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chaque événement, en tenant compte toutefois des causes d'erreur que n’exclut pas le coup d'œil même d’un généra) expérimenté.
Ainsi, pour les faits principaux, telsque sièges, marches, batailles, appréciables par toute l'armée, nous considérons le récit des Commentaires comme exact et incontestable. En effet, ces magnifiques bulletins historiques de la guerre de Gaule, qui fut l’origine d'une guerre civile universelle et de l’empire des Césars, on dut se les arracher pour les lire, à Home et dans tous les pays où s’étendait la domination romaine. Or soixante mille légionnaires revenus des Gaules, et répandus en tous lieux, vivaient pour contrôler le récit des événements dont ils avaient été les témoins actifs, et ne pouvaient y demeurer indifférents. Ce récit fut donc nécessairement véridique touchant les grands faits. Aucun homme, pas même César, n’a pu affirmer nettement le contraire de la vérité à la face du genre humain. 11 existe un point au delà duquel la pudeur publique ne saurait être bravée.
César, néanmoins, avait dans ce récit un si grand intérêt politique, et possédait d’ailleurs une si grande habileté de style, qu’on ne devrait pas s’étonner de trouver, dans les Commentaires, le récit de ses victoires admirable de clarté, et celui de ses revers, s’il en a éprouvé, merveilleusement voilé.
C'est ainsi que M. Quicherat parle de lacunes dans les Commentaires, à propos du passage de la Saône par lar-
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niée romaine, pour se rapprocher de la Province. « De « semblables lacunes existent, dit-il, à toutes les pages « des Commentaires ; c’est la manière césarienne : une « concision admirable, comme on a coutume de dire ; un « art qu’on fait reposer uniquement sur des principes
* littéraires ; mais moi j’y reconnais souvent la dextérité « d’un politique qui glisse, comme avec des patins, sur « les situations équivoques, et qui dérobe sous la précipitation du récit des faits défavorables pour sa gloire « qu’il lui était impossible de passer sous silence. Ici, « ajoute M. Quicherat, au sujet d’un point de la discus- « sion que nous retrouverons, il n’a pas voulu laisser « voir qu’il s’en était fallu seulement de quelques heures « que Vercingétorix l’enfermât chez les Lingons »
M. Rossignol est loin de partager cette opinion. « Je « cherche vainement, dit-il, les faits qui pouvaient être « en ce moment désagréables pour la gloire des Romains, « et que César aurait pu dissimuler dans son intérêt ; je « n’en trouve aucun. Quelle hontey avait-il à franchirsnns « échec une barrière (la Saône) qui pouvait arrêter ou dé- « truire son armée? Ce passage eût été un triomphe —
« Ces brillants débuts auraient-ils eu, dans un avenir « éloigné, des résultats sur lesquels l'historien aurait pu
* jeter un voile? Au contraire, la fin nous montre Ver- « cingétorix aux pieds de César et la Gaule vaincue.
« Le danger eût été réel, que c’était une raison de tout
(1) L’Aléxia de César rendue à la Franche-Comté. Paris, 1857» p. 38.
« dire, même dans l’intérêt de la gloire : la yloire est « d’autant plus grande que le péril évité est plus immi- « nent. Quand César est enfermé dans le Nord, il le dit , « quand il est battu à Gergovia, il ledit; quand il est
« prisonnier entre l’Ailier et la Loire, il le dit Au
« lieu de l’hypothèse de M. Quicherat, il y aurait un i gouffre béant, soyez-en sûrs, César l’aurait dit, parce « qu’il y aurait de la gloire à le combler. Cette théorie « est si simple 1 ... »
Entre ces deux affirmations opposées, tâchons d'établir une appréciation motivée et précise. Il est clair que si César eût borné son ambition au succès final, il n’cûtpoint dicté les Commentaires: le résultat de scs guerres, visible comme le soleil, ne pouvait être ignoré de personne, ni oublié dans la postérité. Son livre seul est un témoignage manifeste qu’il a voulu élever à sa gloire un monument historique, se présenter lui-même aux contemporains et à la postérité tel qu’il désirait être vu. Le procédé adopté dans cette œuvre, c’est-à-dire un récit fait simplement à grands traits, est une manière parfaite pour atteindre ce but; et l’on aperçoit facilement quel art César y a mis dans ce qui concerne sa lutte en Gaule contre Vercingétorix et sa lutte en Grèce contre Pompée. 11 avait eu là deux émules de chacun desquels le parallèle avec luimême dut attirer toute son attention. Aussi, quelle habileté de rédaction, quel art de style, quelle trame à peine
(1) L' Ah sia de Cêtar mambnue dan » ÏMuxow, p. 22 et 23.
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visible relient tous les détails ensemble, presque naturellement , dans ces deux parties des Commentaires! Quel arrangement soigné, quelle pose parfaite dans la statue que César s’y élève à lui-même en déprimant ses émules! Nous allons bientôt le reconnaître à loisir par la discussion du texte.
11 est vrai néanmoins, et nous devons le rappeler ici, que le continuateur de l’œuvre historique de César, Ilirtius, dans sa lettre à Ralbus, placée en tête du livre VIII sur la guerre de Gaule, tendrait à nous suggérer une opinion contraire, touchant la véracité des Commentaires dont César est l’auteur. Dans cette lettre, en effet, après avoir rappelé quel sentiment d’admiration font naître ces Commentaires chez tous ceux qui les lisent, Il irtius ajoute : « Cependant personne d’autre ne peut les admirer au- « tant que nous (Balbus et Hirtius). Les autres, on effet, • peuvent bien eu apprécier la beauté et la perfection t de style ; mais nous, nous savons, de plus , avec quelle « facilité et quelle rapidité César les a rédigés. Or, « non-seulement César écrivait avec facilité et avec une « élégance suprême, mais encore il savait exposer ses « desseins de la manière la plus véridique'. • Que vaut ce témoignage d’IIirtius en faveur de la sincérité du
(1) Cujuu tam en rei major nostra , quam reliquomm est admiratio. Crttri miro quam bene atque tmendate; tioi etiam quam facile atque eeleriter eos confecerit , scimus. Erat autem in Casarc quum facilita», atque thganiia summa scribendi. tum veritsima suorum scientta consiUorum tarpUcandotvm , (De beH. Ciall, VIII.)
récit de César? Hirtius, d’après une lettre de Cicéron à Atticus, était le confident politique de César. Il a été choisi par Balbus pour la continuation de l’œuvre historique de César : il était donc évidemment l’ami politique de Balbus. Or Balbus était aussi l’ami politique, intime, le confident de César : on en trouve dix preuves dans les lettres de Cicéron à Atticus, dans une lettre de Balbus lui-même à Cicéron citée par Suétone 1 2 . Donc le témoignage présenté ci-dessus par Ilirtius doit être considéré, au point de vue politique, comme fourni par Balbus et émanant, à son origine, de César lui-même. Dès lors, que prouve ce témoignage d’Hirtius? Rien en faveur de la sincérité du récit de César; mais, au contraire, sa publication même donne à penser que César et ses amis ne considéraient point comme inutile de présenter au public, à Rome et dans l’histoire, quelque témoignage constatant que les Commentaires sont trèsvéridiques.
L’intérêt politique de César exigeait que tout le monde fût bien convaincu que ses succès étaient le résultat nécessaire de son génie et de sa fortune, non un accident qui eût pu ne pas se réaliser. Il lui convenait de se montrer au milieu de dangers très- grands, comme le dit
(1) Cette lettre de Balbus est intercalée parmi celles de Cicéron à. Atticus, entre les lettres vu et vm du livre IX. (Éd. Amar, rev. par Le Clerc, t. I, p. 423.) La lettre où il est parlé d'Hirtius est la quatrième du livre VII, p. 313.
(2) Suet., J, Cxsar, uxxxi.
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M. Rossignol, pourvu que ces dangers fussent toujours moindres que les ressources de son génie. Il a bien pu rapporter que ses légions furent battues à Gcrgovia, mais par leur faute, a-t-il ajouté; qu’elles le furent encore près de Dyrraehium, mais par suite d’un de ces hasards de la guerre qu’il est absolument impossible de prévoir. Tandis que, avouer qu’à Gergovia, et surtout après le départ de Gergovia, il fut trompé dans ses prévisions, arrêté dans l’exécution de ses projets, qu'il faillit être enveloppé, affamé, écrasé en détail par un ennemi habile, et qu’il dut chercher son salut dans la fuite (comme nous tâcherons plus loin de le démontrer), c’eût été admettre qu’il pouvait trouver son égal, que sa fortune pouvait périr; ce que César n’admettait point. On en a la preuve dans cette parole qu’il adressait à son pilote, alarmé du mauvais temps : « Va, mon brave, du courage « et ne crains rien, tu mènes César, et ta barque porte « la fortune de César 1 ! »
Le rôle de César est donc de prévoir et de maîtriser les événements. 11 11e peut pas laisser croire qu’il ait fui, qu'il ait désespéré de sa fortune; aucun triomphe ensuite 11c serait pourlui une compensation suffisante. La conscience de sa propre force et la confiance qui en résulte, c’est V étoile de César; c’est sa puissance sur le soldat et sur le peuple. L’étoile de César, J ulium sidus, un barbare aurait pilla faire pâlir, la faire disparaître! Un barbare aurait
(Il Plutakqih, C.J. Coût, \.\xyiu.