SALLE DE LA RÉVOLUTION
Au premier étage, les visiteurs admiraient déjà la salle de la Révolution, avec sa Bastille, sa curieuse armoire sculptée, ses drapeaux et ses trophées républicains (1).
Aidé de ses collaborateurs, chez lesquels il trouva un zèle égal au sien, Cousin travailla avec la plus grande activité. D’heureuses acquisitions lui permirent d’enrichir ses collections ; celle de Liesville était presque exclusivement révolutionnaire, il manquait encore au musée les curiosités d’un genre plus spécialement parisien. A la fin de 1881, l’ouverture du salon Dangeau permit d’exhiber un certain nombre de tableaux et de dessins de maîtres (2). La salle du Palais-Royal, située dans le même bâtiment, au rez-de-chaussée et audessous de ce salon, attira un grand nombre de visiteurs quand elle fut installée en 1883 (3). Après trois ans de travail assidu l’organisateur avait déjà pu présenter au public un ensemble des plus intéressants.
Entre temps, les travaux d’architecture étaient continués. La construction des bâtiments complémentaires de l’hôtel ne subissait guère d’interruption. Après la mort de Victor Parmentier qui, dès l’acquisition de Car-
(1) Notice sommaire, édition de juin 1881. — Lu vue que nous donnons de cette salle présente la face opposée à la cheminée. L'ne autre vue, prise en sens contraire, se trouve dans La France artistique et monumentale (1892. p. 113). Il existe, dans les collections delà Ville une série d excellents clichés (j'en connais 27) de photographies prises dans l'intérieur du musée entre 1874 et 1889. Les amateurs peuvent s'en procurer des épreuves en s'adressant à M. P. Emonts, rue du Four, 9.
(2) Notice sommaire , édition de décembre 1881. — Ce salon et celui qui lui fait suite proviennent de l hotel Dangeau, place Royale (aujourd’hui place des Vosges). Cet hôtel fut longtemps occupé par la mairie de l’arrondissement et remplacé, en 1867, par la synagogue de la rue des Tournelles.
(3) Notice sommaire, édition de juin 1883.
navalet avait été chargé de sa restauration, M. Félix Roguet, architecte de talent, lui avait succédé dans cette tâche.
« 11 proposait d’entourer l’ancien jardin, sur ses trois faces, de petites galeries dans un style de transition, destinées à relier trois édifices rapportés : l’arc de Nazareth (XVF siècle) provenant du Palais de Justice, le Bureau des Drapiers (Louis XIH), épave de la rue des Déchargeurs, et un pavillon Louis XIV, reste d’un hôtel de Choiseul emporté par la rue du Quatre-Septemhre. Il ne put accomplir que la moitié de sa tâche ; M. Joseph-Antoine Bouvard la reprit, et l’acheva on ne peut plus heureusement, en 188'J. C’est à cet habile maître, aussi excellent artiste que savant architecte, que l’on doit l’harmonie charmante qui règne en ce petit cloître fleuri, la disposition originale du jardin, avec son parterre de Lenôtre, l'admirable grille Henri II qui a transformé en porte monumentale l’ancienne arcade passagère de la rue de Nazareth, et la jolie galerie qui forme le premier étage (1). »
Jusqu’en 1889, le musée étant resserré dans des limites très étroites, Cousin n’avait pu présenter au public qu’une partie de ses trésors (2). Les uns restaient en réserve dans les magasins, les autres, entassés dans un petit nombre de salles, ne pouvaient être mis en valeur suffisante (3). L’achèvement des bâtiments permit à Cousin de faire profiter les amateurs de la grande quantité de tableaux, de dessins, d’estampes rares et d’objets curieux que, grâce à ses budgets annuels, il avait pu acquérir en prévision de l’agrandissement du musée. L’ouverture de la galerie parallèle à la rue des Francs- Bourgeois, et dont la porte s’ouvre en face des visiteurs
(1) L’hôtel Carnavalet, par Jules Cousin, dans La France artistique et monumentale (1892), p. 121.
(2) Notice sommaire, édition de novembre 1888.
(3) Notice sommaire, édition de juin 1889.
qui gravissent l’escalier principal de l’hôtel, mit ceux-ci à même d’admirer et d’étudier un merveilleux ensemble de documents topographiques et pittoresques. A ceux que possédait déjà le musée étaient venus se joindre les cent cinquante tableaux de la collection Baur qui avait déjà été proposée à Cousin en 1879. Elle était des plus intéressantes au point de vue artistique et documentaire. A cette époque, les pourparlers n’avaient pas abouti. Repris à la mort de M. Baur, ils furent clos par l’acquisition définitive, au moyen d’un crédit spécial, pour le prix de 60.000 francs, après avis favorable de la commission. Cousin fut fort heureux de la conclusion de cette affaire avantageuse, aussi heureux que si c’était lui qui en avait bénéficié et non la Ville (1).
L’installation de cette importante acquisition fut l’occasion de remaniements importants qui durèrent de 1889 à 1891 . Le résultat obtenu fut tout à l’honneur du inaitre de la maison et de ses collaborateurs. Ce fut alors, cette œuvre étant terminée, après qu’il eut obtenu du Conseil municipal l’acquisition d’immeubles voisins destinés à des agrandissements indispensables, que Cousin songea à la retraite. 11 y avait, certes, toutes sortes de droits, ayant su mener à bien, avec science et conscience, une fondation qui lui mérite la reconnaissance de tous les vrais Parisiens.
(1) Cousin avait commencé en 1891, dans le Bulletin des Musées (publié sous la direction de M. Edouard Garnier), une étude sur cette importante collection. 11 l’interrompit, malheureusement, après le neuvième article et la laissa inachevée. La même année, à l’occasion d’un remaniement de trois salles, parut un travail fait hâtivement, mais méritant d’être lu, dans Le Soleil (journal politique quotidien) du 21 avril. Cet article est signé : Marcel Briard.