‹ Jules César tragedie ShakspeareChapitre 10 sur 113 · ÉmersoD · texte numérisé non relu

ÉmersoD

34 ÉTUDE l'RÉLIMINAlRB.

C/clait un hoaiiiic, en ciïel. Avec Brutus, la république romaine mcurl; Tère des Césars commence, el il semble qu'il ne fallait pas moins qu'une telle victime

pour inaugurer une lelle révolution.

Le ciel ctioisil sa mort pour servir dignement. D'une marque dternelle à ce grand changement, £t devait cette gloire aux mânes d'un tel homme D'emporter avec lui la liberté de Rome.

{dnna, acte II, seène i'*.)

Dans le caractère de ces deux principaux ppr>onnages de son drame, Shakspeare s est scrupuleusement conformé à Thistoire; il les fait parler et agir comme ils ont parlé et agi.

Quant aux autres conjurés, et notamment Métellus

Gimber, Décius Brulus et Casca , Shakspeare a donne'' libre carrière à sou génie pour les mellre en scène, et donner à chacun son caractère suivant ses actes. A leur égard, il exerce en plein ce don de seconde vue qui le fait pénétrer, à défaut de l'histoire, au fond de toutes les âmes, et il semble dire à Plutarque, son guide lidèle : Quant à ceux-ci , dis-moi ce qu'ils ont fait, je saurai ce qu'ils sont.

Aucun d'eux ne se ressemble. L'un est rampant, Tautre est pertide; celui-ci est rusé et obséquieux, ceiui-là est audacieux et empirique; et, entre eux tous, Casca se distingue par ses terreurs superstitieuses et l'originalité grotesque de son esprit.

Casca est une nature impressionnable et violente, un

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homme d'action plutôt que d'idée, se rapprochant du peuple par ses mœurs et les habitudes de sa parole, un homme qui ne sait pas parler comme il faut, suivast Brulus, mais qui, suivant Cassius, sait agir quand il faut, it Parle pour moi^ poignard, dit- il en frappant le premier César; et cette sanglante initiative prouve à Gassius combien il avait raison de compter sur lui.

Ce qui fait contraste avec Gasca, c'est Gicéron. Parler grec quand il faudrait agir, et se mettre à Técart quand il faudrait se montrer, à cela se réduit, dans le drarae de Shakspeare, réloquence du prince de la parole et la sollicitude du père de la patrie. Son caractère ne brille que par sa nullité* a Jamais il n'entrera dans l'œuvre commencée par autres, » avait dit Brulus au moment du complot ; et en eilet, à peine a-t-il entrevu dans les yeux troublés de Casca comme un reflet de Torage qui s amoncelle, comme un éclair de la conspiration qui va éclater, qu'il se sauve pour ne plus revenir, sous prétexte qu'il ne fait pas bon rester à Pair en un pareil moment. Suivant Shakspeare, à ce qu il parait, il faut le Capilole à celle splendide organisation, et ce magnifique ouvrier de paroles cesse d'être quelque chose sitôt que le danger brille, et que sans péril il ne saurait parler.

En ce qui concerne les traits de Jules César, le pinceau de Shakspeare a-t-il été aussi scrupuleux, aussi fidèle à l'histoire que pour ceux de Marcus Brutus et

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des aatres conjurés, et peat-on reconnaître ce grand homme au langage plein d^ontrecnîdance qa*il Ini fait

tenir, en diverses circonstances, et notamment dans sa réponse à Méteilus Cimber, qu'il traite littéralement comme un vil chien

On ne peut disconvenir que, dans ce drame, les actions de César parlent mieux pour lui que lui-même, et que, si ses actes témoignent d*an souverain mépris du danger qui le caractérise dignement, ses paroles affectent un dédain trop injurieux des hommes, qui le rapetisse. On se rabaisse soi-même en rabaissant ceux qu'on aspire à dominer.

Mais, avant de passer condamnation, comme Tout fait d^éminents critiques, il serait juste, ce noas semble, déconsidérer qu'à Tépoquc de sa vie où ce drame commence, César, au dire de Piutarque, poussait larrogance et la hauteur aussi loin que possible. Au peuple qui avait fail des ovations au\ tribuns Flavius et Marullus pour avoir fait arracher ses images, César adressait les épiihétes injurieuses de bmtes et de cuméem; aux sénateurs qui venaient le féliciter des honneurs surhumains qui lui avaient été décernés, il répondit un jour : « que ces honneurs avaient plutôt besoin d*ètre « restreints qu'augmentés, » sans môme daigner se lever de son siège pour les accueillir, k, quoi Piutarque ajoute : «c qu'une telle hauteur n affligea pas seulement « le sénat, mais encore loul le peuple; et que tous i< ceux qui n'étaient pas tenus de rester là s'en allèrent < consteniés et la tête baissée. »

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