ACTE II. SUEiNi: il. 12^ TBÉBONIUS
Il faut nous séparer.
CA-SSIUS.
Je doute qu'aujourd'hui • César se laisse aller à sortir de chez lui.
De superstitions il a l'àme obsédée, Et depuis quelque temps il a changé d'idée En fait de visions, de songes et de rit, Si bien que les terreurs d'une semblable nuit, Ces fléaux, ces devins, leur sinistre parole, Le peuvent détourner d'aller au Capitole.
DéCIUS.
Si telle est son humeur, je la peux surmonter^. Ne crains rien : il jouit d'entendre raconter Qu'au tronc d'arbre, en pointant, la licorne s'attrape; Qu'on prend un éléphant au moyen d'une trappe. L'ours avec un miroir, l'homme par un flatteur. Il accorde à mon dire un rire approbateur, Si j'ajoute que lui déteste qu'on le flatte; Son ai>probation arec transport éclate ; H est flatté lui-même, et lui-même il est pris... Laissez faire : Je suis maître de ses esprit ; Je sais k's diriger au gré de ma parole :
Je vous amènerai notre homme au Capitole.
CASSIUS
C'est bien. Nous irons donc tous le prendre chez lui.
BMTTOS.
A huit heures; c'est bien notie dernier mot?
Oui.
Qu'aucune âme n'y manque!...
DëCIUS.
Eh bien! il eu manque une.
Gaïus Ligarius a conservé rancune A César, qui voulut un jour lui reprocher L éloge de Pompée.
BRUTUS
Allez me le chercher.
Il m'est tout dévoué, Métellus, et pour cause.
Qu'il vienne, et vous verrez qu'à mon gré j'en dispose.
Allez, cher Métellus.
L'aube éclate entre nous.
Nous vous quittons, Brutus. Amis, dispersez-vous; Mais songez à ce pacte, et montrons que nous sommes De vrais Romains»
BRUTUS
Prenez, mes dignes gentilshommes,.
Un visage serein, un air calme et joyeux.
De crainte de trahir nos projets par nos yeux. Montrons un esprit libre; ayons un maintien digne. Comme un illustre acteur qui joue un rôle insigne. Maintenant, adieu tous...
(Tout sortent, excepté Brutui.)