‹ Jules César en GauleChapitre 9 sur 34 · XI.VU · texte numérisé non relu

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La défiance avec laquelle nous abordons ici le texte de César est d’ailleurs autorisée par le témoignage de plusieurs écrivains anciens, de Pollion, de Suétone, de Plutarque, d’Appicn, de Dion Cassius, d’Eutropc, d’Orose, lesquels, éclairés sans doute par les témoignages du temps, ont rectifié le caractère militaire des principaux événements des guerres de César contre Vercingétorix et contre Pompée. Mentionnons ici seulement l'opinion de Pollion touchant la véracité des Commentaires en général. Pollion était un contemporain de César; il avait eu un commandement dans son armée; c’était un auteur très compétent et très-bien placé pour apprécier son œuvre historique. Voici son opinion , que Suétone nous fait connaître en ces termes : * Pollion Asinius pense que « les Commentaires ont été composés avec peu d’exac-* « titude et peu de respect pour la vérité : César, d’or- « dinaire, ayant trop légèrement ajouté foi aux rapports

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« qui lui étaient faits au sujet des actes d’autrui, et « quant aux siens propres, les ayant rapportés d’une « manière erronée, ou avec intention, ou bien encore « par défaut de mémoire »

Nous aurons dans l’occasion à nous servir du témoignage de ces auteurs au sujet de divers faits particuliers, tout en le contrôlant et le complétant à l’aide de connaissances géographiques sur le territoire de la Gaule qui probablement leur ont manqué.

Ce défaut de connaissances géographiques concernant la Gaule, chez les Humains de l’époque de César, même chez ceux qui écrivaient l’histoire peu de temps après lui, nous paraît très-important à remarquer. Le fait est facile n constater dans Eutropc*, dans Florus®, qui ont interverti (eux ou leurs copistes) les noms des lieux principaux ; et cette remarque serait assez grave pour jeter quelque défiance sur le témoignage de ces historiens, si on ne réfléchissait pas que ces erreurs consistent purement dans les noms, et n’atteignent nullement le caractère, ni même l’ordre des faits. Par exemple, Eutropc, en rapportant les événements de la septième campagne, s’est trompé sur les noms d’Avaricum, de Gergovia, d’Alesia, sans que cette confusion altère le caractère spécial ou la suite réelle des événements rapportés. Dans le récit d'Eutrope,

(1) SüKTONH, C.J. Cxsar, ch. LVt.

(2; Eutrope, De gettis Romanorum, Ub. F/, Hélium Gallicum (3) Florus, Lib. III, ch. x, fielltm Gallicum ,

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en effet, ainsi que dans celui de César, la septième campagne comprend trois grands événements qui se succèdent, et qui eurent lieu sur trois points très-distincts entre eux et très-faciles à reconnaître : 1° un oppidum longtemps assiégé par les Romains, puis escaladé par un temps de grande pluie, ses quarante mille habitants cernés et tous massacrés : c’est VA varicum des Commenta ires; 2" un oppidum placé sur un mont très-élevé, contre lequel un assaut malheureux fut tenté par les Romains, qui furent refoulés et précipités jusqu’au bas du mont : c’est Gergovia, chez les Arvernes 1 ; 3° un oppidum occupant le haut d’une colline , bloqué par César, amené à reddition à l’aide de la cavalerie germaine : c’est Alesia. Le témoignage des historiens que nous avons nommés pourra donc ne pas nous être inutile

Mais le meilleur moyen de contrôle, la lumière la plus importante pour nous diriger dans l’intelligence du récit de César, nous viendra de la géographie moderne.

Aujourd’hui, nous qui avons une connaissance parfaite du terrain de la Gaule, nous pouvons discuter les détails du récit de César en regard du théâtre des événements, qui nous est suffisamment signalé par les repères géné-

(1) Florus ne rapporte nullement le siège de Gergovia, où Jes Romains subirent un échec. Le ton général du récit de cet auteur porterait à croire qu’il u omis cet événement avec intention. Il parai t y avoir substitué le sac de Genabum (Orléans), que César livra aux flammes peu de jours avant le siège d’Avaricum. Telle serait, suivant nous, l'origine du désaccord qu’on remarque ici au sujet des événements, le seul que présente le récit sommaire de Florus, comparé à relui de César et h celui d’Eutrope.

raux indiqués dans le récit : la Loire, l’Ailier, Gergovia, Bibracte, Lutèee, etc.

Quand on lit, par exemple, dans les Commentaires, le récit de la marche de César, après le siège de Gergovia, on peut être porté à croire que César, tournant le dos à la Province, marcha directement au nord vers Labiénus, qui se trouvait du côté de Lutèee, et qu’il arriva ainsi jusque chez les Sénouais, eu traversant, dans le pays des Eduens, le centre même de l’insurrection gauloise , et eu opérant une manœuvre agressive de la plus grande hardiesse. Le langage entraînant de Al. Rossignol n’admet aucune hésitation à cet égard : « Aussi bien , dit-il , César paye « d’audace : au lieu de battre en retraite vers le midi, de « s’éloigner de la Gaule à marches forcées, il fait soixante « lieues en ligne droite dans le sens de la grande Ourse, au « cœur de la Gaule dont les tribus ont jeté le cri de guerre, f Est-ce là le fait d’un capitaine désespéré ? Cette course « audacieuse aurait dû faire comprendre que des soldats « aussi respectés en pays ennemi, sont des hommes qui « doivent avoir autre chose à faire que de traverser la t Séquanie pour aller panser leurs blessures. En effet, « au lieu de rentrer en Italie, César bat Vercingétorix . deux ou trois fois devant Gergovia, pour prouver aux « Gaulois qu’il ne fuit pas, — ad Gallicam ostentationem « minuendam, — et il tourne le dos à la Province. Sui- « vons-le, nous marchons du côté d’Alise '.... »

(!' Al«c, éludt sur une campagne de J. César. Dijon-Paris, 1856, p. 9.

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Suns doute, pour parler avec cette assurance, il fallait que le savant archiviste de la Côte-d'Or n’eût pas connaissance d’un texte où Eu trope, d’après Suétone (comme il va être constaté) , nous dit que César, en partant de Gergovia, loin de songer à attaquer l’ennemi, prit la fuite: « Itaqueibi Cœsar, erumpentibus desuper hostibus « pressas ,multa exercitus sui parte perdita, vicias aufvgit.

« Là donc, César, chargé par les ennemis qui se précipi- « tent de la hauteur, ayant perdit une grande partie de « son armée, fut vaincu et s’enfuit 1 . » César n’aurait donc ni opère Une manœuvre agressive, ni marché au nord. La contradiction du récit apparent des Commentaires et du texte que nous citons est évidente ; et l’on ne peut penser qu’à la vue de ce texte , M. Rossignol se fût

(l) Eitropf,/)* gestis RomanorumUberV I ,Bellum Gallicum. — Cette partie du livre VI d'Eutrope a été, sous lo titre de — Eutropii epitome belli Gallicj, ex Suetonii Tran-juilUmonumentis , quæ dcsidrranlur,— réunie par Aldus Manntius «H son édition des CommenttiirfS de César , imprimée à Venise , en 1616, par Sarzina. Eutrope lui-méme, immédiatement au début de ce livre, avertit le lecteur que ce qu'il va dire touchant la guerre de Gaule cstcomposé d'extraits d’une histoire très-explicite de cette guerre, par Suétone (œuvre aujourd'hui perdue) : Hanc historiam Suetonius Tranquillut plenisstme explicuit, cujus nos competentes portiunculas decerpsimu.i. Ce qui prouve d’avllcurB que telle est la véritable origine du texte que nous apportons ici en regard des Commentaires, c'est que Paul Orose, de son côté, cité par M. Delacroix, le présente aussi, et identiquement, dans les mômes termes qu’Eutrope. Il faut donc bien que ce texte important provienne d’un troisième auteur, plus ancien qu’Eutrope et Orose, copié par eux, et, par conséquent, selon toute probabilité, qu'il provienne de Suétone, comme le dit Eutrope. Cette considération nous parait ajouter beaucoup à l’autorité de ce texte, soit pour l’époque où il a paru, soit pour l'auteur à qui on le doit, comme nous l'avons fait remarquer dans une note adressée à l'Académie des inscriptions et belles lettres, lorsque M. Delàcroii le présenta en l’attribuant à Paul Orose.

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contenté do trancher d’un mot et la question historique, de savoir si César fut vainqueur ou vaincu, et la difficulté stratégique, d’exécuter une marche de deux cent soixante-dix kilomètres, à travers le foyer de l’insurrection gauloise, depuis Gergovia jusque près de Saint-Florentin.

Ici se montre l’importance des indications topographiques, qui peuvent seules nous permettre d’expliquer une grande contradiction historique; car, si nous parvenons à démontrer, par les conditions du terrain, que César, au lieu de traverser le foyer de l’insurrection, l’a évité, s’est rejeté en arrière et l’a tourné, nous devons admettre, avec Suétone, que César s’est enfui devant les Gaulois.

Voici quel doit être, suivant nous, l’ordre général de la démonstration. Après une défaite à Gergovia, César, avec des légions dont le moral était ébranlé, avait en face de lui Vercingétorix, plus ardent que jamais à réunir toutes les cités de la Gaule contre les Romains, à harceler ceux-ci , à leur couper les vivres ; de plus , César prévoyait la défection des Eduens, ses alliés, et dès lors une insurrection générale de la Gaule. Dans ces conjonctures graves, la pensée stratégique à laquelle il s’arrêta fut de réunir toute son armée, en rappelant à lui les quatre légions qu’il avait envoyées sous les ordres de Labiénus du côté de Lutèce, en s’avançant à leur rencontre et en se réservant toujours la faculté de faire retraite sur la Province, s’il y était forcé. La marche de

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