ROUTES SUIVIES DU KORD DR L'ITALIE A LA FRONTIÈRE DU HAUT RHÔNE
1* Voie par le Mont Pennin, chemin très-difficile (Strabon); aujourd’hui, route par le Grand Saint-Bernard; d’Aoste à Martigny; de là, à Genève, par la Savoie.
2° Voie par le pays des Salassi (Polyhe), voie par le pays des Centrones, chemin le meilleur, praticable aux équipages d’une armée (Strabon); voie par les Alpes Craies (itinéraire d’Antonin); aujourd'hui, route par le Petit Saint-Bernard : d’Aoste à Montmélian, puis à Chambéry; là, bifurcation, pour aller, d'une part, à Vienne et à Lyon, d’autre part, à Genève, parFrangy. Au point de Frangy, bifurcation : la branche de droite mène à Genève; c’est l’un des deux chemins dont parle César au sujet de l’émigration des Helvctii : « Erant « omnino itînera duo : ... alterum per Provinciam nos- • tram. » La branche directe mène, par la Semine, à la Perte du Rhône, où s’offre un triple passage du fleuve, et par où l’on évite la traversée du Grand Jura ; c’est une porte naturelle de la Gaule Celtique On y entre, en ce point, sur la limite des Sebusiani et des Sequani, dans la contrée même où jadis « des Allobroges (comme aujourd'hui leurs descendants) possédaient au delà du
Rhône des habitations rurales et autres propriétés , » le passage du fleuve y étant facile, de temps immémorial, en toute saison, de nuit aussi bien que de jour.
A la Perte du Rhône et au delà du fleuve, on croise une route qui va de l’est à l’ouest ; elle vient du pays des Helvetii , de la Suisse, par la passe du Grand Jura, avec le Rhône et sur sa rive droite. C’est l’autre des deux chemins indiqués ci-dessus par César ; il dit de celui-ci : « U nuit i per Sequanos, angustum et difficile, inter « montera Juram et flumen Rhodanum. *
Du point de croisement, on peut continuer sa route par le pays des Sequani, d’abord droit au nord, le long de la Valserine, puis à l’ouest, en traversant le Jura moyen par Saint-Claude, le Jura occidental par Thoirette, pour aller déboucher dans le pays des Ædui , du côté de Bourg en Bresse; mais cette route détournée est trèsdifficile : per angustias Sequanorum , dit César.
Du même point de croisement, il devient facile de se rendre à la même destination, par le pays des Sebusiani , en prenant la route transversale indiquée ci-dessus, laquelle, venant du pays des Helvetii , se poursuit directement à l’ouest. C’est aujourd’hui la route impériale n* 79, de Genève à Ne vers; c’était, à l’époque de César, la route de Geneva Allobrogum à Matisco et à Noviodunum Æduorum. Elle quitte le bord du fleuve à la Perte du Rhône même , et s’engage dans le défilé de Nantua, qu'elle suit jusqu’au point de la Cluse, porte occidentale de ce défilé.
Au point de la Cluse, trois branches divergentes à remarquer : la branche directe qui suit à l’ouest par Bourg en Bresse, Mâcon, Nevers; et deux autres branches qui, toutes les deux, se dirigent au nord-ouest, chez les Sequani , en s’écartant d’abord et en suivant des vallées différentes, pour se réunir de nouveau à Lons-le-Saulnier; là, cette double branche du nord-ouest sort des monts Jura et débouche dans les plaines qu’arrosent le Doubs et la Saône.
De Lons-le-Saulnier, on peut prendre sans difficulté toutes les directions : celle de Cabilo ad Ararim et de Bibracte (Chalon-sur-Saône et Autun) ; celle à’ A gendicum, Melodunum et Lutetia Parmorum (Sens, Melun et Paris) ; celle d’ Andematunnum et du mont Vogesus (Langres et les montagnes des Vosges) ; celle de Vesontio (Besançon), qui mène au delà sur le Rhin, chez les Germains.... On est parvenu au cœur de la Gaule Celtique, dans sa région la plus fertile, où les routes et les grands cours d’eau convergent, où trois grandes cités gauloises, les Ædut, les Sequani, les Lingones , se touchent ( Saint- Jean-de-Losne).
Lucain, dans la Pharsale, nous donne à comprendre par quelle route militaire les légions revinrent de Gaule en Italie, à l’appel de César, pour passer le ïiubicon :
. . . Sparsas per Gallica ruro cohorlet Evocat, et Romain motis petit undique signit . Deseruere cavo tentoria fixa Lemano,
Castraque qua Vogesi curvam super ardua rupem Pugnaces pictis cohthebant Lingonus armis.
lit vada liquerunt Isarie. . .
Ainsi la première pensée du poète est l’image des légions accourant en Italie, des bords du Léman, des rives de la haute Saône, de celles de l’Isère, c’est-à-dire, accourant par toutes les branches de la route des Alpes Craies que nous venons d’examiner. Or on sait que Lucain écrivait sous Néron, cent ans seulement après la guerre de Gaule, et l’on ne peut guère douter que ces détails militaires ne fussent alors parfaitement connus de tous les Romains lettrés.
NOTICE GÉOGRAPHIQUE. lia
Enfin , nous verrons encore cette même voie naturelle et facile s’accorder, non moins bien, avec un texte important de Plutarque , qui se trouvera mieux placé dans la discussion de la marche de César, à la septième campagne. Ce texte signale le territoire des Séquanes comme étant, de toute la Gaule , le premier où l'on entrait en venant d'Italie. Or c’est de fait incontestablement ce qui pour le voyageur qui vient d’Italie en Gaule par les Alpes Graies et la Perte du Rhône , au moment où il passe à ce dernier point, le fleuve qui sert de frontière à la Gaule.