‹ Jules César tragedie ShakspeareChapitre 13 sur 113 · Voir acte 11, scène · texte numérisé non relu

Voir acte 11, scène

de Shakspeare, ^ et, ea effel, mailre iiors ia loi «était <c dans on gouTernement libre, oomme l'a remarqaé

« Montesquieu, la seuie mauicre depuuir celui qui s'é- « taii mis au-dessus des lois. »

Hais les leçons du sang ont uae msiructioii Qui toarne tôt ou tard à la perdition De celai qui les donne.

Et c'est une politique bien bornée que celle «jui ne consiste qu'à répandre le sang^

Si Brulus pensait, comm^ ou la dit dans les temps modernes, qu'tï n'y a que les morts qui ne reviennent

pas y il fut bicnlùL désabusé cruellement; car, à Philippes, dans sa tenle, et à la veille du combat qui allait décider de sa yie et du sort de Rome, et même sur le champ de bataille, au milieu du carnage, un fantôme lui apparut. Quel était ce fantôme? rbistoire ne le dit pas. Hais le génie pénétrant de Sbakspeare, auquel cette vindicative circonstance n'a pas é( liappé, le dit et le montre. Ce fantôme» ce mauvais génie, pour ne pas dire ce remords personnifié, c'est César, César que Marc-Antoine avait évoqué dans ses imprécations contre ses assassins.

L'ombre du grand César ayant alors pour guide, Clutude oncor des enfers, rimplacable Eumrnide, Jusqu'aux confins (lu monde ira crier : Du samj.

{AiUoinet acte scène i'^^.)

Le prestige de César, il était donc partout, à liome i. La Bruyère.

ÉTUDE PftÉUMINAIftE. 39

et dans Tunivers entier. Il survivait à César, et Bi ulus en avait faitTépreuve douloureuse, d*abord en fuyant

de Rome pour se soustraire aux vengeances incendiaires de tont un peuple soulevé à la vue du cadavre et des blessures de César; et plus tard, en voyant son ami Cassius, le dernier Romain^ étendu sur le champ de bataille de Philippes, et qui s'était tué de sa propre main. Alors il dut se dire, comme le lui fait dire Shaîispeare :

Ta puissance, 6 César ! est point anéantie,

Ton funesle i:L'nie erre encor parmi nous.

CuuUc liOa propres cœurs il iait tourner nos coups.

[Drulm^ acte scèoe m.)

Ainsi, César mort,, aux yeux deBrutus lui-même, est pins puissant encore que César vivant*

Il ne suffisait donc pas de tuer César. César lue, restait Tarmée de César, le peuple de César, le prestige, la gloire de César; le besoin d'un César, quel qu'il fôt.

L'armée, César l'avait comblée de libéralités de tous genres. Les gens de guerre tenaient de lui des lerres dans les provinces qu'ils avaient parcourues, des mai* sons dans les villes où ils avaient séjourné *.

Le peuple. César le nourrissait, le caressait et Ta-

1 . « Les soldats romains n'avaient pas proprement d'esprit de « parti. Ils ne combattaient point pour une certaine cliosc, mais « pour une certaine personne, et ils ne connaissaient que le chef « qui les engageait par des espérances immenses; mais, le chef « battu nV'tant plus on et.iL de remplir ses promesses, ils se re- « tournaient de l'autre cùlé. »

ËTUDE PRÉLIMINAIRE

musail'. Le peuple, en tout temps, aune mieux soa bien-être que sa liberté^ ; car qu'importe à qui n*a rien

sous quel gouvernement il vit^! Qu'importe d'être citoyens ou sujets, à ceux qui sont à peine des hommes^?

Les peuples n*ont jamais que les gouyememenls qu'ils méritent; or, le peuple romain, à celle époque, élait fait pour obéir, comme César pour commander.

Le prestige de César était dans tous les esprits; et, dans toutes les parties du monde romain on sentait le besoin d'un pouvoir fortement concentré. A Rhodes, où Gassius allait chercher les subsides nécessaires à la campagne qu'il allait tenir, les habitants rappelèrent seigneur et rot\ dit Plutarque, et il fut obligé de leur répondre qu'il n'était ni roi ni seigneur, mais qu^il avait tué celui qui aspirait à le devenir. A Rome, suivant Sbnkspcare, au moment même où Brutus descendait de la tribune, d'où ses accents énergiques avaient lâché de réveiller dans tous les cœurs l'enthousiasme de la liberté, les gens du peuple s'écriaient : Quon

\. a A celte époque, il n'y avait pas moins de 320,000 citoyens « qui prenaient pari à ces distributions de blë. »

(Herder. l'hilosophie de rhistoirc, t. III.)

2. « El ne fait des révolutions que pour boire du meillmr^ » comme Caliban, dans la Tempête, de Sbakspeare.

Page 1