évidents, par l’oppositionmanifeste qu'on peut remarquer dans ce livre, entre certaines réflexions de l’auteur favorables à César, et la nature même des faits auxquels il les rattache.
INTRODUCTION. lv
les confidents politiques de César ; donc, ce huitième livre des Commentaires de la guerre de Gaule, bien que rédigé par Hirtius, doit être considéré, quant au fond et quant à la créance qu’il mérite, comme émanant de Jules César lui-même.
Le sujet que nous allons traiter se compose naturellement de deux parties distinctes.
La première partie comprend trois questions générales, qui sont 1° la géographie des régions du sud-est des Gaules; 2° les moyens militaires employés du temps de Jules César; 3° un coup d'œil rétrospectif et sommaire sur la guerre de Gaule Cisalpine, qui précéda la guerre de Gaule proprement dite.
La seconde partie comprend trois questions spéciales, qui sont : 1° l'invasion de la Gaule Celtique ; la guerre de Vercingétorix ; 3° les conclusions historiques qu’on en peut déduire.