J U I, E S C ÉS A R E N G A U L E
droit à Bellegarde et entrer en pays sébusien ; il faut opter : on n’a point d’autre voie praticable devant soi. Or, le texte dit que les Helvètes passèrent par le pays des Séquanes; donc ils passèrent par Chézeri.
2° Les Helvètes ne peuvent avoir traversé à l’ouest par le pays des Sébusiens. En effet, ceux-ci étaient clients des Éduens, lesquels étaient amis des Romains : nuis otages n’avaient été donnés et reçus entre les Sébusiens et les Helvètes ; donc le passage de l’émigration il travers leur pays eût été violent, comme il le fut dans celui des Éduens, dans celui des Ambarres, dans les propriétés des Allobroges sur la rive droite du Rhône. Par conséquent, d’après l’orographie de la contrée, en traversant le pays des Sébusiens, les Helvètes eussent traversé le Jura moyen par une crevasse de montagnes d’environ vingt-cinq kilomètres de longueur, en une très-longue file', pendant plusieurs jours, avec l’ennemi sur les hauteurs qui dominent le passage, précipitant des roches sur les émigrants tout le long de ce parcours. Il est clair que cette voie du pays sébusien était impraticable aux Helvètes, et qu’au lieu de s’y exposer, il valait encore mieux gravir des hauteurs même trèsconsidérables, chez les Séquanes, qui leur tendaient la main ou du moins qui leur permettaient de passer , grâce aux otages donnés et reçus de part et d’autre.
(1) Ce» 360,000 homme» h la file, à un mètre par homme, eussent occupé 360 kilomètres de chemin ; à deux hommes de front, la file eût été encore de 180 kilomètres, sans compter les chars et les animaux.
1 NV ASION.
3“ César traverse les Alpes avec cinq légions, et ne dit pas un mot des difficultés naturelles delà route. Au contraire, pour la route suivie par les Helvètes, il en signale trois fois les difficultés naturelles : — lier angustum et difficile 1 . Rclinquebatur una per Sequanos via, qua , Sequanis invitis, propter angustias ire non potcrant *. Helvelii jam per angustias et fines Sequanorum suas copias transduxerant 3 . — Et pour le territoire des Séquanes, les Helvètes ne songent nullement, comme pour celui des Allobroges, à y passer de force. Aussi, pendant que les Helvètes traversaient environ soixante kilomètres de pays séquane, César, de son côté, a-t-il pu franchir les Alpes et parcourir d’abord six cents kilomètres de route pour se rendre à Aquilée, puis encore autant au retour, en traversant de nouveau les Alpes avec cinq légions ; sans compter le temps nécessaire pour organiser deux de ces légions, pour mettre en campagne les trois autres, etc. Cette comparaison des deux itinéraires montre bien que les Helvètes avaient dû rencontrer beaucoup de difficultés naturelles dans la traversée du pays des Séquanes; et une route facile ne conviendrait pas aussi bien au récit des Commentaires.
4° Les difficultés de la voie que nous indiquons sontelles trop grandes, excessives? Là est la seule question. A ce point de vue, qu’on veuille bien considérer ce qui se passe encore aujourd’hui dans ces mêmes montagnes. On
(9) Dt btllo GaUico, I, vi. — (2) Ibid., I, tx. — (8) Ibid., I, xi.
34S JULES CÉSAR ES fî AU LE.
y voit les habitants actuels de cet ancien pays des Séquanes, avec des moyens de transport d'une simplicité primitive et par des chemins absolument naturels, n’être nullement embarrassés pour transporter, chaque jour et dans toutes les directions, des sapins, d’énormes sapins entiers, bien autrement difficiles à faire circuler que des bagages d’émigrants. Quant aux hommes à pied , certainement il n’y eut jamais pour eux de difficultés considérables à traverser ce même pays.
5° Enfin, nous avons cité dans notre Notice géographique des documents historiques qui prouvent que, sur ce terrain même où nous pousse le texte des Commentaires , il a été effectué jadis, lorsque les voies devaient être encore à l’état naturel ou à peine modifiées par les travaux d’art, des transports de marchandises, des mouvements de troupes ; et que ces mouvements de troupes ont eu lieu, en partie comme la marche que nous avons indiquée pour l’armée de César, en partie comme la marche que nous indiquons ici pour l’émigration des Helvètes à travers le pays desSéquanes.
Du reste, cette voie est la seule qui se poursuive à travers le pays des Séquanes, per Sequanos via , à partir de l’entrée de ce pays que César indique avec un repère infaillible, le mont Jura dominant sur le bord du Rhône : inter montem Juram et (lumen Rhodanum, mons autem altissimus impendebat.
Donc, c’est par la voie indiquée plus haut que les Helvètes, quittant leurs foyers, ont traversé le territoire
INVASION
des Séquanes, pour se rendre dans la vallée de la Saône, en évitant les défilés des Sébusiens, savoir : le défilé de N an tua et le défilé de Saint- Rambcrt.
Du sommet du Rcvermont, avant de descendre dans la plaine, les chefs des émigrants durent porter leurs regards sur les montagnes qui sont en face, de l’autre côté de la Saône, pour reconnaître la voie de l’ouest. 11 leur fut facile de distinguer la position des diverses vallées de la chaîne, qui leur permettaient d'aller passer la Loire dans la région de Roanne et de Feurs. Déjà des considérations de ce genre, spécialement appliquées à la vallée de Beaujeu, avaient fait conjecturer à De Veyle et De Lateyssonnière que les Helvètes passèrent la Saône (comme cela va être dit dans le texte) vis-à-vis de cette vallée, près de Montmerle. La découverte fortuite et récente d’une grande quantité d’ossements humains au bord de la Saône 1 , plus bas que Montmerle, sur le territoire de Saint-Bernard, au nord-ouest et non loin de Trévoux, pourrait modifier cette hypothèse, si l’on démontre que ces ossements ne peuvent provenir de la grande bataille qui eut lieu dans cette région, entre Septime-Sévère et Albinus, Du reste, les conditions orographiques sont les mêmes des deux côtés. En effet, sur la rive droite de la Saône, vis-à-vis de Saint-Bernard, à Ambérieux en Beaujolais, débouche la vallée de l’Azergue, laquelle remonte à l’ouest dans la chaîne des montagnes, par trois vallées
J) Voir le Courrier de l’Ain, numéro du 24 mai INt>2.
secondaires, qui permettent de traverser facilement cette chaîne, ou par Chauffaille, ou par Tarare, ouparSainte- Foy-l’Argentière, pour aller ainsi passer ensuite la Loire de plus en plus haut.
De Lateyssonnière fait arriver les Helvètes au bord de la Saône par les gorges de Saint-Rambert, et ensuite par le pays même des Ambarres jusque près de Montmerle, par conséquent , sans les faire entrer sur le territoire qu’il assigne lui-même aux Eduens. Or, cela est en désaccord évident avec le texte de César concernant l’itinéraire des Helvètes (et le sera encore davantage, si l’on admet qu’ils ont passé la Saône près de Saint-Bernard).
$ IV. Itinéraire de César jusqu’à la Saâne.
Suivons maintenant la marche de César depuis son entrée chez les Sébusiens.
César est campé devant la Perte du Rhône et le confluent de la Valserine qui ont lieu au même point. Les six légions sont réunies là, sur la rive droite du fleuve et du torrent. César est informé de tout ce qui s’est passé durant son absence ; il est très-bien renseigné parla députation des Éduens et le message des Ambarres sur la position actuelle des Helvètes.
Le texte ajoute : « Par ces motifs, César résolut de ne « point attendre que les Helvètes, après avoir entière- « ment ruiné les alliés, parvinssent chez les Santons. » Quand César nous dit qu’il ne veut pas attendre, c’est
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qu’il part. Il part dans la direction du lieu où doivent se trouver les Helvètes.
De la Perte du Rhône même et du camp des Tates, une voie directe, facile, conduit dans cette direction : c’est le défilé de Nantua : voie unique , suivie de temps immémorial par les routes nationales de Genève à Lyon, de Genève à Nevers : grande voie naturelle qui traverse les monts Jura par leur unique cassure totale, et où l’on aperçoit encore, çà et là, sur les côtés de la route actuelle , des restes du chemin primitif. César, arrivé au bout du défilé à la Cluse, dut suivre la branche de la route qni se dirigeait droit à l’ouest, sur Nevers, Noviodunum Æduorum, par Mâcon, Matisco ad Ararim.
Le texte continue ainsi: « Flumen est, Arar,.... 11 « est une rivière, l’Arar (la Saône) , qui se rend dans le « Rhône à travers le pays des Eduens et des Séquanes;
« en coulant avec une incroyable lenteur, tellement que,
« à la vue, on ne saurait dire dans quel sens elle coule.
« Les Helvètes la traversaient sur des radeaux et sur un « pont de bateaux. »
Voilà César en vue de la Saône : cherchons le premier point de la route d’où l’on peut apercevoir le cours de cette rivière. C’est au col où la route franchit la dernière crête du Jura occidental, un peu au-dessus de Ceysériatau-Revermont. Cey sériât! quel nom I un témoignage : castra Cœsarea. César dut, en effet, camper ici. De ce point, il dominait sur toute la vallée de la Saône : il pouvait apercevoir les Helvètes répandus dans la plaine, et
commençant à passer la rivière. Il avait tout le pays sous les yeux ; la position stratégique était excellente.
Il s’y trouve, du reste, des traces antiques sur lesquelles nous aurons à revenir : suivons sans interruption ce qui va se passer.
« Ubi per exploratores Ccesar certior factus est
« Quand César fut informé par ses éclaireurs... » Ainsi, il attendit là, il envoya ses éclaireurs reconnaître de près la position des Helvètes. « Quand César fut informé par « ses éclaireurs que déjà les trois quarts des Helvètes « avaient passé la Saône, et qu’il en restait encore un « quart de ce côté de la rivière, dès la troisième veille « (minuit), partant du camp avec trois légions, il parvint « jusqu’à cette portion des Helvètes qui n’avaient pas « encore passé la rivière ; les ayant attaqués dans l’em- « barras où ils se trouvaient et à l’improviste, il en tua « une grande partie : le reste prit la fuite et se cacha « dans les forêts voisines. »
Pour que, en partant ainsi du camp à minuit, César ait pu parvenir au bord de la Saône, à Montmerle ou à Saint-Bernard, et livrer bataille dans la même journée, comme il est naturel d’entendre ce texte, Ceysériat est un point trop éloigné : il faudrait franchir un intervalle de cinquante ou soixante kilomètres. Cherchons donc s’il n’y a point d’autre camp sur la route.
l)c Ceysériat-au-Revermont, nous descendons droit à Bourg-en-Bresse. Là, en continuant de marcher dans la direction de Mâcon, nous croiserions le chemin suivi par
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les Helvètes, qui se dirige de Jassperon à Montmerle et à Saint-Bernard ; nous laissons donc devant nous la voie de Mâcon , pour prendre u gauche , et suivre les pas des émigrants dans la direction de Châtillon-lès- Dombes et Montmerle ou Saint-Bernard. Nous arrivons à Saint-I)enys-le-é’e?/sériaf. Voilà un second camp de César, castra Cæsarea , dont le souvenir est resté. Celui-ci n’est plus qu’à environ trente-sept kilomètres de Montmerle, ou à quarante-sept kilomètres de Saint-Bernard. Cette distance paraîtra sans doute très-convenable, si l’on remarque l’expression du texte — pervertit , — et si l’on réfléchit que César dut, en effet, camper assez loin des Helvètes, pour tomber sur eux à l’improviste. Du reste, le camp était ici très-bien placé et couvert du côté de l’ennemi par la Veyle.
Saint-Denys-le-Ceyse'nai est donc, suivant nous, le lieu de ce camp d’oii César, d’après les Commentaires (Plutarque dit Labiénus), partit à minuit avec trois légions, pour aller surprendre les Helvètes au passage de la Saône, dans la région de Montmerle ou de Saint-Bernard ; et c’est dans l’un ou l’autre endroit que les Helvètes, et César après eux, passèrent la Saône : à la hauteur même qui correspond aux derniers gués de la Loire.
Du point de passage de la Saône , les Helvètes employèrent « seize ou dix-sept jours de marche * pour arriver « en s'écartant de la rivière, » probablement par Cluny, à dix-huit mille pas ( vingt-sept kilomètres ) de
354 JULES CÉSAlt EN GAULE.
Bibracte (Autun ) 1 - * Ils auraient donc parcouru, suivant nous, depuis Montmerle ou Saint-Bernard jusque près d’Autun, environ cent kilomètres, ce qui fait six kilomètres par jour. On ne peut supposer gratuitement , ce nous semble, que les Helvètes aient fait moins de chemin par jour, c’est-à-dire qu’ils aient passé la Saône plus près d’Autun, plus haut que Montmerle.
En passant cette rivière vis-à-vis de l’une des deux vallées que nous avons indiquées, les émigrants comptaient probablement aller passer la Loire aux gués de Roanne ou de Feurs ; mais César les ayant atteints et attaqués au passage de la Saône, ils ne purent plus, sans doute , en sa présence , s’engager dans ces vallées qui sont très-longues, et dont les versants sont en quelques points très-rapprochés et très -rapides.
§ V. — Marche des Helvètes suivis de César au delà de la Saône jusque chez les Lingons ; soumission des débris de l'émigration. Tableau statistique du désastre qu’elle a éprouvé.
Nous ne pousserons pas plus loin l’étude des détails de cette première campagne de César en Gaule, ne connaissant pas suffisamment le terrain et les antiquités de la région d’Autun, pour nous former une opinion au sujet du lieu de la grande bataille qui fut livrée à dix-huit
(1) De bello Gallico, I, xxm. Depuis l'époque où nous avons lu ce travail à l’Académie des Inscriptions, nous avons eu connaissance d'une Note sur l'invasion des Helvètes dans les Gaules, par M. Charles Cadot, ingénieur des ponts et chaussées, où notre aperçu précédent se trouve tout k fait confirmé par l’examen des conditions particulières de la contrée.
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mille pas de cette ville. Les Romains y tuèrent encore environ 172.000 émigrants, dont plus de 100,000 incapables de porter les armes. Parmi les divers lieux indiqués jusqu’à ce jour comme ayant été le théâtre de cette bataille, celui de Montmort , sur la rive droite de l’Àrroux, à dix-huit mille pas d’Autun et non loin de Ilourbon-Lancy, nous paraît réunir les principales conditions qu’exige le récit de César.
Nous allons maintenant mettre sous les yeux du lecteur la fin de ce récit, pour compléter ce qui concerne la marche de l'émigration des Helvètes, qui fut le prétexte de la guerre de Gaule; et nous présenterons ensuite le tableau statistique du désastre qu’éprouvèrent ces émigrants, afin de fournir ainsi un premier aperçu, net et exact, de la nature de cette guerre et du caractère militaire de César.
« Ceux des émigrants qui sfàvécurcnt à cette bataille, « dit César, furent au i&mbrc de 130,000. Ils marchèrent t sans s’arrêter tout le reste de cette nuit-là 1 ; et, mar- « chant encore toute la nuit sans s’arrêter un seul • instant, ils parvinrent le quatrième jour sur le terri- « toire des I.ingons * , sans que les Romains , retenus « trois jours pour soigner leurs blessés et ensevelir les
(1) On s'était battu aux bagages pendant une partie de la nuit.
(2) Cette traduction littérale du texte donne à comprendre que les Helvètes, jusqu'à leur sortie du territoire des Eduens, ne marchèrent que de nuit. Sans doute, pendant le jour, ils devaient chercher des vivres, se tenir serrés eu masses, de crainte d’étre attaqués, et se reposer un peu.
JULES C E S A tt E N GAULE.
« morts 1 * 3 * * , eussent pu les suivre. César envoya aux Lin- « gons des courriers avec une lettre où il leur défendait « de prêter assistance aux Helvètes, en blé ni en quoi que « ce fût, et les menaçait , au cas où ils leur prêteraient « assistance , de les traiter eux-mêmes comme les Hel- « vêtes. Les trois jours écoulés, César, de son côté, avec « toute son armée, se mit de nouveau à suivre ces émi- « grants.
« Les Helvètes, dénués de tout, se résignèrent à faire « leur soumission et lui envoyèrent à cet effet des députés; « lesquels l’ayant rencontré en chemin, se jetèrent à ses t pieds en suppliants, et implorèrent la paix. César or- « donna que les Helvètes l’attendissent à la place même « où ils étaient ; ils obéirent. Lorsqu’il y fut arrivé , il « exigea qu’on lui livrât des otages , les armes , et les es- « claves transfuges. Pendant qu’on les cherchait et qu’on • les rassemblait , la nuit étant venue , environ six mille « hommes du canton appelé Verbigène a , soit qu’ils « fussent poussés par la crainte d’être après leur désar- « moment 8 livrés au supplice, soit qu’ils fussent entraînés « par une lueur de salut et comptassent que, sur une si
(1) Et sans doute aussi pour s'accommoder du butin qui dut être grand dans cette occasion ; car, pour les soldats do César, le butin était le mobile principal, comme nous le verrons. Il est dit ici : e On sc battit aux « bagages jusqu’à une heure très-avancée de la nuit.... Après un long «combat, les Homains s'emparèrent des bagages et du camp. »(I, xxvx.)
(i) N’y a- t-il aucune trace de cet ancien nom, Verbigène; dans celui de deux villes suisses : Borne ou Orbe ?
(3) Ces 6,000 hommes appartenaient donc à la catégorie des émigrants
en état de porter les armes. Cette remarque n’est pas sans intérêt pour
apprécier la sentence que César va prononcer contre eux.
« grande multitude qui avait fait sa soumission, ils pour- « raient s’enfuir sans qu’on s’en aperçût tout de suite, « ou même qu’on le sût jamais, sortirent du camp des « Helvètes à la- première veille (six heures du soir) , et se » dirigèrent à la hâte du côté du Rhin et du pays des « Germains. Lorsque César en fut informé , il enjoi-
* gnit aux habitants du pays à travers lequel les fugitifs « étaient partis, de les rechercher et de les ramener, s’ils « voulaient eux-mêmes rester purs à ses yeux. Quand on « les lui eut ramenés, il les traita en ennemis 1 .
« Après que tous les autres émigrés eurent livré des « otages, leurs armes, les esclaves transfuges, César les « reçut à discrétion. Il ordonna que les Helvètes, les Tut linges, les Latobriges retournassent dans leur pays , « dans les régions mêmes d’où ils étaient partis ; et comme « ils avaient perdu leurs provisions de blé et qu’il ne leur « restait plus rien chez eux pour vivre, il enjoignit aux « Allobroges de leur fournir le blé nécessaire, et aux émi- « grés de reconstruire leurs places fortes et leurs habita- « tions rurales incendiées au départ. César fit cela par ce « motif principal qu’il ne voulait pas que le pays aban-
* donné par les Helvètes restât vacant, de crainte que, « vu sa fertilité , les Germains, qui habitent de l’autre « côté du Rhin, ne passassent de leur pays dans celui « des Helvètes, et ne devinssent limitrophes de la pro- « vince de Gaule et des Allobroges.
(1) C’est-h-dire « il les fit mettre à mort. »
« 11 permit aux Eduens, qui lui en firent la demande, « de céder sur leur territoire une place aux Boïens » dont ils appréciaient la remarquable bravoure. Us « leur donnèrent des terres , et par la suite ils les « admirent à participer à leurs droits et à leurs lift bertés. »
On doit remarquer ici (pie César , froidement , fait mettre à mort G, 000 émigrés, pour avoir tenté de regagner leurs foyers sans sa permission, et qu’il y renvoie lui-même tous les autres émigrés. La raison qu’il allègue paraît donc n’être qu’un prétexte , et porte à penser qu’il a simplement voulu se débarrasser de ces 0,000 hommes en état de porter les armes, lesquels étaient probablement tout ce qui restait de cette catégorie d’émigrés, sauf parmi les Boïens. Quant aux Boïens, tout braves qu’ils étaient, César n’avait plus à s’en inquiéter, dès que les Éducns, ses amis et alliés, s’incorporaient tout le reste de ce petit peuple.
Voici, pour terminer, le tableau statistique des résultats généraux de cette émigration des Helvètes, d’après l’ensemble des éléments qu’on trouve dans les Commentaires '.
Helvètes .... 263 . 000 I Xulinges.... 36.000 Peuples divers constituant l'émigration. Latobriges. . 14.000
I Rauraques.. 23.000
i Boïens 32.000
Nombre total des émigrants 368.000
(I) De bello Qallico, I, xn, xnt, xxvi, xxvn, xxvm, xxix.
INVASION
Dont
total mooo
en état de porter les armes 92.000
hors d'état de porter les armes.. 276.000 Helvètes-Tigurins tués ou dispersés avant le passage do la Saône ( quart des Helvètes ) 66.000
Emigrants qui ont passé la Saône 302.000
Il en a survécu à la grande bataille 130.000
Il en a donc été tué à cette bataille 172.000
Helvètos-Verbigènes misé mort chez les Lingons 6.000
Helvètes-Tigurins tués avant le passage de la Saône (grande partie de 66.000) 34.000
Nombre total des émigrants tués par les Romains 212.000
Helvètes-Tigurins dispersés avant le passage de la Saône
[complément de 34.000 pour faire 66.000) 32.000
Helvètes, Tulinges, Latobriges renvoyés dans leurs
foyers 110.000
Boïens établis cbezlesÉduens [complément des survivants') 14.000
Nombre total , égal 368.000
(1) César ne dit rien ici du sort des Rauraques, en particulier; mais, au septième livre , dans l’énumération des cités qui envoyèrent une armée auxiliaire à Alesia, on voit de nouveau les Rauraques unis aux Boïens et imposés conjointement avec eux à un certain contingent de troupes. Ainsi, d'après ce rapprochement des textes, les Rauraques qui émigrèrent avec les Helvètes paraissent s’étre fixés en Gaule avec les Boïens, auprès d'eux, sinon confondus avec eux. Cet aperçu est d'ailleurs confirmé par l'inscription de Gante, où l'on apprend que Munatius Plancus, qui amena des colons d’Italie dans le pays où est aujourd'hui Lyon, en amena pareillement dans le pays primitif des Rauraques, h Raurirum (ou Rauracum, Augusta Raurico rum ou Ratiracorum, aujourd'hui Augst, dans le canton d'Argovie, d’après M. L. Rénier, Itinéraires romains de la Gaule). Voici cette inscription intéressante :