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DÉMONSTRATION DE DEUX SIEGES DE PLACES EN GAULE

Nou rirtute neque acie v ici* se Homanos, *ed arliflcio quodam et scientia oppugnatiooi»

cujus rei fuerint ipsi (Galli) imperiti.

César. *

$ I. — Méthode suivie à l’attaque des places du temps de Jules César.

César lui-même fait allusion à notre sujet dans la parole qu’il prête à Vercingétorix, touchant la prise d’Avaricum, et que nous prenons ici pour épigraphe; à savoir, que « les Romains l’ont emporté, non par le cou- « rage et en ligne de bataille, mais par un certain art et « par la science de l’attaque des places, chose dont eux- « mêmes (Gaulois) ne possédaient pas la connaissance * . * Cet art particulier, qui donnait un si grand avantage aux Romains contre des Gaulois ignorants , quel était-il? Nous devons tâcher de résoudre cette question.

Vauban nous a laissé un Traité de f attaque et de la défense des places *, à la manière de son temps et suivant sa méthode, qu’il présente comme tout à fait nouvelle.

Folard prétend qu’elle a été usitée chez les anciens, et,

(1) De iello Gallico, VÎT, xxix.—fi', La Tiare, 1737, Pierre de Hotidt.

dans son Commentaire sur Y Histoire de Polybe', il a intercalé un Traité de Y attaque et de la défense des places chez les anciens, qui fait le pendant de celui de Yauban ; ce qui rend facile la comparaison de la méthode et des procédés d’exécution suivis aux deux époques.

Grâce donc aux renseignements techniques mis à notre disposition, dans ces deux traités sur la matière spéciale, nous espérons démontrer assez clairement, par des textes de César, en quoi consistait cet art particulier et cette science de l’attaque des places, qui lui donnèrent un si grand avantage dans la guerre de Gaule.

Le sujet comprend trois points : 1“ le blocus ou l’investissement de la place à distance; 2° l’approche ; 3* l’attaque des ouvrages de la place.

Le premier point ne peut soulever aucun doute. Les anciens faisaient Y investissement absolument comme Vauban. César nous en donnera un grand exemple dans le blocus d’Alesia; nous y verrons les deux lignes fermées, la contrevallation du côté de la place, la circonvallation du côté des secours extérieurs, les quartiers ou les camps. César dit circumvallare : Yauban dit circonvatler. Le blocus d’Alesia se réduit à cela. Nous n’avons donc pas à nous occuper ici du premier point.

L’attaque des ouvrages de la place se fait, de notre temps, par le moyen d’ouvrages établis en tête des tranchées d’approche, lesquels prennent avantage sur les ou-

(1) Ouvrage cité, p. 154, note 1.

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vrages extérieurs de la place, ouvrages extérieurs où l’assiégeant parvient ainsi à se loger; puis le corps de place est attaqué par le canon ou par la mine chargée de poudre, qui font brèche. Les anciens, avant César, ne paraissent pas, que nous sachions , avoir établi des ouvrages à l’extérieur du corps de place. Quand l’assiégeant était parvenu au corps de place, la brèche était faite ou par le bélier qui battait le mur pour le faire tomber en ruine, ou par la sape qui en démolissait le pied, ou par la mine qui creusait le terrain sous ses fondations : dans ce dernier cas, on étayait d’abord les fondations successivement, pour mettre ensuite le feu à tous les étais d’un seul coup. Une autre manière d’entrer de vive force dans une place, et qui était très-fréquemment usitée chez les anciens, consistait à passer de plain-pied sur le mur au moyen de tours mobiles , dont nous allons parler ci-après, en traitant de l’approche des places.

Tout cela est incontestable et généralement admis.

Le seul point du sujet où il puisse s’élever du doute, c’est sur la question de savoir si, oui ou non, les anciens procédaient comme les modernes dans l’approche des places, à partir du camp ou des lignes d’investissement. Posons bien la question.

Le problème qui se présente dans l’attaque d'une place est de s’avancer, depuis le camp jusqu’au rempart, en se tenant toujours à couvert du tir de la place. La méthode consiste à obtenir ce résultat sans autre moyen que ce qu’on trouve partout, la terre, le bois sur pied, la brous-

saille. Évidemment le procédé le plus simple, le plus naturel, le plus sûr en de telles conditions, c’est de s’enfoncer dans le sol, de s’y abriter comme on pourra, et de cheminer ainsi jusqu’au mur de la place. Tel est aussi évidemment le fond du procédé moderne, du procédé savant. Les anciens ont-ils suivi ce même procédé? Là est la question que nous devons résoudre ici, la question fondamentale.

Quelle que puisse être la solution, la gloire de Vauban demeure intacte : à la manière dont il a employé sa méthode, on doit reconnaître qu’il a pu l’inventer.

Mais, au point de vue de l’histoire, il est intéressant de savoir d’une manière positive à quelle époque remonte l'invention du procédé ; et pour nous, qui cherchons à connaître les moyens militaires que César eut à sa disposition contre nos aïeux, il importe beaucoup de savoir si, dans l’attaque des places, il usait d’une méthode comparable à celle de Vauban .

Au sujet de l’invention, Vauban présente les choses presque dans le même style que César, d’une manière sommaire. Il ne dit nulle part que la méthode tout entière soit de son invention propre, mais il parle à peu près comme s’il en était ainsi. Dans le public, de nos jours, on l’admet assez généralement , ce nous semble ; du moins pour notre part nous l’avons cru longtemps. Citons le passage le plus positif que nous ayons trouvé dans Vauban au sujet de l'invention des lignes ou tranchées. « La première fois, dit-il, que ces sortes de lignes

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« ou places d’armes 1 * 3 ont été pratiquées, ce fut au siège « de Maëstricht, fait en 1673 par le roi en personne. J’en « conduisis les attaques. Cette redoutable place fut prise « en treize jours de tranchée ouverte. Depuis ce temps, « elles ont été employées dans tous les autres sièges que « les Français ont faits, mais avec plus ou moins d’exac- « titude. Le siège d’Ath, fait en 1697, est celui où elles « ont été exécutées avec le plus de précision ; et le peu « de temps et de monde que ce siège coûta en a justifié • la bonté*. »

Folard prétend que les tranchées ont été pratiquées par les anciens à l’attaque des places; qu’ils en établissaient, comme nous aujourd’hui, parallèlement au mur et en les couvrant de même du côté de l’assiégé ; que , par devant cette parallèle, ils en établissaient une autre, où ils installaient leurs batteries de machines ( comme sont placées nos batteries de canons à ricochet en avant de nos places d'armes) pour chasser l’ennemi de ses ouvrages de défense, l’écarter du mur. Mais Folard n’indique point, dans la description des travaux de siège par les auteurs anciens, quel est précisément le mot qui désigne les

(1) Il faut se rappeler ici que le nom de places d'armes, dans le langage technique, s'applique particulièrement aux lignes ou tranchées menées parallèlement au mur de la place, dites communément parallèles de Vau-

ban ; et qu’alors aussi, en particulier, on entend par le mot simple tranchée la série de tronçons obliques qui constituent la tranchée d’approche, et par lesquels on chemine, en ligne brisée, d'une première parallèle à une seconde, puis h une troisième, et de même jusqu'à la place. Rigoureusement donc Vauban ne parle ici que des parallèles.

(3) Ouvrage cité, p. SI.

tranchée» ; il n’y démontre point non plus les traits caractéristiques de la tranchée proprement dite, la tranchée d'approche de la place. Folard était un militaire et, par conséquent, un auteur dont l’autorité ne saurait être récusée en pareille matière; tontefois, il nous paraît en avoir un peu abusé pour trancher les difficultés. Il nous paraît avoir trop souvent confondu sa propre opinion, peut-être exagérée et trop affirmative, avec les indications qui se trouvent dans les passages des auteurs sur lesquels il s’appuie.

Quant à nous, c’est principalement sur des textes de César, de Salluste, de Lucain, non encore invoqués à ce point de vue, que nous comptons fonder notre opinion : laquelle, tout en se rapprochant de celle de Folard, sera notablement différente, plus précise et, nous osons l’espérer, mieux établie.

Voici d’abord un passage de Polybe, concernant le siège d’Égine' par Philippe, un siècle et demi avant la guerre de Gaule. Nous citons, comme Folard, la version de dom Thuillier :

« Le dessein pris de faire l’attaque d’Egine par les « deux tours , Philippe fit mettre devant chacune une « tortue et un bélier. D’un bélier à l’autre , vis-à-vis « l’entre-deux des tours, on conduisit une galerie paral- « lèle à la muraille. A voir cet ouvrage, on l’eût pris lui- « même pour une muraille ; car les claies qu’on avait

(1) Villa d’une lie du même nom située dans le golfe d’Athènes.

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« élevées sur les tortues formaient, par la manière dont « elles étaient disposées, un édifice tout semblable à une « tour ; et sur la galerie , qui joignait les deux tours , on « avait dressé d'autres claies où l’on avait pratiqué des « créneaux. Au pied des tours étaient les travailleurs, * qui, avec des terres , aplanissaient les inégalités du « chemin : là étaient aussi ceux qui servaient le bélier. « Au second étage, outre les catapultes, on avait porté » de grands vaisseaux et les autres munitions nécessaires « contre tout embrasement. Enfin, dans le troisième, qui « était d’égale hauteur avec les tours de la ville, étaient « nombre de soldats pour tenir tête à ceux qui auraient « voulu s'opposer à l'effort du bélier. Depuis la galerie, « qui était entre les deux tours, jusqu’au mur, qui joi- « gnait celles de la ville, on creusa deux tranchées où l'on « dressa trois batteries de balistes , dont une jetait des « pierres de trente mines ‘. Et, pour mettre à l’abri des « traits des assiégés , tant ceux qui venaient de l’armée « aux travaux , que ceux qui retournaient des travaux « à l’armée, on conduisit des tranchées blindées, depuis le « camp jusqu’aux tortues. En peu de jours, tous ces ou- « vrages furent entièrement finis, parce que le pays en « fournissait abondamment les matériaux*. »

Voilà donc , à l'attaque d’une place chez les anciens ,

(1) Qui équivales! au demi-talent d'Athènes, ou à treize kilogrammes, d’après Le poids du talent que nous avons rappelé, page 158, dans la note.

(2) Ouvrage cité, t. V, p. 88. (Polysx, IX, vin.)

une parallèle ou place d’armes crénelée, avec deux batteries de machines établies par devant, et à ses deux extrémités deux tours munies de béliers, qu’on avance pour battre en brèche le mur de la place.

D’autres textes du même auteur ne seraient pas à négliger*. Il nous montre Annibal menant deux parallèles devant la citadelle de Tarente, et y établissant des machines. Dans Y Histoire de Tite-Live, nous voyons Annibal grièvement blessé d’une flèche devant Sagonte, au pied même du mur, faute d’avoir pris assez de précautions, dum murum incautius subit *, probablement dans une visite des travaux.

Mais venons sans retard aux détails précis, à la guerre de Gaule et aux textes de César.

$ II. Moyens employés k l'attaque des places du temps de Jules César indications techniques et renseignements historiques.

En général, quand César ou Salluste veulent décrire le siège d’une place, les termes spéciaux qu’ils emploient sont vineas agere, pousser les vignes; puis, aggerem jacere , agere , struere , jeter, pousser, établir les matériaux

(1} Notamment la description du siège de Lilybée (Marsala), place ma. ritime occupée par les Carthaginois et assiégée par les Romains. Les ouvrages de l’assiégeant y furent incendiés par l'assiégé un jour de grand vent, comme nous le verrons faire encore au siège de Marseille La description du siège de Lilybée est une admirable page d'histoire, mais elle ne fournit que des aperçus concordants avec notre thèse non des éléments de détermination précis, démonstratifs ; nous ne la citons donc pas.

(î) Tite-Live, flist., XXI, tix.

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accumulés , ce que nous traduisons par l’expression, * pousser la jetée; » enfin, turres ambulatorias instituer e, agere, construire, pousser les tours mobiles.

Ainsi, vineœ, agger , turres , ou, en français, vignes, jetée, tours MOBILES, voilà les trois éléments principaux de tout siège du temps de César. Le premier moyen, celui des vignes, paraît être le nœud de l’intelligence des sièges décrits par les auteurs anciens , et tous les commentateurs sont en désaccord ou indécis sur la question de savoir en quoi consistait ce moyen ; réservons-le. On est généralement d’accord touchant les deux autres : commençons par là et par quelques accessoires dont il n’est pas très-difficile de se rendre compte.

« Agger , la jetée, dit Végèce, est élevée avec de la « terre et des bois de toute sorte, en face du mur, pour y « lancer des traits » Le mot indique une accumulation de matériaux, de quelque nature qu’ils soient. La forme était celle d’une jetée , d’une chaussée, d’un viaduc en remblai. Souvent l’assiégé y mettait le feu ; ainsi, la jetée était bien en partie composée de bois. Elle était parfois très-élevée; on la nivelait par-dessus avec soin, pour faire avancer par cette voie les tours mobiles. La jetée d’un siège ressemblait donc à une de nos chaussées de chemins de fer. On l’exécutait en établissant par couches des bois et des terres, depuis le voisinage du camp jusqu’au mur de la place, en comblant le fossé.

(I) Vkgxci IV. xv.

18î JULES CÉSAR EN GAULE.

Turres ambulatoriœ, les tours mobiles, ou simplement les tours , construites pour approcher du mur, le dominer, et alors faire passer les soldats sur le mur, étaient avancées au moyen de roues ou de rouleaux sur la jetée consolidée et nivelée avec soin. Ces tours , construites en bois de charpente, étaient fort élevées et à nombreux étages. Leur forme était ordinairement celle d’une pyramide régulière à axe vertical, à base carrée , tronquée en haut parallèlement à la base. Les nombreux étages étaient munis de parapets ou d’abris quelconques ( plutei ), aux trois faces que l’assiégé pouvait voir. Ces tours étaient armées de machines et garnies de soldats. Elles présentaient, par devant, h hauteur convenable, un pontlevis relevé, et susceptible d’être abaissé sur le mur de la place. Au rez-de-chaussée pouvait être suspendu horizontalement le bélier, énorme poutre oscillant en long , destinée à battre le mur de sa tête armée de métal ; mais ordinairement, c’était sous la tortue que l’on manœuvrait le bélier.

« Testudo, la tortue, dit Végèce, est une charpente « recouverte de planches, ressemblant à une vraie tortue, « et garnie de cuirs frais, d’étoffes grossières , de cou- « vertures en laine, pour la garantir du feu. Elle porte à « l’intérieur une poutre, au bout de laquelle on adapte « un grappin pour arracher les pierres du mur : et alors « on l’appelle faix (faucille); ou bien on y adapte une « armature de fer : et alors on l’appelle aries (bélier) , « soit parce que la poutre présente ainsi un front très-

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« dur, soit parce que, h la manière des béliers , elle « recule pour mieux frapper'. »

« Musculus (petit rat) , le mnscule , dit le même auteur, « est une petite machine sous le couvert de laquelle les « soldats, si le fossé de la place est vaseux, non-seulemetlt « y portent des pierres, du bois, de la terre, pour le « remplir, mais encore consolident le tout, de manière « que les tours mobiles puissent Être jointes au mur*. » C’est sous le tnuscule , d’après César lui-même, que l’assiégeant attaquait à la sape la base du rempart et des tours de la place : nous en verrons un exemple dans la description du siège de Marseille.

« On appelle pluteüs, dit Végèce, une claie recourbée eti « forme de niche (d’une statue), revêtue d’étoffe grossière « ou de cuir frais, et installée sur trois roulettes, l’une au « milieu, les deux autres aux extrémités (de la denli- « circonférence de sa base), de manière qu’on peut la « pousser où l’on veut, comme un chariot (tricycle). Les « assiégeants s’avancent derrière ces machines vers le * mur, et, ainsi couverts, ils chassent tous les défenseurs « du rempart de la ville à coups de flèches, de frondes, « de traits, afin de pouvoir plus facilement y monter par « les échelles 3 . » Il est clair que ce pluteus faisait l’office d’nn parapet h l’usage d’un seul homme, comme ce que nous appelons aujourd'hui un mantelet ; si donc nous retrouvons dans César la même expression employée

(1) VÉoicH, IV, xir. — (2) Ibid., xv I. — (3) Jtr.

au pluriel , plute i , ce qu’il aura voulu indiquer pourra bien être un parapet quelconque à l’-usage d’hommes nombreux, comme nous l’entendons par ce mot.

Crûtes , vimineœ crûtes : ces mots peuvent indiquer ou de simples fascines faites de menus bois, ou bien des objets plus façonnés faits de bois pliants, des claies, dans le sens le plus général. César se sert de ces mots-là en parlant des ouvrages de siège. Si, dans ce cas, on doit leur attribuer une signification spéciale, aucun auteur, que nous sachions, n’a décrit les objets qu’ils représentent. Juste Lipse indique bien deux passages d’Ammien Marcellin , où l’on retrouve ces mêmes expressions employées par l’auteur au sujet d’attaques de places; mais, quand on examine les détails des faits rapportés par Àmmien Marcellin, il n’est pas d i ffi cile de reconnaître qu’il s’agit là de ce même objet que nous venons de voir sous le nom de pluteus , dans Végèce (qui écrivait à la même époque) , et que nous avons reconnu comme étant un mantelet. Voici les deux passages. Le premier se rapporte à l’attaque de la place de Bezabda, en Mésopotamie , par le roi Sapor : « De sorte que , est-il « dit, le plus grand nombre des Parthes recevaient des « blessures, parce que les uns avaient des échelles à por- « ter, et que les autres, poussant devant eux des man- « telets de bois pliant, marchaient à l’aveugle '. »

( 1 ) Quart sauciabantur plerique Parlhorum. quod parsscalas rehentes, aUiop ponentet vimintas craies, ceint cxcipergtiant, (Ammien Marcellin, XX, rn.)

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Le second passage d’Ammien Marcellin se rapporte aux soldats de Julien, devant Aquilée : ils attaquent la place de la même manière, mais avec plus de précautions. t Les assiégeants donc, est-il dit, portant par devant « eux des mantelels et des claies très-serrées , avançaient « peu à peu et avec précaution, pour tâcher, au moyen « de toute sorte d’instruments de fer, d’entamer la • base des murailles ; le plus grand nombre portaient

« des échelles faites à la mesure des remparts ‘ . »

Le mot crates indique donc, en langage militaire, ou de simples fascines , ou des claies usitées dans les tentatives d’escalade, ou des claies de forme quelconque *.

(1) Pluteos igitur præferentes oppugnatores cratesque d en si us textas, sensim x ncedentes et caute, murorum ima suffodere ferramentorum multitudine cona -

bantur ; factas plerique vehentes ad mensuram mœnium scalas (Ammien

Marcellin, XXI, xn.)

(3) A défaut d’auteurs militaires qui nous fassent connaître les diverses formes de crates usitées du temps de César, nous pouvons nous adresser aux poëtes, et chercher ce mot parmi les expressions qu’ils ont employées pour appeler dans l’esprit du lecteur l’image des objets, comme c’est leur habitude. On peut dire que les images présentées par les grands poëtes sont toujours conformes à l'objet qui s’y .rapporte. Or Virgile, pour offrir l'image de la poitrine d’un ennemi, que son héros traverse d’un coup d’épée, emploie l’expression suivante : « A travers les crates de la poitrine. »

Transadigxt costas et crates pectoris ense.

(Æn„ XII.)

Ovide emploie la même image : crates spinæ, crates laterum.

Virgile dit que les abeilles, quand elles viennent à perdre leur reine, «c détruisent elles-mêmes leur ouvrage de miel et rompent les crates des rayons. »

Constructaque mella

Diripuerc ips a* et crates sohtre favorum.

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