N O T I C E G Ê 0 O R A P II I Q U E
figure des territoires compris entre eux , l'erreur était sans doute très-facile.
Cela posé, considérons les deux passages de Strabon cités plus haut, et dans lesquels, suivant nous, ce sont les Sebusiani de César qu’il entend par les Segusii.
Dans le premier passage , il s’agit des fleuves de la Gaule : Strabon décrit le cours du Rhône. 11 arrive à parler de son trajet, depuis le lac Léman jusqu’au confluent de la Saône, portion du cours du fleuve qui est la frontière môme des Allobroges du côté de la Gaule Celtique. Or, à ce sujet, les Commentaires consultés disent, en parlant des Sebusiani : * Hi sunt extra Provinciam « trans Rhodanum primi. » Est-il donc étonnant que Strabon, prenant au pied de la lettre cette expression absolue, dans son ignorance des lieux , ait placé les Allobroges et les Segusii en regard sur les deux rives du Rhône, depuis le Léman jusqu’au confluent de la Saône , et que, par suite, la ville de Lyon, qu’il savait parfaitement être située au confluent même et sur la rive droite du fleuve, en face du pays des Allobroges , il l’ait placée chez le peuple Celte que César place, en termes si généraux , sur cette rive droite du Haut-Rhône, en face des Allobroges ? Car il ne faut pas perdre de vue que Strabon a dû être parfaitement renseigné sur la position topographique de la métropole de fondation récente, mais qu’il a pu l’être beaucoup moins bien sur les vieilles limites des anciennes circonscriptions gauloises, limites qui n’avaient plus aucune importance politique, ou même qu’il importait aux
empereurs de faire oublier, pour rompre en tout l’ancienne tradition.
Dans le second passage cité, il s’agit des peuples et des villes de la Gaule : Strabon parle de la province Lyonnaise et d’abord de sa métropole. Après quoi, passant aux peuples divers et à leurs villes, il commence naturellement par les Segusii , chez lesquels, dans sa pensée, se trouve Lyon. Il leur donne cette ville pour capitale (du moins d’après la traduction de Coray, car l’expression grecque laisse du doute). Strabon ajoute que «les Segusii habitent « entre le Rhdne et le Doubs. » Or on sait que la vieille ville de Lyon était placée sur une colline , comme le dit ailleurs Strabon, sur la colline de Fourrières et des Antiquailles, colline qui est sur la rive droite de la Saône; voilà donc un peuple qui aurait eu sa capitale hors de son territoire. Cette difficulté nous avertit déjà de ne pas nous attacher strictement aux expressions de l’auteur, et nous rappelle qu’il écrivait à Rome , sans jamais être venu en Gaule.
Or, les Commentaires étant muets à l’égard des villes des Sebusiani , il était naturel que Strabon donnât aux Segusii (Sebusiani) Lyon pour capitale. D’ailleurs, Auguste a pu attribuer l’administration directe de ce petit peuple aux gouverneurs de la province Lyonnaise; d’autant plus qu’évidemment il y avait un intérêt politique à mettre sous la main des gouverneurs de la Lyonnaise les passages des monts Jura et du Rhône qui se trouvent dans le pays des Sebusiani , dans le Rugey.
NOTICE CÉDGRAPHiyUF, H'i
Les Commentaires n'indiquent la position géographique des Sebusiani qu’en montrant ce peuple sur la rive droite du haut Rhône; Strabon, qui connaît la disposition générale du Rhône, de la Saône, du Doubs, comme on le voit dans le premier passage cité , complète sommairement cette indication des Commentaires , en disant que les Segusii habitent entre le Rhône et le Doubs. Cette expression de Strabon, si on la prenait dans le sens absolu, serait exagérée pour les Sebusiani du Bugev , néanmoins elle resterait vraie ; le Bugcy, en effet, n’occupe pas tout l’intervalle compris entre le Rhône et le Doubs, mais il est tout entier dans cet intervalle.
Or Strabon lui-même nous fournit immédiatement un moyen de déterminer le sens de l’expression qu’il vient d’employer. En effet, après avoir dit, au sujet de la Saône, dans le premier des deux passages cités, que cette rivière sépare les Sequani des Ædui et des Lingoncs , avant le confluent du Doubs, dans le second passage, où il s’agit des peuples, l’auteur complète l’indication précédente au sujet des Ædui, en leur attribuant le territoire de la rive gauche de la Saône, après le confluent du Doubs. Ainsi, dans ce dernier passage, après avoir dit, en termes généraux, que les Segusii habitent entre le Rhône et le Doubs, immédiatement Strabon attribue aux Ædui une partie de ce même intervalle , la partie voisine de la Saône : ce qui réduit l’expression précédente à sa juste valeur, et met en parfait accord les attributions territoriales faites par Strabon avec
celles que nous avons déduites des textes de César.
Pour qu’on en puisse mieux juger, rappelons les indications fournies dans le premier passage : « La Saône prend « sa source dans les Alpes ; elle sépare les Sequani des « Ædui et des Lingones ; elle reçoit ensuite le Doubs, « fleuve navigable, issu pareillement des Alpes, le force « de prendre son nom, et va se jeter dans le Rhône. » Or ces trois peuples que la Saône sépare , l’un en face des deux autres, avant le confluent du Doubs, ne peuvent être placés que d’une seule manière , savoir : d’un côté les Sequani , entre la Saône et le Doubs, au-dessus de leur confluent; de l’autre côté, sur la rive droite de la Saône, les Ædui, à partir d’un certain point de cette rive (par exemple, de Saint- Jean-de-Losne), et les f.ingones au-dessus d’eux . Ainsi, dans ce passage de Strabon, on voit bien que, sur la rive gauche de la Saône, les Sequani s’arrêtent au confluent du Doubs ; mais sur la rive droite, on ne voit nullement où s’arrêtent les Ædui; on doit donc croire qu’ils accompagnent la Saône jusqu’au Rhône. On est d’autant plus fondé à le croire que Strabon, dans le second passage, attribue aux Ædui la ville de Châlon, située sur la rive droite de la Saône, plus bas que le confluent du Doubs, qu’il leur attribue encore la rive gauche de la Saône, à partir de ce confluent , et qu’il ne place positivement sur l’une ou l’autre rive aucun autre peuple. Pour mettre la chose sous les yeux du lecteur, nous allons rappeler le second passage de Strabon, en le paraphrasant dans le sens du premier, sans rien
NOT ICE G ÉOG R A P H I Q l! E. »1
ajouter qui n'aille de soi. « Les Sequani , dit-il, sont « bornés à l’orient par le Rhin, et à l’occident par la < Saône [ au-dessus du confluent du Doubs ]. Entre le « Doubs et la Saône [ au-dessous du même confluent ], on « trouve les Ædui, qui possèdent la ville de Cabylli— « num, située sur ce dernier fleuve, et la place forte de « Bibracte [toutes les deux situées sur leur territoire de « la rive droite de la Saône, qui a été indiqué en parlant « de cette rivière et des peuples qu’elle sépare]. De « l’autre côté de la Saône [au-dessus du confluent du « Doubs ] habitent les Sequani, peuple devenu depuis «longtemps l’ennemi des Ædui et des Romains.... » Faute d’avoir fait ce simple rapprochement des deux textes, on s’est efforcé en vain d’expliquer le second par l’hypothèse d’une erreur de nom de fleuve, comme on peut le voir dans les notes jointes à la version de Coray.
Il y a donc, en résumé, un accord aussi parfait que possible entre les déterminations géographiques de Strabon et celles que nous avons déduites des textes de César rapprochés de la configuration des lieux 1 . Strabon indique vaguement la position des peuples ; César seul pouvait
(1) Si Strabon, au lieu de dire que « les Segusii habitent entra le Rhône et U Doubs , » eût dit entre le Rhône et l’Ain, l’expression eût précisé ce qu’il dit vaguement des Segusii et des Ædui; elle eût montré clairement qu’il attribue l'intervalle compris entre le lihône et l'Ain aux Segusii (Sebusiani) , et celui compris entre l’Ain et la Saône aux Ædui , comme nous les leur attribuons nous-mêmes d’après César. Or, nous avons dit que l’Ain, dans le voisinage du Doubs, s’est appelé jadis le Dain. Les deux noms latins sont Dubis et Jndis (d’aprèB Marlianus). Quel était le nom gaulois de l’Ain? Ces deux rivières peuvent-elles avoir été indiquées l’une pour l’autre dans ce passage de Strabon?
fournir des détails précis, seul il avait vu et étudié le terrain. César écrit la topographie militaire de visu ; Strabon écrit la géographie historicpie et administrative d’après les documents qu’on pouvait trouver à Rome de son temps.
Entre Strabon (70 ans après César) etPtolémée (213 ans après César), des changements sont survenus dans les circonscriptions des peuples de l’ancienne ligne frontière du haut Rhône. Le territoire des Sequani a été agrandi du côté de l’orient, aux dépens de celui des Helvelii , par delà le Jura, jusqu’au bord du Léman. Ne l’a-t-il pas été du côté de l’occident? A cette époque, les Helvelii et les Sequani font partie de la province Belgique ; les Ædui sont dans l’intérieur delà province Lyonnaise; les Sebusiani qui se trouvent entre les Ædui et les Sequani , sur la limite des deux provinces, de quel côté sont-ils placés ?
Ptoléméc place leurs anciens patrons, les Ædui, de la manière suivante : « A l’orient des Arverni, jusqu’à cette « branche du Rhône qui s’en dégage dans la direction du « nord, se trouvent les Ædui, et leurs villes, Augustodu- « num , Cabyllinum , Lugdunum , la métropole (Autun, « Châlon, Lyon). »
Ainsi voilà, d’après Ptolémée , les Ædui placés tout le long de la Saône , depuis la région d’ Autun et de Châlon jusqu’à Lyon, et Lugdunum , la métropole, rétablie sur le territoire des Ædui, en concordance avec les Commentaires, et en contradiction formelle avec l’expression de Strabon.
N O TIC E U EOG K A PH IQ UE. U3
Quelle est cette limite orientale du territoire des Ædui, cette branche du Rhône qui s’en dégage dans la direction du nord , et que Ptolémée ne nomme point? Ce ne peut être absolument que la Saône, l’Ain ou la Valserine ; ces trois cours d’eau descendent tous les trois du nord pour s’embrancher au Rhône, et ce sont les seuls qui se trouvent dans la contrée. Ptolémée nomme la Saône ailleurs ; nous croyons donc qu’ici il a voulu parler de l’Ain ou de la Valserine. Dans les deux cas, son texte s’accorde avec nos déterminations. En effet, le Bugey occupant l’intervalle de ces deux cours d’eau, dans le premier cas, les Sebusiani se trouvent séparés des Ædui et réunis aux Scquani; dans le second cas, ils se trouvent compris sous l’ancien nom patronymique à' Ædui. Laquelle des deux solutions convient le mieux à l’époque de Ptolémée? Nous avons vu que le territoire des Sequani se trouvait alors agrandi du côté de l’orient; à la même époque, il était devenu une très-grande province, provincia maxima Sequanorum; comprenait-il donc, du côté de l’occident, le pays des Sebusiani, qui fait si naturellement suite au pays des Sequani ? Nous inclinons à le croire.
On voit ainsi, en résumé, que nos déterminations des territoires des peuples * de la frontière du haut Rhône, déduites de tout l’ensemble des textes de César, de la configuration du pays et de la tradition, sont encore aussi complètement que possible d’accord avec la géographie de Strabon et avec celle de Ptolémée.
On peut môme dire qu’elles s’accordent avec une dernière indication géographique qui remonterait, d’après Tite-Live, à l’époque de Tarquin l’Ancien. Cet historien, au sujet des premières émigrations gauloises en Italie, oii elles constituèrent la Gaule Cisalpine, nous apprend que les Ædui de la Celtique avaient chez eux , dans ce temps-là, une petite circonscription, un pagus, du nom de Insubres : * Insubres, pagus Æduorum » Or les Ædui proprement dits que nous avons dû placer, d’après un texte de César, sur la rive gauche de la Saône, entre les Ædui-Ambarri et la frontière des Sequani , qui aboutit au confluent du Doubs, peuvent nous représenter ce pagus Æduorum dont parle Tite-Live. En effet, cette circonscription particulière A' Ædui est séparée du pays d’Au tun par la Saône. Elle a, de temps immémorial, un centre particulier, la vieille ville de Bourg, sise au pied du Revermont, au point de croisement des antiques voies gauloises de Vienna à Vesontio, de Matisco à la perte du Rhône ou à Geneva. Elle s’appelle la Bresse. C’est la Bresse proprement dite ou le noyau de la Bresse plus étendue. Ce vieux nom de Bresse ne peut-il pas nous rappeler ici les aborigènes, les Insubres , aussi bien que, sur un autre point de la Celtique, les Aulerci-Cenomani nous sont rappelés par le Maine et le Mans, aussi bien que le pagus Insuber de la Cisalpine nous est rappelé par Brixia , aujourd’hui Brescia?
(U Tit. Liv. Hitl. V, xxxiv.
S III. — Ligne des Cévennea.
La ligne des Cévennes est le prolongement direct de celle du haut Rhône.
En admettant que les Segusiavi soient restreints au territoire du Forez, nous trouverions sur la ligne des Cévennes : 1 ° du côté de la Gaule Celtique et à la suite des Ædui , les Segusiavi , dans le Forez; les Velavt, dans le Vêlai ; les Gabali , dans le Gévaudan ; les Rutheni , dans le Rouergue, etc. ; 2° du côté de la Province et à la la suite des Allobroges , à l’ouest du Rhône, les Ilelvii, dans le Vivarais; les V olcœ- Arecomici , dans le Languedoc; les Rutheni provinciales, dans la région d’Àlby, etc.
Examinons tout de suite le point capital, à savoir, ce qu’étaient les Segusiavi dont parle Ptolémée, et ce qu’était leur territoire.
Nous pensons que les Segusiavi étaient des Arverni; qu’à l’époque de César, à celle de Strabon, comme à celle de Ptolémée, ces Arverni occupaient la région connue depuis sous le nom de Forez; qu’ils ne s’étendaient point au delà de ce territoire, du côté de l’Orient, où ils avaient pour limitrophes les Ædui. Nous ajoutons que les Ædui occupaient toute la partie inférieure de la vallée de la Saône, savoir, sur la rive droite, depuis près de Saint-J ean* de*Losne, et sur la rive gauche, depuis le confluent du Doubs. Cette dernière limite est restée celle de la Bresse.
Pour établir ces divers points de géographie ancienne,
suivons les textes et les événements dans l’ordre de leur succession, depuis César jusqu’à Ptolémée.
Au temps de César, d’après un texte important 1 que nous avons discuté plus haut, les peuples celtes limitrophes de la Province romaine , sur la ligne des Cévennes, étaient, à partir du confluent de la Saône et du Rhône, des pagi Arverni et les Gabali ; le peuple de la Province situé vis-à-vis d’eux était les Helvii. Cela est répété dans deux autres passages de César : « Helvios « gui fines Arvernorum contingunt 1 . Mans Gebetma qui « Arvernos ab Helviis discludit 3 . » Enfin, dans un dernier passage, les Velavi et les Gabali sont mentionnés, en particulier, comme faisant partie des Etats des Arverni : « Gabalis , Velavis, qui sub imperio Arvernorum « esse consueverunt L » Or nous connaissons d’une part les Helvii (le Vivarais), de l’autre les Gabali (le Gévaudan) et les Velavi (le Vêlai). 11 reste du côté de la Gaule Celtique, entre le Vêlai et le Rhône, une portion de la frontière septentrionale du Vivarais, sur laquelle, d’après les textes ci-dessus, habitaient des pagi Arverni : c’est le Forez, la vallée du Gier, la région de Saint-Charnond et de Saint-Etienne; donc, ce territoire était, d’après César, occupé par des Arverni , à l’époque de la guerre de Gaule.
Voici ce que dit Strabon dans la description de l’Aquitaine : i Les peuples situés entre la Garonne et la Loire,
1 ) b. G. VII, lxiv, lxv.— (*2) VII , vil.— (3) VII, vin. — (4) Vil, lxxv.
• et qu'on h réunis à l’Aquitaine, sont les Helvii île Viva- « rais), qui commencent au Rhône. Après eux sont les « Vellaï (le Vêlai), qui autrefois faisaient partie des « Arverni , mais qui aujourd’hui forment un peuple « séparé. Viennent ensuite ces mêmes Arverni (l’Auver- « gne), les Lemovices (le Limousin), les Petrocorii (le « Périgord), les Nitiobriges (l’Agenois), les Cadurci (le
• Querci) et les Hitiiriges surnommés Cubi (le Berri). « Le long de l’Océan, on trouve les Sanlones (la Sain- « tonge) et les Pictoncs (le Poitou), ceux-ci près de la « Loire, et ceux-là près de la Garonne ; et enfin, dans « le voisinage de la Narbonnaiso, sont les Huthcni (le « Rouergue) et les (i aboli (le Gévaudan) '. »
Ajoutons un dernier renseignement fourni par Strabon dans la description de la Lyonnaise : « Les peuples « qu’on trouve au delà du Rhône et de la Saône, entre « la Seine et la Loire, sont placés au nord et près des « Allobroges et des Lyonnais. Les plus célèbres d’entre
* eux sont les Arverni et les Carnutes. La Loire passe « au milieu de ces deux peuples pour se rendre dans
* l’Océan \ »
Suivant nous, ces derniers Arverni de Strabon sont les Segtisiavi de Ptolémée. Remarquons, en effet, que ces troisièmes Arverni se trouvent, d’après Strabon, non dans l’ Aquitaine, comme les Arverni-V elavi et les Arverni àc Nemossus ( Auguslonemctum . Clermont) dont il
■lj SrR*n. IV, io— (2; Ilia, iv, in.
a parlé précédemment , mais l>ien dans la Lyonnaise ; que la Loire passe au milieu d’eux, comme elle passe au milieu du Forez. Où trouver ailleurs un territoire qui présente ce caractère particulier, infaillible, et qui puisse appartenir aux Arverni ? Tenons compte enfin de la position des Ai verni dont parle ici Strabon , au nord et près des Allobroges et des Lyonnais Or le territoire du Forez présente tous ces caractères réunis, et seul il les présente. Donc le Forez était occupé par des Arverni à l’époque de Strabon.
Ptolémée indique parmi les peuples de l’Aquitaine, et à l’Orient d’un groupe dans lequel sont les Gabali , d’abord une portion des Arverni où se trouve la ville d ’ Augusloncmetum (Clermont), puis les Velauni (Velavi), dont la ville est Ruessium ( Revessio , Saint-Paulien ) . Ainsi, voilà déjà les Arverni de Nemossus et les Arvcrni- Velavi, dont a parlé Strabon, placés de même dans l’Aquitaine par Ptolémée. Quant aux Arverni de la Lyonnaise, dont parle Strabon, Ptolémée, dans sa description de la Lyonnaise, nous dit : « Confinant aux Arverni qui * habitent les montsCévennes, sont les Segusiavi , et leurs « villes Rhodumna, Forum Segusiavorum. » Or, dès que Ptolémée nous indique dans la Lyonnaise un peuple confinant à la portion des Averni qui habitent les monts Cévennes, nous voyons déjà dans sa pensée un peuple tenant aux Velavi de César, de Strabon, de Ptolémée lui-même; et quand il ajoute que les villes de ce peuple sont Rliodamna (Roanne!, Forum Segusiavorum (Fours), nous
r NOTICE G K O (J H A P H I y U E. 9»
voyons clairement sur nos cartes que le peuple dont il parle, et qu’il appelle Segusiavi , se trouve placé au nord et près des Allobroges et des Lyonnais; que la Ivoire passe au milieu de son territoire; que Lyon n'est point sur ce territoire ; en un mot, que la situation des Segusiavi de Ptolémée est en tout conforme à celle des A r verni de la Lyonnaise dont parle Strabon. Donc c’est du même peuple que parlent ces deux géographes, l’un, sous le nom d'Arverni de la Lyonnaise, l’autre, sous le nom de Segusiavi de la Lyonnaise ; donc, il s’agit là d' Arverin- Segusiavi de la Lyonnaise, lesquels font suite, sur les deux rives de la Loire, aux Arverni- Velavi de la Narbonnaise. Cette détermination satisfait encore à un autre texte de Ptolémée précédemment cité, texte qui veut que les/E dui aient pour limitrophes du côté de l’Occident des Arverni.
Les Segusiavi et les Velavi se touchent sur la Loire comme les Sebusiani et les Sequani se touchent sur l’Ain, offrant ainsi, de part et d’autre, deux couples de noms qui ont de l’analogie dans chaque couple ; tandis qu’il n’en existe pas entre Velavi et Sebusiani ou Sequani.
En résumé, Ptolémée le premier nous a fait connaître le nom propre des Segusiavi, nom qui a causé de nos jours la confusion des Arverni du Forez avec les Sebusiani du Bugcy; confusion de noms et de peuples, qui, introduite dans la géographie ancienne des Gaules, en a fait pour le lecteur des Commentaires un chaos où il ne peut rien comprendre à la marche des armées dans les
première et septième campagnes de César. Mais, d’une part, \csSebusiani du Bugey, par cela même qu’ils se trouvaient sur la plus grande partie de la rive droite du haut Rhône, se trouvaient seuls dans la position géographique qui convient au peuple de ce nom (ou de tout autre nom analogue) dont parle César, au sujet de son entrée en Gaule. D’autre part, si l’on considère que, d’après César, il se trouvait un payus des Arverni dans le Forez; que, d’après Strabon et Ptoléméc, les Arverni-Segusiavi du Forez se trouvaient distincts des Lyonnais; que, d’après César et Ptoléméc, lesÆrfut occupaient la vallée de la Saône depuis Chàlon jusqu’au Rhône (y compris, d’après Ptolémée, Lugdunum , la métropole); que, d’après Ptolémée, les Ædui avaient pour limitrophes du côté de l’occident les Arverni, on doit conclure que les Segusiavi de Rhodumna et Forum Segusiavorum n’ont pu s’étendre sur la rive droite du Rhône en amont du confluent de la Saône; qu’ils ne peuvent absolument être les Sebmiani chez lesquels César mit le pied à son entrée en Gaule, et qu’ils sont bien des Arverni , même pour Ptolémée, comme pour César et Strabon.
§ IV. — La confusion des Sr6usian» de César avec les Segusiavi de Ptolémée est une double erreur, géographique et historique : Lugudunum, la métropole (Lyon), a été fondée sur le territoire des Ædui .
Cette confusion est un démenti formel donné aux géographes anciens : c’est une erreur qui peut affecter même le sens de l’histoire. On se convaincra facilement que
.NOTICE GÉOORAPHiy 1>E. 101
nous n’exagérons rien dans cette double proposition, si l’on veut bien jeter un coup d’œil avec nous sur l’origine, les moyens et les conséquences de l’opinion que nous critiquons ici.
La confusion des Sebusiani avec les Segusiavi se trouve déjà en germe dans le Pharus (lalliœ antiquæ du père jésuite Philippe Labbe Voici le passage : « Segu- « SIAN i , quos eosdem cutn Sebusianis et Secusianis exis- • limo : pays de Bresse, plus proche de Lyon, Forest, « Beauiolois et Lyonnois , deçà et delà la riuière de « Saône. •
Cette confusion des deux peuples sert de base à une opinion que publiait, en 1838, un auteur du département de l’Ain, de Lateyssonnière, dans ses Recherches historiques sur ce département, où il s’est aidé de notes manuscrites de de Veylc V De Lateyssonnière y expose un système spécial sur les anciens peuples de cette région, sur l’émigration des Helvctii et sur l’entrée de César en Gaule. Il donne un résumé de ce qui avait été dit avant lui, particulièrement au sujet de la véritable position de la muraille qui fut élevée par César, depuis le lac Léman jusqu’au montJura (montagne duVuache), pour barrer aux Ilelvetii l’entrée de la Province romaine, par derrière le Rhône et sur sa rive gauche.
Le système de M. Auguste Bernard, dans deux ouvrages qui ont pour titres, le premier : Origines du lyonnais 3 ;
(1; Moulina, 1644, p. 62.— (2) Bourfr-on-Bmaao , 1R3R, Bottier, T. I.- (31 Paris. 1846.
le second, Description du pays des Segusiaves *, ne différant pas beaucoup de celui de de Lateyssonnière, s’appuie sur le même fondement.
11 en est de même du travail de M. l’abbé Roux, intitulé : Recherches sur le Forum Segusiavorum *.
La Commission impériale de la nouvelle carte des Gaules a adopté la même opinion fondamentale.
Une conséquence de cette opinion a été, dès le premier texte de César concernant les Sehusiani : « Ht sunt * extra Provinciam trans Rhodanum primi, » l’obligation d’annexer au territoire des Segusiavi de Feurs, d’abord le territoire de Lyon, et puis encore, au delà de la Saône et sur la rive droite du haut Rhône, une certaine étendue de pays tout le long du fleuve, en remontant depuis le confluent , c’est-à-dire, la région même où nous avons vu qu’il faut, d’après César, placer des Ædui. Encore ne satisfait-on ainsi qu’au premier texte de César relatif aux Sehusiani, et en faisant naître beaucoup d’autres difficultés : car, dès lors, il faudra expliquer la présence d'une population d’ Allobroges sur cette même rive droite du Rhône, le passage de l’émigration des Helvetii au même endroit, l’arrivée de César par Vienne, dans la direction du Rhône qu’il doit passer sous Montluel , etc.; ce qui présentera , croyons-nous , de graves difficultés , comme on le verra dans la discussion de la première campagne de César en Gaule.
1) Pari*, Lyon, 18. r >8. — (2) Lyon, 1851 .
Or, pour atteindre ce résultat, il a fallu négliger le plus grand nombre des textes de César, de Strabon, de Ptolémée. 11 a fallu dire que Ptolémée s’est trompé. Ecoutons M. Auguste Bernard : « A la vérité, dit-il, Ptolémée « semble placer Lyon chez les Educns ; mais c’est une « erreur évidente, qui provient de ce que cette ville était, « au temps de Ptolémée, non pas la capitale des Ségu- « siaves, comme le dit, par erreur , Strabon, mais celle « de la province entière dont les Eduensfont partie 1 . » En effet, dans l’opinion soutenue, on ne peut admettre le texte où Ptolémée dit : « A l’orient des A r verni se • trouvent les Ædut et leurs villes, Autun, Châlon, « Lyon, la métropole i ; • car ce territoire , avec ses trois jalons, empêche les Segusiavi de Roanne et Feurs de passer la Saône pour devenir, sur la rive droite du Rhône, les Scbusiani de César.
Il a fallu dire que Strabon s’est trompé ; voici les expressions de M. Auguste Bernard : « Strabon dit, il est « vrai, que les Ségusiavcs sont entre le Rhône et le Doubs ; « mais ce dernier mot est venu évidemment par erreur sous « sa plume, car il ajoute que Lyon est la capitale de ce « peuple. Or Lyon, bâti sur la montagne de Fourvières, « comme l’indique son nom latin, et comme le rapporte
(1) Description du pays des Segusiaves, p. 39.
Çi) Le dernier mot était nécessaire dans le texte pour distinguer ce Lugdunum , la métropole, d’un autre Lugdunum dont parle encore Ptolémée, en le distinguant aussi par une autre épithète. Lugdunum colonia. Ce dernier était chez les Conren* ; c’est aujourd’hui S&ixit-Dertrand de Comminges.
104 JULES CESAR KN G A U L E.
« Strabon lui-même, c’est-à-dire sur la rive droite de la « Saône qui porte au Rhône les eaux du Doubs, se serait « trouvé hors du territoire des Ségusiaves R » En effet, dans l’opinion soutenue, on ne peut admettre que les Segusii de Strabon soient placés entre le Rhône et le Doubs, dont le cours se poursuit dans le lit de la Saône, car alors ils ne peuvent s’étendre au delà, pour devenir, sur les deux rives de la Loire, les Segusiavi de Ptolémée. Mais, dans cette opinion , quel mot faut-il mettre h la place du mot Doubs? Aucun n’est admissible. Et d’ailleurs, Strabon a-t-il pu attribuer une nouvelle capitale aux Segusiavi, qui avaient déjà Forum Segusiavorum et Rliodumna? Au contraire, on n’a jamais connu aux Sebusiani de César aucune capitale, ni même aucune ville, et Strabon a bien pu leur donner Lyon pour centre administratif et commercial, que cela fût ou non la réalité à son époque, ce qu’on ignore. Aujourd’hui même Lyon est encore le centre de tous les intérêts du Bugey, bien que cette contrée fasse partie d’un autre département que celui dont Lyon est le chef-lieu.
Et il faudra dire encore que César lui-même s’est trompé, lui qui avait tant parcouru et étudié ce terrain : car il attribue Autun, Châlon, Mâcon, aux Ædui. avant l’existence de Lyon, et il fait couler la Saône à travers le pays des Ædui jusqu’au Rhône : « F lumen est , Arar, « quod per fines Æduorum et Sequanorum in Rhodanum
(1^ Origine * du Lyonnais, p. 21.
NOTICE GÉOGHAl’HIQUE. 105
« influit. • Ce qui, d’une part, force les Segusii de Strnbon à demeurer sur la rive droite du haut Rhône, confondus avec les Sebusiatii de César, et, d’autre part, force les Scgusiavi de Ptolémée à demeurer chez eux, sur les deux rives de la Loire, à Roanne et à Feurs.
Que reste-t-il donc de positif à l’égard des Segusiavi de Ptolémée? Il reste tout ce que dit cet auteur, savoir: que c’était un peuple de la province Lyonnaise, placé dans le Forez, confinant au Vêlai, et dont les villes étaient Roanne et Feurs ; qu’il était de la race des Arvertn; que son territoire était, du côté de l’orient , limitrophe de celui des Ædui. Il reste encore tout ce que disent les inscriptions, savoir : que la véritable orthographe du nom de ce peuple était Segusiavi; que les limites de son territoire étaient bien celles du Forez; car, dit M. Auguste Bernard, « presque toutes les inscriptions qui portent « le nom dcsScgusiaves ont été découvertes et se trouvent,
« non à la gauche, mais à la droite de la Saône, non pas « même près de Lyon, mais fort loin de là, à Feurs, sur le « bord de la Loire 1 . » 11 reste enfin, que les Segusiavi étaient une cité secondaire , détachée d'une cité gauloise principale (non pas des Ædui, mais, suivant nous, des Arrerni), constituée à part en cité libre, et ayant son centre administratif propre à Feurs , Forum civitatis Scgusiavorum liberœ; d’où le nom de Forez a persisté pour désigner son territoire.
(1) Origine* du Lyonnais, p. $•>
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JULES CESAR EN (i A U L E.
De cette manière, tout ce que Ptolémée dit en même temps des Ædui demeure aussi très-juste; et l’ensemble se trouve en parfait accord avec tout ce qu’avaient dit longtemps auparavant César et Strabon, l’un au sujet des pagi Arverni confinant aux llclvii , l’autre au sujet des Arverni de la Lyonnaise ; l’un et l’autre au sujet des Ædui.
Pour conclure en trois mots, disons :
1 ° Que le premier peuple chez lequel César mit le pied, à son entrée en Gaule, doit être appelé Sebusiani , et qu’il occupait le territoire appelé depuis le Bugcij , nom traditionnel où l’on peut reconnaître encore aujourd’hui le nom propre de cet ancien peuple ;
2° Que le peuple dont parle Strabon, sous le nom de Segusii, n’est autre que les Sebusiani des Commentaires ;
3° Que le peuple appelé dans les inscriptions et par Ptolémée Segusiavi était primitivement un pagus des Arverni, et que déjà, à l’époque de la guerre de Gaule, ces Arverni occupaient le territoire appelé depuis le Forez, du nom de leur ville principale, Forum Segusiavorum, Feurs.
Ptolémée ne place aucun des quatre petits peuples mentionnés dans les Commentaires comme clients des Ædui, et seul après César Strabon parle, non de tous les quatre, mais uniquement des Sebusiani, sous le nom de Segusii. Cette différence de noms ne doit pas surprendre quand on considère le nombre et la diversité des variantes sons lesquelles ce nom , comme tant d’autres , est par-
venu jusqu’à nous; et l’on voit facilement pourquoi Strabon, qui avait les Commentaires sous les yeux, cite, par exception , celui de ces quatre peuples clients des Ædui dont la position a seule etc* déterminée par César et importe tellement il l’intelligence des Commentaires.
Nous venons de dire plus haut que les Segusiavi étaient une cité détachée des Arverni.
D’après M. Aug. Bernard : « Le territoire des Ségu-
• siaves fut constitué en cité libre par Auguste, lorsqu’il « vint organiser la Gaule (l’an 27 avant notre ère) dans « une assemblée tenue à Narbonne. Pour cela, l’héritier « de César dégagea les Ségusiaves de la clientèle des « Eduens, sous laquelle ils avaient été placés jusque-là,
• et leur donna une existence distincte *. »
Nous, au contraire, nous voyons dans les Segusiavi une petite cité détachée par Auguste des Avcrni, pour démembrer la grande et trop vigoureuse cité gauloise; nous pensons que ce fut pour cette raison politique, toute romaine, que l’héritier de César constitua à part les Segusiavi en cité libre ; de même que, d’après Strabon, il détacha encore des Arverni et constitua séparément la cité des Velavi : d’où résultèrent les deux divisions territoriales du Vêlai et du Forez.
Quel fut le véritable motif d’Auguste dans ce remaniement des subdivisions territoriales de la Gaule , par lequel il détacha douze ou quatorze peuples de la Celtique et les
(1) Description du pays des Ségusiaves , p. 47.
annexa à la province d’Aquitaine? La liberté des peuples, l’égalité des territoires? On nous accordera sans doute que ce fut une raison plus vraie, plus grave, plus césarienne, le dessein politique d’affaibliries cités puissantes et influentes d’après la maxime : diviser pour régner. Or, de ce point de vue, s’il était en Gaule une cité qui méritât l’attention et les soins pernicieux d’Auguste, c’était assurément la puissante et noble cité des Arverni. Celle-là était, à ses yeux, comme un serpent dangereux que César avait laissé pour mort, mais qui pouvait n’être qu’engourdi : Auguste lui abattit la tête, Gergovia, et coupa le corps en trois. Civilas Segusiavorum libéra , dit-on? Il s’agit bien de cités libres! Qui ne sait que ce mot là est le meilleur des moyens pour organiser la servitude ? Des cités libres d’agir? Non, mais libres ainsi que l’entend Auguste, libres de s’agiter comme les tronçons d'un reptile mutilé, sans que cela soit à craindre, ni loin autour d'elles, ni longtemps. Au contraire, si la politique de cet empereur put laisser une grande cité intacte , ce fut la cité des Ædui. L’étude attentive de la guerre de Gaule ne permet aucun doute au sujet de ce double aperçu.
Des trois portions de la grande cité des Arverni, Auguste en annexa deux à la province d’Aquitaine (les Arverni d’ Augustonemelum et les Arverni-Velavi), laissant la troisième (les Arverni-Segusiavi ) seule dans la province Lyonnaise. De sorte que la redoutable cité se trouva dispersée autant qu’il était possible. César n’eût pas fait mieux.
NOTICE OEOGKAPHlgUE.
Du reste, les Velavi et les Segusiavi paraissent bien avoir été constitués en cités séparées, à la même époque et pour les mêmes raisons : les deux pays se font suite sur la Loire; les deux populations sont similaires et se rattachent ensemble à l’énergique race des Arvertii : tout est semblable de part et d’autre ; les deux noms même, Velavi et Segusiavi , sont parents.
Nous concluons des considérations précédentes que la petite cité libre des Segusiavi provint, comme celle des Velavi, d’un démembrement de la grande cité des .4rverni, opéré par Auguste dans l’intérêt de sa domination en Gaule.
Et nunc tonse, l-iger : quondam, per colla décora Crimbus e/fusis, toit pnelate Comatæ.
Lccain.
Entre le pays des Segusiavi , le Forez et le pays des Sebusiani, le Bugey, s’interpose le territoire des Ædui; territoire et peuple qui furent, durant toute la guerre, le centre d’opération militaire et politique de César. La cité des Ædui occupait, avons-nous dit, les pays d’Autun, de Châlon, de Mâcon, la Bresse, le Lyonnais, le Beaujolais, le Charollais, le Bourbonnais, le Nivernais et l’Auxois, oii se trouve Alise, à l’extrémité septentrionale de ce vaste territoire.
Il se rencontrait à l’extrémité méridionale, au confluent des deux grands cours d’eau qui le desservent, une position magnifique : une grande colline où l’on a, à ses pieds, les fleuves; au delà, de riches plaines; au loin, les Alpes, le Mont-Blanc, sur lequel le soleil se lève, ou qu’il
colore des feux de son coucher. C'était, pour continuer la politique après la guerre, une position parfaite , en communication facile avec l’Italie, au milieu de la ligne frontière des anciennes et des nouvelles provinces. Ç’est là que fut élevée la métropole Lugudunum , Lyon, résidence des gouverneurs romains, centre des nouveaux intérêts, séjour des empereurs. C’est là que leur toutepuissance vint s’asseoir chez les vaincus, pour couper tous les liens naturels, ces racines des peuples ; pour dissoudre toutes les masses nationales qui avaient commencé à se former, et pour supprimer toute la tradition gauloise.
Cette violence contre la nature des hommes et des choses eut le sort qui l’attendait, et qu’Auguste eût pu prévoir. Son ami, le politique Horace lui avait dit :
Naturam expellas furca, tamcn usque r ecurret.
La nature reprit enfin le dessus. La domination des Césars en vint à disparaître de la Gaule, non pas les races gauloises : rien ne saurait les extirper de ce sol ; il leur appartient comme de certaines places à de certaines plantes. Ne les pouvait-on pas voir naguère encore présentes, après tant de siècles, Arverni, Büuriges, 5enones, Pictones, Sanlones... chacune à sit place , comme au temps de César, sous les noms de Auvergne , Berry , Sénonais, Poitou, Saintonge?... Et depuis combien d’autres siècles y étaient-elles déjà quand César vint les attaquer? puisque nous voyons dans Tite-Live que, du temps
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tic Tarquin l’Ancien , plusieurs de ces mêmes peuples aborigènes de la Gaule Celtique, liituriges , Ar verni, Setiones, Ædui , Ambarri , Jnsubrcs ( pagus Æduorum )..., surchargés dès lors de population, firent, sous la conduite de Bellovèsc , des expéditions en Italie , où ils constituèrent la Gaule Cisalpine, fondèrent Milan, et que d'autres Gaulois, conduits par Sigovèse, émigrèrent dans les régions qu’arrose le Danube ; d’où, plus tard, une partie de ces derniers passa en Asie-Mineure, et s’y établit dans une autre nouvelle Gaule, laGalatie.
Ainsi nos déterminations géographiques présentent ce caractère frappant que, déduites des textes de César tous réunis, basées sur la configuration du terrain, concordant avec la géographie de Strabon et avec celle de Ptoléinée, elles s’accordent encore généralement avec la position de nos anciennes provinces nationales, tradition incontestable des Gaules.
Cela peut donc conduire à retrouver aujourd’hui sur le terrain les lieux mêmes des événements des première et septième campagnes de César en Gaule, campagnes qui sont assurément les plus obscures à comprendre dans son livre, surtout la septième, laquelle est aussi la plus importante à connaître pour l’instruction des peuples, principalement des descendants des Gaulois.