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Commentaires avec beaucoup d’art, et il nous faudra, pour ainsi dire, regarder sous tous les mots; car César est un profond politique , un habile écrivain , et nul guerrier ne doit pouvoir lui être comparé.
3° César revint de la guerre de Gaule démesurément grandi aux yeux des peuples de l’Italie; sa gloire, dès lors, inspira tant d’admiration ou de terreur, qu’il put impunément violer les lois de sa patrie, aspirer à la royauté dans une prodigieuse république ', dire publiquement à Rome, lui, consul : * La république n’est « qu’un vain nom, sans corps ni objet... Redemande-moi « donc la république, tribun Aquila*! » qu’il put enfin substituer au gouvernement national des Romains, lequel durant quatre siècles et demi avait augmenté leur
{1) Su kt . , J. Cm»., lxiix ; et Cic., Philippe II.
(2} Kihil exse rempubiicam , appelhitmnem modo, sine corpore ac «perte... Répété eryo a me. Aqutla, rempublicam tribvnus! (Suét., J. C*s., lxxvii, lxxviii.) Sans doute, en parlant ainsi. César faisait allusion aux deux épitres que Salluste lui adressa, tant pour réclamer, dans son bref et puissant langage, la liberté de la patrie et le rétablissement du gouvernement national , que pour attirer l'attention du maître universel sur l’ablme où l'empire était poussé par la corruption des mœurs à Home, par l'inlluence qu’y exerçait l'argent, par les honneurs, l'avidité dont l’argent y était l'objet ( auctoritas pecunix ; hotwr, studtum pecunix). Voici la conclusion finale de ces deux épitres, où la situation politique est clairement exposée : « Que si ta patrie et tes ancêtres pouvaient t’adresser la parole, sans doute ils te diraient: « O César, nous qui « sommes des héros, nous t’avons engendré dans la reine des cités, « pour être notre gloire et notre soutien, la terreur des ennemis. Tout « ce que nous avions conquis à force de travaux et de périls nombreux. < nous te l'avons donné avec la vie au jour même de ta naissance : la « plus grande patrie qu’un homme puisse avoir sur lu terre; une mai- € son et une famille des plus illustres , dans cette patrie: outre cela. * une instruction accomplie, tout ce qu'il faut de richesses; enfin, toutes
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puissance et leur territoire, son gouvernement personnel, l'empire des Césars, où la décadence allait être une suite naturelle de l’exemple donné et du succès obtenu. Les projets ambitieux de Jules César exigeaient donc que le récit de la guerre de Gaule le couvrit de gloire. Aussi, et sans doute dans cet intérêt, non pour l’honneur de nos aïeux, a-t-il jugé à propos de rédiger lui-même les Commenfaires sur la guerre de Gaule, comme il a rédigé encore lui-même les Commentaires sur la guerre civile contre Pompée.
Cela, néanmoins, a valu à nos aïeux la faveur unique parmi tous les peuples barbares, que Jules César, un des plus grands écrivains de Rome, se soit chargé d’écrire
« les distinctions de la paix et tous les profits de la guerre. Pour tous « ces immenses bienfaits, nous te demandons, non pas une infamie ou « un crime, mais de rétablir la liberté détruite.... * Que si tu as la bonne inspiration d'accorder cette grAee il la patrie et k tes ancêtres, sur tes derniers jours, après que la république aura été rétablie, la renommée te placera au-dessus de tous les hommes, et la gloire de ta mort, elle seule, aura pu surpasser la gloire de ta vie. »— Q uod si tecum patria atque parentes passent loqui, scilicet hxc tibi dicerent : « O Crsar, no* te genuimut fortissumi vin, in optuma urbe, dents , præsidiumque nabis, hostibus terrorem. Q ua muUis labo ri b us et periculis ceperamus, ea tibi nascenti cum anima simul Iradtdimus : patriam maxumam in terris; domum familiamque in patria clarisxumam ; prrterea bonas artes, honestas divitias, postremo omnia honestamenta pacis et prrrmia belît. Pro ht s amplissumis bénéficias , non flagitium a te neque malutn facinus , pelimus , sed ut t liberta tem eversam restituas ... » Quod si tibi bona lubido fueril patri* , parentibus gratifirandi. postero tempore , respublica restituta, super amnes mariales gloria agmta, tuaque unus mars vita clarior erit. (Sall.. Ad C. Crs., de Hep. ord. Ep., II , xv.)
C’était là, sans doute, un noble appel fait aux sentiments généreux de César; mais il demeura sourd, peut-être parce qu'il se trouvait aussi dans ces deux épitrea deSalluste beaucoup de flatteries, comme dans
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l’histoire des sept premières années de la guerre qu’ils ont soutenue contre lui, et de l’écrire avec beaucoup de soin. Cela nous a valu, à nous-mêmes, un moyen exceptionnel, fort beau et plein d’intérêt, de mieux connaître nos aïeux.
Toutefois aussi , la partie capitale de l’œuvre de César, ce qui concerne l’insurrection générale des cités gauloises à la voix de Vercingétorix, la septième année de la guerre , présente des difficultés tout à fait exceptionnelles. Le chef gaulois, même tel que César nous le montre, y apparaît, quand on l'examine bien, comme une grande figure historique, au triple point de vue moral, politique et militaire : c’est un véritable émule du génie de liomc. Leur lutte commence au cœur de l’hiver et ne se termine qu’en automne, par la cata-
ce passage : Atque in te maxume , qui tantum alios progressas es, uti prius defessi s»nt homine» iaudando facta tua, quam tu laude digna faciundo ( Ep I, i}, qu'on ne saurait mieux traduire que par le vers de Boileau .
Grand roi, couse de vaincre! ou je cesse d'écrire!
Tant il est vrai que les autocrates et les flatteurs sont toujours de même, en tous temps, en tous lieux, et que J u vénal a pu dire avec juste raison :
Nihil est quod credere de se
Xon possit, t/uum laudatur, di* srqua potestns.
Toute gloire n’est qu'une fumée, disent les sages; néanmoins colle qui est composée de ces parfums de la flatterie et de la vapeur du sang répandu, ne saurait être considérée comme une fumée vaine, puisqu’elle peut troubler les plus forts cerveaux, et épuiser la substance des peuples; l'histoire en doitdonc tenir compte, comme d‘un fait accidentel qui intervient dans la série des événements, dont elle étudie la connexion et le progrès.
strophe d’Alesia. l)e ce jour, lu Gaule a succombé avec Vercingétorix , et César tourne ses regards du côté de l’Italie que l’effroi commence il agiter. Les développements donnés par l’éminent auteur au récit de cette campagne qui a décidé de la guerre excèdent de beaucoup en étendue ceux du récit des campagnes précédentes, et néanmoins, chose remarquable, la septième campagne est assurément celle dont il est le plus malaisé de se faire le tableau d’après le livre de César. On y lit, en plus d’un endroit, le mot fuite, au sujet des mouvements des légions ; elles exécutent des marches forcées, mais non pour atteindre l’ennemi; elles franchissent tous les obstacles, sans hésiter, dans une direction qu’il est assez difficile d’apercevoir, et sans motif évident de se hâter ainsi.
Des hommes plus autorisés que nous en pareille matière, mais sans doute moins résignés au labeur patient des textes, et peut-être aussi manquant d’une carte des Caulcs suffisamment exacte, se sont contentés d’émettre quelques aperçus sommaires au sujet de ces événements, qu’il est si important de bien connaître jusque dans les moindres détails.
Pour oser nous-méme entreprendre ici de les expliquer, nous avons besoin d’apporter dans notre explication beaucoup de méthode, et de nous aider de tous les moyens utiles. Ainsi, nous espérons que le lecteur, à raison de l’importance et de la difficulté du sujet, en faveur de la nouveauté des opinions que nous allons émettre
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et du travail qu’elles nous ont coûté, voudra bien s’arrêter un peu avec nous à des considérations générales de plusieurs sortes, qui nous paraissent indispensables pour la clarté dans la discussion du récit de César. Nous osons même dire qu’en certains points elles oflrent de l’intérêt pour toute l’histoire ancienne.