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LE CHATEAU DES MONTÉES

I<e Château des Montées.

Par un beau soir d'été, un bruit de fête se fait entendre dans le quartier ordinairement si tranquille du Val de Saint-Jean-lc-BIanc. Le château des Montées , si calme, si résigné u la solitude, à l'abandon, est aujourd'hui

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dans une agitation qui surprend prodigieusement les métayers de l'Ormerond et du château de la Source.

Le domaine des Montées fait partie de ce terrain qu'une charte, les uns disent de Clovis, les autres de Charlemagne , accorda aux religieux de Saint-Mesmin. Dans cette charte, il était stipulé que les terres renfermées entre la source du Loiret, son embouchure et la Loire appartenaient aux susdits religieux ; or, comme le Loiret venait alors se jeter dans la Loire, presqu'aussitôt après sa naissance, les bons moines, pour donner à la charte royale une extension toute avantageuse pour eux, firent pratiquer une saignée au moyen de laquelle le Loiret se précipitant sur la gauche, se mit à serpenter à travers la campagne, et décupla, par son vagabondage, les terres que la munificence du roi octroyait à l'abbaye. C'est grâce à celle ruse monastique que le domaine

lie Château Je* Mouteet. $65

des Montées, dont le site était naturellement privé d'eau, se trouve avoir pour limites un bras du tleu\e. Au milieu des bois, des eaux et de la végétation la plus riante, le château , une dos plus délicieuses habitations du pays, s'élève avec calme et majesté, comme un sage heureux qui dans la paix des champs s'abreuve seul de lumière , d'ombre et d'harmonie !

Mais un nuage de poussière se forme dans la plaine qui l'ait l'ace à la grille du parc... L'air retentit de coups de fouet... un bruit de roues résonne sur le pavé de la route, une voiture approche , une calèche traînée par quatre chevaux de poste entre dans la cour du château.

Au milieu des acclamations et des coups de fusil des paysans (car vous saurez que dans ce pays loutpatriarchal les fermiers fêtent encore l'arrivée de leur propriétaire, comme si c'était leur seigneur) , le marquis de Chenevièrc et sa

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femme descendirent de voiture; la marquise souriait de la manière du monde la plus agréable à l'empressement respectueux de la troupe villageoise qui l'entourait; mais ce n'était plus cette femme heureuse et superbe qui, dans une soirée de fête aussi, à la deuxième représentation de Robin des bois , était descendue brillante et fière de son coupé armoirié! Un vernis de tristesse voilait son beau visage, empreint de légères rides qui n'étaient point encore nées quelques semaines auparavant.

Lorsque M. de Chenevière, à qui ce voyage convenait sous plusieurs rapports, particulièrement pour éloigner sa femme de Paris, en avait parlé à la marquise , abattue par les douleurs physiques et morales , elle n'avait pas osé contrarier son mari , elle avait môme paru partager vivement son désir de visiter sa nouvelle propriété , afin d'écarter tout soupçon de son esprit et gagner du temps en attendant

X>e Châtean dci Montée».

qu'elle put aviser aux moyens d'éviter la révélation de sa faute; et M. de Chenevière, comme voulant être agréable à la marquise , avait tellement précipité leur départ, qu'elle n'avait pu voir Jules avant de partir, et qu'elle avait à peine trouvé un instant pour lui écrire quelques lignes.

Les premiers momens du marquis furent consacrés à visiter son domaine; il admira la grâce du site , le charme de cette verdure si large cl si fraîche, et cette eau si calme, si limpide, qui offre à la pèche et à la promenade tant de ressources charmantes : il vit tout ce qu'un terrain bien cultivé pouvait amener d'avantages, et il se berçait des plus douces espérances de propriétaire et d'agronome.

Quant à Madame de Chenevière , après une nuit toute différente de la nuit de son mari, qui, subissantsans doute l'influence dç

jt>" • lie Ohàteau de* Montées»

l'antique et saint manoir, avait dormi d'un sommeil tout monastique , après une nuit passée sans un instant de repos, une belle nuit qu'elle avait contemplée de sa fenêtre ouverte, et dont le cri de la fresaie avait troublé le silence, pâle, plus pâle que de coutume , elle descendit vers dix heures dans la salle à manger , où elle vit bientôt arriver M. de Chenevière qui rentrait de sa promenade du matin.

Après le déjeuner, où la marquise parla peu , et ne prit que quelques gouttes de thé, elle sortit en s'appuyant sur le bras de son mari , et ils admiraient ensemble ce qu'il avait déjà admiré tout seul , lorsqu'à travers des saules pleureurs qui baignent leur chevelure dans le fleuve , ils aperçurent 1VI . Delalour et sa lille qui venaient faire leur visite aux Montées.

Après avoir présenté leurs respectueux

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