‹ Jules César tragedie ShakspeareChapitre 15 sur 113 · Hbbiibr, Philosophie de Vhistoêre, t. lU · texte numérisé non relu

Hbbiibr, Philosophie de Vhistoêre, t. lU

ÉTUDE PRÉLIMLNAIRË.

Or, c'étailla guerre quiavaitfaitresclavage ; la guerre faisait des héros el des esclaves', elle ne faisait pas de citoyens. Rome aimait la gloire et la gaerre qui la donne; mais pen lui importait la liberté.

Pour assouvir ses sanglants appélils, il lui fallait des jeux sanglants. Or, à cette époque, ce n'était pas seulement César qui flattait ce goût, c*était Bmtus, c*était Gassius; Brulus comme préteur, Cassius comme édile : c^étaient les plus austères républicains, et, entre les magistrats les plus éminents de Rome, entre César et ses ennemis, c'était à qui fournirait à la république la pâture de sang la plus abondante ^

Qui se trompait de Brutns ou de César? demandet-on. Ils se trompaienl tous les deux, en comptant tous les deux sur un tel peuple.

D^aillenrs Brutus songeait à rétablir Tancienne liberté politique, mais il ne songeait nullement à Tégalilé civilOi ni même aux droits de rhomauité. Il voulait la liberté, mats non pour tous; il songeait à affranchir son

1 . Toute la jeunesse de Rome, appelée par les faveurs de César, se glorifia de servir sous César, et le préféra ouverlement à la patrie.

(M. DE Lamartine, Histoire de César, XLIX.)

2. Le prÎDcipal grief de Gassius contre César, dit Plutarque, était qtie César avait retenu pour lui des lions que Cassius avait fait ramasser et mener à Mëgare.

Brutus, Brutus lui-même se faisait un tel devoir de celte gratification populaire, qu'après être sorti de Rome, au milieu des sollicitudes les plus poignantes, il fit donner au peuple les jeux qu'il lui devait en qualité de préteur, et voulut qu'on ne réservât aucune des bétes fauves qu'il avait taxi acheter de tous côtés pour donner à ces jeux plus de magnificence.

(Plutarque, Vie de Mareus Brutus*)

ËTUDE PRÉMHINAiRE. 45

esclave Luciiis, mais il ne songeait pas à 1 abolition de resclavage ; il s'occupait deqnelques îndiyidos, non de

respëce. Brulus élail un maître fort dou.v, mais c'était un maître.

César, lui, pensait à sa gloire, à Tordre social, non h la liberté. Il cherchait sans cesse à s'élever au-dessus de ses semblables, comme Tâme stoique de Brutus, jamais à les relever^ jamais à les égaler à lui en s*abais- ' sant vers eux.

Brutus regrettait les vieilles institutions de Rome , mais c'étaient ces institutions mêmes qui lui avaient donné le germe de mort. « Qui se sert du glaive, périra par le glaive. » Cela est vrai pour nn peuple comme pour un homme.

Et le glaive de Rome aussi devait se retourner contre son propre seinî Ce glaive, qui avait égorgé tant de nations, ne devait plus servir qu à son suicide. Rome devait être punie par Rome. Le jour viendra où, comme Brutus, elle attendra la mort d'une main servile, esclave de ses esclaves,'et, dans son agonie, elle ne saura auquel, du plus audacieux et du plus vil, s'adresser pour cela.

En vain essayait-elle de cicatriser ses plaies, et de rattacher ses membres épars : le vice élait au cœur* G*était un corps sans âme qui tombait en décomposition : centralisation matérielle, sans lien moral.

Or, à cet égard encore, César se trompait comme Brutus, et ses successeurs se trompèrent comme lui. César, en effet, s'occupa du bien-être du peuple, mais il ne prit nul souci de sa moralité et de sa dignité. Les

4 G ÊTUBË PRËUMIÎSÂIKË.

Césars s'appliquèrent à codifier la jostiee cmie r mais qu importe qu'en droit la justice soit une règle, quand par le fait elle n est qa'ime eioepticm!

Rome, sous les Césars, ne voulait pas de plusieurs maîtres, dit Plutarque, et elle adorait plusieurs dieux : César était du nombre.

Donc, en subissant le joug des Césars, le monde romain obéissait à une nécessité accidentelle, à une vérité politique relatiYe, mais il méconnaissait la vérité absolue : celle de tons les temps et de tons les lieux.

L'unilé est Tâme du monde, sans doute, mais du monde moral comme du monte physique. « Ce monde « qui passe en contient un autre, » dit Herder, « qui u ne passe point, et qui constitue l'essence, la vérité, « la plus haute réalité de lautre» ce qui lui donne son « prix et sa dignité.

Il fallait une révolution pour comprendre ces choses; car les révolutions, a-t>on dit, ne sont que le travail d une société qni cherche à enfanter une vérité V Maïs il fallait une révolution digne de ce nom, qui n'embrassât pas seulement les destinées de Rome, mais cell^ du monde; non pas les besoins du corps, mais cetix de l'âme; non pas un point du temps et do l'espace, mais tons les temps et tous les lieux, et qui fût un commen* cernent d'éternité.

Or, à cette époque, le monde était en travail d'un principe ineomn.

Il se faisait dans le sein de Rome^ en proie i des eon

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