AU TEMPS DE JULES CÉSAR
Tempora ai faatoique vcli* erolrere mundi.
Horace.
L’opinion publique , comme l’Empereur , s’intéresse vivement à ce que les campagnes de Jules César en Gaule soient enfin rapportées d’une manière satisfaisante au terrain qui en fut le théâtre, pour que la critique de l’histoire puisse apprécier la fidélité du récit qu’il nous en a laissé dans les Commentaires, et éclairer cette grande lutte de nos pères contre les Romains. La question est posée : il importe de la résoudre, avant que le temps ait effacé du sol national les dernières traces qui peuvent y être restées d’événements déjà si anciens, line bonne carte des Gaules, dans leur constitution primitive en petits peuples indépendants ou cités, est une base indispensable à toute discussion sur ce sujet historique.
Pour sentir la nécessité de procéder à de nouvelles études concernant la véritable position géographique
des diverses cités gauloises, et pour reconnaître avec t. 1
évidence l’imperfection des cartes qui nous les ont présentées jusqu’à ce jour, il suffit d’avoir examiné avec attention la nouvelle carte des Gaules de la Commission impériale. Cette carte olfre le résumé de toutes les tentatives précédentes. Assurément , elle a été rédigée par les hommes les plus compétents à tous égards ; et cependant , aucune des grandes difficultés qui ont embarrassé jusqu’à ce jour le lecteur des Commentaires ne s’y trouve résolue. Ainsi, par exemple, on n’y voit sur aucun chemin des Alpes les trois peuples que César dit avoir rencontrés sur son passage, lorsqu’il vint porter la guerre en G aule. 11 est impossible d’y tracer, du pays des Helvelii à. la Saône, un itinéraire qui traverse le territoire des divers peuples que César indique sur l’itinéraire suivi par l’émigration des Helvelii, avant d’arriver à cette rivière. Aucun point du cours du Rhône ne s’y présente avec la réunion des conditions locales que le récit de César exige pour le point oii il passa ce fleuve. La position assignée à l’oppidum d 'Alesia, position qu’il est si important de déterminer, y est telle que, même en supposant qu’Alise- Sainte-Reine soit , pour les détails du terrain , absolument conforme à l’oppidum gaulois, sa situation géographique serait néanmoins en opposition avec les traits généraux du récit de César.
On ne voit point d’ailleurs sur cette nouvelle carte des Gaules les limites du territoire de chaque peuple ; ce qui laisse subsister dans l’intervalle des noms inscrits
NOTICE UEOGKAPHIQL’E.
une indétermination générale, et s’oppose à ce que l’on y puisse suivre avec précision la marche d’une armée à l’aide des noms de peuples que présentent les textes, ou reconnaître clairement les rapports nécessaires des peuples limitrophes , et l’étendue de leurs territoires respectifs.
Ces considérations nous ont déterminé à publier la notice partielle que nous présentons ici. Elle est le résultat d’études patientes, poursuivies depuis de longues années sur le terrain et dans les textes. Nous n’avons pas craint de rechercher et d’indiquer les limites des peuples , ce qui est indispensable pour obtenir la clarté, et pour mettre en relief l’accord ou le désaccord de la carte avec les auteurs anciens. Si, du reste, quelques-unes de nos limites donnent lieu à des objections, ces limites, une fois posées, peuvent être redressées facilement ; la connaissance de la géographie de l’ancienne Gaule gagnera toujours à cet essai. Quant à la position générale des peuples, nous avons été conduit à nous écarter considérablement des opinions suivies dans la nouvelle carte des Gaules. Nous nous en séparons notamment pour les Graioceli, les Caluriges, les Vocontii, les Allobroges, les Sequani, les Mandubii, les Ædui, les Ambarri, les Segusiavi , et pour le territoire gaulois sur lequel fut fondé Lugudunum , Lyon. En outre, nous avons dû placer un peuple de plus au bord du haut Rhône, celui par le territoire duquel César pénétra en Gaule Celtique , à savoir, les Sebusiani.