‹ Jules César tragedie ShakspeareChapitre 63 sur 113 · ACTE m SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m SCÈNE I

. Que rinstant où César vient d'être mis à mort/ Et pour que tout mon sang soit versé sans effort, Il n'est pas d'instruments meilleurs que ces épées Du plus beau sang du monde encor toutes trempées. Sur moi donc, s'il le faut, achevez vos desseins, Tandis qu'un tel encens fume encor dans tos mains. Jamais je ne pourrais, durant mille ans de vie, Avoir autant à cœur qu'elle me soit ravie.

Mourir près de César, expirer sous vos coups, Par un accord d'esprits excellents entre tous : Aucun temps, aucun lieu n'oifre un tel avantage.

BRLTUS.'

Ne tenez pas, Antoine, un semblable langage.

A vos yeux, aujourd'hui, nous seinblons inhumains,

Car ils ne voient ici que du sang sur nos mains.

Ils ne sont affectés que d'une seule chose,

La cruauté de l'acte : ils n'en voient pas la cause.

Us ne voient pas nos coeurs, et le devoir sacré.

Le pieux sentiment qui nous Tont inspiré.

Le feu chasse le feu. La pitié pour un homme

A dù céder de même à la pitié pour Rome.

Or Rome commandait de poignarder César.

Mais de plomb est pour vous la pointe du poignard,

Mare-Antoine; et nos bras, nos âmes vous reçoivent

Avec tous les transports, les égards que se doivent

Des frères dévoués à l'intérêt commun.

GASSIUS.

Vous aurez votre voix, aussi bien que chacun,

160 IULES CËSAB.

Quand on distribuera les dignités nouvelles.

BRUTUS

Seulement attendez, pour qu'on s'occupe d'elles, Que de la multitude on ait calmé reffh>î.

Quand cela sera fait, je vous dirai pourquoi Il m'a fallu frapper César, coûte que coûte.

Car je l'aimais beaucoup...

ANTOINE

Je ne mets pas en doute Vos nobles sentiments... Que chacun, s'il lui plaît. M'accorde donc sa main, sanglante comme elle est. J'aspire à les serrer toutes, l'une après l'autre. D'abord, Marcus BruLus, accordez-moi la vôtre. Cassius, votre main; — la vôtre, Décius; — Et la vôtre, Cinna; — vous aussi, Métellus; — Et vous, brave Gasca; — La vôtre est la dernière, Mon bon Trébonius, mais n'est pas la moins chère. Vous tous, padicieiis, que vous dirai-je, hélas? Si glissant est le sol qui s offre sous mes pas. Que mon honneur ici craint de se compromettre, Et j'ai peur d'avoir l'air d'un flatteur ou d'un trailre. Je ne m'en défends pas : je t'aimais, ô César i Mais si ton âme ici nous accorde un ref^ard, Eut-elle une agonie, une mort plus cruelle. Que de voir pactiser ton Antoine fidèle Avec tes ennemis, et sur ton corps gisant.

Sa main serrer leurs mains, toutes pleines de sang? Ah t que n'ai-je autant d'yeux que ton corps de blessures 1

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