‹ Jules César en GauleChapitre 14 sur 34 · JITI.E8 CK S A K EN O AU LE · texte numérisé non relu

JITI.E8 CK S A K EN O AU LE

« fournissait l'eau nécessaire aux lavages; aussi, à force « d’en détourner le cours par des saignées multipliées,

« en tarissaient- Us souvent le lit principal. Autant cette « opération leur était avantageuse pour séparer leur or,

« autant elle était préjudiciable à ceux qui cultivaient « les terres situées au-dessous, en les privant du cours « d’une rivière qui, par sa position, pouvait arroser leurs

* champs. De là naissaient de fréquentes guerres entre « les deux peuples limitrophes, jusqu’à ce que les Salassi ,

« soumis par les Romains, furent dépossédés de leurs « mines et de leur pays. Mais toujours maîtres des mon-

« tagnes les Salassi, tantôt en guerre, tantôt en paix

« avec les Romains, se sont soutenus jusqu’à ces derniers « temps, en faisant beaucoup de mal par leurs brigandages « à ceux qui traversaient leurs montagnes. Ils ont même « poussé la chose si loin, qu’ils taxèrent à une drachme « par tête l’armée de Décius Brutus, qui fuyait de Mo- « dène. Mcssala, qui avait son quartier d’hiver dans leur t voisinage , fut aussi obligé de leur payer tant le bois « de chauffage que le bois d’orme, dont il fit faire des « traits et des armes pour exercer ses soldats. Ils pillèrent « même unefois l'argent qui appartenait à /'empereur', et, « sous prétexte de travailler aux chemins ou aux ponts

• des rivières, ils firent rouler sur des armées entières d’é- « normes masses de pierres. Enfin, Auguste les a entière-

(1) Il y * dans le texte grec : a César. Coray avertit lui-même de sa correction, qui est malheureuse.

• ment détruits, et les a fait tous vendre publiquement

« comme des esclaves, à Eporedia (Ivrée), colonie romaine, < oii il les avait fait transporter. On n’avait fondé cette « colonie que pour contenir les Salassi, mais elle eut peine « à se défendre contre eux, jusqu’à ce qu’ils furent entiè- « rement détruits. Le nombre de ceux que l’on vendit « fut de trente-six mille, sans compter huit mille person- « nés en état de porter les armes. Ce fut Terentius t Varron, général de l'armée, qui les avait défaits, et qui « les vendit à l’encan. Trois mille Romains, envoyés par « Auguste, fondèrent la ville d’zfiq/ujsta (Aoste), dans le « lieu même oii avait campé Varron; et maintenant, « tous les environs, jusqu’aux sommets des montagnes, « sont en paix

« Une des routes des montagnes par où l’on va d’Italie « dans la Gaule transalpine et septentrionale est celle « qui passe par le pays des Salassi , et qui mène à Lyon. « Cette route se divise en deux chemins : l’un, praticable « aux voitures, mais plus long, traverse le pays des Cen- « trônes ; l’autre , plus rude et plus étroit , mais plus « court, se fait par le mont Pennin

« Polybe ne nomme que quatre passages de ces mon- « tagnes : l’un par la Ligurie , près de la mer Tyrrhé- « nieune; un autre, qui est celui par lequel Annibal

* passa, et qui traverse le pays des Taurini ; un troi-

« sième, qui passe par le pays des Salassi ; et un qua- « trième, par celui des Rhœti. Tous quatre sont, dit-il, « pleins de précipices

« La racine (les Alpes forme une courbe, une espèce « de golfe, dont la concavité est tournée vers 1'Italie, « dont le milieu (c’est-à-dire le fond) se trouve dans le « pays des Salassi, et dont les deux extrémités se re- « plient, l’une jusqu’à YOcra, et au fond du golfe Adria- « tique, l’autre vers la côte de la Ligurie, jusqu’à Genua « (Gênes), place de commerce des Ligges (des Liguriens), « près de laquelle la chaîne des Apennins se réunit aux « Alpes 1 * *

Pline nous apprend que les Vocontii étaient une cité fédérée, alliée des Romains, ayant deux capitales, Vaison et Luc en Diois : « V ocontiorum civitalis fœderatœ duo « capita, Vasio et Lucus Augusti * ; » ce qui suppose une cité importante et s’accorde avec l’idée d’une certaine extension de son territoire du coté du nord-est, en remontant le long de la rive gauche de l’Isère.

Ajoutons une indication de Suétone, où l’on apprend que les Salassi, domptés par Auguste, étaient constitués de plusieurs peuplades qui habitaient dans les Alpes. « Domuit.... Salassos, gentes inalpinns 3 . •

Enfin, le même auteur nous fournit, au sujet de la politique d’Auguste, divers renseignements qui s’accordent avec ce que nous venons de voir dans Strabon, et dont l’application aux peuples qui sont l’objet de nos recherches pourrait expliquer la disparition ou le déplacement de quelques-uns de ces peuples, immédiatement après

(1) Strab., L. IV. ch. i et vi; L. V, ch. i.

(ï) Plin. Hist. nat., III, v, IV. — (3)Sbbt. Aug. XXI.

NOTICE UÉOGRAPHIQUE. 43

l’époque de César. Suétone, en effet, nous montre Auguste faisant transporter, par raison politique, le peuple de Nursia et des environs faisant passer en Gaule et y plaçant au bord du Rhin des Sicambri, des Suevi; faisant ramasser, puis vendre captifs, les peuples trop remuants qui ne restaient pas soumis, et imposant à ces ventes de peuples deux conditions, l’une qu’ils ne resteraient pas comme esclaves dans un pays voisin, l’autre qu'ils ne seraient pas remis en liberté avant trente ans écoulés 2 .

Dégageons maintenant de cet ensemble de documents historiques quelques indications positives que nous rapprocherons de celles de César. Commençons par le premier groupe de peuples indiqué ci-dessus, les Allobroges et les Vocontii, qui se touchent, d’après César comme d’après Strabon.

Les Cavares, nous dit Strabon , s’étendent le long du Rhône, sur la rive gauche, depuis Cavaillon, au bord de la Durance, jusqu'au confluent de l’Isère; les Allobroges leur font suite au delà, c’est-à-dire, au nord de l’Isère, jusque sous Lyon, au confluent du Rhône et de la Saône. Vienne, sur le bord du Rhône, est leur capitale. Remarquons cette expression de l’auteur relative à la distance de Vienne à Lyon : « par terre, dit-il, et au travers du pays

des Allobroges » Donc il y avait un autre chemin par

terre et qui ne traversait pas le pays des Allobroges; c’est

(I) Sukt ■ Aug., ni. — (2) Sckt. Aug., ni.

celui de la rive droite du fleuve, chemin plus long que l’autre. Donc le Rhône était la limite des A llobroges dans la région de Vienne. De l’autre côté du fleuve s’étendaient probablement les Helvii, qui touchaient au Rhône d’après Strabon', ou bien les Arverni, limitrophes des Helvii d’après César*. Ici, du reste, Strabon nous montre les peuples de la rive gauche du Rhône ; il n’en montre aucun autre jusqu’au Léman, et il ne parle pas d'Allobroges ailleurs : donc, d’après lui, les Allobroges avaient pour limites générales le Rhône en amont du confluent de l’Isère, l’Isère et les Alpes.

Déterminons par les Commentaires la frontière septentrionale du territoire des Allobroges , en suivant dans l’examen des textes l’ordre même du récit.

Au début de la première campagne, César s’exprime ainsi : « Les Helvetii sont limités d’un côté par le Rhin ; « d’un autre côté par le Jura, mont très-élevé, qui est « entre les Sequani et les Helvetii; d’un troisième côté « par le lac Léman et le Rhône, fleuve qui sépare notre « province des Helvetii 3 . » Dire ici notre province, c’est dire les Allobroges; par conséquent, le Léman et le Rhône, jusqu’à la passe du Jura où est le fort de l’Écluse, sont déjà une portion de la frontière septentrionale des Allobroges. Mais la rive droite du Rhône, depuis le fort de l’Écluse jusqu’à Bcllegarde, c’est le versant du mont Jura à l’opposé des Helvetii, et d’après le texte ci-dessus

(1) Strab. IV, il.— (S) B. G. VII, Vil, -(31 Ibid. I, il.

NOTICE GEOIiHAI'Illyl E.

ce versant appartenait aux Scquani; c’est donc encore ici le fleuve qui sert de limite aux Allobroges. Ce qui, du reste, est confirmé par un autre texte qu’on trouve plus loin : « Surtout les Sequani n’étant séparés de notre province que par le Rhône'. »

César ensuite répète que le Rhône coule entre les Helvetii et les Allobroges , pour ajouter qu’on peut là, sur quelques points, le passer a gué *.

Il s’exprime en ces termes pour une, autre partie de la frontière de la Province sur le haut Rhône, et la plus grande : « Ce peuple (les Sebusiani) est placé en dehors « de la Province, le premier au delà du Rhône. Hi surit « extra Provinciam trans Rhodanum prirni 3 . Donc le Rhône sert de limite générale aux Allobroges, du côté de la Gaule Celtique.

Cela, du reste, est pleinement confirmé dans le récit de la septième campagne, où nous voyons les Allobroges se ranger sur la ligne du Rhône pour garder leur territoire attaqué. « Allobroges crebris ad Rhodanum dispositis « prœsidiis,... suos fines tuentur *. *

Il est vrai qu’un texte de César signale un point où les Allobroges avaient des possessions sur la rive droite du fleuve; ce texte unique, le voici : * Allobroges qui trans « Rhodanum vicos possessionesque habebant 5 . » L’opinion qui place une portion des Allobroges sur la rive droite du Rhône n’a que cet appui. Or, rien n’autorise à

(l) B. G. I, xxxiii. — (S)It.I, vi.— (3) It>- 1,*.— (4) I» V1I,lxv.-(5) J6.I.XI.

penser qu’il s’agisse là d’un territoire national; l’expression « vicos possessioncsque » peut en effet s’appliquer à des fermes et autres propriétés particulières, e Trans « Rhodanum habebant, » dit le texte; donc les propriétés dont il s’agit- étaient au-delà du Rhône relativement à leurs propriétaires. De plus, si elles eussent constitué un territoire national des Allobroges , les Helvetii, en le ravageant, eussent commis une violation du territoire du peuple romain, et César, qui veut les poursuivre , n’eût point manqué de mentionner ce fait grave, lui qui en rappelle avec tant de hauteur la simple tentative : « Quoi, eo invito, iter per Provinciam per vim tentas- « sent; quod Æduos , quod Ambarros, quod Allobrogas « vexassent 1 . . . > Le moyen de concilier le texte que nous examinons, « vicos possessioncsque , » avec les autres textes de César et de tous les géographes anciens qui placent la frontière des Allobroges sur le Rhône, se présente ainsi tout naturellement : il s’agit, dans ce texte unique, d’habitations rurales et autres propriétés que des Allobroges possédaient au delà du Rhône, sur le territoire national d’un autre peuple. Nous reviendrons, du reste, sur cette question.

LesVocontii étaient placés, d’après Strabon, au-dessus des Cavares , donc, aux versants des Alpes et à l’est des Cavares. LesVocontii s’étendaient au nord jusqu’aux A llobroges *; par conséquent, ils s’étendaient jusqu’à l’Isère,

(1) B. G. I, xiv. — (9) Tacite le répète, Htst., 1, lxvi.

comme les Cavares. Pline dit que la cité fédérée des Vocontii avait deux capitales, Vaison dans le sud et Luc en I)iois dans le nord. Strabon nous a dit qu'elle se gouvernait par ses propres lois, qu’elle possédait à l’intérieur des Alpes des vallées que l’on pouvait mettre en parallèle avec celles mêmes des Allobroges : donc, d’après l'orographie de cette région, c’était le long de l’Isère , dans l’immense vallée principale appelée le Graisivaudan où se trouvaient en regard les A llobroges sur la berge de droite et les Vocontii sur la berge de gauche; les uns occupant les vallées de la chaine des monts aux sommets desquels on voit aujourd’hui la Grande-Chartreuse, les autres occupant les vallées des monts opposés, les vallées secondaires du Dracetde la Romanche. Jusqu’où ces deux peuples remontaient-ils ensemble le long de l’Isère? Nous le verrons dans la discussion de la première campagne.

PEUPLES LIBRES Qlï HABITAIENT DANS LES ALPES.

Parlons d’abord de ceux de ces peuples que César y rencontra sur son passage, à savoir, les Cenlrones, les Graioceli et les Caturiges.

Voici le texte oii César conduit son armée du nord de l'Italie en Gaule : « Qua proximum iter in ulteriorem « Gallium per Alpes eral... ire contendit. Ibi, Centrones « et Graioceli et Caturiges, locis superioribus occupatis , « itincre cxercitum prohibere conanlur. Compluribus his

(l) ? Isarsp vada.

« praliis pulsis, ab Ocelo, quod est Citerions Provincial » extremum, in fines V oconliorum Citerions Provincia le « septimo pervenit 1 . Il prend à la hâte le plus court « chemin pour se rendre à travers les Alpes dans la Gaule « Ultérieure. Là, les Centrones, les Graioceli et les Catu- « riges, ayant occupé les hauteurs, s’efforcent d’empêcher « son armée de passer. Après les avoir écartés en plu- « sieurs rencontres, il arrive, à partir d ’Ocelum, qui est « à lafrontière de la Province Citérieure, le septièmejour, « au pays des Vocontii, dans la Province Ultérieure. »

Ce texte présente deux questions à résoudre : l’une, quel était le plus court chemin dont parle César, question de géographie physique qui sera traitée dans l’étude de la première campagne; l’autre, quelle était la place des trois peuples nommés et à'Ocelum, question de géographie historique, que nous allons tâcher de résoudre, pour reconnaître aujourd’hui le passage des Alpes qu’a suivi César.

Nous avons la certitude de ne pas nous tromper aujourd’hui à l’égard du passage des Alpes par le pays des Salassi , dont parle Strabon. En effet, le mont Pennin (Grand Saint-Bernard), AugustaSalassorum (Aoste), Eporedia (lvrée), le Durias (Doire), ne laissent aucun doute sur le passage dont il s’agit; c’est bien celui du val d’Aoste, entrée commune de deux chemins qui se diligent, l’un au nord, par le Grand Saint-Bernard, l’autre à l’ouest.

par le Petit Saint-Bernard. Or, Strabon nous y montre deux des trois peuples dont parle César. Il montre les Cenlrones dans le passage de l’ouest, de même que César

dit : « Ibi Cenlrones Là les Cenlrones » C’est le

meilleur des deux passages qui partent du val d’Aoste ; c’était le seul praticable aux équipages d’une armée.

Strabon, auparavant, nous a montré aussi les Caluriges placés comme les Cenlrones au-dessus des Salassi du val d’Aoste. On doit donc comprendre, d’après Strabon, en résumé, que les Caluriges étaient placés dans les Alpes, au-delà du Pô et du pays de Turin, au-delà et au-dessus des Salassi, comme les Cenlrones , par conséquent sur le passage par le mont Pennin ou au nord d’Ivrée, entre les Salassi et les Leponlii. On voit même que le voyageur qui a renseigné Strabon avait dans la pensée le passage parle mont Pennin ; car, en suivant ses indications, après les Caluriges, on tombe au milieu du Valais, chez les Veragri, ayant à gauche les N an tuât es et le lac Léman , à droite les sources du Rhône, comme il sera dit ci-après.

César a rencontré, de plus, les Graioceli et Ocelum. Strabon n’en parle point; mais il nous montre de plus les Salassi et Aosle. Il suffirait donc de pouvoir faire un échange de noms entre les Graioceli et les Salassi, entre Ocelum et Aoste, pour constater l’identité du passage des Alpes suivi par César et du passage indiqué par Strabon.

Or Suétone, que nous avons cité plus haut, dit que les Salassi étaient constitués de plusieurs peuplades des Alpes : « Salassos, gentes inalpinas. » Il est donc naturel

so

d’admettre que les Graioceli dont parle César étaient une peuplade des Salassi, qui se réunit aux Centrones et aux Caturiges, pour empêcher son armée de passer. Cela devient évident quand Strabon nous dit qu’une fois les Salassi ont osé faire rouler sur toute l’armée de César 1 2 , qui passait chez eux, d’énormes masses de pierres, et piller l’argent qui lui appartenait : ce qui nous explique pourquoi les Graioceli-Salassi et leurs voisins attaquèrent cette formidable armée.

Quant à YOcclum placé du temps de César à la frontière de la Province Citérieure, à l’entrée commune du double passage des Alpes oii se trouvaient les Centrones , les Caturiges et les Salassi-Graioceli, nous admettrions volontiers que ce nom de lieu indiquait un poste, établi là pour surveiller ( ocellus ) les brigands des montagnes dont parle Strabon, ou pour veiller au péage. Ce qui nous porte à le croire, c’est qu’on voit encore aujourd’hui des noms analogues placés à toutes les entrées des Alpes du côté de l’Italie, comme s'il avait existé partout un Ocelum. Ainsi, à la double entrée des Alpes Cottiennes, d’un côté, on voit Oulx 2 dans le val de Suse, de l’autre, Vcello 3 , dans le val de Pragelas. On voit Iselao. t Oscela ou Domo d’Ossola, à l’entrée des Alpes

(1) Voir plus haut la note de la page 40.

(2) Ladésignation de ce même lieu dans les itinéraires romains par l'expression ad Marlis parait indiquer un poste militaire : ad Marlis atalionem.

(3) En français, Uxeaux. Nous admettons, avec C’oray, que c'est 1 Ocrlum dont parle Strabon dans un passage cité plus loin. Le nom de la ville voisine, Fenestrella, petite fenêtre, rappelle encore la même idée, un poste de surveillance.

SI

Lépontiennes (Siinplon ) ; Isola , à l’entrée des Alpes Rhétiques (Splügen); Isola, à l’entrée des Alpes Maritimes (au nord de Nice) . Quoi qu’il en soit de l’origine de tous ces noms analogues appliqués à toutes ces entréesdes Alpes, YOcelum dont parle César aurait disparu , suivant nous, de l’entrée commune des Alpes Graies et des Alpes Pcnnines, comme les Graioceli eux-mêmes ont disparu du même lieu et de l’histoire, parce qu’ Auguste, d’après Suétone, fit exterminer de là tous les Salassi, et les remplaça .par une colonie romaine, Augusta Prœtoria (Aoste), qui aurait ainsi été substituée à Ocelum.

Remarquons, du reste, que le nom de Graioceli semble avoir été composé de deux parties, comme pour indiquer les habitants de l’Alpe G mie près de Y Ocelum : Inalpini Graiœ Oceli; de même que nous reconnaissons dans le nom Piémont ou Piémontais les deux termes pes, nions.

Des trois peuples du passage des Alpes suivi par César, les Centrones seuls ont persisté dans cette contrée et dans l’histoire. Tous les documents géographiques postérieurs à cette époque continuent de les signaler là, dans le val de Tarentaise. Est-ce parce qu’ils furent plus énergiques, ou parce que leur climat était trop froid pour les Italiens, ou parce qu’ils n’avaient point de mines d’Or?

Comme les Salassi-Graioceli, et par suite des mêmes événements politiques, les Caluriges ont disparu de la place indiquée, suivant nous, par César et Strabon. Mais les Caturiges ne sont-ils plus mentionnés dans l’histoire, n'ont-ils pas été transportés ailleurs?

Et même, au temps de César, les Caluriges n’étaient ils point ailleurs que là où nous les avons placés? C’est un point qu’il nous reste à examiner. Car, non-seulement on a admis jusqu’à ce jour que les Caturiges ont existé dans un autre passage des Alpes, bien éloigné de celuici, sur le territoire d’Embrun et deChorges; mais encore, la Commission impériale de la géographie des Gaules admet que les Caturiges étaient là dès l’époque de César, que ce sont ceux dont César parle, et qu’il a passé par Embrun et Chorges pour se rendre en Gaule, sur le haut Rhône. 11 y a donc tout intérêt à éclairer ce point de géographie historique.

Que les Caturiges dont parle Strabon aient été, comme les Salassi, détruits, vendus à l’encan par Auguste, cela ne peut guère faire doute, quand on rapproche deux des passages de cet auteur que nous avons cités plus haut, et qui doivent être rapportés à deux époques différentes , avant et après la destruction des Salassi. Dans le premier, Strabon indique la place des Caluriges au delà et au-dessus des Salassi du val d'Aoste, c’est-à-dire, au nord d’Ivrée. Dans le second, il indique la destruction de plusieurs petits peuples de cette même région. Rappclons-cn les premières lignes : « Au-dessus de la ville « de Côme située au pied des Alpes , sont , d’un côté , « les Rhœti.... vers l’orient; de l’autre côté', les « Ispontii — et plusieurs autres petits peuples, très-

{ 1) C’est-à-dire vers l’occident.

NOTICE a ÉO GRAPHIQUE. 53

« pauvres, et qui n’étaient jadis connus en Italie que t par leurs brigandages. Mais aujourd’hui, les uns sont « entièrement détruits

Que les Caturiges vendus en esclavage aient pu être transportés à Embrun et à Chorges, cela n’est pas douteux , car ce sont là deux points éloignés de leur patrie, comme l’exigeait Auguste en vendant les populations, d’après Suétone, que nous avons cité. Mais peut-on admettre qu’une population emmenée en esclavage ait donné son nom au pays où les acquéreurs l’auraient transportée?

Quant à l’opinion que le peuple d’Embrun et de Chorges était les Caturiges que César rencontra, en traversant les Alpes avec cinq légions pour se rendre sur le haut Rhône, les textes des géographes anciens ne nous permettent pas de la considérer comme fondée.

Voici ce que dit Ptolémée :

* Dans les Alpes Cottiennes : la ville des Lepontii, Oscela (Domo-d’Ossola) ;

« Dans les Alpes Graies : la ville des Caturgidi (ou « Caturigidi ), Eborodunum (Embrun).

« Dans les Alpes Graies : la ville des Segusiani, Se- « gustum (Susc), Brigantium (Briançon). »

Susc, Briançon, Embrun, dans les Alpes Graies, et Domo-d’Ossola, dans les Alpes Cottiennes? Est-ce là une faute de la version latine que nous avons sous les yeux? Ou bien, serait-ce le cas de faire une de ces rectifications prévues par Ptolémée lui -même dans le prologue du livre II? Mais négligeons le nom des Alpes dans ce

texte de Ptolémée, et n’y voyons que les Caturgides ou Calurigides d’Embrun : sont-ils les Caturiges de César?

Avant de répondre, citons encore ce qu’on trouve dans l’itinéraire d’Antonin , de Suse à Cuvaillon , par les Alpes Cottiennes : Segusione (Suse); — Ad Mar Us; — Brigantione (Briançon) ; — Ramœ; — Eburoduno (Embrun) ; — Caturrigas (Chorges); — Vapincum (Gap); — Alabuntc ; — Seguslerone (Sisteron) ; — Alaunio; — Catuiaca (Oppedctte) ; — A pta Julia (Apt) ; — Fines; — Cabcllione (Ca-

vaillon) Ici encore, le nom Calurrigas rappelle- t-il

les Caturiges de César?

Strabon va répondre. Ce géographe indique aussi quels étaient , de son temps , les peuples dont cette même route traversait le territoire ; voici ce qu'il dit à ce sujet : « Quant au chemin qui traverse le pays « des Voconliens et l’Etat de Cottius, on suit, depuis « Nîmes jusqu’à Ugernum (Beaucaire) et Tarascon, la « même route que la précédente *. De là, le chemin se « partage en deux routes; la première par la Durance et « Cavaillon, jusqu’aux frontières des Vocontiens et à l’en- « droit où l’on commence à monter les Alpes, a 03 milles t . « On compte pour la seconde 09 milles 1 2 3 , depuis ce point

(1) La route de Nîmes au Var t qui a une partie commune avec celle-ci, depuis Nîmes jusqu'à Tarascon.

(2) Ces 03 milles, ou les 17 lieues qu'ils représentent, conduisent juste depuis Tarascon, par Saint-Hemi, Cavaillon , Apt, jusqu’à Oppedette, l’ancienne Catuiaca , située au pied des montagnes qui servaient de limites aux Vocontiens. (Note de Gosselin jointe à la version deCoray.)

(3) Ces 09 milles valent 26 lieues et derme, et tracent exactement U roule depuis Oppedette, par Sisteron, Alemont. Gap, Chorges, jusqu’à Embrun. (Note de Gosselin, ihtd.)

« jusqu’à l’autre extrémité du pays des Voconticns du « côté de l’Etat de Cuttius, et jusqu’au bourg Ebrodunum « (Embrun). On eu compte autant, de ce dernier, en allant « parle bourg de Brigantium (Briançon), Scingomacum et « les hautes Alpes, jusqu’à Ocelum qui borne l’Etat de « Cottius. Cependant on donne le nom d’Italie même au « pays qui succède immédiatement à Scingomacum , qui « est à 27 milles A' Ocelum . 1 2 »

Il est évident qu’il s’agit ici, dans Strabon, de la même route que ci-dessus dans l’itinéraire. Cette route traversait, d'après Strabon, depuis Oppedette jusqu’à Embrun, le territoire des Voconlii , et ensuite l’Etat de Cottius, depuis au delà d’Embrun jusqu’à Y Ocelum des Alpes Cottiennes 3 . Ainsi, Embrun et Chorges étaient sur le territoire des Voconlii à l’époque de Strabon ou de César. Par conséquent, d’après le texte de César, Embrun et Chorges faisaient partie de la Province Ultérieure, soumise aux Romains, et les Caturgides de ce lieu n’eussent point tenté d’empêcher les légions de passer. L’eussent-ils tenté , que César ne les eût point repoussés avant de

(1) Vcello , dans le val de Pragelas. (Note de Coray.)

(2) Strab. L. IV, ch. j. En prenant pour Scingomacum le lieu appelé Sause de Cézanne, la route qui, de là, remonte par le val de la Dorialtiparia au col de Clapis, où elle passe, pour descendre ensuite dans le val de Pragelas, présente, jusqu'à Ucello, 27 milles.

(3) Ces mêmes limites de l’Etat de Cottius sont de nouveau indiquées dans Y Itinéraire de Bordeaux a Jérusalem, sauf que, à partir do Cézanne (Getdao), il suit le val de ïîuse. Voici le texte. ... c Maruio Vapinco — Manêio Catorigas. — Manmo Hebriduno— Inde incipiunt Alpes Coitiæ.— Afansio Ramæ—Manxio Jhjrigantum—Ind ■ ateendis Matronam . — Mutatio Gesdaone — Manmo ad Marte — Cxvitas S ecu**i<n>c — Inde incipit Italia.... »

parvenir chez les Voconlii, comme il le dit, mais bien après y être parvenu.

D’ailleurs, où trouver dans le voisinage de cette région d’ Embrun et Chorges les deux autres peuples qui s’unirent aux Caluriges pour attaquer au passage l’armée de César et, comme l’explique Strabon, pour piller son argent? La position des noms de ces deux autres peuples des Alpes, sur la nouvelle carte des Gaules, indique la place des Graioceli dans le val de Maurienne, celle des Cent runes dans le val de Tarentaisc, et, en outre, dans le val d’Aoste, où Strabon indique les Salassi. Or, ces trois vallées des Alpes sont séparées de celle de la Durance, où César aurait passé chez les Caluriges , par des chaînes de montagnes infranchissables. Comment les trois peuples se seraient-ils trouvés ensemble pour attaquer l’armée de César qui passait à la hâte, « ire contendit ? •

Ou doit donc conclure qu’il n’a existé entre les Caturgides d’Embrun et Chorges, et les Caluriges des versants méridionaux du mont Pennin (Grand Saint-Bernard), qu’une simple ressemblance de noms , toute fortuite , comme nous en trouvons d’autres exemples, entre les Cenlrones des Alpes et les Centrones de la Belgique ; entre les Segusiani de Suse et les Scbusiani de la rive droite du haut Tlhône ; entre Caturrigas (Chorges), près de la Durance, et Caluriges (Bar-le-Duc) , près de la Marne. On peut du reste se rendre compte de ces ressemblances que présentent les noms anciens de divers peuples et de divers lieux, en admettant qu’ils indi—

quaient, dans la langue de l'époque, quelques qualités remarquables de ces peuples ou de ces lieux, comme on le reconnaît dans Condale, Fines , Confions, Aix ; et comme nous le voyons facilement de nos jours dans un si grand nombre de noms propres: Beaumont, Roquefort, Chdtillon,Clairvaux, Villeneuve, Mouliers , Bellegarde..., répétés çà et là en France.

Ainsi, les trois peuples du passage des Alpes par lequel César se rendit en Gaule avec cinq légions sont bien les peuples du passage des Alpes Graies, qu’on rencontrait en traversant les monts par la route du val d’Aoste (Augusia Salassoruin, au temps d’Auguste, Occlum de la frontière romaine, au temps de César), parle col du Petit

Saint-Bernard ( Alpis Graia), et par le val de Tarentaise, où se trouve aujourd’hui Moutiers ( Darantasia Centronum ) .

Où conduisait jadis cette route ?

Voici les indications que fournit l’itinéraire d’Antonin, de Milan à Vienne et à Lyon, par les Alpes Graies : Arebrigium; — Bergintrum ; —Darantasia Cenlronum (Mou-» tiers) ; — Obilinnum ; — Ad Publicanos ; — Manlala ; — Lemincum (Chambéry) ; — Ijabiscone; — Auguslum (Aoste, ,

près de Pont-de- Beau voisin) ; — Bergusium (Bourgoin);

— Vienna ; — inde Lugdumim.

Mais avant que Lyon existât, du temps de Polybe et du temps de César, cette voie des Alpes G raies ne menaitelle qu’à Vienne? Quand on était arrivé à Chambéry, si l’on voulait aller à Genève et à l’est du Jura chez les .

Ilelvetii, ou bien à l’ouest du Jura chez les Serinant , allait-on passer à Vienne? Allait-on faire cet immense détour? Tandis que l’on apercevait, droit devant soi, le promontoire du Grand Jura qui domine Frangy, d’où l’on pouvait aller en quelques heures passer le Rhône , à droite du mont, au pont de Genève, à gauche du mont, à la Perte du Rhône, sans difficulté et en toute saison. La seule préexistence de Genève n’implique-t-elle pas déjà le fait d’une subdivision de la route dont il s’agit dans la direction de cette ville ?

Tout porte donc à considérer la route d’Italie par le Petit Saint-Bernard comme ayant présenté, dès l’époque de la guerre de Gaule, d’abord h Chambéry deux branches, l’une se dirigeant sur Vienne, l’autre sur Genève par Frangy; puis, à Frangy, deux branches, l’une sur Genève, l’autre sur la Perte du Rhône. La branche de Chambéry à Vienne se jette à gauche, à travers un pays difficile; la branche de Frangy à Genève sujette adroite, et gravit une crête assez élevée qui règne entre les Usses et l’Arve; la brandie qui va tout droit et qui pénètre au cœur de la Gaule Celtique, comme il a été expliqué, 11e présente aucune difficulté notable.

Il nous reste à parler de trois autres peuples libres des Alpes : les Nantuates, les Veragri, les Seduni. Voici l’indication géographique qui les concerne dans les Commentaires : « Quum in Jtaliam prvficiscerelur Cœsar , Scr.

« Galbam in Aantuates, Veragros, Sedunosque misit,

« qui a ftnibus Allobrogum et lacu Lemano et flumine

NOTICE GÉOGRAPHIQUE. b»

« Rhodano ad summas Alpes pertinent En partant pour « l’Italie, César envoya Sergius Galba chez les /Xan- « tuâtes, les Veragri et les Seduni, lesquels, du territoire « des Allobroges et du lac Léman, et des bords du Rhône, « s’étendent jusqu’aux sommets des Alpes. » On s’accorde généralement aujourd’hui a placer ces peuples dans le Valais, sur les deux rives du lîhône, tous les trois à la suite dans ce même ordre, à partir du Léman pour remonter vers les sources du fleuve : les IXantuates jusqu’à Saint-Maurice ; les Veragri jusqu’au delà de Martigny (leur ancien bourg Oclodurus) ; et les Seduni dans la contrée de Sion, ville dont le nom rappelle celui de cet ancien peuple. Cela est, comme on le voit, en parfait accord avec l’indication géographique de César concernant ces trois peuples. Les IXantuates et les Allobroges paraissent avoir eu pour limite, sur la rive méridionale du lac Léman, le point de Saint-Gingolph, qui, aujourd’hui encore, remplit le même rôle.

Mais un autre texte de César donne lieu à une difficulté. Il y parle encore des iXantuates (chez lesquels du reste il ne paraît pas avoir jamais été en personne), et il les place sur le cours du Rhin î . Or, les Aantuates ne semblent avoir été qu’un assez petit peuple, et la place est bien grande depuis l’extrémité orientale du Léman jusqu’au bord du Rhin. Nous avons tenté de résoudre cette difficulté, dans un travail dont l’Académie des inscriptions a bien voulu

(1) B. G. III, i— (2) Ibid., IV, x.

entendre la lecture, il y a trois ans. Notre solution consiste à ne prolonger le territoire des A an tuâtes que jusqu’aux affluents du Rhin, qui se trouvent dans le voisinage du Léman, en considérant ces affluents comme des parties constitutives du Rhin, du Rhin arborescent, suivant la manière dont les géographes grecs et César lui-même se représentaient les fleuves.

PEUPLES DK LA PROVINCE ROMAINE ET PEUPLES DE LA GAULE CELTIQUE PLACES DR CHAQUR CÔTR DE LA LIGNE FRONTIÈRE DU HAUT RHÔNE ET DES CÉVENNES.

Nous sommes à la partie la plus importante de la carte des Gaules. Il s’agit de déterminer la position géographique des divers peuples qui se trouvaient en contact, de part et d’autre, sur la frontière commune de la Province romaine et de cette Gaule que César venait envahir. La connaissance de la position exacte de chaque peuple de cette front ière est indispensable pour qu’on puisse, en lisant les Commentaires, suivre sur le terrain la marche des armées dans la première et dans la septième campagne, c’est-à-dire dans l’invasion et dans les mouvements qui eurent lieu depuis Gergo via jusqu’il Alesia. Il s'y présente plusieurs points très-importants à établir, suivant nous, en opposition avec les opinions admises.

Afin de ne négliger rien dans l’intérêt de la clarté de la discussion, nous allons introduire quelques subdivisions qui se présentent naturellement. Ainsi, nous considérerons la ligne du haut Rhône d’abord, la ligne des Cé rennes ensuite ; d’un côté, les peuples de la Province, de l’autre

les peuples de la Gaule; les jioints importants , obscurs et difficiles seront traités à part.

$ I. — Ligne du heut Rhûné.

Du côté de la Province, cette ligne forme la frontière septentrionale des Allobroges. Nous avons vu, en effet, d’après César et Strabon rapprochés, que ce peuple avait pour limite le Rhône même, depuis les Cavares jusqu’aux Nantuates, c’est-à-dire, depuis le confluent de l’Isère jusqu’au point de Saint-Gingolph sur la rive méridionale du lac Léman que le fleuve traverse. On verra cette première détermination confirmée par d’autres concernant les peuples qui vont se trouver en face, sur la rive opposée.

Du côté de la Gaule , pour déterminer la place des peuples de cette frontière , nous allons d’abord marquer sur la rive même du haut Rhône les points de séparation de leurs territoires respectifs ; puis nous tâcherons d'en déterminer les circonscriptions.

Divers textes de César exigent que quatre peuples de la Gaule Celtique arrivent sur la rive droite du Rhône entre le Léman et le confluent de la Saône : les Helvetii, les Sequani, les Sebusiani, les Ædui. Us doivent, suivant nous, y être placés dans ce même ordre, à partir du Léman.

Les Helvetii doivent occuper la rive droite du Léman et du Rhône, depuis les Nantuates jusqu’à la rencontre des monts Jura et du fleuve, c’est-à-dire jusqu’au fort de l’Ecluse. Plusieurs textes des Commentaires sont positifs à cet égard ; rappclons-cn un seul : « Le territoire des

« Helvetii est entoure, d’un côté, parle Rhin;.... d’un < autre côté parle Jura, mont très-élevé, qui est entre « les Sequani et les Ilelvetii; d’un troisième côté, par le « lac Léman et le Rhône, fleuve qui sépare notre Province « des Helvetii *. » Nous allons voir ci-après que la passe du Grand Jura où se trouve aujourd’hui le fort de l’Écluse était bien, comme nous le disons, la limite du territoire des Helvetii sur le bord du Rhône.

Les Sequani doivent être placés sur le fleuve, à la suite de» Helvetii, à partir du fort de l’Ecluse, jusqu’au confluent de la Valserine, qui a lieu à la Perte du Rhône même, du côté d’aval. On ne peut douter, d’après le texte précédent, que ce ne soit là une rive appartenant aux Sequani , puisque le fleuve s’y trouve au pied du Jura et à l’opposé des Helvetii. Voici un second texte à l’appui de cette attribution : « 11 n’était absolument que deux chemins par « lesquels les Ilelvelii pussent quitter leurs foyers, l'un « par le pays des Sequani , chemin étroit et difficile, en- « tre le mont Jura et le lit du Rhône, où à peine des « chars il la flic pouvaient passer; or le mont, très-élevé, « y dominait de manière qu'il eût suffi d'un très -petit « nombre d’hommes pour empêcher de passer s . » C’est bien , à n’en pas douter , la passe du fort de l’Ecluse que César indique ici comme étant chez les Sequani. Rappelons un troisième texte : « Surtout le pays des Sequani « n’étant séparé de notre Province que par le Rhône 3 . »

(I) H. G. I, U. — (91 Ibid. I, vi.— (3) Ib. I, xxxm.

N O T I C K (5 K O O H A P H I y II K. 61

Mais faut-il limiter au point du confluent de la Valserine et de la Perte du Rhône la frontière des S equant sur le fleuve?

Remarquons d’abord que cela suffit pour satisfaire aux textes ci-dessus, qui sont tout ce que l’on trouve à eet égard dans les Commentaires. Etendre plus loin la frontière des Sequani sur le Rhône serait donc purement arbitraire. Ce serait de plus se mettre en opposition avec la nature des lieux et avec toutes les traditions locales, comme on va pouvoir s’en assurer. La frontière de Franche-Comté, province que tous les auteurs considèrent comme représentant dans son ensemble l’ancien pays des Sequani, vient se raccorder au mieux sur la frontière naturelle de la Valserine, ce torrent à bords profondément escarpés. Aussi haut que les renseignements peuvent remonter vers l’époque gallo-romaine, nous trouvons la Valserine limitant le territoire de l’abbaye de Condat (Saint-Claude), chez les Sequani , sur la rive gauche, et le territoire de l'abbaye de Saint-Pierre de Nantua, en pays de Bugey, sur la rive droite. La Valserine fut encore la limite de la terre féodale de Balon, située au versant occidental du Grand Jura, pays des Sequani. La Valserine fut la ligne de démarcation complémentaire adoptée dans le traité de 1001 que nous avons cité au sujet des routes, et par lequel ou cherchait à maintenir la Savoie et la Franche- Comté, c’est-à-dire l’ancienne Province romaine et l’ancien pays des Sequani , en communication et en contact sur cette même frontière du Rhône, telle que la désignent

les Commentaires. La Valserine n’a peut-être jamais cessé d’être, une limite, ou de peuple, ou de province , ou de departement, ou d’arrondissement, ou de douane. Mais, nous le répétons, notre raison principale de limiter au cpnflucut de la Valserine la frontière des Sequani sur le Rhône, c’est que cela est nécessaire et suffisant pour satisfaire h tous les textes de César.

Les Sebusiani doivent être placés à la suite des Sequani sur le Rhône. La position géographique des Sebusiani est le point fondamental de toute opinion touchant l’invasion de la Gaule par César ; c’est un élément lumineux pour éclairer sa marche dans la septième campagne. L’importance et la nécessitéde placer lesSebusiani où nous les plaçons ressortira surtout dans la discussion de la première et de la septième campagne, par les exigences qu’on trouve dans le récit quand on veut faire l’application au terrain.

Ici, tout d’abord, nous devons justifier ce nom de Sebusiani que nous attribuons au premier peuple chez lequel César mit le pied à son entrée en Gaule, peuple que des savants d’un grand mérite appellent Segusiavi, ne le distinguant pas des Segusiavi dont parle Ptolémée, deux cents quinze ans après la guerre de Gaule, et qu’il place au bord de la Loire, autour de Roanne et de Feurs (Forum Segusiavorum). Nous, au contraire, nous voyons les Sebusiani de César bien loin de lu, dans le Bugeg , petite province et nom propre que la tradition a conservés et qui nous les représentent.

Outre César, qui seul avait vu les lieux, Strabon, Pline

et Ptolémée ont parlé des Sebusiani ou des Segusiavi, ou d’une peuplade gauloise d’un nom analogue; car l’ensemble des manuscrits présente une multitude de variantes : Sebusiani, Sebosiani , Sepusiani , Segusiani , Secusiani, Secusiabbi, Segusiavi; sans parler des variantes grecques, lesquelles ne sont ni peu nombreuses, ni légères. Nous discuterons plus loin la question de savoir si cet ensemble de noms s’applique à un seul peuple ou à deux peuples distincts. Contentons-nous de faire remarquer ici que nous nous conformons à l’orthographe du plus grand nombre des manuscrits et des meilleurs '. Ajoutons toutefois que la multiplicité des noms ne prouve rien pour aucune des deux opinions. N’y eût-il qu’un seul nom, il se pourrait néanmoins qu’il eût existé deux peuples de ce nom unique, sur deux territoires distincts. Les Gaules présentent plusieurs faits analogues. On y trouve deux peuples Volcœ, deux Bituriges , deux Lcmoviccs , quatre Aulerci, des Centroncs dans les Alpes et des Cen- Irones dans la Belgique, sous la dépendance des Nervii. Ainsi les noms des peuples sont de simples mots qui, par des ressemblances, peuvent facilement induire en erreur, et pour reconstituer la géographie ancienne sur une base solide, il faut, en outre, des faits historiques applicables au terrain et une suite convenable de points de repère.

(I) Consulter à cet égard les variantes que contient l'édition des Commentaires donnée récemment à Upsal, par M. le docteur Frigell.

Passons aux divers textes de César qui se rapportent aux Sebusiani.

La première fois que César parle des Sebusiani , c’est quand il met le pied dans la Gaule Celtique; il s’exprime ainsi : « De là, César conduit son armée chez les Allo- « broges, des Allobroges chez les Sebusiani. Ce peuple « est placé en dehors de la Province, le premier au delà « du Rhône. Inde in Allobrogum fines, ab Allobrogibus « inSebusianos exercitum ducit. U i sunt extra Provinciam « trans liliodanum primi L «Après quoi l’auteur passe à un autre sujet. La généralité de cette expression nous paraît frappante. Il est évident que César n’aurait point parlé ainsi, d’une manière absolue, si les Sebusiani n'avaient pas occupé la partie la plus considérable de la rive droite du Rhône, vis-à-vis de la Province. A ce point du livre, le lecteur des Commentaires sait déjà que la rive droite du ticuve appartient, à partir du Léman, d’abord aux Helvetii, jusqu’à la passe du Grand Jura *, puis aux Sequani, jusqu’au confluent de la Valserine’; il doit donc attribuer aux Sebusiani tout ou presque tout ce qu’il reste de la rive droite du haut Rhône, visà-vis de la Province. En leur attribuant le Ilugeg , nous les plaçons au bord du fleuve , depuis le confluent de la Valserine et la Perte du Rhône, jusqu’au confluent de l’Ain, c’est-à-dire sur une étendue d’environ cent vingt kilomètres.

(IJ B. G. I. X. — (2) Ibid. I, il. — (J) Ib. I, u et VI.

Quant à la partie de la rive droite du haut llhône comprise entre l’Ain et la Saône, nous l’attribuons à notre quatrième peuple, aux Ædui-Ambarri , placés immédiatement au sud d’une portion orientale des Ædui proprement dits. La raison pour laquelle nous considérons les Ambarri comme des Ædui et les appelons Ædui- Ambarri , c’est que, tout d’abord, César nous présente exceptionnellement les Ambarri comme amis et frères des Ædui ; « Ambarri, necessarii et consanguinei Æduo- « rum *. » Ce qui explique qu’ensuite, dans les Commentaires , le nom des Ædui puisse comprendre aussi les Ambarri , lesquels n’y sont plus nommés séparément. Les raisons qui nous obligent à placer là, au bord du Rhône, des Ædui , nous obligent par suite à ne pas y prolonger le territoire des Sebusiani ; en voici plusieurs.

Les Helvetii sont sortis de leur pays par la cassure du mont Jura où est placé le fort de l’Ecluse. César les fait passer successivement à travers le pays des Sequani , celui des Ædui et celui des A mbarri , avant qu’ils arrivent à la Saône *. Donc il se trouvait déjà des Ædui proprement dits et des Ædui-Ambarri sur la rive gauche de la Saône, entre la frontière des Sequani et la rivière.

César s’exprime ainsi dans un troisième texte : « 11 est « unerivière,l’Arar(laSaônc), qui vasejetcrdansle Rhône « à travers le pays des Ædui et des Sequani. Flumen « est, Arar, quod per fines Æduorum et Sequanorum in

(1) B. U. I, xi. — (3) Ibid. I, il et in.

« Rhodanum in (luit l . » L’ordre de succession des deux peuples sur la rivière ne saurait être mis en question : ce sont les Ædui qui accompagnent la Saône jusqu’au Rhône ; et l’expression de César nous parait assez claire pour que l’on puisse affirmer qu’ils s’étendent bien réellement jusqu’au fleuve. Donc il faut placer des Ædut sur la rive droite du Rhône, dans la région du confluent de la Saône où la nouvelle carte des Gaules prolonge le territoire des Segusiavi.

Au début de la septième campagne, on admire un brillant épisode où César, accourant d’Italie eu Gaule, au cœur de l’hiver, et craignant, même pour sa personne, d'y rentrer par sa route habituelle , entreprend de déjouer tous les projets des Gaulois. 11 se rend à Narbonne, y prend des troupes dont il garnit la frontière, franchit les cols des Cévcnnes couvertes de six pieds de neige, et apparaît chez les Ar verni, pour y attirer l’attention et l’armée des Gaulois. Puis, sans confier à personne son projet, sous un prétexte, il laisse le commandement des troupes au jeune Brutus, en lui recommandant de faire courir au loin, de tous côtés, la cavalerie; et, promettant de n’étre pas plus de trois jours absent, il vole à Vienne. « Là, il trouve des chevaux frais qu’il y avait « envoyés longtemps d’avance, et il court, sans s’arrêter « ni de jour ni de nuit, à travers le pays des Ædui, chez « les Lingones, où deux légions hivernaient ; afin que, si

(1) B. G. I, xn.

NOTICE fiÉOORAPHIQUE. Pii

« les Ædui méditaient quelque projet, même contre « sa vie, ils ne pussent l’atteindre 1 . » Si l’on cherche sur le terrain quelle direction dut suivre cet homme infatigable, dans cette course précipitée de deux cents kilomètres , on trouve que , pour courir droit au but par la plaine et en évitant les centres de population, comme l’exigeaient les circonstances, il dut passer le Rhône sous Montlucl, puis suivre la ligne moyenne de toute la plaine entre les monts Jura et la Saône, passer cette rivière non loin du confluent du Doubs, et remonter ensuite par sa rive droite chez les Lingones. Or, si jamais César a dû bien savoir dans quel pays il se trouvait, c’est cette foislà. Donc, les Ædui confinaient à la province sur le Rhône.

Si l’on pense satisfaire à ce texte par leurs clients, les Sebusiani ou les Segusiavi , comme le fait la nouvelle carte des Gaules, dans le tracé de la marche de César à la septième campagne, la même obligation géographique de placer des Ædui au bord du Rhône se présente de nouveau plus loin, sans qu’on puisse l’éviter de la même manière.

Voici, en effet, un cinquième texte plus clair encore à cet égard, et le plus important de tous, parce qu’il jette la lumière sur la situation de tous les peuples placés de part et d’autre de la ligne du haut Rhône et de celle des Cévennes. Il s’agit d’une attaque générale de la Province, où Vercingétorix fait marcher les divers peuples

U) B. G. VII. ix.

J tri. ES CÉSAR EX GAULE.

limitrophes du côté de la Gaule Celtique contre ceux qui leur correspondent du côté de la Province. * Il ordonne « (dit César) aux Ædui et aux Sebusiani , qui sont limi-

« trophes de la Province, de lever dix mille hommes

« et de porter la guerre chez les Allobroges. De l’autre « côté, il fait marcher les Gabali et les pagi Arverni de « la frontière pour attaquer les Helvii, et encore les » Rutlieni et. les Cadurci pour aller ravager les terres des

« Volcœ-Arecomici Les Helvii , spontanément, vien-

« nent si la rencontre de leurs limitrophes et sont re-

« poussés Les Allobroges disposent de nombreux

« postes sur le Rhône et gardent leur pays avec beaucoup « de soin et d’activité *. »

Nous voyons d’abord dans ce texte que les Ædui et les Sebusiani sont, les uns et les autres, limitrophes de la Province : l’expression de César est formelle et notre double attribution est conforme. La nouvelle carte des Gaules ne présente nulle part cette frontière des Ædui.

De plus, tout ceci implique clairement deux attaques séparées, « Altéra ex parte , » l’une ayant lieu sur la ligne du haut Rhône qu’il s’agit de franchir, l’autre partant de la ligne des Cévennes. Le point de séparation ne peut

(1) Æduit Sebusianisque, qui sunt finitimi Provinciæ , derem millia pedüum

imperat bellumque inferre Allobrogibus jubet. Altéra ex parle, Gahalox

pro.rimosque pagox Arrernorumin Helvios; item, lluthenus Cadurco&que ad

fines Volcarum Arecimicortim depopulando» mifiil Helvii, sua sponte

eum finttimis pr.vlio congressi, pelluntur . .. Allobroges, crebris ad Rhodanum dispositif præsidiis, magna rum cura et diligentia suos fines tventur . (H. G. VII, LX!V. LXV.)

être mitre que le confluent de la Saône et du Rhône. En effet, à partir de ce confluent, pour attaquer la Province, Vercingétorix n’av'ait qu’à faire marcher les Gabali (du Gévaudan) et les pagt Arverni de la frontière contre les Helvii (du Vivarais), leurs voisins sur la rive droite du Rhône. Il eut été insensé de passer un fleuve large, profond, rapide, pour attaquer de ce côté les Allobroges , tandis que rien ne mettait à couvert les Helvii. C’est donc bien là que se trouvaient les pagi Arverni limitrophes de la Province. Mais, en amont du confluent de la Saône et du Rhône, il fallait nécessairement franchir le fleuve pour attaquer la Province ; donc, c’est ici que les Ædui et les Sebusinni étaient limitrophes de la Province romaine, et, pour franchir le fleuve, ils durent se porter aux points de facile passage. Les Allobroges, de leur côté, durent se porter aussi aux mêmes points de passage et y établir leurs postes de défense.

Ajoutons tout de suite, pour confirmer le récit des Commentaires et les considérations précédentes, que cette attaque dirigée par Vercingétorix contre les Allobroges sur la ligne du haut Rhône y a laissé deux traces. Ce sont deux souvenirs du lieutenant de Jules César, qui organisa la défense de la Province et établit les postes sur le haut Rhône, lequel était. Lucius César *. Or, à la Perte du Rhône même, le chétif pont qui s’y trouve est appelé traditionnellement le pont de Lucey , sans qu’on puisse

(1) B. G. VII, lxv.

attribuer à ce nom de pont aucune autre origine que le nom proprç de Lucius César : pont de Lucius. La seconde trace est ce même nom, Lucey, que présente encore un village placé au bord du Rhône, du côté des anciens Allobroges, à quarante kilomètres plus bas que la Perte du Rhône, sur un point du cours du fleuve où des îles nombreuses facilitent le passage en divisant les eaux. Le village de Lucey correspond au débouché oriental des gorges de Saint-Rambert, par oii les Ædui durent se porter vers le lniut du fleuve, où l’eau était moins profonde. Le pont de Lucey est au débouché oriental du défilé de Nantua, et nous avons montré que tous les anciens chemins de ces contrées convergent à ce passage naturel du Rhône, sur les deux rives.

Ainsi, voilà nos attributions géographiques pleinement confirmées par la stratégie de Vercingétorix.

Remarquons, au contraire, combien cette stratégie s’accorderait peu avec le système qui, prenant les Segusiavi de Peurs pour les Sebusiani des Commentaires, les place du même côté que les pagi Arverni limitrophes des Heli'ii, Ils se trouvent là sur la ligne des Cévennes : ils doivent être sur la ligne du haut Rhône ; ils se trouvent là à l’occident de la vallée de la Saône : ils doivent être à l'orient ; d’où un bouleversement général des positions respectives des peuples de cette région, au temps de César.

Voyons, en effet, quelles sont à cet égard les opinions admises jusqu’à ce jour, et dont la nouvelle carte des Gaules présente le résumé.

Depuis le Lémau jusqu’il la I’crte du Rhône, la rive droite du fleuve doit être occupée, d’après les textes, d’abord par les Helvetii, puis par les Sequani. La nouvelle carte peut se prêter à ces deux premières attributions ; mais pour tout le reste de cette frontière, depuis la Perte du Rhône jusqu’à la ligne des Cévennes, elle est, suivant nous, en opposition formelle avec les textes de César.

En effet, les Sebusiani étaient le premier peuple placé en dehors de la Province au delà du Rhône. « //* sunt extra Provinciam trans Rhodanum primi 1 », et l’expression absolue du texte exige que les Sebusiani occupent, sinon toute la rive droite du haut Rhône, vis-à-vis de la Province, au moins tout ce que les autres textes de César permettent de leur attribuer, la plus grande part de cette rive ; or la nouvelle carte des Gaules ne leur en attribue qu’une très-petite part.

La Saône se rend dans le Rhône à travers le pays des Ædui : i F lumen est Arar quod per fines Æduorum et Sequanorum in Rhodanum infiuit \ » Donc il faut placer des Ædui au confluent de la Saône et du Rhône. La nouvelle carte y prolonge le territoire des Segusiavi. Remarquons de plus que, en les écartant de là, on réduit d’autant leur part de la rive du fleuve ; car personne ne songe à les faire descendre au delà de Vienne.

Mais surtout remarquons bien ici que, les Ædui occu-

(1} B. O. I. x.— (S) Ibid. I, xu.

JUI.ES CESAR EN G A ü I. K.

pant la rive droite du liant Rhône au confluent de la Saône , c’est-à-dire à l’extrémité occidentale de cette rive, les Sebusiatii , qui doivent en occuper la plus grande partie, ne s’y peuvent plus trouver placés, relativement au xÆdui, que du côté de l’orient, seul côté où il y ait de la place. Ce qui montre bien que, en prenant les Segusiavi de Feurs pour les Sebusiani de César, il en résulte, pour la position de ces derniers, un renversement total d’orient en occident. Par suite de quoi, au sujet des événements qui ont eu leur théâtre chez les Sebusiani de César ou chez leurs limitrophes, on ira. sur le terrain, chercher à l’occident ce qui est à l’orient : d’où l’impossibilité de rien comprendre aux faits de guerre rapportés dans les Commentaires, bien que l’ensemble des lieux soit parfaitement connu de tous aujourd’hui.

Poursuivons, et nous allons voir qu’une erreur en appelle une autre. « Vercingétorix ordonne aux Ædui et « aux Sebusiani , qui sont limitrophes de la province...,

« de porter la guerre chez les Allobroges Les Allo-

« broges établissent de nombreux postes sur le Rhône et « gardent leur territoire avec beaucoup de soin et d’ac- « ti vite . Æduis Sebusianisquc, qui sunt finitimi Provin-

« ciœ bellum in ferre Allobrogibus jnbet... Allobroges ,

« crebris ad Rhodanum disposais prœsidiis, magna cum « cura et diligentia suos fines tuentur ’. D’après ce texte, il devait se trouver en face des Allobroges ,

(I) B G. VII, i.xiv et lxv.

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