L'esclave à Rome était une chose, et non une personne
5. « Il fallait, » dit l'historien éloquent de César^ « que Rome « fût bien dépourvue do patriotes, et que l'ombre de César fut « bien présente aux provinces et avx armcesy pour que l'Italie, u les provinces, les ai mées attendissent immobiles pendant un an < qu'il plùtà César de sortir des festins et du lit de Cléopàtre. »
{Histoire de César, par M. de Lamartine.]
s'attelle à son char; le plus grand des Césars^ e^est Brutiis : qu'il soit fait César, absolument comme ce soldat russe qui, s approchant de Toflicier^ qui lâcbail de soulever sa compagnie au nom de la république slave, lui dit : Je veux bien crier vive la république^ mais quel sera notre empereur ?
Ainsi, tout et tons semblaient conspirer contre la république avec Tambilion cauteleuse de César. Car le peuple- roi, c'étaient des affranchis; Rome, c'était la circulation des hommes de tout Ftmivers ~ ; lo monde romain, c'était du sable aggloméré. Il fallait une seule main, une main puissante pour le contenir.
César le sentait. Mieux que Brutus il appréciait les nécessités d'un aussi vaste empire, au dehors et au dededans* Àu dehors, plus il Tavait agrandi par ses conquêtes, plus il avait rendu indispensable le pouvoir d'un seul. Au dedans, la soif de repos était d autant plus grande que les guerres civiles avaient duré plus longtemps. Cette lassitude, ce besoin de concentration et d'unité qui n'avaient pas permis au monde romain de rester divisé entre Pompée et César, entre Brutus et les triumvirs, ne devaient pas permettre ultérieurement à ces triumvirs de maintenir entre eux le partage qu'ils en avaient fait.
Le génie de César pressentait ces choses; cdr César avait fait son apprentissage d'homme d'État et d'homme de guerre au sein des guerres civiles. Neveu de Marins, rival de Pompée, il savait que Tarmée de Pompée, pas
i . II s'appelait Mourawtef. Le fait se passait en 1825.
2» MONTBSQOIBU.
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plus que celle de Sylla, pas plus que la sienne, ne combattait pour la république, mais pour le chef qui la commandait; qu^elle appartenait au plos ofirant, et ne cherchait pas tant la gloire qne le profit. I! savait à quoi aboutissent, en définitive, les tiraillements du comman- ^ dément militaire sur le champ de bataille, et les dis* scnsions dans la cité.
Vainqueur des Germains, dominateur des Gaules, et quand toutes les parties da monde Taincu, si différentes entre elles d*esprit, de mœurs et de lois, étaient sonmises, mais non réunies à la puissance romaine, César en était arrivé à dire, non pas seulement comme Louis XÏV après l'agrégation des provinces opérée par sa main : ISÉtat, c'est moi^ mais : Le monde ^ c'est moL., Vainqnenr de Pompée, et quand TÉtat, le monde, avaient soif de paix, il avait dû, dans Tinstinct de son génie, ou, si l'on veut, dans Tivresse de sa domination, se dire à lui-même comme Mahomet : On ne fait pas entrer deux ghives dans un fourreau. Et César avait raison de le dire, car Tunité est Tâme du monde :
Môme la liberté nn peut plus être utile Qu'à former les fuieuis d'une guerre civile, Lorsque, par un désordre à l'univers fatal, L'un ne veut [)lus de maître, et l'autre point d*égaL
(Ctnna, acte 1'% scène ii.)
Mais ce n'était pas seulement César qui avait soif de domination, c'était liome elle-même. Le tyran des Romains à cette époque» tyran impitoyable s'il en fut ja*
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mai», ce ii*étaK pas César^ c*éteit Tesprit guerrier de
ilomej c'était cet esprit qui avait lait sa grandeur et qoi faisait sa ruioe. Alors la dictature insolente de ia guerre^ asservissait tout eft tons : le sénat comme le peuple, l'âme de Brutus conime Tame de Galon, celle de Pompée comme celle de Gésar, et Gicérou lui-même y obéissait^.
La plaie de Rome alors, celle qui lui rongeait le cœur, c'était TesclaY^e» et Catoa lui-même œ voulait pas qu'on la guérît
Cï'lail par la main des esclaves que les Romains cultivaient ces terres immenses qu*ils possédaient en Italie, en Sicile, en Grèce; par leurs mains qu'ils faisaient exercer les plus indmes professions. Le travail, loin d'enaohlir Tesclavage, Vavilissait; il était un signe de servitude, et non un moyen de rédemption. C'étaient des esclaves qui formaient leur patrimoine, et le droit de patronage, dégénéré en un commerce odieux, était une branche d'industrie que Galon lui-même autorisait par son exemple*.
\ . Belle expression de M. de Lamartine dans son Bistoin de Césast,
2. t Le plus sige, » dit Gioérou dans ses anxiétés patriotiques, « est peut-être de ne pas entrer à Rome, et de solliciter « le triomphe pour mes eampiÈgim en âai> Iftiietife. • (16mL)
3. Les trois cents sénateurs qui leeneillîreni l'âme de Caton et ses dernières paroles demandaient qu'on donnâl la liberté et des armes à tous les esclaves pour ^olEiler les forces des répeblîcains. Mais Gatou repoussa cette spoliatk», préférant la justice même à la victoire»
(M. ot L&MABTiNEt Mistmt de Cém, GLXXXVL)