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Rappelez-moi au bon souvenir de M. et M'"^ Mouzin.
Merci pour votre Ami de la religion. Lesn"^ sont arrivés très régulièrement, excepté le dernier, qui est sans doute resté en route. Faut-il garder les n°* pour vous les-rendre plus tard ? Faites vous collection (1) ?
[Carpenlras, 29 août 1857.]
Carpentras, samedi.
Parlons d'abord de votre santé, mon cher ami. Pour vos maux d'estomach, il n^st rien de tel que Peau froide. 11 faudra donc vous appliquer sur les parties souffrantes une serviette mouillée que vous retiendrez Jour et nuif, à l'aide d'une ceinture élastique (cela se trouve partout). Il n'y a pas de douleurs d'intestins qui résiste à ce traitement. Si vous pouviez prendre quelques douches froides, cela n'en irait que mieux, mais, en attendant, la serviette mouillée fera des merveilles, pour peu que vous vous obstiniez.
Cette petite consultation vous prouve que j'ai reru votre dernière lettre. Elle mest arrivée à Noyarey avant mon départ. Depuis trois jours nous voici ici après un petit voyage dans l'Ardèche. Ma sœur s'était trouvée très fatiguée dans ces derniers temps, et je n'ai pas voulu la laisser revenir seule. Elle voudrait bien me garder longtemps encore, mais tant que je n'ai pas terminé toutes mes affaires, je ne puis rien décider. En attendant, je me suis remis au travail.
Voilà toutes les nouvelles du jour, mon cher Wallon. Ce billet vous est écrit pour vous avertir que ce n'est plus à
^1) Adresse : Monsieur Monsieur Wallon, 82, rue Sainl-Louis-en-l'Ile, Ile Samt-Louis, Paris. Le timbre de la poste, au départ, porte : 13 août 57.
— lU —
Noyarey qu'il faut m'écrire — mais bien à Carpentras. Waulernians est donc de retour à Paris, je l'ignorais ; si vous le rencontrez, faites-lui tous niescoinpliments. Allezvous le faire éditer, lui aussi ? Savez-vous que vous êtes la providence des gens de lettres ? Pour peu que vous vous en mêliez, je ne désespère pas de voir le Marquis des Saffras reparaître à la lumière chez Didier.
Adieu, mon cher ami, ne prenez pasceci pour une lettré' et répondez-moi longuement comme d'habitude. Ne m'oubliez pas auprès de votre chère fenime. Tous mes souvenirs à la famille Mouzin.
A vous,
Ï^A Maijeli:ne.
Carpentras (Vaucluse), Chez M""" Vve Barjavei.
[11 septembre 1857.]
Carpentras, le 11 septembre 1S57.
Mon cher ami,
J'ai reru tous les journaux que vous avez la gracieuseté de m'envoyer, les petiots petiots Amis de la religion, Tf/nton, le /-"fT.vs avec le bon .Mozart. \es Univers. Le dernier Veuillot ma grandement réjoui parla vigueur de ses sentiments anti-anglais. S'il y a une suite, n'oubliez pas de me l'adresser, .l'ai reçu aussi voire dernière letlre et je ne saurais trop vous remercier de vos bonnes et longues causeries surtout avec un paresseux, — très actif pour vous lire et vous relire, — mais qui ne sait jamais que vous répondre «pielques ligneset vous charger de commissions ennuyeuses, sans doute pour donner raison à l'ami Asselineau.
Aujourd'hui encore je vais mettre votre obligeance à
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l'épreuve. En ma qualité d'homme d'aflaires, je ne crains pas de vous importuner. Voici ce dont il s'agit. Il faudrait faire insérer trois ou quatre fois, de trois jours en trois jours, l'annonce suivante dans la Gazette des Iribiinaux :
A VENDRK UNE ÉTUDE d'avoué, Une des plus importantes de V arrondissement de Carpentras.
S'adresser à M. Eydoux, notaire, ou à M. Lavondès, avoué, à Carpentras (Vaucluse).
Pour le prix de l'insertion réglez vous même et indiquez-moi les moyens les plus prompts de remboursement.
Adieu, mon cher ami, pardonnez-moi cette fois encore mon laconisme, et recevez, vous et votre femme, mes meilleurs souvenirs. Adieu encore
Tout à vous,
J. DE LA .MadELÈNE.
Ma sœur vous remercie, vous et M"'^ Wallon, de vos bonnes et atTectueuses sympathies; elle se recommande bien à vos prières. Hien des choses, bien des choses à la famille Mouzin.
Nous avons eu ici ces jours derniers un carme, le Père Alexis, dont les sermons remuent tout le pays, il a l'intention de fonder une maison a Carpentras. Les Sœurs de la corde de leur côté préparent leur installation (1).
[6 oclohre 1857.]
Carpentras, % octobre 1857.
Mon cher ami.
Laissez-moi d'abord vous remercier pour votre bonne et longue lettre, et ne craignez plus à l'avenir de m'écrire de
(1) Adresse : Afonsieur Monsieur Wallon, 82, rue Sainl-Louis-en-l'lsU, 8?, Ile Saint-Louis, Paris. — Le timbre postal porte : Carpentras, It sep' teinbre 57.
— in; —
la sorte. Si je suis peu écriveur, je suis grand liseur, et même reliseur, — surtout pour vos lettres si serrées, si compactes, et que je trouve encore trop courtes. Que vous êtes aimable décrire ainsi à un paresseux qui ne sait que vous répondre — comme aujourd'hui encore — qu'il vous répondra longuement au prochain courrier ! Merci encore pour tous ces journaux {Vl'uivers, le Spectateur (1), le Courrier de Paris, V Union, etc.) que vous m'adressez avec une régularité si amicale, et sans compter tous les petits feuilletons intercalés. Celui de M""" Sand est plein de bonhomie et de raison. Voilà ce que c'est que d'habiter la campagne. Vous avez donc cherché castille à Vl'nivers, c'est du moins ce que j'apprends par un entre-filet signé Barrier. Car, par modestie, sans doute, vous ne m'envoyez jamais que les Spectateur, où il n'y a pas de vos articles.
Je vous envoyé sous ce pli un petit bon sur la poste de 10 francs (pour les insertions à la Gazeitedes tribunaux). \e l'aurais fait plus tôt, mais à la campagne, c'était impossible, et nous ne sommes de retour que de cette semaine à Carpentras. Ma sœur vous remercie l»eaucoup et par cette occasion elle me charge de toutes ses amitiés pour vous et pour .M'"' Wallon qu'elle désirerait bien cnnnaitre. Elle a tHé bien fatiguée dans ces derniers temps. Dieu lui multiplie les épreuves. Klle répond à toutes ces faveurs divines avec une grande soumission, un grand courage.
Je vous dirai, mon cher ami, que depuis mon retour des eaux j'ai beaucoup travaillé et rf^fptlirrement. Je suis enfin parvenu à défricher ma matinée ! Mon petit roman parisien touche'à sa fin, quoiqu'il ait bien grandi ou grossi en
(1) Le Sprctatetir, où pcrivail Jean Wallon, tvnil remplarô VAsieml'Irf nationale, suspendue i-ii 18.'i7. (> joiirnnl fui lui-nuMn<- su|>prini<- pnr un drcrri du 1H jnnvicr 1858.
chemin, mais je ne sais encore à quelle époque je partirai pour Paris. Je ne voudrais pas laisser n)a sœur seule ici et j'ai écrit à mon frère pour qu'il vienne passer quelque temps à Carpentras. J'attends sa réponse. Dans tous les cas, quand il y aura quelque chose de décidé, je vous en avertirai. Ecrive/.-moi donc toujours et le plus tôt et le plus longuement que vous pourrez.
Adieu, mon cher Wallon, pardonne/.-moi cette fois encore la brièveté de ma lettre. Je vous serre bien cordialement la main. Tous mes respects à M""' Wallon. Que Dieu nous tienne toujours unis dans une bonne amitié chrétienne ! Adieu encore et tous mes souvenirs à l'excellente famille iMouzin. Ne m'oubliez pas auprès de M"^ Charlotte.
A vous.
J. DE LA MaDELÈNE.
Je n'ai pas reru la brochure italienne que vous m'annoncez dans votre dernière lettre.
Et le jeune Schmitl ? Donnez-moi de ses nouvelles. M. Cotte a bien peu de mémoire. Gommenta-t-il pu oublier ma visite, lui qui m'a raconté ce jour-là tant de choses si intéressantes (1) 1
[23 octobre 1857.]
Carpentras, jeudi 23 [octobre 1857).
Asselineau a raison, mon cher ami, et vous poussez Tamitié bien loin en voulant lui persuader que je suis un
(1) Adresse : \[onsieur Monsieur Wallon, 8'2, rur Saint Louis- en-l'isle. Ile Saint Louis, Paris. Le linibri' postal, ou di'-part, porte : Carpentras, 6 octobre 57.
— lis -
grand producteur. Le fait est qu'il est bien difiicile de trouver un gens-de-lettres qui soit arrivé à mon âge avec un si léger bagage. Surtout à la première rencontre, lâchez de lui faire comprendre que le christianisme n'est pour rien dans ma paresse. (Juand j'errais en rêveur dans les terres vagues du monde ?Jon chrétien (je prends ce mot par politesse pour moi-même), je n'étais pas, ce me semble, un démon dactivité. Les âmes en peine vous donnent le bilan de cinq ou six années de vie littéraire, vécues sous des influences qui n'avaient rien de monastique. Depuis ma conversion, au contraire, j'ai travaillé dix fois plus. Ce dix fois plus n'est pas encore beaucoup, mais ma nature lente etajourneuse en est la seule coupable ; cela prouve toutsimplemeot que je suis un fort mauvais chrétien. Par cela même quel bon panthéiste j'aurais fait ! 11 faut vraiment avoir bien envie d'attaquer l'Eglise pour lui imputer toutes nos misères dont elle fait si obstinément le si('ge, maisceuxqui, comme moi, sont un prétexte à ces attaques, n'en seront jugés que plus sévèrement. Oui, vous avez raison, mon cher ami, par mon inaction je témoigne contre le Christ. Sur un seul point nous différons, ce travail de romancier me parait si inutile en soi que je me regarderais encore comme un paresseux quand bien même j'écrirais des quatre niains comme le grand Diin)as. Ils me trailent depareî?seux parce que mon nom ne brille pas tous les jours entre ceux de Henan, Achard ou le major Fridolin ! Ah ! s'ils connaissaient ma vraie paresse — elle n'est pas toute là. elle est dans la stérilité de mon Ame, dans ma lenteur à accepter le travail chrétien, dans mes lâches répugnances à embrasser la croix, à marcher sur le chemin royal de la croix, comme dit l'Imitation (1). Laissez-les dire, mon ami, ils resteront toujours au-dessous de la vérité.
(\) Et quomodo Iti aliam viam qiiaerii qnam hanc regiam viam quae est
Maintenant deux mots d'aiïaires. Voici une coniniission ennuyeuse dont je n'hésite pas à vous charger - d'abord parce qu'entre réalistes on ne doit pas se gêner — ensuite parce que votre réputation d obligeance est aussi bien fondée que mon renom de paresse — l'ami Asselineau ne me contredirait pas !
Voici : Il y a rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, du côté gauche, quand on va de la rue nouvellement trouée à l'Hôtel de Ville, numéro 36, à ce que je crois, un nommé Argy, homme dafîaires à qui je vous prie de remettre les vingt francs ci-inclus que je vous envoyé par un bon de poste. Je crois bien que c'est n^^B, maisenlin voici votre itinéraire : en venant de l'Hôtel de Ville vous suivez la rue (ou boulevard) en reconstruction, puis vous prendre: à droile pour entrer dans la rue Sainte-Croix-de-la-Rretonnerie ; dans cette dite rue vous ferez quelques pas, puis vous vous arrêterez brusquement el devant vous, si vous avez pris le trottoir de droite, vous trouverez la maison du sieur Argy qui est par conséquent sur le trottoir de gauche. — L homme est chez lui, le matin avant onze heures, midi. Vous lui direz que je lui ai écrit il y a un mois. - A-t-il reçu ma lettre ? — Vous lui donnerez ses vingt francs — à compte dune vieille dette que j éteins à petit feu. Il vous donnera un reçu. Vous ajouterez que je suis en voyage (ne lui parlez pas de Carpentras) et que je serai à Paris le mois prochain. Voilà.
Merci d'avance,
•Adieu, mon cher ami, tous mes respects à M"'^ Wallon. Ma sœur me charge de toutes ses amitiés pour vous deux.
oia ianclœ criicis (De Imilalione Chrisli, lib. Il, cap. xii, n» 6). — « Cominenl donc chorchcz- vous une autre voie que la voie royale de la sainte Croix ? » (L'Imitation de Jésus Christ, traduction par l'abbé de Lamennais). Ce chapitre xii du livre II de Vlmitatiun a pour titre : De regia via sanctae crucis.
Reçu tous les journaux. On vous rapportera tous les articles recommandés (1).
(9 décembre 1857.]
Mon cher ami,
Mardi soir.
J'espérais vous voir ce soir, mais il est trop tard et je ne veux pas réveiller toute la maison du malade.
J'ai vu M. d'Aurevilly, et nous avons parlé du livre de M. Ferrari (2) ; il est très disposé à faire un article dans
(1) Adresse . Monsieur Monsieur Wallon, 6'2, rue Saint-Louis-en-l'Islc, Ile Saint-Louit, Paris. Le linibrc do la posle, nu dép.-irl, porte : Carjicntras, 22 octobre ')7.
(2, .Joseph Ferr.nri était né à Milan on 1811. Disoiple «lu philosophe et légiste francophilo Honin(,'nosi, il débuta par un essai sur son niaitre, Saggio sullu nienle di lionuiç/nosi. Milan, 1833. in-8". Il publia, en 183r> aussi une édition complète dos (Kuurrs de Vico, en <> vol. in-S", qui est très estimée. Arrivé à Paris, en liS3it, il |)ublia c<'lle même année en français, ainsi (ju'il l'a fait pour la plupart de ses ouvrages, un livre intitulé : Vico et l'Italie, in-8". Il se fit recevoir docteur es lettres par In Faculté de Paris en 1840 avec ces deux thèses : De l'erreur, et De rrligiofit Campanellae npinionibiis, toutes deux imprimées à Paris, che/.Moquel, in-S" Il entra <lans l'Université et fut professeur ù Hochoforl en 1840. Il fut chargé en 1841 de suppléer l'abbé Hautain h la l-"aculté des lettres de Strasbourg II fit paraître en 184'2 : Idées sur la potitii/ue de Platon et d'Arislole exposées en quatre lettres ri la Faculté des lettres de SlraslH>urg, suiiiies d'un Discours sur l'histoire de la philosuphie à ièpoi/ue de la Henaissance. Il fut h ce moment très vivement attaqué par le parti catholique, qui l'accusait d avoir professé la eommunaulé des biens cl des femmes. Ferrari s'éleva contre cette accusation qui occupa boaucoup la presse. Il fut défendu dans une brochure signée Hambourg et intitulée : Opinions exaltées sur l'enseignement universitaire et reproduction véridiqut de In philosophie sociale de M J. Ferrari. Nommé en 1S48 ou collège de Bourges, il fut suspendu l'année suivante |)our un discours contre l'expédition de Moine. Rentré en Italie en 18.V,), il fut élu députi-. Quel(|ues semaines avant sa mort, il fut fait sénateur. Il mourut i^ Morne en 1876. Outre les ouvrages déjà^signalé*. on peut citer de lui : Fssai
u?i très prochain numéro. Donc, sitôt cette lettre reçue, il faudrait faire envoyer les deux volumes et la préface à M. d'Aurevilly, 6, rue Oudinot, 6.
Si j'avais connu l'adresse de M. Ferrari, je lui aurais écrit.
Adieu, cher malade, et que Dieu vous garde.
A vous.
[La MadelèneI (1).
Vendredi,
Merci, mon cher ami, pour votre bonne, votre excellente lettre. Je ne saurais voug dire à quel point j'en ai été touché. Voilà bien l'amitié chrétienne dans son inquiétude la plus aimable, la plus vive, la plus sincère. A bientôt ; si j'en avais eu le temps, j'aurais déjà été vous serrer la main. Ne craigne/, pas que jamais notre amitié s'altère ; elle a son vrai fondement dans Celui qui fortifie et console. Voilà ce que j'éprouvais le besoin de vous dire avant tout. A bientôt donc, mes chers amis, mille souhaits de
sur le principe et les limites de la philoiophie de l'histoire, 1847, 2 vol. in-S" ; — Les Philosophes salariés, 1849, in-8° ; — Machiavel, juge des révolutions de notre temps, 1849, 2 vol. in-8» ; — Federazione repiiblicana, 1851, Capolago, in-S" ; — Filosofia délia riooluzione, 1851, Capolago, 2 vol. in-8" , — L'Italia, 1852, Capolago, in-8» ; — Histoire des révolutions d' Italie. 18ô7-.')8, 4 vol. in-8" ; — L'Annexion des deux Siciles, 1860, in-8» ; — Histoire de la raison d'Etal, Paris, Michel Lévy, 1860, in-S" ; — La Fédération italienne, 1860, in-8° ; — La Chine et l'Europe, 1867 et 1868. in-8'' el in-12 ; 2< édition, 1869, in-12. Le compte rendu que l'on demandait à Barbey d .Aurevilh-, sans doute dans la Patrie, était celui de V Histoire des révolutions d'Italie, ce volumineux travail qui venait de paraître à la librairie académique Didier. Nous possédons une correspondance très étendue adressée par Ferrari à Jean Wallon.
(1) Adresse : Monsieur Monsieur Wallon, 82, rue Sainl-Luuis-en-l'Isle, Ile Siiint-Loiiis, Le timbre de la poste porte : Paris, .9 décembre 57.
bonne année, je laisse lace méchant papier ; j'aime mieux vous les porter moi-mêiiieet vous dire de vive voix à quel point je réponds à tout l'intérêt que vous me témoignez.
Adieu et tout à, vous,
J. [dk la MadelèneI (1 ).
Glissons ici deux billets non dat(f'S qui doivent se rapporter à quelques heures p<»nibles où lo poids de la vie se faisait plus lourd pour Jules de la Madelène :
Mercredi, 1 heure 1"2.
Mon cher ami.
Il est (le toute nécessité que je vous p&r\e aujourd'hui mime (alïairo du dictionnaire) (i). Pourriez-vous vous
(1) Adresse : Monsieur Wallon, fi'2. rue Soint-Louis-en-IIIf Kilo doil élrc de In fin do décembre, pcut-i'Irc 1857, ou du ooiumfncrmi'iil do janvier, [x-ul-^lPi- 1858.
'2 « L'aflaire du Dicliounnirc », c'éliiit Mins dnule le pnirmont do quelques nrlicles fournis pur Jultis delà Madeleine au \ott\eaii Dtclionnuire iinirrrxfl, ])anUi(-on liltérnirc et encyclopédie illuslréc de Miiurico Lacliàire donl Jules Levallois a parlé en termes curieux dans ses Ménioires d un rrili<iue Paris. Montgrcxlien, 5. d., p. Dit) Maurice Lach:\tre. n<^ h l.ssoudun en 1814, professait des idées démocratiques et révolutionnaires. Kditeur à Paris, il fut. sous l'ICmpire, cond.ininé à la prison pour avoir publié les .\fysl^rrs du peuple «rKu^éne .Sue. Il avnil con(;u l'idée de faire un <licti(U)nnire cpii. comme il le dit avec une :iniusnnte prétention dans sn i>réfncc. " renfermerait l'analyse des 40(1 (MM) ouvrages rpii encombrent les bibliolbèqiu-s nnlionoles » (l|. Il demanda à une foule d'écrivains littéraires et scienliiî(|ues leur collnboration, qu'il dirige:) autant que possible dans le sens de ses idées Parmi ces colla- Itoraleurs furent quelques hommes de valeur ou connus, tels que .Iules I.evallois. .Iules Duval, Hucbel de f^ubli/e, l'nbbé Ch.Atel, Alfred Delvau et probablement Jules de la Mndelène. Les bureaux du Dictionnaire étaient « rue .Montmartre h deux pas de la Hourse. sans doute par unu ironie du destin •. Kn effet, ces rollaboraieurs étaient fort peu rémunérés * On devait être payé un centime la ligne ; mais une ingénieuse
trouver de quatre à cinq au petit cabinet de lecture de M"^" Maria, rue Voltaire ? Si cette heure ne vous allait pas, iixez-inen une autre pour aujourd'hui, — sans faute.
A vous.
Jeudi matin, 8 heures.
Mon cher ami, J'aurais à vous parler ou, pour mieux dire, à vous demander un service. Je vous attends au café Cliagny (Café des Deux Ponts), vis-à-vis le pont de la lournelle, dans votre Ue (2).
Kst-ce clair ?
Si vous en avez le temps, nous déjeunerons ensemble. Réponse, s. v. p.
A vous.
La Madelène (3).
combinaison de figures illustrées mangeait la copie, et c'était sur un donii-centime qu'il aurait fallu compter, s'il avait fallu compter sur quelque chose. Les fins de semaine étaient lugubres. On attendait impatiemment le samedi, (^e jour-là trop souvent le secrétaire de rédaction ne venait pas II nous faisait dire par le garçon de bureau qu'une indisposition de son jeune fils (îontrnn le retenait au logis. Aussi pendant toute la semaine, chacun n avait sur les lèvres que ces mots : «Pourvu que (ioniran ne soit pas malade '. » .l'ai quelque raison de croire que cet enfant est venu à bien, qu'il est arrivé à une jolie situation, qu'il possède une très bjunne santé, due évidemment à la vivacité et ù la sincérité de nos vd'ux. De temps en temps, quand (îontran se portait bien, on touchait qiiejtiue menu salaire, et cela conduisait tant bien que mal jus qu au bout du mois, jusqu'au bout de l'année, grâce à des prodiges d'économie ou, pour i)arler franchement, de privations, » Le Dictionnaire parut en liS56 Maurice Lachàtre est mort en 1900.
(1) Adresse : Monsieur Monsieur Wallon, 82, rue Saint-Louisen-l'Isle. Cette lettre n'a pas le cachet de la poste ; elle a sans doute été portée par un commissionnaire.
i'2 Probablement sur le quai de la Tournelle.
(3) .\dresse : Monsieur Monsieur Wallon, 82, rue Saint Louis-en-l Isle, au premier.
— 12i — De l'année I n58 nous avons un billet que voici :
123 mai 1858.]
Dimanche matin.
Mon cher ami,
J'ai reçu votre lettre. Vous avez mille fois raison. Trouvez-vous aujourd'hui de trois à quatre chez Asselineau ; nous irons de là chez Fauqueux.
Arrangez-vous pour qu'on ne vous attende pas chez vous ; je vous garde à dîner.
A vous.
La m. (1).
Nous avons encore de cette mt^mi» année une lettre b^^vc où éclate tout l'intérêt que, malgré sa |>.uivrelé, il portait aux conférences de Saint-Vincont-de-raul et aux œuvres de charité. Ces quelques lignes laissent supposer qu'il connaissait bien les indigents et qu'il consacrait des instants nombreux au service des pauvres : '
(Paris, 2.3 oilobre 18r>8.]
Paris, samedi 23.
Mille remerciements, mon cher ami. pour lempressemenl que vous avez mis fi visiter notre petit Angevin. J'irai le voir demain à son hùlel. Ouant à vous, puisque vous avez la bonté de le recommander ;\ la conférence de
(1) Adresse : \tonxifiir Momirur Wallon, X2. rue Sainl-l.oiits-rn-l'hlry Paria. Le timbre de la poste porte : Paru, 23 mai 5^.
son quartier, n'oubliez pas de dire que le plus important, c'est de le mettre en relations avec quelque bon camarade. Il faut insister là-dessus, car vous savez très bien qu'il arrive souvent qu'on va pendant des semaines entières aux conférences sans que l'occasion se présente de lier amitié avec qui que ce soit.
Adieu et à bientôt.
A vous,
La Madelène (1).
Jules de la Madelène se trouvait à Paris au commencement de 1839 pour mettre lin à quelques difficultés qui s'étaient élevées entre M. Buloz et lui. II souffrait depuis longtemps, aussi bien sous le rapport moral que du côté physique. Le 18 janvier, il fut obligé de s'aliter. Il voulut, se trouvant mieux, reprendre ses occupations, mais il dut cédera la maladie, et c'est à l'instant de cette rechute qu'il adressait à Jean Wallon la dernière des lettres que nous possédons :
[26 février 1859.]
Vendredi.
Mon cher ami,
Je comptais bien vous voir aujourd'hui au quartier (jénéral, — mais à la suite d'une course en voilure, il a fallu de nouveau se mettre au lit, et puisque voilà mes sorties de nouveau ajournées, je ne veux pas rester plus
(1) .\dresse : Monsieur Monsieur Jean Wallon, 82, rue Saint'Louis-enrisle, lie Saint-Louis. Le timbre postal porte : 23 octobre 58.
longtemps sans vous remercier pour votre bonne et excel lente lettre, — ainsi que pour le livre bleu que j'ai lu avec un bien vif intérêt. Tn autre jour, si je suis plus vaillant, je vous écrirai plus longuement. Aujourd'hui je ne puis que vous serrer cordialement la main et me rappeler à votre excellente amitié.
Tout à vous, La Madelène (1).
Le mal devenait toujours plus pressant. Henry de la Madelène priait Jean Wallon de venir voir son frère qui désirait s'entretenir avec lui :
Mon cher Wallon.
Jules, comme vous devez le savoir, est malade depuis près de deux mois. Il désire vivement vous voir et je me suis chargé de vous exprimer ce désir. Venez dooc un de ces après-midi, je n'ai pas besoin de vous recommander la prudence en présence de notre malade. Son état est grave, mais ce n'est pas dans nos yeux qu'il doit lire l'inquiétude qu'il nous cause.
.\ vous de tout cœur, cher ami.
Henry de La Madelène.
Voyant son ami dans un»* situation si crilique, espérant encore dans quelque inirarlc do la science, .lean Wallon son^'ca à faire venir auprèsde lui Nélaton qu'il ;iv,iit pt'ul-étre connu dès le temps de leur vie d'élu
1) AdrcNSP : Mnnxifur Monsieur Jean Wallmi. S'2, rue Sainl-Lniiis mrisle. n" 82, Ile Saint LoiÙm. Le limbr»- de la posto porte : 'l'art», ?6' février 59.
diants — ou qu'il avait peut-être pu atteindre par l'intermédiaire de M"'« Cornut, sœur de lait de Napoléon III, « avec qui il avait quelque parenté ou en tout cas grande hantise ». M™*Laurede la iMadelène redouta sans doute qu'il ne se produisît chez son mari, par la visite du chirurgien, quelque trop douloureuse impression, et pria Jean Wallon de retarder un peu la demande qu'il devait adresser, pour obtenir une visite, une consultation, au professeur de clinique chirurgicale de la Faculté de médecine de Paris, au membre de l'Académie de médecine, déjà très célèbre, mais qui, pourtant, n'avait pas encore atteint cette réputation européenne que devaient lui apporter les soins heureux donnés en 1863 à Garibaldi blessé ù Aspromonte et, plus tard, au prince impérial souffrant d'une coxalgie :
[19 avril 1859.]
Lundi [19 avril 59] .
Monsieur.
J'ai bien rélléchi à ce que vous m'avez dit en partant et je vous prie de nouveau de ne faire aucune démarche auprès de M. Nélaton. J'en causerai ce soir avec mon beau-frère, et d'après cet entretien je déciderai définitivement ce que je dois faire.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
L^^aure] de La Madelène.
Je prie M™*' Wallon d'agréer mes bons souvenirs (1).
(1) Adresse : Monsieur Monsieur Wallon, H2, rue Saint Louis-en l'Isle, E. V. Le timbré postal porte : 19 uuril 59.
Nélaton, mandé enfin auprès de Jules de la Madclène, reconnut qu'un kyste s'était formé dans la région abdominale. Le malade dut être opéré deux fois. Il fut transporté à Carpentras on il mourut le a novembre ISoD. Voici son acte de décès :
.L'an mil huit cent cinquante neuf et le six novembre, à neuf heures du matin, devant nous, Jean Boyer, adjoint au Maire de Carpentras (Vaucluse), officier civil par délégation, ont comparu .loseph-Marie-StanislasKostka Martin, marchand de garance, âgé de cinquante-neuf ans, et Dominique Maurice Fabre, avoué, âgé de trente-quatre ans, domiciliés en cette ville, le premier parent, et le second ami du défunt, lesquels nous ont déclaré queJules- François-EIzeard Collet de la Madelène, homme de lettres, âgé de trente-neuf ans, domicilié à Paris, né à \'ersailles (Seine-et-(Jise), époux de LaureMagdeleine Arnaud, fils de feu Joseph Marie-Hernard-Augustin-Grégoire, baron Collet de la Madelène. et de défunte Marguerite-Apollonie-Augusline-Gràce-dabrielle < )livier l)ui-ouret, est décédé hier, à six heures et demie du soir, dans la maison d'habitation de sa sœur, ile 28. rue Saint-Jean, ainsi que nous nous en sommes assuré ; de quoi nous avons dressé acte que les déclarant.s ont signé avec nous.
(Suivent les si<jnatiii'es) (1).
(1) Hii marge : ii» 260, Décès de Julfs-I'rancois ÈUeanl C.ullrt dr la Madelène. — I)'npr«^s une oxprdilion qui nous n élé délivrt-c sur popicr libre, le 20 juillet liM'.), pnr .M Lnrf^aud. iidjoiiit au moire de Cnr-' pcntras. '
Jules de la Madelène mourut au milieu des regrets de ses amis et de ses concitoyens auxquels il laissa l'impression, la persuasion qu'il était monté jusqu'aux sommets de la saintolo, qu'avec lui était mort un saint. Jean Wallon, venu de l^aris, fit sur sa tombe son oraison funèbre. Un avoué de Carpentras, ami des familles Baijavel et la Madelène, M. Aurès, prononça aussi un discours, plein de tact et de mesure, où il exposait avec intelligence les sentiments du défunt. L'un des amis encore de Jules de la Madelène, Patrice Rollet, fit le compte rendu de ses obsèques, accompagné du discours de M. Aurès, que reproduisirent les journaux de la région et que nous reproduisons à notre tour :
[12 novembre 1856.1
Lundi dernier, nous avons conduit à sa dernière demeure, pef^lu parmi le flot de ses amis et de ses concitoyens, au milieu des regrets universels, un homme que nous aimions tous, M.Jules de la Madelène. Après une longue et cruelle maladie, la mort venait de le prendre dans les bras d'une sœur consolatrice de ses dernières douleurs, ange de ses derniers instants, au moment où son frère accourait de Paris pour lui dire un adieu suprême qu'il a fallu adresser à un cadavre, au moment où sa femme venaitaussi, espérant lui faire un rempart de son affection contre la mort, elle qui n'a plus qu'à gémir et prier sur une fosse. Pauvre Jules! Pauvre Henri ! Plus malheureuse veuve !
Parmi les amis que son cœur avait faits au pauvre
Jules, et ils étaient nombreux ici, et ailleurs, M. Aurès, avoué à Garpenlras, et M, Wallon, homme de lettres, à Paris, se sont rendus les organes des sentiments de tous, en prononçant sur sa tombe quelques-unes de ces paroles senties qui font l'éloge de celui qui les inspire et de celui qui les prononce.
Parti de Carpentras, aussitôt la triste cérémonie terminée, M. Wallon a laissé tomber de sa bouche dans les cœurs des paroles non écrites qui se glaceraient sous une plume étrangère.
Tout ce que je puis faire, moi, le vieux camarade de Jules au collège, à l'école de droit, dans le Paris des lettres, moi que sa mort avait centriste et anéanti au point qu'il m'eût été impossible de dire un seul mot sur son cercueil, moi qui ai connu et apprécié aussi cette distinction de talent, ce charme de douceur, ce rayonnement de cjeur et d'esprit qui était la séduction particulière par laquelle Jules attirait autant d'amis qu'il nouait de connaissances, moi qui ai gémi aussi profondément que pas un, de voir cette jeune renommée qui s'élevait enlin, au prix de quel labeur et de quelles soullrauces ! sombrer dans une tombe, moi qui ai assisté à cette conversion si sincère qui a couronné le martyre du poète d? l'auréole du saint : tout ce que je puis faire, c'est de remercier M. Aurès et mon ami M. Wallon d'avoir si bien exprimé ce que nous sentions tous; c'est de pleurer avec une sœuréprouvée par tant de coups déjà, avec un frère qui luttera seul maintenant contre les obstacles de la vie, avec une femme qui n'a plus de mari, avec une famille qui perd l'un des plus aimés des siens.
Patrice Rolleï.
Voici le discours qu'a prononcé M. Aurès :
11 y a deux ans à peine, Messieurs, notre amibien-
aimé venait par sa douce présence charmer une de ces douleurs qui ne finissent que là-haut. Dans sa sainte afïection, sa sœur chérie trouvait un baume à sa tristesse, et peut-être eùt-elle encore rencontré des jours heureux s'il lui eût été possible de vivre près de lui. Que pouvait-elle, enefïet, désirer de mieux, la compagnie d'un frère, la société d'un saint?
Mais voilà que maintenant ces larmes qu'il était venu sécher, couleront pour lui et à cause de lui plus amères I voilà qu'une nouvelle douleur vient s'ajouter à tant de douleurs I
Mon Dieu, vos desseins sont impénétrables et vos voies sont cachées ! Vous prenez un homme, souvent celui-là même qui vous avait le plus oublié, vous l'illuminez de votre grâce, vous placez sur son front un rayon de votre intelligence, vous embrasez son cœur du feu de votre charité ; de pécheur, en un mot, qu'il était, vous le faites saint ; et puis, quand tout resplendit autour de lui, lorsque, comme Ozanaui, de sainte mémoire, il récliaude à son foyer d'amour tout ce qui l'approche, alors qu'il répand autour de lui le parfum de son maître, quand la lumière brille de tout son éclat, vous soufDez dessus, ô mon Dieu, et vous éteignez le flambeau ! Que votre volonté soit bénie, mais laissez-moi vous le dire, il est des êtres que vous devez bien aimer si, comme je n'en doute pas, vous les frappez d'autant plus que vous les aimez davantage.
Et c'est ainsi que vous nous avez aimés, ô mon Dieu, quand vous avez voulu que notre bon ami ne revînt au milieu de nous que pour nous rendre témoins de sa douloureuse agonie, nous donner le consolant spectacle d'une mort véritablement chrétienne.
Avions-nous besoin, nous qui le connaissions, pour l'aimer, de le voir soulfrir ? Nous fallait-il, pour l'admirer, être témoins de sa sainte et douce résignation ? Non, mille
fois non. Mais, comme il me le disait lui-même quelques heures avant de mourir, quand la vue de ses souiïrances m'arrachait une plainte; « Dieu sait ce qu'il fait, et tout ce qu'il fait est bon. » VA bien ! oui, il était bon que ce fût au milieu de nous, de ses amis d'enfance, dans son pays natal, auprès des siens, qu il vint rendre le dernier soupir; il fallait que nous apprissions par son exemple ce que Dieu fait de l'hommequ'il élit; il fallaitqu'il nous montrât comment on combat les combats du Seigneur; il fallait, en un mot' que nous vissions notre ami Iransliguré par la grâce. Eh bien ! ce spectacle, il nous a été donné de le voir, et j'en appelle à vous, vous, ses amis, qui l'ave/ vu gravir péniblement son calvaire, dites, ne voudrie/.-vous pas mourir comme lui?
Aussi bien, en parlant de lui, en lui faisant ici mes derniers adieux, j oublie le causeur si plein d'intérêt, l'esprit si fin, si délicat, si discret, l'écrivain si élégant et si pur, .l'intelligence si noble et si élevée, je ne vois plus que le chrétien, le fruit mûr pour le ciel, l'élu de Dieu ; et alors, je ne crains pas de le dire, si je pleure, c'est presque de joie, oui, de joie, car celui qui est là, mon bon ami, mon pauvre Jules, nestpas mort, non, il vit, il a reçu sa récompense, il est heureux, et il prie maintenant pour nous qui mourrons (1).
Si nous n'avons pas le discours que Jean Wallon prononça au cinoelifre de Carpentras, nous possédons l'article qu'il consacra dans le Journal des \'i/ifs pt des Campa(/nrs à la m^^'moire de Jules de la Madelène :
(1) Cr compte rendu el ce discours so Irouvcnl dnns Ir C.onriliatrtir de Vaucluse <lii snnu-di 14 novembre 18r)9 et dnns ïlndicaletirdr Carpmlraê du dimanche 15 novembre 1859.
[9 novembre 1859.]
Les morts catholiques.
A l'occasion de la mort de M. Amédée Ilennequin, nous avons déploré les coups nombreux qui sont venus dans ces derniers temps frapper les jeunes écrivains catholiques. LEglise sans doute a besoin de soldats et Dieu poursuit sa moisson. Un des esprits les plus élevés de ce temps, Jules de la Madelène, vient de s'éteindre à Carpentras, à peine âgé de 39 ans. Dix ans de chagrins amers supportés avec une douceur angélique et cachés à tous, dix mois de souiïrances horribles acceptées en héros, ont fait de sa vie et de sa mort la leçon la plus édifiante et la plus vraie que l'homme puisse offrir à l'homme. Jamais une plainte, jamais un reproche n'est sorti de sa bouche.
C'est le 18 janvier qu'à la suite de luttes sans cesse renaissantes depuis plus d'un an avec M. Bulo/., éditeur delà Revue des Deux 3/onrfes, j'obligeai notre trop doux ami à se mettre au lit. La maladie, quoique très inquiétante, n'eut d'abord aucun caractère déterminé ; trois mois plus tard. M". Nélaton reconnut, dans la région abdominale, un kyste qu'il fallut opérer deux fois, mais en vain. 11 était impossible, dans ces derniers temps, que la mort n'achevât pas bientôt son (puvre sur ce corps épuisé par la soulfrance ; on était loin cependant de la croire aussi prochaine. Mais le malade connaissait mieux que nous sa position.
Vendredi, 4 novembre, il demanda et reçut l'extrême onction avec une joie rayonnante ; il récita les prières avec ferveur, et fut tout le temps calme, heureux, fortifiant : les témoins de cette admirable scène ne pouvaient retenir leurs sanglots. Le lendemain, il fit signe à une
sainte dame que Carpentras vénère pour sa piété, de s'approcher de son lit: «Vous vous êtes mal conduite hier, lui dit-il avec son doux et ineffable sourire ; vous étiez trop émue : cela n'est pas chrétien. »
La journée du samedi 5 ne fut qu'une cruelle agonie. J'arrivai à quatre heures et demie. « Cette journée n'est pas trop payée, me dit-il, je laccepte avec joie, puisque vous voilà » ; puis il commença à me demander des nouvelles de tous ses amis. Mais l'agonie suspendue reprit son cours,* et il expira à six heures un quart dans nos bras, me tenant d'une main, de l'autre sa sci'ur si chrétienne, si dévouée, si digne de lui. Son frère accourut aussi l'assister.
Pour tous ceux qui ont connu sa foi vive, sa piété simple et ardente, lélévation de son âme si noble et si pure, la bonté ineffable, la douceur pénétrante de son cœur, les qualités sans nombre de son esprit délicat et charmant, aucune existence n"a été, depuis dix ans que nous l'avons connue, plus exemplaire ni mieux remplie. Jules de la Madelène est mort en héros chrétien. Au milieu de ce monde sans amour et sans foi. il nous a montré ce que peut faire notre divin Sauveur. 0 mon Dieu, accorde/.-nous la grâce de vivre et de mourir ainsi ; et si vous nous ôte/. nos amis, donnez-nous du moins leurs vertus.
J. \Vallon.
Carpentras, 7 novembre 1859(1).
Nous trouverons (Micon* l'expression des sentiments de Jean W allon pour Jules de la Muddène dans une lettre qu'il écrivait par la suite à Nadar :
'1) Journal dc.i Villes et dc$ Campagiir^, m» l.'id, ."l'j» nmi4-i>, n !) novembre 1859, p. 3, col. 3.
Mon cher ami,
Je travaille, et je m'interromps tout à coup pour songer combien nous sommes injustes envers notre pauvre et saint ami la Madelène, dont le souvenir est toujours pour moi comme au premier jour. Toi qui l'as connu," qui as touché son âme, senti sa pureté, sa douceur, son élévation, sa nature d'ange, en un mot, ne pourrais-tu lui donner un souvenir ? Ne fût ce que pour protester, une fois de plus, contre cette idée ridicule et inepte qu'on s'est faite de la bohème de Murger, et contre laquelle il a lui-même senti le besoin de diriger sa première préface. Dun autre côté, je ne voudrais pas quil servit de repoussoir contre Murger, mais tu sauras délicatement faire la part à chacun. Oui, la Madelène était un saint, et cependant un bohème, par le décousu et l'imprévu de la vie. Il a payé intégralement ses dettes, même celles que les créanciers avaient oubliées ou ne voulaient plus réclamer. Il les a recherchées souvent avec difficulté, et toutes acquittées. Ce n'est là que le petit côté ; mais, à cause de cela, le plus sensible au vulgaire, il y faut appuyer. Que de qualités nobles et belles ! que de vertus avec celai // nous a donné ses cxemj)les ; nous lui donyxons notre témoignage I Toute la vie est dans ces deux mois : Faisons notre devoir.
Jean Wallon.
Ce fut sans doute sur l'initiative de Jean Wallon que fut célébré un service pour Jules de la Madelène à Sainf- Etienne-du-Mont.
(1) Alexandre Schanne, Souvenirs de Scliaiinard, Paris, Charpentier, 1887, p. 104-105.
[25 novembre 1859.]
Une messe pour le repos de l'âme de M. Jules de la Madelène, mort à Carpentras, le 5 novembre 1859, sera dite vendredi prochain 25 novembre en l'église Saint-Etiennedu-Mont, à dix heures et demie très précise.
Vous êtes prié d'en informer ses amis et de vouloir bien y assister.
Au dos de l'exemplaire du billet de part qu'il avait conservé, Jean Wallon avait écrit ces deux textes où il enlLM'mait certainement quelque allusion à la vie malheureuse et soulîrante de Jules de la Madelône :
[21 novembre 1859.]
Miserere nostri. Domine, miserere noitri, quia mullum repleti sumus despectione, — Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, car il y a longtemps que nous sommes accablés d'opprobres et de mépris.
Discedile a me, omnes qui operamiui iniquitatem ; quoniam, exaudivit Doyninus vocem fletus mri, — Hetirezvous de moi, vous tous qui êtes des injustes et des méchants, car le Seigneur a écouté la voix de mes pleurs.
Sans doute, apr^s avoir compoiiW^' Car/itr Ah/hirro, avant d'avoir conclu tous ros scruiiuics qui, nous l'avons vu, l'assiégèrent à la fin sur le profit que la société pouvait retirer des productions des romanciers, Jules de la Mad('lr'n<' avait travailb" à un nouveau roman (|M'il avait intitulé liriyitte. ,
Il le laissa achp^vé, sans p.>ut-étre y avoir mis, à son
gré, ce fini qu'il poursuivait, cette définitive clarté qui est le vernis des maîtres. Ce roman, malgré les avis de Jean Wallon qui détestait Buloz, fut communiqué au redoutable directeur de la Revtœ des Deux Mofu/rs par Henry de la Madeléne, comme l'atteste la lettre suivante (1) :
[24 décembre 1859.]
Mon cher ami,
La publication de Brigitte da.ns\d> Revxie des Deux Mondes n'est rien moins qu'assurée. Je suis, il est vrai, en pourparlers avec M. Buloz à cet effet, mais nous sommes encore fort loin d'être d'accord. Rien ne sera fini avant les premiers jours de janvier. Quoi qu'il en soit, il m'est impossible de considérer comme vous cette publication dans la /îei'ue comme une humiliation dernière. Vous devez, bien penser également que, s'il pouvait y avoir une humiliation quelconque à faire subir à une aussi chère mémoire, ce n'est pas moi qui en serais l'instrument. C'est moi qui suis allé trouver M. Liuloz, de mon plein gré : je désire que Brigitte paraisse dans le même recueil qui a publié le Marquis des Sa/fras et le Comte Alghiera. C'est là sa place naturelle et Brigitteue sera publié ailleurs qu'au cas où M. Buloz se refuserait à accepter mes conditions.
.Te vous remercie, mon cher ami, de cette dernière marque d'attachement et d'amitié fidèle que vous donnez à mon frère mort, mais je pense que vous voudrez bien me
1) Celte lettre est écrite sur un papier de format commercial, avec cet en-lt'tc: Maison d'enirepiuses génkralf.s de grand commkhce, L. Ha- DoviTz ET C'«. Comptoir centrai, de France, Algérie, Maroc et Bel-
GIQIIE, 4, RUE DrOUOT.
laisser agir, dans cette circonstance, dans la plénitude de ma liberté,
A vous de tout cœur.
Henry de la Madelène.
Sur le refus de Buloz, qui réclamait quelque cliose, Uonry delà Madelène porla lirigilte chez Cluirpenlier, qui le publia d'abord dans le Mar/asin de Librairie, puis en un volume qui contenait aussi le Comte Alghiera. La lettre qui suit d'Iienry de la Madelène a été écrite au moment où Brif/itlr paraissait dans le Magasin de librairie :
[8 juin 1860]