‹ JulesChapitre 17 sur 31 · CONFIDENCE · texte numérisé non relu

CONFIDENCE

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Une course nécessitée par la nouvelle carrière que Jules avait embrassée sous les auspices du comte de Challange, lui avait fait quitter Paris avec un landau, un domestique à livrée , comme pour un voyage d'agrément.

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Le domestique conduisit d'abord la voiture par une route mauvaise, pleine d'ornières profondes et bordée de fossés, dont il se tira en maître ; mais lorsque la route devint plus belle, Jules prit les rênes, et au moment où le domestique, qui connaissait le pays, lui faisait remarquer et lui nommait un beau château qui élevait ses tours au-dessus des bois, il s'y prit si maladroitement , d'autres disent si adroitement, que le landau alla verser dans un fossé où, de mémoire d'homme, n'avait échoué aucune voiture. 11 n'eut pas plutôt mis pied à terre qu'il se plaignit de douleurs qui l'empêchaient de continuer sa route; et son compagnon, en le soutenant, le conduisit au château. On l'y reçut très bien; on lui prodigua toutes sortes de soins; huit jours après il quitta ses hôtes hospitaliers, en les remerciant de tout cœur; et le lendemain les maîtres du château furent arrêtés et conduits

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dans une prison, sous la prévention de complot contre la sûreté de l'élit !

Au retour décrite heureuse expédition, Julefl retint plus amoureux, plus empressé que jamais auprès delà dame de ses pensées, qui commençait à s'inquiéter de son absence, à se désespérer, à craindre son abandon. Il y avait à peu près une heure que Muston était sorti , lorsque la pauvre marquise entendit un laquais prononcer le nom de Jules Renaut. Quel bonheur >ur elle de le revoir; mais ce moment de joie lit bientôt piace aux tournions desconfidences indispensables; et Jules, tout surpris d'un accueil qui, de tendre qu'il était, devenait contraint et languissant, ne savait comment interpréter ce changement bien pénible pour lui; il en était même à craindre qu'il ne fût venu à l'esprit de madame de Chenevière quelque soupçon sur la source de son aisance, sur le but de son voyage, auquel

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il avait donne je ne sais quel prétexte à peu près admissible; mais ce tourment cessa bien* tôt pour faire place à un autre.

— Jules, dit-elle après l'avoir fait asseoir près d'elle, les heures du bonheur passent vite , et on pense qu'elles s'envolent sans laisser de traces; elles en laissent de douces parfois, mais souvent aussi de terribles ! Ah ! pourquoi mesuis-jc laissée prendre au charme du bonheur d'être aimée avec passion ! Ah ! si vous saviez tous les regrets . toutes les inquiétudes que j'éprouve !.. Si vous saviez... Et puis, je crains toujours que vous cessiez de m' ai mer...

— Léonie! ma Léonie, que vous êtes injuste , s'écria Jules en se jetant à ses pieds, en lui embrassant les genoux, en couvrant ses mains d'innombrables baisers! Cesser de vous aimer! jamais!... Tant que mon cœur battra, je t'aimerai comme je t'aime,... Ce

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n >t qu'à toi que je feux devoir à jamais ce bonheur qui m'attache à toi chaque jour davantage!.. Tu es mon trésor, ma vie, mon ame!..

Et la faible femme , emportée par tant damour, oublia ses chagrins, ses tourmens pour se livrer tout entière au sentiment qui la dominait. Un long silence suivit cette promesse de tendresse éternelle, et si madame de Chêne viére eût conservé jusque là sa fidélité d'épouse, la précieuse chastelédu mariage eût été ce jour là perdue [tour elle.

— Malheureuse que je suis, s'écria la marquise quand le calme des sens, des désirs satisfaits l'eut rendue à la réalité de ses craintes... Jules, vous ne savez par toutes mes peines!.. Vous ne savez pas que ma santé est devenue chancelante; vous ne savez pas que je crains d'être enceinte !..

Enceinte! mot terrible, immense, qui renferme en lui tant de destinées !.. Secret de

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l'énigme qui laisse peser sur tant de ménages l'opprobre et le désespoir! signal de tant de calamités ! cri de détresse au bruit duquel tant de sang s'est versé, tant de crimes se sont commis !.. Jules en ressentit toute l'horreur ! il resta un instant stupéfait , immobile, comme s'il eût été frappé de la foudre!.. 11 ouvrait la bouche pour répondre à madame de Chenevière , et les paroles expiraient sur ses lèvres! Il était anéanti !..

— Mais , monsieur , vous ne me répondez pas, lui dit la marquise !.. Que dites-vous de cela !..

— Je ne sais... je suis interdit, confondu...

— Et moi , monsieur, moi , que deviendrai-je? C'est moi, moi surtout, que le sort accable!.. Car, vous le savez, depuis quelques années M. de Chenevière ne me regarde que comme sa iille... Oh ! quand il apprendra la fatale vérité, quelle sera sa colère,' sa lé-

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gitirac colore!.. Son nom, sans tache jusqu'ici, livré au ridicule, au mépris!. Sa noblesse héréd i taire aboutissant à l'opprobre. . . Ce sera un courroux comme le courroux céleste!.. Il me tuera!..

— Qu'il ne l'ose pas !..

— Oh ! il me tuera , vous dis-je.

— Non, non... Oh! je voudrais le penser !.. je voudrais qu'une voix du ciel ou de l'enfer vînt me dire que lu dois mourir!., car alors ce n'est pas toi qui mourrais !

— Que dis-tu?....

— Oui , oui, je le tuerai !

— Non, non, jamais!.. Jules , sortez...

sortez... vous me faites peur!..

Et Jules sortit avec la pâleur du coupable, et déjà poursuivi de remords, comme s'il eût été criminel!..

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