‹ Jules César en GauleChapitre 15 sur 34 · N OT 1 CE GÉ O G K A PH IQU E · texte numérisé non relu

N OT 1 CE GÉ O G K A PH IQU E

sur la ligne du haut Rhône , des Ædui et des Sebusiani. Or, 1° la nouvelle carte n’y présente point à' Ædui; 2“ on vient de voir que les Segusiavi n’ont pu, comme elle l’indique, s’y être prolongés ; 3“ les Allobroges qu’elle y présente un peu plus haut, tout le long du fleuve, n’ont pu, en regard des expressions que César emploie ici, avoir occupé tout ce terrain. En effet, dans cette hypothèse, au lieu de dire que les postes établis par les Allobroges pour garder leur territoire furent établis auprès du Rhône, « ad Rhodanum , » sur la rive gauche, César eut dit sur la rive droite, « Irans Rltodanum. » Cela est indubitable, puisque, de fait, dans cette hypothèse, les postes de garde eussent été placés au delà du Rhône, et même assez loin dans l’intérieur des terres, à la limite septentrionale de ce territoire de la rive droite du fleuve où la nouvelle carte place des Allolrroges.

11 faut donc bien admettre, comme nous le faisons, que l’expression de César citée plus haut : « Vicos possesstonesque » indique des habitations rurales et autres propriétés particulières que des Allobroges possédaient au delà du Rhône, sur le territoire d’un autre peuple ; ou bien, si l’on tient à y voir un territoire national des A llobroges, on est amené à reconnaître que ce territoire national d’outre-Rhône était sans importance, puisque César, parlant de l’attaque générale du territoire des Allobroges , n’en fait aucune mention et qu’eux-mêmes ne le gardent pas.

Du reste, le point de la rive droite du haut Rhône où

se trouvaient ces « vicos possessionesgue » appartenant à des Allobroges ne peut être déterminé qu'en discutant le point d’entrée de César et l’itinéraire suivi par les H civet ii, qui y ont exercé des ravages, itinéraire que la nouvelle carte des Gaules n’indique pas.

Revenons aux preuves directes de la position des divers peuples de la Celtique sur le haut Rhône ; et maintenant que nous avons, pour ainsi dire, jalonné la place de chacun d'eux sur la rive du fleuve, cherchons dans les Commentaires quelques données positives pour déterminer, autant que possible, l’étendue et les limites de chaque territoire.

A partir de la région du confluent de la Saône, les Ædui possédaient encore sur sa rive droite les pays de Mâcon, de Châlon, d'Autun. Voici les textes qui l’indiquent : « César place Q. Tullius Cicéron et P. Sulpicius chez les « Ædui, à Châlon et à Mâcon sur la Saône, afin d'assurer « l’approvisionnement de blé'. Et comme Bibracte lAu- « tunj, la ville des Ædui de beaucoup la plus considé-

« rable ’ » I>u reste , pour ces trois pays et encore

pour le Bourbonnais, le Nivernais, l’Auxois, qui faisaient partie jadis du territoire des Æ.dui, nous sommes généralement d’accord avec les géographes modernes et avec la nouvelle carte des Gaules.

Il n’en est plus de même vis-à-vis et sur la rive gauche de la Saône. De ce côté-là, entre les Ambarri et les Se-

(1) B. G. VU, xc.— (91 Ibid. I, xxlîl.

q uani , la nouvelle carte des Gaules ne présente point à' Ædui, proprement dits, malgré un texte formel de César.

En effet, les Helvelii , en quittant leurs foyers, sont entrés chez les Sequani par la passe du Jura où se trouve aujourd’hui le fort de l’Écluse. De là , pour arriver au bord de la Saône, César les fait s’acheminer de la manière suivante : ■ Déjà les Helvetii avaient fait traverser « à leurs troupes les défilés et le territoire des Sequani , b et ils étaient parvenus sur le territoire des Ædui, et ■ ils ravageaient leurs campagnes. Les Ædui envoient b une députation auprès de César se plaindre que leurs b campagnes aient été ravagées, leurs enfants emmenés b en esclavage, leurs oppida pris d’assaut En même temps b que les Ædui , de même les Ambarri , amis et frères b des Ædui, informent César (pie leurs campagnes sont b ravagées et qu’ils peuvent à peine dans leurs oppida b repousser les attaques des ennemis 1 . » Ainsi , au moment où César reçoit les plaintes dont il s’agit, les émigrants ont traversé le pays des Sequani, ils ont traveré ou traversent encore celui des Ædui , ils sont entrés sur le territoire des Ambarri. Le texte de César implique formellement cette succession. Chez les Ædui, la dévastation est accomplie : * Agri vastari, liberi eorum inservib tutem abduci, oppida expugnari non debuerint; » chez les Ambarri, la dévastation est au début : b Sese, depopub la lis agris, non facile ab oppidis vim hostium prohibere. »

(1) B. G. I, xi.

Les Ædui demandent vengeance ; les Ambarri demandent du secours.

Nous apprenons par un autre passage (et en le citant nous aurons épuisé tous les textes des Commentaires qui se rapportent à ce peuple) que les Sebusiani étaient clients des Ædui: « Æduis alque eorum clicntibus, Sebu- « sianis, Ambivaretis, Aulercis-Brannovicibus, Branno- « vit s '. . . »

Ce texte et un autre où il s’agitencore des Ambivareti * sont les seuls où César nomme ces trois derniers petits peuples clients des Ædui , et aucun autre auteur, à notre connaissance, n’en a parlé. Nous serons donc réduit à chercher sur le vaste territoire des Ædui les indices locaux qui peuvent y faire reconnaître la place de ces clients avec plus ou moins de probabilité. Cela est, du reste, sans importance.

D’après l’ensemble de tous ces points particuliers déterminés par des textes positifs de César, et encore d’après beaucoup d’autres textes ou preuves diverses que l’on trouvera à leur place dans le cours de notre travail, nous allons tout de suite reconstituer la géographie ancienne de la région du haut Rhône, sur la rive droite, telle qu’elle était, suivant nous, au temps de Jules César.

Le versant oriental du Grand-Jura, jusqu’au Rhône, était un prolongement du pays des Helvetii : les Commentaires ne permettent aucun doute à cet égard.

(1) B. O. VII, Lxxv.-(i) Ibid. VII, xc.

Le versant occidental du Grand Jura, jusqu’au Rhône et à la Valserine, appartenait aux Sequani : les textes de César l’exigent, et n'exigent rien de plus le long du Rhône pour le territoire de ce peuple. Les autres limites du pays des Sequani étaient celles mêmes de la Franche-Comté : nous n’avons trouvé dans les Commentaires , saut ce qui vient d’être dit, rien qui soit en désaccord avec ces limites traditionnelles; et nous voyons que la longue frontière indiquée par César, entre le pays des Sequani et celui des Helvelii , a persisté ou s’est rétablie entre la Franche- Comté et la Suisse.

Le pays des Sebusiani était, suivant nous, le pays de Bugey dans sa plus grande extension, tel que la tradition nous le présente : c’est notre massif moyen des monts Jura, compris entre la Valserine, le Rhône et l’Ain, à partir de la frontière du pays des Sequani ou de la Franche-Comté.

Quant au pays compris entre l’Ain, le Rhône et la Saône, à partir de la frontière des Sequani , nous le divisons approximativement, d’après l’ensemble des indices qui rappellent les Ambarri , en deux parties, au moyen d’une ligne idéale menée de la Saône au Revermont, de Thoissey à Tossiat, pour indiquer la distinction des Ædui- Ambarri, placés au sud de cette ligne, et des Ædui proprement dits, placés au nord.

Cette région des Ambarri consanguinei Æduorum est une vaste plaine divisée elle-même naturellement en deux parties par une crête uniforme d’environ cent mètres

de hauteur, crête qui règne depuis le voisinage de Pont-d’Ain jusqu’à Lyon, où elle se termine au promontoire de la Croix-Rousse. C’est la dernière trace de la ligne de faite des monts Jura, qui sépare la vallée du Rhône de la vallée de la Saône. A partir de cette crête, du côté du nord-ouest, le terrain se maintient élevé en s’inclinant légèrement sur la Saône; il constitue ainsi le plateau des Dombes; du côté du sud-est, le terrain descend tout d’abord par une pente rapide, puis une plaine basse et unie s’étend jusqu’à l’Ain et au Rhône. De l’autre côté de l’Ain, la plaine se continue encore sur une certaine étendue, jusqu’au pied des montagnes ; et comme la rivière offre des gués nombreux, faciles, il est naturel de penser que la région des Ambarri comprenait encore cette portion de la plaine située entre les monts et l’Ain.

Le pays des Ambarri, avec cette annexe, présente sur nombre de points des noms de lieux qui rappellent plus ou moins clairement le nom particulier de ces consanguins des Ædui. On y voit successivement , d’est en ouest, Ambérieu, Amhulrix, Ambronay, Bérieux, Ambérieuxen-Dom1»es, Bereins, Amareins; et l’on voit encore un Ambérieux sur la rive droite de la Saône, presque vis-à-vis de Trévoux.

La moitié occidentale de la vallée de la Saône, à partir du Rhône jusqu’au pays d’Autun, ce pays compris, le Charollais, le Bourbonnais, le Nivernais et l’Auxois, appartenaient aux Ædui. Leur frontière, en revenant

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