‹ Jules DestréeChapitre 14 sur 15 · LA PATRIE · texte numérisé non relu

LA PATRIE

(Fragment;

Patrie, chère et douce terre du Père... Et je revois la maison familiale, au bord de la route, au milieu des arbres et tapissée de lierre... O ma chère maison, où je vins tout enfant, où se sont écoulées les heures tristes et joyeuses de ma vie; où les miens ont vécu : ma mère si tendre, trop tôt partie, et à laquelle je ne puis penser sans me sentir l'âme toute parfumée de clémence et de bonté; mon père, aux allures sévères, mais si affectueux, d'une si grande culture d'esprit et d'une si belle droiture de cœur, si noblement compréhensif; ô ma chère maison, où les miens m'ont donné tout ce qu'il y eut de meilleur -en moi-même, la pitié pour les faibles, l'amour du beau, la folie de la justice, où ces leçons auigjustes surgissent maintenant dans ma mémoire en images frémissantes multiples, confuses, et auxquelles je n'ose m'arrêter, de peur de ne plus pouvoir poursuivre, où chaque dalle du corridor, chaque marche de l'escalier, chaque coin de chaque chambre, chaque meuble dans chaque chambre, chaque bibelot sur chaque meuble, a son histoire et sa vie et me parle de choses qu'il ne dira qu'à moi-même; ô ma chère maison, où j'ai aimé, où j'ai pleuré, où sont morts les miens !

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Et je pense encore à ceux qui sont partis,, à ce frère d'un esprit si ouvert, si délicat, entré par quelle soudaine surprise de la destinée dans l'ordre bénédictin ! Batailles d'écoliers, escapades de gamins, folles et franches gaîtés de jouvenceaux, ferveurs d'art communes, qui eût dit, oui, qui eût prédit, quand souriaient nos vingt ans, que vous finiriez dans la gravité du froc noir ! Et nos vacances, au loin, dans le petit village d'Erbisœul, oîi des parents avaient une maison de campagne grande comme un château et un jardin comme un parc ! Il y avait, au fond du jardin à droite, un pommier dont les branches s'étendaient au-dessus du jardin du curé et dont les pommes blanches, frottées de rouge, avaient un petit goût acide et sucré que je sens encore. Il y avait un étang qui nous semblait un lac; et, plus loin, que l'étang, quelques arbres que nous appelions le bois. Vers la source du bois, le soir, le pâtre menait les bestiaux en chantant : Alî ! Alô ! Alî ! Alô ! O douce mélancolie de ce chant psalmodié dans le couchant rose!... Il y avait... Il y avait nos cousines... Mais je ne saurais dire jamais tout ce qu'il y avait à Erbisœul ! O douce Patrie, terre bénie, que colle -où Ton trouve de tels villages...

Et d'autres vacances, encore, nous amenèrent à Mons, chez des grands-parents, dans une rue où l'on voyait un ^tos bœuf de fonte au-dessus d'un marché. La tour du château sur la colline, la Grand'Place, le Mont Panisel, toutes ces rues charmantes et

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